‹ Les femmes des CésarsChapitre 24 sur 35 · I.ES FEBIUES · texte numérisé non relu

I.ES FEBIUES

honorait les femmes mariées, faisait violence à la vestale Rubria, et après avoir rendu eunuque un adolescent nommé Sporus, il l’ornait d’un voile nuptial, lui faisait revêtir les insignes des impératrices, lui constituait une dot, le prenait pour femme en observant les cérémonies d’usage.

Cependant Poppée, épouse d’Othon, qui surpassait en beauté toutes les femmes de son temps, lui inspira par ses ruses et ses caresses une passion effrénée. L’adultère fut bientôt suivi du mariage. Othon fut envoyé en Lusitanie.

Le malheur d’Agrippine, conservant toujours l’espérance insensée de ressaisir le pouvoir, était de lutter contre les maîtresses de Néron. Elle se brisa à Poppée, comme elle avait échoué en combattant Acté l’affranchie; en vain essaya- t-elle d’inspirer à son bis un amour incestueux, Néron, dégoûté d’elle, irrité de la guerre qu’elle faisait à Poppée, résolut de nou-

veau sa mort. Après avoir employé vainement trois fois le poison contre lequel Agrippine s’était prémunie par des antidotes, Néron se réconcilia avec sa mère, puis il l’attira à Baies oü il célébrait les fêtes de Minerve. En revenant de Baies, sur le vaisseau commandé par Anycétus, le plancher de la chambre d’Agrippine s’effondre tout-à-coup. Crespérius est écrasé, mais la poutre qui portait Agrippine la soutint et la sauva. Tous ceux que le navire portait tombèrent à la mer. Ascéronia, dans l’espoir d’être secourue, s’écria : « Je suis l’impératrice ! » on l’assomma à coups de rames. Agrippine ne dit mot, se sauva à la nage, et appelant à son aide la dissimulation, chargea un affranchi d’instruire son fils du danger qu’elle avait couru. Pendant que l’afifranchi rend compte de sa mission, le perfide Néron jette une épée entre les jambes de cet envoyé et le fait garotter comme un assassin aux ordres

de sa mère, à laquelle il dépêche Ânycétus à la tête de quelques soldats de la marine chargés de la punir de ce forfait imaginaire. Agrippine était couchée; à l’arrivée d’Ânycétus la seule femme qui la gardait s’enfuit. Un centurion frappa de son bâton la tête de l’impératrice, qui, avec un admirable courage, dit au meurtrier, en découvrant son sein : « Percez-le, il le mérite; il a porté Néron. » L’odieux fils d’Agrippine vint alors, examina le corps dépouillé de sa mère et dit froidement : « Je ne croyais pas qu’elle fût si belle. »

Continuant ses forfaits, Néron, pour plaire à l’infâme Poppée, ordonna le meurtre de sa première femme, Octavie, reléguée dans l’île de Pintaria, après avoir été répudiée sous prétexte de stérilité. Les soldats de Néron la lièrent étroitement, et lui ouvrirent les veines. Comme le sang coulait trop lentement, on la mit dans un bain très-chaud, dont la vapeur l’étouffa;

par une cruauté plus atroce encore, sa tête ayant été coupée et apportée à Poppée, celle-ci laissa éclater sa joie immonde.

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