POMPÉIA
La corruption des mœurs n’était pas moins profonde à Rome qu’en Asie, à l’époque d’Octave. La sévérité des mœurs effrayait le crime aux premiers temps de la République. A peine une femme dissolue et criminelle apparaissait-elle qu’elle soulevait l’opinion publique et recevait son châtiment. Ainsi, une Tarpéïa qui ouvre
la nuit la porte de Rome aux Sabins, est frappée par ceux-là môme qu’elle favorise.
Les Sabins tiennent leur promesse en l’étouffant sous une avalanche de bracelets.
La féroce fille de Servius, qui avait ordonné le massacre de son père, pour voir Tarquin, son époux, roi de Rome, et qui avait poussé la cruauté jusqu’à faire passer les roues de son char sur le cadavre de Servius, resté sans sépulture, est chassée de la ville, à la chute de Tarquin, par un peuple furieux. Mais au temps des premiers Césars, les Romains avaient oublié la vertueuse énergie d’une Lucrèce dont le viol avait été vengé par le renversement de la tyrannie et la proclamation de la République; ils ne se souvenaient plus du dévouement d’une Véturie, préservant Rome du ressentiment de Coriolan, ni du sacrifice d’un Virginius, immolant sa fille outragée pour renverser les décemvirs.
La vertu, le désintéressement, l’amour de
DES SÉSARS,
la liberté, ne régnaient plus dans le cœur des Romains, atrophiés par l’ambition et la débauche. Le divorce, établi en l’an 500 de Rome, devenait contagieux. On prenait une femme pour s’en séparer. On se mariait trois ou quatre fois. Malgré la sévérité de la loi, l’adultère courait les rues, entrait la tête haute dans le gynécée. Les Cornélie étaient oubliées ou dédaignées; des courtisanes, comme Sempronia, souillées de tous les crimes, de toutes les débauches, disposaient des plus grandes influences, menaient la République aux abîmes; les armées de Rome s’entrechoquaient, se détruisaient pour une Cléopâtre. Ces fiers descendants d’Enée se courbaient bas devant les tyrans et devant les courtisanes.
Qui avait ainsi abaissé le caractère romain, détruit les mœurs et donné l’influence aux femmes perdues de vices ?
Ce fut César, qui déshonora un grand