CONSTANTINE. - ARIANE
En entrant dans la Rome du Bas-Empire, nous trouverons, ainsi que dans la Rome des Césars, les courtisanes disposant librement dans l’État de la vie des citoyens; nous aurons l’exemple d’une comédienne devenue impératrice et maîtresse de l’empire d’Orient. Comme les reines de l’Asie dont nous avons raconté l’histoire, les
princesses d’Orient se livrent au délire de leurs passions, à l’extravagance de leurs monstrueux désirs. Rome, en décadence, était dominée par le tyran, par l’espion, le prétorien, l'ambitieux et la courtisane; à Byzance régnèrent l’eunuque, la prostituée, le comédien du cirque, le barbare affranchi qui défendit au poids de l’or cet empire en dissolution et en servitude.
Qu’on ajoute à toutes ces causes de décadence les schismes qui éclatèrent au sein du christianisme, dont l’influence morale n’avait pas encore pénétré les populations, et l’on aura une idée de l’enfer au milieu duquel vivaient les Romains d’Orient; aussi le massacre était-il à l’ordre du jour. C’était une tuerie quotidienne, un assassinat perpétuel et fastidieux de princes, de généraux, de rois, de gouverneurs. L’adultère, la trahison, l’homicide, foisonnaient.
Parmi les femmes de haut rang, la fille
du grand Constantin ouvre la marche sanglante. Cette cruelle princesse empoisonna par ses intrigues le règne de Constance.
Cupide et vindicative, elle négociait lés rigueurs ou la protection de son époux.
Le désir de posséder un magnifique collier la détermina à livrer aux assassins Clématius, gouverneur de la Palestine. Ses favoris dénonçaient des conspirations imaginaires, et présidaient eux-mêmes les tribunaux. Constantine, cachée, veillait, afin qu’on n’accordât aucune grâce, qu’on ne cédât pas à la pitié. Enfin ce monstre mourut subitement en se rendant à Byzance, où l’empereur l’avait appelé.
Ariane, femme du lâche empereur Zenon, fut une digne émule de Constantine.
Maîtresse d’Anastase, qui l’avait sans doute séduite par l’étrangeté de ses yeux dont l’un était bleu et l’autre noir, elle résolut
de se défaire de son époux pour couronner son amant. Profitant d’un évanouissement de Zénon, elle le fit saisir par ses esclaves et enterrer vivant. Des cris déchirants retentirent dans le palais. Mais les soldats n’osèrent porter secours à leur empereur, qui, avant d’expirer, se lacéra les bras avec ses dents. Anastase lui succéda en 491 .