LA DUCHESSE DE B1SACCJ
Cette sorti» de pas-ion pour lo bien ne L'empêche pas d'être mondaine, comme l'exigent aussi son rang et sa fortune. Les fêtes qu'elle donne, sont sans rivales. Klle ne manque jamais les courses; elle a sa 1 ige à l'Opéra et à la Comédie-Française. Ses toilettes font événement, car elles sont mises hors pairs par ses joyaux de famille et ses points héréditaires, et elle est vraiment faite pour porter le brocart et la grande parure.
La duchesse est en plein été de la vie. Sa belle chevelure brune va bien à son visage aux traits nettement dessinés et dont le profil est bourbonnien. Son regard est d'une grande douceur et aussi son beau sourire. Elle a un rire d'enfant, un rire du femme heureuse, qui sait apprécier tous ses bonheurs, et voir la vie sous les beaux côtés, qu'elle a revêtus pour elle. Ses manières sont exquises, on ne peut s'en étonner, et sa franchise indique la pureté de sa vie. Ses cinq enfants, qui lui forment une couronne maternelle, dont elle est plus fière que de sa couronne à pointes, la quittent le moins possible. S'ils s'éloignent un instant, elle veut les trouver dans les charmants portraits qu'on a faits d'eux, et qui sont placés au plus près d'elle, dans des cadres de perles fines. Son fils aine a déjà un renom d'élé-
gance. Elle se pare, avec fierté de Mlle Elisabeth de La Rochefoucauld, qui a déjà été la reine des bals blancs. Il faut la voir, dans la nursery, gâtant sa petite Hedwige et Armand, le baby, ou bien, il faut • la suivre dans l'allée des Poteaux, où elle couvre, d'un regard d'amour, le petit comte Edouard, monté sur un poney, merveille de sélection d'outre- Manche.
Le duc et la duchesse ont laissé, dans les Trois- Royaumes, d'impérissables souvenirs. Ils y représentèrent la France, en 1874, avec un éclat, une magnificence incomparable. Aucun sacrifice ne leur coûte. Ce fut comme le faste de Louis XIV à Albert-Gate, et l'Angleterre fut éblouie. Aussi, quand le duc donna sa démission d'ambassadeur, le prince de Galles — qui avait déjà été son hôte, dans le cottage loué pour les courses d'Ascott — voulut-il témoigner de sa sympathie et de celle des sujets de la reine, pour les anciens représentants de la France, en leur faisant une visite dans leur pays. C'est à Eclimont, en Eure-et-Loir, le domaine préféré, que fut recule futur empereur des Indes. Le prince eut à sa disposition des voitures à quatre chevaux. On donna une chasse à courre en son honneur ; il y eut promenade en forêt, lunch sous des
LA DUCUESS1-: DE MSAl'OlA
lentes de soie au blason dus La Rochefoucauld et aux armes d'Angleterre. On dîna en musique ei, le
soir, le [tare fut illuminé à la lumière électrique. — Le due et la duchesse font aussi des séjours dans l'ancienne propriété de Châteaubriant, devenuo leur, à la Yallee-aux-Loups et au vieux château ancestral de Connétable, en Sarthe.
Les équipages de Mme de Bisaccia sont en parfaite harmonie avee son magnifique train de vie. Je ne vois que ses livrées qui puissent rivaliser avec les splendides livrées, rouges et surdorées, de la princesse de Sagan.
Aussi, après les princesses d'Orléans, M"lc de Bisaccia est-elle la première dame de France.
LA UAttOiNiNE ÎIOIUWÏLLEK
LA BARONNE ROTIIWILLER
On voit dans la plupart des contes de Fées, une entité qui, sous la forme d'une femme, frêle et belle comme le jour, asservit, au moyen d'une baguette magique, un monstre fâche et redoutable.
Nous assistons, chaque matin, dans l'allée des Poteaux, à de semblables féeries, où l'on voil la reine de ces belles magiciennes, la baronne Rothwiller, une fanatique de sport, ne descendant guère de cheval que pour monter sur son phaéton. Elle mène, d'ailleurs, l'un comme l'autre avec une maestria qui fait l'admiration dv> habitués du Bois. La communauté des goûts, une sympathie très vive
pour l'incomparable talent de l'artiste, ont rapproché la baronne de M"° Elisa Petzold. L'éminente écuyère est la compagne assidue des promenades de la baronne, et rien n'est plus charmant que le spectacle de ces deux femmes, d'allure distinguée et de similitude étonnante de tournure, galopant à travers bois. Nulle préoccupation de toilette chez l'une comme chez l'autre : la mise est d'une simplicité correcte, précise, révélant la femme de sport. Le cheval là règne et gouverne et, sur ce point, je ne sais en France que la duchesse de Fitz-James qui puisse être opposée à la baronne Rothwiller. On discutait dernièrement devant la duchesse, sur l'âge auquel on devait faire commencer l'équitation aux enfants.
— Oh! moi, fit la duchesse, je ne suis pas d'avis qu'on s'y prenne de trop bonne heure ; je n'ai pas fait monter mes enfants avant trois ans.
Je suis sûre que sur semblable matière l'aimable sportswoman dont je m'occupe n'aurait pasun autre avis.
Élancée, svelte, et belle surtout par la grâce harmonieuse de ses mouvements, cette reine de l'élégance équestre a la physionomie très personnelle et qui forme un cadre bien approprié à son caractère:
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son regard direct, limpide el clair, qui viso le bul par-dessus lous les obstacles, montre bien l'inflexible détermination de ses volontés; son nezdroil . aux narines Qnes el dilatées; ses cheveux planté haut sur son front hardiment découvert, complètent cette figure d'amazone fougueuse et intrépide.
Par sa naissance, la baronne I ï < > 1 1 1 \\ iller appartienl à celle vaillante aristocratie polonaise, qui semble une sœur de la nôtre; née Julie de Radjiejowska, elle a passé ses premières années dans les propriétés de son père, en Galicie, où la large el vigoureuse existence seigneuriale l'a modelée à ces grâces énergiques qu'envient nos mièvres élégantes, élevées dans les nursmes voisines du Parc-Monceau.
Mais, au milieu de ces campagnes lointaines et presque sauvages, qui semblent un décor dressé seulement pour les sports violents de la vie à l'air libre, on sut développer chez la jeune châtelaine cette culture intellectuelle qui donne tant de saveur à la conversation des femmes, de ces aristocrates septentrionales et qui leur permet de s'intéresser a tout, de tout comprendre et de parler de tout sans pédanterie.
Aujourd'hui, la descendante du cardinal Primat Radjiejowski est naturalisée française et parisienne.
par son mariage avec un de nos plus brillants officiers supérieurs, le colonel Rothwiiler, des dragons.
Formée de bonne heure au maniement du cheval, la baronne Rothwiiler est arrivée à manier la bête la plus difficile comme un instrument docile, passif et sans résistance.
Chaque matin, quel que soit le tempSj elle quitte le n° 3 de la rue du Colisée, et s'en va faire des gammes d'équitation et jouer des morceaux de virtuosité à travers les allées du Bois. Sonjeu est aussi puissant que brillant; il est à noter qu'elle n'a jamais eu de professeur, Le sentiment du cheval est inné chez elle; elle monte, comme l'a dit excellemment M. le baron d'Etreillis dans le remarquable portrait qu'il a fait d'elle, naturellement, d'intuition, en polonaise qui a le génie do la chose.
Comme tous les artistes passionnés de leur art. cette grande virtuose est insatiable en sa passion pour le cheval, — et non moins fantasque, elle en. change à tout bout de champ, — ou à tout bout de bois; quelque prix qu'ait coûté sa bête du moment, elle l'envoie autattersall ou chez Chéri et s'en défait à n'importe quel taux pour en acheter une nouvelle, une inconnue, qu'elle domptera comme les précédentes.