‹ Les femmes de sportChapitre 18 sur 42 · LA DUCHESSE D'UZÈS · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE D'UZÈS

L' hun très s française par excellence est la seule femme de notre pays qui soit chef d'équipage et chef pour de vrai, je vous i-<ure. La duchesse Anne d'Uzès, fdle unique du feu comte Louis de Mortemart et de Marie- Clémentine Chévigné, témoigne qu'elle a encore dans les veines du sang vif et remuant de sa bisaïeule maternelle, la légendaire Mme Glicquot, des vins de Champagne. Son grand-père était le comte de Chévigné, le spirituel et gaillard auteur des Contre Rémois^ qui habitait la plus grandi1 partie de l'année, auprès d'Épernay, le château de Boursault, domaine précieusement gardé cl entrotenu par la duchesse.

Pendant l'invasion prussienne, le comte faillit y être fusillé dans des circonstances bien curieuses et qui méritent d'être notées.

Au moment de l'entrée de l'ennemi dans son département, M. de Chévigné était à Paris. Il s'empresse de revenir à Boursault. Malheureusement, son arrivée chez lui coïncide avec le déraillement d'un train de chemin de fer qui transportait des troupes prussiennes ; ce déraillement se fit à la station voisine du château.

Aussitôt Boursault fut envahi et le comte de Chévigné, arrêté, fut conduit à Épernay. Les Prussiens lui demandèrent, pour lui conserver la vie sauve, trois cent mille francs d'indemnité. — Fusillez-moi si vous voulez, j'ai soixante-seize ans, ma vie ne vaut pas trois cent mille francs. Après quinze jours de réclusion complète, on le ramène devant le gouverneur et on lui redemande la même somme avec menaces de mort. Le comte répond : — Je vous ai dit, il y a quinze jours, que ma vie ne valait pas trois cent mille francs, j'ai vécu quinze jours de plus, je les vaux donc encore moins. Les Prussiens qui avaient assez de massacres l'ont alors relaxé et il ne leur a jamais donné un centime.

Le comte de Chévigné est mort en 1877. On sait le

Page 1