‹ Les femmes de sportChapitre 17 sur 42 · I. \ PRINCESSE DE SAGAN · texte numérisé non relu

I. \ PRINCESSE DE SAGAN

oe paraisse pas tenir à la royauté, bien que la demiclaustration où elle semble se complaire indique une certaine fatigue, an certain blasement. Les Dommages d'une foule lui sont devenus indifférents, du moins elle îif pourrai! les supporter Longtemps. Bile préfère vivre entourée de sa cour intime, familière; elle habite l'hôtel de la rue St-Dominique la belle résidence d'automne de Mello, où l'on mène une vie princière, ou encore à bord de son yacht le Bull-Dog un bien la villa persane du bord de la mer.

La princesse n'est pas belle et, avec raison, n'en a cure ni souci. Elle a le charme souverain, c'est bien mieux. Sa grâce , un peu hautaine, est celle d'une femme de race et elle est l'élégance personuifiée. Son profil aquilin ne plaira peut-être pas au statuaire; mais quel est l'homme du monde qui ne sera séduit par cette tète fine et aristocratique; ce corps souple manque d'ampleur, mais qui se plaint de ce défaut de force et de vigueur, qui nous vaut ces lignes ouduleuses , harmonieuses , lesquelles n'appartiendront jamaisaux matrones majestueuse- -

Dans un certain monde, dans le clan bourgeois, en lisant les pages que son élégante personnalité et sa vie fournissent aux choniqueurs, on se

plaît à la représenter comme la frivolité faite chair. Cette appréciation est complètement erronée, et elle l'a bien prouvé le jour où le prince de Sagan se sépara d'elle pour un motif inconnu, incompréhensible, car elle avait tout pour l'attacher à jamais. En son abandon, sa vie resta d'une correction parfaite; quelle meilleure preuve d'un caractère véritablement sérieux ?

Quand l'hôtel de la princesse s'ouvre le soir de la « fête de Mai », il a un aspect vraiment unique. Le vestibule ressemble à un bois fleuri, grâce à ces hauts arbustes parfumés qui l'emplissent jusqu'au plafond. En haut de l'escalier, à balustrade double de marbre blanc et couvert de tapis persans, s'étend une galerie où les fleurs abondent dans des vases de porphyre, et qu'illuminent des torchères portées par des Amours. C'est de là qu'il faut voir les femmes, en leurs toilettes de frais, monter le majestueux escalier. Elles s'attardent sur les marches, car on leur a parlé de l'effet qu'elles produisent à ceux qui les regardent, appuyés sur le coussin de velours rouge qui garnit la balustrade de marbre de cette galerie-observatoire. Dans le premier salon où l'on pénètre, cramoisi et or, une nymphe — œuvre superbe — émerge d'un massif de fleurs et vous reçoit

LA PRINCESSE DE SAGAN

avec un éternel sourire. On continue l'enfilade par un salon pur Louis XV, aux tentures de suie crème, brochées de bouquets de roses pâles, noués de rubans bleus céleste. De troisième salon , « des Tapisseries, » contient l'histoire de la nymphe Europe, en quatre tableaux qui ont été brodés aux Gobelins.

La galerie des danses suit cette pièce. Sun plafond dôme a été peinl par un artiste illustre. Toul autour sont dos divans couverts en soie hindoue, bleu turquoise. G'esl dans une autre galerie qu'on sort le souper. Jugez de la splendeur du couvert par ce renseignement : douze cents invités chez la princesse de Sagan. — En celle nuit unique, où elle redevient la grande mondaine, elle prodigue l'or, les trésors de son imagination et celle d'artistes eélèbres; tout cela pour durer ce que durent les roses, non l'espace d'un matin, mais d'une nuit.

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