‹ Les femmes des TuileriesChapitre 17 sur 49 · LE SUPPLICE DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

LE SUPPLICE DE ROBESPIERRE

Le 9 thermidor an II (27 Juillet 1794) les tribunes de la Convention sont pleines dès cinq heures du matin. La séance commence à dix heures. Tallien, un poignard à la main, s'écrie : « J'ai vu, hier, la séance des Jacobins; j'ai vu se former l'armée du nouveau Cromwell, et je me suis armé d'un poignard pour lui percer le sein, si la Convention n'avait pas le courage de le décréter d'accusation. » Robespierre veut parler. Quelle n'est pas sa surprise, quand lui qui, la veille, d'un seul signe, faisait frissonner ses collègues, et envoyait qui il voulait à l'échafaud^ il entend l'Assemblée, hier encore son esclave^ crier : « A bas le tyran ! » Le voyez-vous qui se cramponne à la tribune, qui en monte, qui en descend, qui en remonte l'escalier, qui s'épuise en efforts, menaçant, criant, gesticulant, hurlant ; les vociférations de la Montagne et la sonnette dtl président couvrent sa voix qui s'éteint ; sa langue s'épaissit, sa vue se trouble. « Pour la dernière

jÇi LA JEUNESSE DE l'iMPÉRATRICE JOSÉPHINE

fois, crie-t-il, écumant de rage, président d'assassins, je te demande la parole ! ^. Garnier, de TAube, le regardant en face, lui dit: « Tu ne peux plus parler. Le sang de Danton t'étouffe ! » Robespierre lui répond : « C'est donc Danton que vous voulez venger ? » Puis il se tourne du côté des bancs de la droite : « C'est à vous, dit-il, c'est à vous, hommes purs, que je m'adresse, et non pas aux brigands ! » — a N'avance pas, crie Féraud, ne sais-tu pas que c'est ici que Vergniaud et Condorcet étaient assis ? » La plaine, d'abord indécise par terreur, s'enhardit par degrés. « Le décret d'arrestation contre Robespierre ! » dit Louchel. Et^ sur tous les bancs, au milieu d'un épouvantable tumulte, retentit le cri: « Aux voix !• aux voix ! )> On décrète l'arrestation de Robespierre, de son frère, deCouthon, de Saint-Just,di Lebas. Puis la séance|est suspendue pour deux heu res, à cinq heures du soir. Elle est reprise à sept Pendant l'interruption, la Commune s'es^ soulevée. Elle a délivré Robespierre et ses quatre] collègues, qui ont été conduits triomphalement l'Hôtel de Ville, et acclamés. Au moment où ell( rentre en séance, la Convention se croit arrivéi à sa dernière heure. Le vice-président du tribu nal révolutionnaire, Coffinhal, fait pointer contre] elle des pièces d'artillerie. Mais des députés oni le courage de se jeter au miheu des canonniersj et de les empêcher de tirer. A minuit, les sections] des quartiers riches se mettent en marche contre]

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