‹ Les femmes des CésarsChapitre 34 sur 35 · XI · texte numérisé non relu

XI

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Charles VI choisit Ysabelle de Bavière, la trouvant très -supérieure à ses sœurs en grâce et en beauté. Aussitôt le duc Frédéric se rendit en Bavière et ramena Ysabelle à Amiens, où le roi l’attendait. La beauté de la jeune fille l’enflamma^ atteste Froissart, et il témoigna la plus grande impatience de la prendre pour femme.

Olivier de Clisson, témoin de l’émotion extraordinaire du roi, dit au seigneur de La Rivière : « Cette dame nous demeurera, le roi n’en peut ôter ses yeux. » Après l’entrevue, La Rivière ayant dit au roi :

« Que dites-vous de cette dame? Serat-elle reine de France? — Par ma foi, reprit Charles VI, je n’en veux pas d’autre; dites à mon oncle de Bourgogne qu’il se dépêche. » Le mariage fut célébré le 13 juillet 1385 à Amiens. La reine y vécut près de quatre années.

Tout entier à sa passion, le faible Charles VI voulut que sa femme fît une entrée solennelle à Paris. En effet, un dimanche du mois d’août 1389, le populaire de Paris en fêle vit défiler le somptueux cortège d’Ysabeau de Bavière, vêtue d’une robe toute semée de fleurs de lis d’or, et montant un cheval caparaçonné.

Les duchesses de Bourgogne, de Bar, de Berry, de Touraine, suivaient la reine au milieu de la grande rue Saint-Denis, où l’on avait élevé un « chasteau qui représentait le paradis. Dieu par figure séant en sa majesté, le Père, le Fils, et le Saint- Esprit; et là, dans ce ciel, jeunes enfants de chœur, lesquels chantoient doucement en forme d’anges, sortirent en volant deux anges qui tenoient une couronne d’or et garnie de pierres précieuses, et la mirent les deux anges, et l’assirent sur le chef de la reine, et chantant tels vers :

(( Dame enclose entre fleurs de lis,

« Roinc, esles-vous de Paris,

« De France et de tout le pays,

« Nous en allons en paradis. »

Le lendemain de celte fête, Charles VI donna un festin sur la grande table de marbre du Palais-de-Justice. Les bour-

geois de Paris offrirent au roi, à la reine et à Yalentine de Milan, de magnifîques cadeaux. Pendant ces réjouissances, on vit « la reine donner l’exemple de la licence aux gens de cour et sourire aux avances du duc d’Orléans, qui devait bientôt devenir son amant. Il se passa des choses déshonnéles «n matières d'amourettes, dit Juvénal des Ursins, dont depuis de grands maux sont venus.

Dans ces fêtes de PariSj la reine ne dissimula pas ses penchants vicieux, son amour effréné du luxe,‘de la galanterie et de l’intrigue. Les historiens du temps prétendent que ce fut à ce moment que commencèrent les relations d’Ysabeau et du duc d’Orléans. Cependant elle contint l’explosion

de ses mauvaises passions jusqu’à la folie de Charles VI.

Elle profita de la maladie et de la folie du roi pour se livrer aux plaisirs charnels avec le frère du roi, le duc d’Orléans.

Tous deux, maîtres du pouvoir, ils dilapidèrent les finances du royaume et ne songèrent qu’à satisfaire leurs goûts dépravés.

Fendant que la reine se jetait dans toutes les prodigalités d’un luxe effréné, ses enfants, auxquels elle ne daignait plus penser, manquaient de vêtements. Le roi ayant eu un moment de lucidité, demanda au jeune comte de Guyenne, âgé de neuf ans, depuis combien de temps il n’avait pas vu sa mère? — Depuis trois mois, répondit le dauphin. La marâtre le laissait même manquer des choses les plus nécessaires. Elle était tout entière à ses relations incestueuses avec Louis d’Orléans, dont les historiens du temps ne doutent pas.

« Enfin, ils oubliaient tellement les règles

et les devoirs de la royauté^ dit le moine de Saint -Denis dans les Chroniques de Charles VI, qu’ils étaient devenus un objet de scandale pour la France et la fable des nations étrangères. »

En sortant d’une entrevue avec Ysabeau, Louis d’Orléans, passant subitement de l’ivresse amoureuse dans les tortures d’une violente agonie, fut assassiné par les partisans du duc de Bourgogne. La lâche Ysabeau se sauva épouvantée à Melun, et ne voulut pas revenir à Paris; son exil fui consolé par un certain chevalier de Bos-

redoH, seigneur de bonne et insolente mine^ qui poussa l’impudeur jusqu’à ne pas saluer le roi un jour qu’il l’avait rencontré en sortant du château de Beauté, où habitait la reine. Charles VI, indigné, fit arrêter le chevalier, qui, après avoir été mis à la question, avoua ses relations avec la reine.

Bosredon, suivant Juvénal des Ursins, aurait été jeté à la rivière et noyé.

Dès que ses amours licencieuses étaient divulguées, la reine abandonnait ses amants à la fureur de leurs ennemis et se sauvait.

Après la mort du chevalier Bosredon, comme après celle de Louis d’Orléans, elle partit. Le duc de Bourgogne, ne demandant pas mieux que de régner sous son nom, l’accompagna à Troyes. Là,

plongée dans ses vices, elle vendit le beau royaume de France, livré à un roi fou et à une reine incestueuse et adultère. Elle signa, à Troyes, en 1419, de concert avec Jean-Sans-Peur, le traité honteux qui remettait aux mains du roi de l’Angleterre toutes les places fortes du royaume et faisait passer dans la maison de Lancastre l’héritage de la couronne de France. Complètement étrangère à ce pays, Ysabeau vécut au milieu des Anglais, dans l’hôtel de Saint-Paul, assistant à leurs fêtes, fermant les oreilles à leurs insolents propos et aux insultes d’un peuple indigné de tant de trahisons. Jean-Sans-Peur, qui regrettait déjà sa signature apposée au traité de Troyes, fut assassiné sur le pont de Montereau. Ysabeau de Bavière se courba encore plus bas devant les Anglais; enfin, ceux-ci la brutalisèrent et l’abandonnèrent à l’animadversion du populaire de Paris. On la bafoua dans les rues, où

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l’on criait que Charles VII n’avait jamais été le fils du roi. Elle mourut de peur et de saisissement en septembre 1435. La seule gloire qui revient à Ysabeau de Bavière est parfaitement exprimée par ces paroles ironiques de Brantôme dans ses Dames illustres :

« On donne le los à la reyne Isabelle de Bavière, femme du roy Charles sixiesme, d’avoir apporté en France les pompes et les gorgiasetés pour bien habiller superbement les dames. »

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