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La vicomtesse de GreiFullic pousse si loin la haine de la banalité, qu'elle arriverait vite à l'excentricité, si sa nature de parfaite grande dame ne l'arrêtait au bord du précipice, et ne la maintenait dans les limites d'une originalité gracieuse et artistique.
Ainsi, en ce qui concerne ses robes, ses chapeaux et les moindres de ses ajustements, elle dédaigne les conseils de « M. L'heureux » et de Worth, elle va étudier les portraits du Louvre et de Versailles, et elle dessine ensuite à la modiste et au couturier, la
coiffure ou la robe qu'elle a choisie, d'après celle des modèles des grands peintres. Ce que de telles inspirations pourrait avoir d'un peu étrange est corrigé par la distinction exquise avec laquelle elle porte la plus simple coiffure ou le plus bruyant colifichet. Au reste, elle pourrait être affublée, si c'était son plaisir : sa beauté souveraine, ses aristocratiques façons empêcheraient qu'on s'y méprit, elle serait quand même une femme adorable, elle resterait encore une grande mondaine.
La toilette — considérée au point de vue artistique — tient tant de place clans la vie de la vicomtesse
qu'elle a eu l'idée de faire de ses costumes les plus réussis, le sujet d'autant d'aquarelles, qui formeront un album unique. Les toilettes du matin et celles du soir, les costumes de chasse, de bains, les déguisements, tout y trouvera place, à condition que ce soit hors pair. Nos arrière-neveux, s'ils sont admis à feuilleter cet album sans pareil, feront plus d'un rêve, de ceux auxquels nous nous abandonnons en face des portraits des dames d'an tan. Espérons que l'une des pages de l'album perpétuera, pour les générations futures, le costume Duchesse de Bourgogne, sous lequel la vicomtesse apparut rayonnante à un bal travesti de la princesse de
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Sagan. Vous la rappelez-vous, gravissanl avec sa jeune majesté, le célèbre escalier de L'hôtel? Cent personnes, du haut de La galerie, La regardaienl ainsi monter. Un négrillon — à la comtesse de Montesquieu — la suivait, ombrageanl d'un parasol sa tète de duchesse de Bourgogne ressuscitée, mais mille fois plus belle que celle de la salle des Gardes île la Reine, à Versailles. — Il faut aussi la voir, dans cet album, sous le croissant de diamants de la Diane antique, comme le jour où elle éblouit tous ceux qui L'entouraient des rayons de ses yeux, encore plus que de lYlinccllement de son attribut divin. Vous en souvient-il? Ce n'était pas la Diane sauvage des forêts, c'était une Diane, comme il en figurait dans les ballets du grand siècle, altière, assurément, mais plus femme que la chasseresse grecque.
Mais il est temps de la dépeindre : Elle est svelte, blanche, idéale. Elle est l'apparition réalisée des rêves de la vingtième année. Elle est aussi le type aristocratique par excellence, la femme de sang bleu. Sans savoir le- nom de cette fille de la maison de Chimay,on sent, à la voir passer, qu'elle a toujours été entourée de respect, de richesse et d'amour. Ses grands veux noirs, dans lesquels on lit, en un heu-
reux mélange, la fierté de la femme chaste et la tendresse de la femme exquise, ses grands yeux disent, avec leur regard profond, qu'elle est un être privilégié, devant lequel il faut s'incliner. Et l'on s'incline, je vous jure : on la trouve belle à mourir pour elle, mais sans oser le lui avouer. Tel est ce respect qu'elle fait éprouver, qu'on la traite comme les reines. Sa démarche est, naturellement, un peu hautaine, mais elle marche sur les fleurs sans les courber, comme les déesses de la fable, et l'on ne se lasse pas d'écouter le rhythme de son pas cadencé.
Elle a un juste et haut renom de pureté. Puisque son amie a choisi, pour emblème familier, l'hermine des blasons, il faut lui donner, à elle, des lis ou la licorne blanche, fabuleuse et héraldique du moyen âge, laquelle symbolisait aussi la pureté; car jamais quoiqu'elle marche environnée d'un nuage formé d'encens, d'admiration, d'amour et d'adulation, elle n'a été effleurée par une parole calomnieuse. On lui a adressé un reproche pourtant. On la trouve un peu indépendante, on dit qu'elle a un certain mépris de l'étiquette. Ne croyez pas, cependant qu'elle ait jamais manqué sérieusement de politesse ou de convenance. Mais, chez sa belle-mère, aux récep-
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lions si suivies du dimanche, elle se laisse ac parer par ses amies, qui prétendenl ne pas La céder aux nombreux jaloux qu'ils font. Et alors on l'accuse de partialité. Ce léger travers d'exclusivisme, cette liberté d'allures valurent des ennemis à une autre femme charmante qui vivait au dix-huitième siècle. Nous voulons parler de la comtesse d'Egmont, de cette fille du duc de Richelieu, qui avançait sur sou époque épicurienne, de cette septimanie, chère à la sévère marquise de Gréquy, et avec laquelle M,rc de Greffulhc n'est pas sans ressemblance.
On peut aussi comparer la jeune vicomtesse à la mimosa, elle en a l'aspect frêle et délicat. Gomme cette plante, dont les rameaux semblent ailés, elle est une sensitive, qu'un rien froisse ou inquiète. Nerveuse et vibrante, c'est une âme d'artiste : la musique la passionne et elle est fort adonnée à l'aquarelle, dont elle a formé une très belle collection. Avec cela, trop mondaine pour n'être pas sportswoman. Elle aime le grand air et le mouvement par-dessus tout. Chaque année, quand vient la saison de la chasse aux grouses, elle va s'installer en Ecosse, dans un vieux manoir féodal, et elle y donne une hospitalité magnifique à ses amis préférés.
Le poétique pays d'Ossian et de Walter Scott exerce une véritable séduction sur elle. Gomme la reine Victoria, elle raffole des sites sauvages, grandioses, mélancoliques des Highlands, et ne se consolerait pas s'il lui fallait renoncer au séjour qu'elle y fait tous les ans.