LA PRISON DES CARMES 5 I
lettre se termine ainsi : « Je mourrai avec ce calme qui permet cependant de s'attendrir pour ses plus chères affections, mais avec ce courage qui caractérise un homme libre, une conscience pure et une âme honnête, dont les vœux les plus ardents sont pour la prospérité de la République. » Généreuse illusion ! Beauharnais se dit libre, libre dans une prison, libre en face de Téchafaud, et c'est au gouvernement de ses bourreaux qu'il adresse ses souhaits affectueux, (( Adieu, dit-il en terminant, adieu mon amie, console-toi par mes enfants; console-les en les éclairant, et surtout en leur apprenant que c'est à force de vertus et de civisme qu'ils doivent effacer le souvenir de mon supplice, et rappeler mes services et mes titres à la reconnaissance nationale. Adieu ! tu sais ceux que j'aime ; sois leur consolation, et prolonge par tes soins ma vie dans leur cœur. Adieu! je te presse, ainsi que mes chers enfants, pour la dernière fois, contre mon 'sein, )^ Condamné à mort, sur la simple constatation de son identité, l'ancien général en chef de l'armée du Rhin monte sur l'échafaud avec ce courage héroïque dont il a donné tant de preuves. Sur la fatale charrette, il a rencontré son ami intime, le prince de Salm-Kirbourg. Sa tête tombe le 6 thermidor, trois jours seulement avant la chute de Robespierre, par laquelle il eût été sauvé.
Joséphine ne connut, dit-on, le supplice de son
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mari que trois jours après, par la lecture des journaux qui apportaient dans les prisons le bulletin quotidien des victimes. Sa douleur fut audessus de toute expression. Elle crut que tout était fini, et, renonçant à l'espérance, elle ne pensa plus qu'à mourir. On était au cœur de l'été, à la fin de juillet. Contraste étrange ! dans la prison, d'affreuses ténèbres; au dehors, un ciel éclatant, des journées magnifiques et des nuits radieuses! La chaleur était excessive. Les pleurs et la sueur se mêlaient, sueur d'angoisses, d'agonie. On n'osait même plus respirer. On était comme plongé dans un cercle de l'enfer du Dante. Pauvre Joséphine ! la prédiction de la négresse, qui lui avait dit, un jour, à la Martinique : « Vous serez reine de France ! )> devait lui paraître alors une bien amère et bien singulière dérision ! Les agents de la prison redoublaient d'insolence pour elle. Le geôlier, entrant dans la cellule qu'elle occupait avec sa compagne de captivité, la duchesse d'Aiguillon, lui annonça qu'il venait lui prendre son lit de sangle pour le donner à une autre prisonnière.
— (( Comment, le donner ? dit avec vivacité la compagne de Joséphine; M'"^ de Beauharnais en aura donc un meilleur ? — Non, non, répondit le geôlier, elle n'en aura bientôt plus besoin. » Le comte de La Valette raconte qu'elle n'échappa que par miracle au supplice. Malade au moment où son acte d'accusation lui fut remis, ce qui