LES FE.M3IES
avoir bu la fait passer dans les mains de la princesse. Dès lors les libations se font avec toute la sensualité et la pompe romaine. Le vin fameux de Lesbos coule dans les riches coepes des conviés, l.es mcis, ser\is par cent esclaves grecs, se succèdent, et ravissent tour à tour la vue et le goût. Déjà, à l'aide du délectable nectar de Scio, l’Intempérance, fidèle compagne de la bonne chère, brille dans les yeux des convives dissolus. Bientôt la raison, épouvantée de tant d'excès, s'envole et cède la place à la folle tendresse. Alors on se couronne mutuellement de fleurs; les parfums de Panchasc cl de Jéricho fument sur les buffets et dans les brasiers d’or. Ilérodc cède au torrent des plaisirs; échauffé par les sons séducteui's de la musique, son cœur perfide se livre tout entier aux charmes de la volupté. Hérodiade l’animait de ses regards criminels, et dans la surprise d'une coupable ivresse, ce prince donnait tout aux sens et rien à la raison ; quand pour achever de la lui faire perdre et de le plonger dans une mer de délices, la jeune llérodias prit dans ses mains une lyre, et maria sa belle voix aux sons harmonieux de cet instrument. Elle chanta d'abord la généalogie des Césars, leur gloire, leurs triomphes et leurs apothéoses; elle chanta les actions les plus mémorables de Tibère et de Gcrmanicus, son neveu, la plus chère espérance de l'empire romain , et les mit tous les deux au nombre des dieux. Ensuite elle rajipcla les délices de la Campanie, et les plaisirs cnchan-
DES CÉSAltS.
leurs de l’île de Caprée. Puis elle célébra la fondation de Tibériade; et par un mélange aussi délicat que flatteur, les noms des fondateurs se trouvèi enl confondus avec celui en farcur du jiiel elle était bâtie. Bientôt montant sa lyre sur un ton plus tendre, elle chanta les amours des dieux, et leurs diverses métamorphoses; l’hyménée d’Hérode et dTIérodiade fut aussi chanté sous rcmblême mystérieux du grand Jupiter, et de sa sœur la belle cl jalouse Junon. llérode .4nlipas écoutait la jeune princesse avec une attention qui tenait de rcnchantcmcnt; car qui n’aurait été frappé des accords mélodieux de cette lyre? Satan la louchait; la volupté chantait, et la jeune Hcrodias triomphait par les attraits et les charmes de Déliai. Toute la cour d’Hérode, quoique nombreuse, observait un silence attentif; personne n’osait respirer dans la crainte de troubler l’harmonie de ce concert ravissant; ch.aeun était dans une profonde extase; lorsque tout â coup la princesse s’élança au milieu de la salle avec une souplesse de corps d’autant plus admirable que chaque pas quelle formait caractérisait parfaitement les danses pantomimes des Grecs, et que par ses différents mouvements tantôt passionnés, tantôt languissants, elle enlevait tous les spectateurs et les égarait avec elle dans les passions qu’elle inspirait. llérode ne put tenir plus longtemps contre tant de charmes : « Que vois-je? s’écri.a-t-il, est- ce une divinité, ou une mortelle qui parait à mes yeux? Est-ce Héhé, Diane ou Flore, qui