FAUSTINE
Nous arrélons ici la liste des femmes des Césars; on a pu se convaincre par cet édifiant tableau que la tyrannie entraîne nécessairement avec elle la corruption, et que les Césars dégradèrent le peuple romain autant par la suppression de la liberté que par l’exemple contagieux! de leurs mœurs effrénées. En vain chercba-
l-on à remonter ce fleuve d’immoralités qui submergeaient toutes les institutions; les courtisanes, maîtresses souveraines de l’État, disposèrent de la fortune publique aussi bien que des caprices des empereurs.
Nous avons vu qu’il avait fallu interdire à la femme d’origine patricienne de se livrer publiquement à la prostitution; sous le règne de Claude, le sénat délibéra également sur la punition à infliger aux femmes qui avaient commerce avec des esclaves. 11 fut décidé qu’elles seraient elles-mêmes tenues pour esclaves si elles s’étalent, dégradées à l’insu de leur époux; pour affranchies, si c’était de son aveu. Ces digues moralisatrices furent rompues sous César Néron, ce mari de toutes les romaines, cet époux d’un eunuque, qui poussa la dépravation jusqu’à instituer la fête des Juvénales dont Tacite nous fait le tableau suivant :
« Ni la noblesse ni l’àge ne retinrent personne; on vit d’anciens magistrats exer-
cer l’art d’un histrion grec ou latin, se plier à des gestes, moduler des chants indignes de leur sexe. Des femmes même, d’une haute naissance, étudièrent des rôles indécents.... Dans le bois qu’ Auguste avait planté autour de sa naumachie furent construites des salles et des boutiques où tout ce qui peut irriter les désirs était à vendre. De là une affreuse contagion de crimes et d’infamies; et jamais plus de séductions qu’il n’en sortit de ce cloaque impur n’assaillirent une société dès longtemps corrompue. Les bons exemples maintiennent à peine les bonnes mœurs; comment, dans cette publique émulation de vices, eût-on sauvé le moindre sentiment de pudicité, de modestie, d’honneur? »
Héliogabale, dépassant s’il est possible les criminelles folies de Néron, fil du palais des Césars un lieu public de débauches, déclara publiquement qu’il était femme, prenant pour époux un esclave; il forma
une académie de femmes prostituées et d’hommes dépravés qui ne discutaient que des questions obscènes et n’accordaient des prix qu’aux vices.
Brantôme observe avec justesse que « les empereurs paraissent s’être fort peu souciés de l’honneur de leurs femmes. » L’empereur Domitien reprit sa femme, Domitia Longina, qu’il avait répudiée, parce qu’elle passait ses journées avec le bateleur Pàris.
Severus répondit à tous les rapports sur la conduite scandaleuse de l’impératrice qu’elle se nommait Julie, et que toutes les Julie étant sujettes à scandales, il fallait l’excuser. Marc-Auréle ferma les yeux sur les désordres de l’impératrice Faustine. On conseillait à l’empereur Commode de faire tuer sa mère, tant sa violente et basse inclination pour un gladiateur scandalisait Rome; Commode ordonna de tuer le gladiateur et força Faustine à boire son sang.
Malgré l’indulgence excessive des empe-
reurs romains vis-à-vis de leurs femmes
ils furent trahis ou assassinés par elles.
I.ivie fut soupçonnée d’avoir empoisonné Auguste; Agrippine fit tuer Claude; Faustine conspira avec Cassius pour renverser le vertueux Marc-Aurèle. Martia^ la maîtresse de Commode J lui versa le poison dans une nuit d’orgie.
Bien dignes de leurs époux étaient les femmes des Césars !
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