‹ Les femmes des CésarsChapitre 33 sur 35 · IX · texte numérisé non relu

IX

218 LBS FEMMES

de l’historien de son temps, Eginhard.

« Ayant épousé, à la prière de sa mère, la fille de Didier, roi des Lombards, il la répudia, on ne sait trop pour quels motifs, au bout d’un an, et prit pour femme Hildogarde, issue d’une des plus illustres familles de la nation des Suèves. Elle lui donna trois fils, Charles, Pépin et Louis; et autant de biles, Rotrude, Berthe et Gisèle. Il eut encore trois autres biles, Théoderade, Hiltrude et Ruodhaid; les deux premières de Fastrade, sa troisième • femme, qui était de la nation des Francs orientaux, c’est-à-dire des Germains; l’autre d’une concubine dont le nom m’échappe pour le moment. Lorsqu’il eut perdu Fastrade, il épousa une Allemande nommée Liutgarde, dont il n’eut pas d’enfants.

Après la mort de celle-ci, il eut quatre concubines : Malthalgarde, qui lui donna une bile nommée Rothilde; Gherwinde, d’origine saxonne, dont il eut Adaltrude;

Regina, qui fut la mère de Drogon et de* Hughe; et enfin Âdalinde, dont il eut Théoderik. D’après le plan d’éducation qu’il adopta pour ses enfants, les fils et les filles furent instruits dans les études libérales que lui-même cultivait... Il voulut préserver ses filles de l’oisiveté en leur faisant apprendre à travailler la laine, à manier la quenouille ou le fuseau; quant aux filles du roi Peppin, il voulut qu’elles fussent élevées avec les siennes propres. Il veillait avec tant de sollicitude à l’éducation de ses fils et de ses filles que, tant qu’il était dans l’intérieur de son royaume, jamais il ne prenait ses repas, jamais il ne voyageait sans eux : ses fils l’accompagnaient à che’val; quant à ses filles, elles venaient ensuite, et des satellites, tirés de ses gardes, étaient chargés de protéger les ilerniers rangs de leur cortège. Elles étaient fort belles et tendrement chéries de leur père.

On est donc fort étonné qu’il n’ait jamais

LBS FEMMES

\oulu en marier aucune, soit à quelqu’un des siens, soit à des étrangers... Jusqu’à sa mort il les garda toutes auprès de lui dans son palais, disant qu’il ne pouvait se passer de leur société. Aussi, quoiqu'il fût heureux sous les autres rapports, éprouvat-il, à l’occasion de ses filles la malignité de la fortune. Mais il dissimula ses chagrins comme s’il ne se fût jamais élevé contre •elles aucun soupçon injurieux, et que le bruit ne s’en fût pas répandu. »

L’empereur Charlemagne ne s’arrêta pas à une coupable indulgence pour ses filles; il couvrit de sa puissante protection les femmes étrangères les plus dissolues. Une reine de la Grande-Bretagne, l’impudique et cruelle Eadburge, fille d'Offa, épouse de Brihtric, roi de Wessex, ayant été jalouse de l’amitié que le roi saxon montrait à l’un de ses favoris, résolut de l’empoisonner. Dans la coupe préparée par Eadburge burent le favori et le roi lui-même. Tous

deux furent foudroyés. Les West-Saxons, soulevés par un tel forfait, refusèrent à leur reine les titres et les privilèges de la royauté. Eadburge échappa à la colère de ses sujets en passant en Gaule avec tous ses trésors. Charlemagne ne se contenta pas de l’accueillir avec les honneurs de la cour, il lui donna une riche abbaye qui fut bientôt profanée par ses amours scandaleuses. La fille d’Offa fut chassée de ce couvent. Elle quitta la France et mourut à Pavie, après avoir été réduite à mendier son pain dans les rues.

Charlemagne trouva le châtiment de son libertinage dans la conduite de ses propres filles, qui souillèrent son palais de leurs intrigues. Partial et faible à l'excès pour elles, il ne voulait pas entendre parler de leurs fautes. 11 est vrai que la responsabilité lui en incombait, car jusqu’à sa mort il s’opposa à leur mariage, les contraignit à vivre dans le célibat. Cependant, l’une

d’entre elles ayant formé une liaison secréte avec Anghilbert, secrétaire et premier ministre de Charlemagne, dont elle avait eu deux enfants, fut autorisée à épouser son amant.

La mort de Charlemagne ne mit pas fin à la vie désordonnée de ses filles. Elles continuèrent leurs débauches dans le palais, transformé en maison d’adultères.

Louis le Pieux résolut de nettoyer ces écuries d’Augias. Il chargea ses hommes d’armes de se rendra à la cour de l’empereur défunt et d’en expulser tous les courtisans coupables de débauches et d’adultères avec ses sœurs. Walles, Garnier, Lambert et Ingobert, arrivèrent inopinément au milieu des bacchanales du palais de Charlemagne pour accomplir leur mission. Quelques seigneurs obtinrent leur pardon en se rendant auprès du roi; d’autres résistèrent les armes à la main.

Parmi ceux-ci se trouva Hodoïn, qui se défendit avec acharnement. Il frappa mortellement le comte Garnier et blessa son neveu Lambert, qui avaient voulu s’emparer de lui. On ne put se rendre maître que de son cadavre. La mort du comte Garnier affecta vivement Louis le Pieux.

Irrité, il ordonna de crever les yeux au jeune Tullius, surpris dans le palais en flagrant délit d’adultère avec les filles de Charlemagne, dont le sérail fut fermé pour toujours.

Eléonore de Guyenne.

Au douzième siècle, les cours d’amour avaient une grande vogue; c’étaient des tournois galants tenus par les grandes dames de l’époque, dans lesquels on décidait de la préférence que devait obtenir tel chevalier sur son rival, de la valeur d’une chanson, du talent des trouvères qui posaient aux dames des cours d’amour les

questions les plus insidieuses, les plus graveleuses souvent, et auxquelles elles étaient tenues de répondre.

A cette question : « Le véritable amour peut -il exister entre des personnes mariées ? » la comtesse de Champagne fait la réponse qui suit, en date du troisième jour des calendes de mai de l’année 1174 :

« Nous disons et assurons, par la teneur « de ces présentes, que l’amour ne peut ft étendre ses droits sur deux personnes (( mariées. En effet, les amants s’accordent « tout mutuellement et gratuitement sans « être contraints par aucun motif de né- « cessité, tandis que les époux sont tenus « par devoir de subir réciproquement leurs « volontés, et de ne se refuser rien les « uns aux autres.»

Éléonore de Guyenne, femme de Louis VII, présidait presque toutes ces cours d’amour où se mariaient si aisément la licence et l’esprit. Lorsqu’elle partit avec le roi pour la Terre-Sainte, au mois de juin de l’année 1147, elle n’eut garde d’oublier son personnel des cours d’amour : troubadours, suivantes et nobles dames se re-

trouvèrent en Palestine, et établirent leurs jeux peu innocents au milieu des croisés.

La reine donnait le ton; et bientôt un effrayant dévergondage s’établit dans le * camp. La reine s’oublia au point de se livrera un infidèle, à Sala-Heddin, jeune turc d’une rare beauté. Ce scandale ayant ému toute l’armée, le roi Louis VII fut forcé de répudier son indigne épouse.

« Elle fut accusée d’adultére, dit Matthieu Pàris, même avec un infidèle, de la race des démons. Son divorce fut prononcé dans une assemblée qui se tint à Beaugency, au mois de mars 1 1 51 . »

Jean Bouchet, annaliste d’Âquitaine, nous apprend que l’altiére présidente des cours d’amour du douzième siècle tomba évanouie de son siège à l’arrivée des députés, et fut plus de deux heures sans parler, ni pleurer, ni desserrer les dents. « Revenue à elle, dit l’annaliste, elle commença de ses clairs et verts yeux à regarder ceux qui lui avaient premièrement dit la dure

nouvelle^ leur demandant la cause d’un pareil traitement. Cependant elle consentit de suite à la séparation, pourvu qu’il lui fût permis de se remarier et que V Aquitaine et le Poitou lui demeurassent à elle et aux siens. En effet, le concile de Beaugency ayant prononcé son divorce avec le roi de France, Éléonore se remaria presque immédiatement avec Henri, duc de Normandie, héritier présomptif du trône de l’Angleterre, auquel elle apporta en dot l’Aquitaine et le Poitou, indignement enlevés à la France.

Mais Henri 11 n’était pas le faible Louis VH. Éléonore de Guyenne s’était donnée un maître impérieux. Plongé jours et nuits dans les débauches, Henri allait de l’adultère au viol. Entre autres souillures, il viola sa cousine Alix, héritière de Bretagne, qui lui avait été confiée comme ôtage.

Par une bizarrerie de caraclére commune à beaucoup de femmes, Élconore de Guyenne, cette Mélusine qui tenait de la femme et du serpent, aima mieux le mari despote que le mari débonnaire. Elle devint jalouse comme une folle des maîtresses de Henri II, lorsque, monté sur le trône, le nouveau roi d’Angleterre se permit quelques infidélités.

En 1172, elle apprit que la maîtresse favorite du roi, une jeune fille appelée Qtffori, que ses charmes avaient fait surnommer Rosainonde, était cachée à tous les yeux dans le château de Woodstock, bâti en forme de labyrinthe, où la belle Rosamonde vivait.

Un jour, la reine, dévorée d’une fureur jalouse, se rendit dans ce château, et après avoir couvert sa rivale d’injures, elle la força de vider une coupe empoisonnée, jouissant du supplice de la pauvre jeune fille qui se roulait et se tordait les membres devant elle.

Henri II, indigné du crime de sa femme, ne voulut pas la revoir. Ëléonore excita alors ses enfants, Jean-Sans-Terre et son fils aîné, Richard, qui ne tarda pas à devenir célèbre sous le nom de Cœur-de-Lion, à se révolter contre leur père. Mais les

enfants révoltés se soumirent; et^ par ordre du roi, Éléonore fut jetée en prison en 1173; elle mourut au monastère de Fontevrault en 1204; elle avait quatrevingts années accomplies.

Digilized by Càooglc

Isabelle de France.

Une autre princesse française, Isabelle de France, la sœur de Charles le Bel, fut plus criminelle encore qu’Éléonore de Guyenne. Il semble que tous les mariages de rois anglais et de princesses françaises dussent être frappés de malédiction. La fille de Philippe le Bel épousa, au mois de janvier 1308, Édouard II. Le roi d’ Angle-;

terre ayant été battu deux fois par les Écossais sous les yeux de sa femme, celle-ci fit un voyage en France sous le prétexte de poser les bases d’un traité de paix entre la France et l’Angleterre, mais en réalité pour se plaindre à son frère de son mari et conspirer contre lui. Cependant Édouard II réclama énergiquement sa femme au roi de France. Charles le Bel intima l’ordre à Isabelle de se rendre en Angleterre. L’épouse révoltée quitta la cour de France et alla chercher un refuge en Cambresis, au château du comte de Hainaut, beau-père de Robert d’Artois, où elle conspira tout à son aise avec un certain nombre de barons d’Angleterre, qui vinrent la retrouver et qui formèrent le parti de la reine. Lorsqu’elle eut organisé ses partisans, Isabelle leva l’étendard contre son mari, débarqua avec les siens au port de Herewich le vendredi 26 septembre de l’année 1326, et se présenta aux

DES CÉSABS.

Anglais accourus au-devant d’elle, tenant son fils entre ses bras. Elle exhala les plaintes les plus amères contre Édouard II^ et surtout contre son ministre Hugues Spencer, qui comptait plus d’ennemis que de partisans, puis elle appela les Anglais aux armes.

Après s’ôtre rendue maîtresse de Bristol, Isabelle fit pendre le père de Spencer, âgé de quatre-vingt-dix ans; et bientôt, s’emparant du favori lui -même, la reine d’Angleterre lui fit infliger le supplice d’Abélard, après quoi il fut pendu comme son père. Isabelle convoqua le Parlement, fit déposer son malheureux mari, qui, par

^lUU LES FEMMES DES CESARS.

ses ordres, fut assassiné quelque temps après sa déposition juridique. Isabelle, la meurtrière, devait expier son atroce conduile. Édouard III, son la châtia et vengea son père en montant sur le trône.

11 fit pendre le favori Mortimer, l’amant de sa mère, et cloîtra pour sa vie la meurtrière d’Édouard II. Édouard III se prévalut néanmoins des droits prétendus de sa mère au trône de France, pour allumer contre Philippe de Valois, successeur de Charles le Bel, la guerre terrible qui mit la France en danger.

Ija Tour de Neele et les princesses de Sourgogne.

Voici comment Brantôme raconte la tradition populaire de la Tour de Nesle, dans laquelle il met en scène la reine Jeanne de Navarre :

« Cette reyne qui se tenoit à l’hôtel

de Nesle, à Paris, laquelle faisant le guet aux passants; et ceux qui lui revenoyent et agréoient le plus, de quelques sortes de gens que ce fussent, les faisoit appeler et venir à soy; et après en avoir tiré ce qu’elle en vouloit, les faisoit précipiter du haut de la tour, qui paroist encores, en bas de l’eau, et les faisoit noyer. Je ne peux dire que cela soit vray; mais le vulgaire, au moins la plupart de Paris, l’affirme, et n’y a si commun, en lui monslrant la tour seulement et en l’interrogeant, que de luymême ne le die. »

On ajoutait que la reine Jeanne de Navarre avait uièe prédilection pour les écoliers, témoin Buridan, qui, après avoir été assez heureux pour échapper au piège qu’on lui avait tendu, et devenu directeur dei’Université de Paris, émit cette maxime :

« Ne craignez pas de tuer une reine si cela est nécessaire. »

])E$ CÉSARS

On trouve ces quatre vers dans la ballade du poète Villon^ intitulée : Les Dames du temps jadis.

Semblablement où est la reine Qui ordonna que Buridan Fut jeté dans un sac de Seine,

Mais où sont les neiges d'aiiUm?....

At.

Or^ la tradition populaire chantée par Villon et rapportée par Brantôme était exacte quant aux faits scandaleux de la Tour de Nesle, mais fausse quant à leur auteur, comme M. Leroux de Lincy l’a parfaitement prouvé en établissant que Jeanne de Navarre était morte depuis plus de vingt ans, lorsque Buridan, vers 4330,

étudiait dans le collège qu’il avait fondé.

En effet, les sanglants désordres de la Tour de Nesle, attribués à tort à Jeanne de Navarre, avaient été commis par les princesses de Bourgogne, Marguerite, Blanche et Jeanne de Bourgogne, mariées toutes trois aux fils de la reine Jeanne :

la première, en 1305, à Louis de France, qui fut d’abord roi de Navarre, puis roi de France sous le nom de Louis X; la seconde, en 1306, à Philippe, comte de Poitiers, qui régna aussi sous le nom de Philippe le Long; et la troisième, au comte de la Marche, qui devint plus tard roi de France, sous le nom de Charles le Bel.

Ces trois princesses étaient fort jeunes, fort jolies, et très -portées aux intrigues amoureuses. Froissart nous apprend que Blanche, Vune des plus belles dames du monde, joignant aux charmes extérieurs beaucoup d’esprit naturel, conseilla aux dames de la cour de faire passer par les verges le poète

Jean de Meung, pour le punir du mal qu’il avait dit des femmes. Jean de Meung désarma ses Némésis en jupons en stipulant qu’il se résignerait de bonne grâce à son châtiment, pourvu que la moins sage de toutes lui donnât le premier coup î

. Les princesses de Bourgogne commencèrent à éveiller la critique par leur luxe et leurs prodigalités. L’or, les diamants, les perles, couvraient leurs vêlements; leurs chars coûtaient des sommes excessives au trésor royal. Les princesses ne se contentèrent pas d’obérer l’État par un

25ti

luxe extravagant, clics se livrèrent à de véritables orgies cliarnelles dans la Tour de Nesle, faisant coudre les amants qui sortaient épuisés de leurs bras dans des sacs jetés à la Seine, donnant impudemment à leurs maris des rivaux dans les cbevaliers de leur maison.

Pourtant une licence aussi audacieuse ne pouvait rester longtemps ignorée. On sut que deux frères, chevaliers de la maison de leurs maris, étaient les amants de Marguerite et de Blanche. Le faible Louis X dut ouvrir les yeux à la lumière. Le chambrier de la reine de Navarre et les deux chevaliers furent mis à la question.

Les deux Jeunes chevaliers dévoilé rerit la conduite de Blanche et de Marguerite de Bourgogne en avouant leurs coupables relations avec elles. Le supplice des cbevaliers épouvante l’imagination. Conduits à Pontoise le vendredi après Pâques, ils furent écorchés vifs, honteusement muti-

]és, et pendus à un gibet chessé sur le Martroy de la ville. Le chambrier de la reinCj fauteur de ces désordres, et plusieurs de ses complices furent noyés. La tristesse et la terreur jetèrent leur sombre voile sur Paris. Sans considération pour leur rangj leur jeunesse et leur beauté, les princesses, reconnues coupables, furent enfermées dans une prison basse et humide du château des Andelis, où elles restèrent longtemps et souffrirent beaucoup, nous apprend le chroniqueur. Godefroy, de Paris. Blanche, femme du comte de la Marche, garantie par la profondeur de la terre, se trouvait moins exposée aux rigueurs de la saison que sa sœur Marguerite, reine de Navarre, qui, placée audessus d’elle, subissait un froid rigoureux; aussi cette captivité l’abattit-elle complètement, tandis que Blanche, insouciante et gaie, riait volontiers et aimait à parler des ripailles, des scènes d’orgie et de meurtre

de la Tour de Nesle. Sa vive imagination la faisait assister de son cachot aux bacchanales, aux -fêtes tant regrettées de la volupté et du crime.

Le château- fort Gaillard, situé en Normandie, reçut en 1315 les deux royales prisonnières. Marguerite de Bourgogne y fut étranglée avec ses propres cheveux.

Blanche de Bourgogne fut épargnée. Elle demeura prisonnière dans le château de Gravrai, sous la garde de Jean Daumont, huissier d’armes, et de Jean de Granvil-

liers, jusqu’en 1325; à celle époque elle fui aulorisée à enlrer h l’abbaye de Maubuisson. Elle y mourul en 1326.

La sœur de Blanche, Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe, comle de Poiliers, qui avait pris part aux saturnales de la Tour de Nesle, échappa pourtant au châtiment. Après une courte détention au

château de Dourdan, elle en sortit déclarée

non coupable par le Parlement.

Ainsi, des trois princesses de Bourgogne qui avaient commis les mêmes crimes, l’une avait été étranglée, l’autre était morte au couvent, et la troisième avait été déclarée non coupable et mise en liberté.

C’est la justice des temps !

Ysabeaxi

rie Bavière.

La France a présenté cette singularité dans son histoire : que ce fut une femme qui la livra à l’étranger, et que ce fut une femme qui l’en délivra. Jeanne d’Arc a réparé les crimes commis et la souillure imprimée à son sexe par l’infôme Ysabeau, qui, heureusement, n’est pas née sur le sol français.

Le duc Frédéric de Bavière vint en 1385 à la cour de Charles VI, qui le prit à ce point en amitié qu’il voulut contracter une alliance avec sa maison. Le frère du duc avait trois filles, dont l’une, âgée de quatorze ans, était fort belle. On commanda à un habile peintre les portraits des trois

princesses qui furent présentés au roi.

Page 1