LE SUPPLICE DE ROBESPIERRE
Le matin du lo thermidor, Robespierre est conduit à la Conciergerie, où on l'enferme dans un petit cachot, situé entre celui qu'avait occupé Marie-Antoinette et celui oii les Girondins avaient célébré leur dernier banquet. Dans la journée, on l'amène, pour la forme, au tribunal révolutionnaire, où, sur la simple constatation de son identité, il est condamné à mort, en même temps que vingt de ses partisans. Entre quatre et cinq heures du soir, les vingt et un condamnés montent sur la charrette, et partent pour la place où Louis XVI et tant de leurs victimes avaient été guillotinés. Une foule immense se presse dans la cour du Palais de Justice. « Allons, s'écrie le guichetier, place à l'incorruptible ! » Les charrettes se mettent en marche. Partout, pendant le trajet, le peuple force les chevaux à n'aller qu'au petit pas. On veut regarder plus à l'aise, plus longtemps, Robespierre. Pas un regard qui ne le toudroie, pas une bouche qui ne l'invective, pas un poing qui ne se lève pour le menacer. Les langues si longtemps enchaînées se délient. On se dédommage avec frénésie de vingt mois de silence et de terreur. La joie tient du délire. Les imprécations se mêlent aux applaudissements, et les injures à l'allégresse. Robespierre, toujours vêtu de son fameux habit bleu barbeau, la tête défigurée par les linges sanglants qui l'entourent, les yeux presque fermés, les traits décomposés par la souffrance, livide comme un cadavre,
lugubre comme un spectre, n'inspire pourtant de compassion à aucun spectateur. Quand il arrive rueSaint-Honoré, en face de l'Assomption, devant son domicile, la maison du menuisier Duplay, le peuple force la charrette à s'arrêter, et se met à chanter, à danser en rond. Enfin le cortège funèbre se remet en marche, mais Robespierre n'en a pas encore fini avec les anathèmes. Rue Royale, une femme se cramponne à la charrette, et crie : « Monstre vomi par les enfers, ton supplice m'enivre de joie. Je n'ai qu'un regret, c'est que tu n'aies pas mille vies, pour jouir du plaisir de te les voir arracher toutes l'une après l'autre. Va, scélérat, descends au tombeau, avec les malédictions de toutes les épouses et de toutes les mères de famille ! » Yoici les voitures parvenues au milieu de la place de la Révolution, à cet endroit où les bœufs se refusent à passer, tant il exhale l'odeur du sang. Robespierre, des vingt et un condamnés, montera le dernier sur l'échafaud. Posé à terre, il attend son tour.
Ecoutons Arnault, témoin oculaire du supplice : '( Aussi féroce que tout le monde, j'en conviens, je courus au lieu de l'exécution, moins toutefois pour repaître mes yeux des souffrances de ce monstre que pour me convaincre par mes yeux de la mort de celui dont la vie menaçait celle de tout ce qui avait vie. J'y courais chercher la certitude qu'il ne s'était pas échappé comme la veille. Je l'eus. Un cri que la douleur lui arracha.
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quand on lui enleva l'appareil qui recouvrait sa blessure, interrompit, pour la première et dernière fois, le silence qu'il gardait depuis vingt-quatre heures; et, à l'instant, delà même place où j'avais vu disparaître Danton, je vis disparaître Robespierre. Le sentiment universel sur la fin de cet homme à jamais exécrable est assez bien exprimé dans cette naïve épitaphe :
Passant, ne pleure pas mon sortt^i je vivais, tu serais mort .
« Voilà pourtant les hommes dont quelques insensés ont osé se faire les apologistes! Voilà pourtant les hommes et les temps qu'ils se sont etlorcés de nous rendre ! S>
Quand Robespierre fut sur la guillotine, quand e bourreau, lui arrachant les linges qui bandaient la plaie de sa mâchoire, livra, pendant quelques mstants, son visage sanglant et livide aux regards de la foule, quand sa tête tomba sous le couperet un tonnerre d'applaudissements éclata.
«Le lendemain du 9 thermidor, a dit Edgar Quinet, doit achever de démontrer aux plus aveugles que Robespierre n'avait rien fondé dans les esprits; qu'excepté son petit groupe de fidèles retirés à la Commune, tous furent indifférents ou hostiles ; que, loin de s'approcher de son i^ut, Il s en éloignait chaque jour davantage ; que ses partisans, au lieu d'augmenter, diminuaient, I. Arnault. Souvenirs d'un Sexagénaire.
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que ses ennemis seuls s'accroissaient à vue d'œil; que, voulant frapper des deux côtés, il n'avait frappé que lui-même ; que chez lui Marins détruisait Sylla, et Sylla Marins ; qu'au lieu d'être en état de restreindre la Terreur, il était obligé de l'outrer chaque jour ; qu'en messidor son agent demandait trois mille têtes pour le seul département de Vaucluse ; qu'il ne pouvait ni maintenir rhorreur, ni en sortir; qu'ainsi, par tous les côtés, le faux de son système éclatait, et se tournait contre lui. » Edgar Quinet ajoute à ce jugement: c( Une pensée du moins n'était jamais venue aux contemporains de Robespierre. C'est de le sup- i poser étranger à la Terreur. Fausse réhabilita- ' tion ! Sans la hache que devient cette figure ? Qui peut se la représenter ? Laissez-lui au moins sa grandeur sauvage ; elle doit faire peur encore à la postérité. »
La tête de Robespierre était tombée à cinq heures du soir. Une heure plus tard, les détenus de la prison du Plessis aperçurent les habitants des rues voisines, qui, montés sur lestoits de leurs maisons, criaient : « C'est fini, Robespierre est mort. )) Alors, les prisonniers, qui étaient séparés des femmes, se précipitèrent, rompirent les barrières, et trouvèrent les captives, blotties dans les coins^ mortes de peur, anéanties. On s'embrassa, on pleura, on croyait sortir de la tombe. Ce fut dans toutes les prisons la même explosion de joie, le même délire.
Les dernières semaines de la Terreur avaient été horribles, même pour ceux qui n'étaient pas emprisonnés. Paris ressemblait plutôt à un repaire de brigands qu'à la capitale de la civilisation. Nul provincial, nul étranger ne venait dans cette ville où l'espionnage était à toutes les portes, la délation à tous les foyers. Chacun tremblait. Riches et pauvres, aristocrates et gens du peuple, se trouvaient également menacés. Les chaleurs avaient été sénégaliennes. Au physique, comme au moral, on étouffait. Charles Nodier a décrit le spectacle que présentaient les Champs- Elysées aux rares individus qui s'y promenaient. (( Sous les arbres, les oreilles étaient poursuivies par des chants, des chansons atroces et des propos sanglants. Le gouvernement entretenait des chanteurs débitant des épigrammes sur les malheureux qui avaient été mis à mort quelques jours auparavant. Çà et là étaient exposées en vente de petites guillotines, et, comme si on eût voulu que
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les enfants s'accoutumassent à jouer à ce jeu, on avait substitue, dans la parade de Polichinelle, à la scène de la potence celle de la guillotine. » Ce n'est pas seulement Tindignation qui était interdite; la douleur elle-même était prohibée. Les cœurs n'osaient plus battre. Il fallait supprimer tous les sentiments de la nature, toutes les émotions de l'âme humaine. La pitié, si longtemps comprimée, fit enfin explosion le 10 thermidor. Cependant ce jour-là, on redoutait encore la continuation de la Terreur. Le matin, Barrère annonçait à la Convention que « la force du gouvernement révolutionnaire allait être centuplée par la chute du tyran qui entravait sa marche ; que les comités, épurés, allaient reprendre une nouvelle énergie, » et il demandait le maintien de toutes les lois révolutionnaires, et surtout du tribunal tel qu'il était composé, même avec Fouquier-Tinville.
Les prisonniers ne furent pas immédiatement relâchés. Il y eut des vérifications, un examen des causes de l'arrestation et de la qualité des personnes, qui demandèrent quelques jours, même pour les plus favorisées. M""*" de Fontenay ne sortit de prison que le 12 thermidor, M"'^ de Beauharnais que le 14.
La foule regardait avec émotion les captifs retrouvant enfin la liberté. Ces longues files de prisonniers ressemblaient à des revenants. On aurait cru que, comme le Dante, ils avaient visité
l'enfer. En se sentant libres, en respirant le grand air, ils doutaient encore de leur délivrance. Ils étaient assaillis par des apparitions funèbres : le tribunal révolutionnaire, la charrette, l'échafaud. Il leur semblait que leurs geôliers, leurs juges, leurs bourreaux les poursuivaient, et ils croyaient entendre encore le bruit des chaînes ou du couperet. En voyant sortir de prison les suspects, le peuple s'aperçut que toutes les -classes de la société avaient été également frappées, et que la Terreur s'était montrée aussi absurde qu'impitoyable.
Michelet, dans le premier volume de son Histoire du XIX^ siècle^ a décrit très exactement cette sortie des prisons : « Les sortants ayant usé leurs habits, allaient la plupart en costumes de fantaisie^ misérables, pauvres diables, souvent les coudes percés. Cela amusait, touchait. Aristocrates ou non, ils étaient devenus peuple, avaient reçu visiblement le baptême de l'égalité. )> Les révolutionnaires avaient été suspects comme les réactionnaires. Qui sortait du Plessis ? C'étaient les défenseurs de Nantes, ceux-là mêmes qui avaient repoussé les Vendéens. Qui sortait de la Conciergerie ? C'était Hoche, le meilleur des généraux de la Répubhque; Hoche, qui, sans le 9 thermidor, aurait été récompensé par le supplice delà conquête du Rhin. « On disait : c'est la République qui sort aujourd'hui de prison ! on pouvait dire : la Liberté ! quand on vit aortir
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Thomas Payne, ce grand citoyen des deux mondes, libérateur de l'Amérique, qui nous avait cependant préférés, s'étant fait Français. On pouvait dire : la France même, en ses noms les plus aimés, artistes, écrivains, poètes, la plupart bien inoffensifs! ce Florian tant chanté, ce Parny, dont tous les Français savent les vers par coeur ; Delille, qu'avait sauvé Chaur»ette !... Les femmes faisaient pitié. On lisait à leurs figures pâles quelle avait été leur terreur. Aux derniers mois surtout, n'ayant plus qu'une pensée, elles avaient oublié tout soin de leur personne. Celles du Plessis, n'ayant plus que des caracos de toile, semblaient de misérables ouvrières. Ailleurs, où elles avaient encore de belles jupes d'autrefois, dans quel état étaient-elles ? fripées, tachées et flétries! »
Les femmes qui vivaient encore se relevaient, tout étourdies de leur chute, et toutes surprises de n'être pas broyées. La transition entre le désespoir et le salut avait été si rapide, qu'on se réveillait comme après un long cauchemar, qui fait que, les yeux ouverts, on croit dormir encore. Pauvres femmes ! Que d'angoisses même dans leur liberté ! Que de fatales nouvelles on apprenait au seuil de la prison d'oia Ton partait ! Comme Paris était transformé Que devenir ? Où aller ? Où chercher un refuge ? De qui implorer la pitié ? On distinguait bien son ancienne demeure, mais on ne pouvait plus y rentrer : c'était
une propriété nationale. L'herbe poussait dans les rues et les cours du faubourg Saint-Germain désert. En retrouvant dans cette cité de deuil les vestiges de leur ancienne prospérité, les riches et les nobles d'autrefois, ayant tout perdu, leurs parents, leurs amis, leur fortune, leurs titres, leurs terres, leurs hôtels, étaient frappés de stupeur. Les naufragés se retrouvaient nus et dépouillés sur la plage.
Que de souffrances subsistaient ! Que d'ouvriers sans travail, que de boutiques encore fermées ! Sous la Terreur, comme on forçait de vendre à perte, c'était à qui ne vendrait pas. Le commerce n'allait reprendre que bien lentement. Les hommes substituaient à la carmagnole des habits ; mais comme ces habits étaient simples ! (( Les femmes (sauf un ruban peut-être) n'achetaient encore rien du tout. Elles étaient fort malheureuses. Il était grand temps que la vie ordinaire, le train du monde reprît. Elles mouraient de faim. Telle comtesse cousait des chemises; telle marquise était ravaudeuse ; d'autres allaient humblement offrir des leçons de clavecin, ou vous forçaient de laisser faire votre portrait. Mais, souvent, leurs petits talents d'agrément, jadis tant loués, aujourd'hui mis à des épreuves sérieuses, leur valaient de durs compliments. Après cent courses dans la boue, mal accueillies, mal payées, elles remontaient en pleurant manger leur pain sec au grenier. »
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M""^ de Beauharnais trouva un refuge, avec ses enfants, à Fontainebleau, chez son beau-père. L'âme de ce vieillard était brisée par la mort de son fils chéri, Alexandre ; le deuil était dans sa maison, et, presque ruiné, il avait de la peine à nourrir sa belle-fille et ses petits-enfants. Mais au moins Joséphine avait un toit pour s'abriter, tandis que bien d'autres femmes, autrefois heureuses et fortunées, n'avaient plus de famille^ plus de domicile. Leurs maisons étaient fermées, démeublées, scellées, vendues. Le monde se rouvrait à elles en ruines, vide et désert. Parfois une personnecharitable, une marchande, une ancienne domestique, donnait un pauvre asile à ces grandes dames privées de tout. On se gênait, on se serrait; on partageait le peu de pain qu'on avait, dans ce temps-là où à la Terreur succédait la famine. Et cependant, au milieu de tant d'épreuves et après de si terribles catastrophes, avec les souffrances du présent et les menaces de l'avenir, on n'était pas encore trop triste. Michelet raconte qu'il demanda bien souvent aux gens qui avaient vu cette époque : « — Que pensait-on, que voulait-on, au mois d'août 1794, après cette secousse immense? — Vivre! répondaient-ils. — Et quoi encore ? — Vivre ! — Et qu'entendez-vous par là ? — Se promener au soleil, sur les quais, sur les boulevards, respirer, regarder le ciel, les Tuileries un peu jaunissantes, se tâter et se sentir la tête sur les épaules, se dire : Mais je vis encore ! »
— On arrivait à la place de la Concorde ; on admirait les loisirs de la guillotine; elle commençait un long chômage. Qu'allait devenir Samson ? On en fit une gravure, où l'on voyait l'infortuné qui, désolé de ne rien faire, se guillotinait luimême. Petit à petit, on renaissait à l'existence; on faisait entre amis, entre parents, des dîners bien modestes, mais où la joie de se revoir, de se parler, de se raconter les épreuves par lesquelles on avait passé suppléait à la simplicité du repas. Chaque convive avait la discrétion d'apporter dans sa poche son petit morceau de pain, car le pain était alors un objet de luxe. La mise était aussi simple que la table. Telle grande dame devait rester en chemise pour laver ou pour raccommoder son unique robe.
La réaction thermidorienne faisait chaque jour des progrès ; mais les terroristes ne désarmaient pas : ils étaient convaincus que, tant que le club des Jacobins subsistait, ils pouvaient prendre leur revanche. Billaud-Varennes disait : «( Le lion n'est pas mort quand il sommeille, et, à son réveil, il extermine tous ses ennemis. » Les émigrés ne rentraient pas, et personne n'eût encore osé prononcer le nom de royauté. Les monarchistes eurent besoin d'environ cinq mois pour se ranimer un peu. Au lendemain du 9 thermidor, leurs agences étaient encore dans des cachettes, des caves, des greniers. Chacun se demandait si la Terreur n'allait pas recommencer,
et chaque discours violent à la Convention ou au club des Jacobins réveillait les anciennes inquiétudes. Plus d'un conventionnel, qui avait puissamment contribué au 9 thermidor, n'ayant eu d'autre idée que de sauver sa tête, prétendait encore menacer celle des autres ; il avait voulu supprimer Robespierre, et non la Terreur. Mais l'opinion publique fut plus forte que ce calcul. Le parti de la justice et de l'humanité finit par prévaloir. Toute la nation cria que la journée avait été contre la tyrannie, et cette croyance la fit finir. Après quelques instants d'hésitation et un reste de frayeur, la réaction s'organisa. L'heure approchait où la jeunesse dorée allait, avec ses cannes et ses gourdins, avoir raison des derniers terroristes, et fermer le club des Jacobins, cette dernière citadelle des hommes qui regrettaient Robespierre.
Le triomphe de la jeunesse dorée, c'est la revanche du plaisir contre l'ennui, de la sécurité contre la terreur, de la vie contre la mort. C'est la gaieté, la danse, la musique, l'amour. Assez de brouet noir! assez de Jacobins ! assez de guillotine ! On est en république, mais au moins qu'elle soit athénienne ! Et que les buveurs de sang rentrent sous terre! La presse, redevenue libre, poursuit avec acharnement la queue de Robespierre; le journal de Fréron, VOrateur du Peuple, invite la jeunesse dorée « à sortir de son sommeil léthargique pour venger les vieillards, les femmes et les enfants^ en exterminant les massacreurs. )> Les jeunes gens qui ne prendraient point part à ce mouvement réactionnaire seraient mis à l'index par les jolies femmes. Ce sont elles qui arment du bâton vengeur le bras de leurs amoureux; ce sont elles qui, par leurs sourires, leurs félicitations, leur tendresse encouragent la bande des
muscadins, la jeunesse dorée. Ces muscadins, ce ne sont pas des nobles — les nobles ne reviendront que plus tard de Témigration — ce sont des bourgeois, de petits rentiers, des commerçants, des commis de magasin. Les voilà embrigadés, J pleins d'ardeur, de confiance en eux-mêmes, décidés à aller jusqu'au bout. Ils se sentent soutenus par l'opinion publique et sûrs de la victoire. Aussi, comme ils sont vigoureux, alertes, prêts à la lutte! Rien ne les amuse plus qu'une dispute ou une rixe. Habiles aux exercices du corps, . bons joueurs de paume, grands coureurs au i Ghamp-de-Mars, ils cherchent les occasions de montrer leur force physique. On les retrouve partout avec leur allure fière, leur mine provoquante, dans les promenades, les cafés^ les théâtres. Ils n'ont besoin ni d'épées, ni de poignards, ni de pistolets. Leur bâton leur suffit pour se frayer la route au milieu des attroupements, et pour frapper quiconque semble vouloir les regarder d'un mauvais œil. Le Père Duchesne essaierait en vain de prendre sa grosse voix. Ses grandes colères ne feraient plus trembler. C'est à peine si elles feraient rire. La voyez-vous^ la bande de la jeunesse dorée, qui va, le soir, rue Saint-Honoré, invectiver les Jacobins se rendant à leur club ? Les marchands des quartiers réactionnaires envoient, après souper, la foule de leurs commis prêter main-forte aux Muscadins. Le temps n'est plus où l'on se vantait d'une car-
magnole comme d'un manteau de triomphe, où le nom de sans-culotte était un titre de gloire. L'aristocratie des haillons abdique. Les bonnets rouges vont disparaître, tout comme les talons rouges ont disparu. Ecoutez la chanson à la mode :
Rhabillez-vous, peuple français, Ne donnez plus dans les excès
De nos faux patriotes ; Ne croyez plus que d'être nu Soit une preuve de vertu,
Remettez vos culottes.
Distinguez donc l'homme de bien Du paresseux et du vaurien
Et des faux patriotes ; Peuple honnête et laborieux, Ne vous déguisez plus en gueux,
Remettez vos culottes.
Ne jugez jamais sur l'habit Du sot ou de l'homme d'esprit.
Ni des bons patriotes; Bourgeois, rentiers, richards, marchands.
Feraient périr mille artisans,
S'ils allaient sans culottes.
De l'homme soutenez les droits.
Mais sans désobéir aux lois,
Soyez bons patriotes ; Concitoyens, sans vous fâcher.
Cachez ce que l'on doit cacher.
Remettez vos culottes !
Mais il y a certains concitoyens qui se fâchent ; les Jacobins ne veulent pas fermer leur club; les terroristes méditent la revanche. Alors les Muscadins, qui ont d'abord ri, s'indignent. Ils s'apprêtent à une lutte décisive. Voici déjà qu'ils ont
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leur Marseillaise, leur chant de gi^erre. C'est l'hymne qui va devenir fameux : h Réveil du Peuple.
Un soir, au théâtre de la République, rue de Richelieu, on donne la première représentation d'une pièce intitulée : la Bayadère. L'auteur est une femme, une actrice du théâtre, la jolie et spirituelle M"« Candeille, dont une autre pièce, la Belle Fermière, a eu beaucoup de succès. Mais M'i« Candeille a figuré, par réquisition, plus que par zèle, dans les fêtes populaires, comme déesse de la Raison ou de la Nature. On l'a vue sur les brancards des sans-culottes portée processionnellement dans les rues. Ce souvenir indispose le public. Il siffle la Bayadère, qui tombe à plat. Au moment oià le rideau se relève pour la seconde pièce, un papier est jeté sur le devant de la scène. Le parterre crie : « Lisez le papier. » C^est un coup monté. On veut que le lecteur soit un nommé Fusil, comédien subalterne, qui s'est signalé par ses excès révolutionnaires à Lyon. Fusil se trouble, il ne peut pas lire. Alors on appelle Talma, Talma, l'ami des Girondins. Le grand artiste prend la parole; il se recommande de la mémoire de ses amis morts sur l'échafaud : puis, tandis que Fusil, à genoux, tient un flambeau, pour l'éclairer, il lit, de sa voix la plus tragique, le papier qui émeut tant le public. Ce sont des Vers, des strophes vengeresses :
Peuple français, peuple de frères, Peux-tu voir, sans frémir d'horreur, Le crime arborer la bannière Du carnage et de la terreur ?
Tu souffres qu'une horde atroce Et d'assassins et de brigands Souille de son souffle féroce Le territoire des vivants.
Quelle est cette lenteur barbare ?
Hâte-toi, peuple souverain, De rendre aux monstres du Ténare Tous ces buveurs de sang humain.
Guerre à tous les agents du crime !
Poursuivons-les jusqu'au trépas 1 Partage Thorreur qui m'anime.
Ils ne nous échapperont pas.
Ah! qu'ils périssent ces infâmes.
Et ces égorgeurs dévorants, Qui portent au fond de leurs âmes Le crime et l'amour des tyrans !
Mânes plaintifs de l'innocence.
Apaisez-vous dans vos tombeaux ! Le jour tardif de la vengeance Fait enfin pâlir vos bourreaux.
Voyez déjà comme ils frémissent !
Ils n'osent fuir, les scélérats !
Les traces du sang qu'ils vomissent Bientôt décèleraient leurs pas.
Oui, nous jurons sur votre tombe, Par notre pays malheureux.
De ne faire gu'une hécatomlDe De ces cannibales aff'reux.
A la voix vibrante de Talma, tous les cœurs tressaillent. De strophe en strophe, l'indignation contre les Jacobins s'accroît, va jusqu'au paroxysme. Les yeux sont pleins d'éclairs. Les applaudissements et les cris retentissent, comme un ouragan formidable. C'est de la colère, du délire, de la frénésie. La pièce de vers que vient
gÔ LA JEUNESSE DE l'iMPÉRATRICE JOSÉPHINE
de lire l'illustre tragédien a pour titre : le Réveil du Peuple. Bientôt elle sera mise en musique. On va la chanter dans les théâtres, dans les rues, à Paris d'abord, puis dans toute la France. A la Convention^ avant l'ouverture des séances, elle sera entonnée en chœur dans les tribunes, sans que le président essaie de faire faire silence. Les Muscadins ne se possèdent plus de joie. Leur gourdin leur paraît être un sceptre. Au Perron, rue Vivienne, au Palais-Royal, ils apparaissent en triomphateurs. Ils prennent des airs d'ancien régime. Le soir, aux galeries de bois, ils piaffent, jouant aux marquis, en attendant que les marquis reviennent.
Et cependant rien n'est fait, tant qu'il reste quelque chose à faire. Il y a encore un dernier repaire à forcer : le club des Jacobins. « Qui croirait, dit Michelet, que cette société des Jacobins, réduite à cinq ou six cents personnes, qui criait dans le désert, pût paralyser Paris ? Eh bien ! tant qu'on l'entendait, on restait comme suspendu, on ne faisait rien, on n'achetait rien. On se disait : « Il faut voir! Si la Terreur revient demain ? » Ni les poches ni les cœurs ne pouvaient se dilater. Cette voix qui disait toujours : terreur, échafaud, guillotine, était comme un glas sinistre sonnant une même note : la mort. Elle rappelait la clochette aiguë de l'Hôtel de Ville, qui, dans la nuit de Thermidor, glaça tellement les esprits. »
En avant donc, les Muscadins ! en avant la Jeunesse dorée ! M'^^Tallien — car c'est ainsi que s^'appelle maintenant l'ancienne marquise deFontenay — M™^ Tallien vous encourage. Elle vous pousse à Tassant du club des Jacobins. Elle vous fera mettre la clef sur la porte de cet antre du terrorisme.
Le 19 brumaire^ an ÏII (9 novembre 1794), au moment où la séance des Jacobins va commencer, et où les femmes entrent dans les tribunes, une trentaine de Muscadms stationnent aux portes de la salle, et injurient les anciennes furies de la guillotine, qu'ils reconnaissent. Dans la salle, Carrier, dont la Convention est en train de décider le sort, fait Tob jet de tous les entretiens. Au dedans, comme au dehors, l'agitation est à son comble. La troupe arrive pour rétablir Tordre aux abords du club. On porte sur un brancard un jeune homme blessé. Les Muscadins s'écrient : « En voilà un que les Jacobins ont assassiné. Ils veulent sauver Carrier. Ils assassinent le peuple! » Des représentants arrivent à cheval. Un homme, vêtu en charbonnier, leur dit : « Ils ont tué mon frère, ils ont égorgé cent mille Français. » L'ordre se rétablit peu à peu. Les femmes s'en vont, chacune au bras d'un homme. C'est Tavant-dernière séance des Jacobins.
Leur dernière séance a lieu le lendemain. Ils ont essayé de faire croire que la veille leurs sœurs avaient été frappées et violées. Mais leurs plaintes
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n'ont pas eu d'écho dans le public. Les femmes viennent, comme à l'ordinaire, dans les tribunes du club. Dès six heures du soir, elles sont à leur poste. A sept heures, les hommes entrent dans la salle. Ils chantent la Marseillaise^ comme pour s'enhardir à la lutte. Mais les réactionnaires ripostent en chantant le Réveil du Peuple. Au même moment les Muscadins envahissent la cour. Les Jacobins ont fait vainement appel aux sections révolutionnaires des faubourgs. Personne ne vient les secourir* Il faut quitter la salle. Les tricoteuses s'en vont confuses. Les Terroristes sont heurtés, culbutés, et finissent par sortir aussi, protégés par une double haie de soldats qui empêchent le tumulte et les rixes. Les représentants, amis de ]V[me Tallien, ferment alors à clef les portes de cette salle, d'où avaient été déchaînées de si terribles tempêtes. Ils mettent les scellés sur ce local jadis si redoutable. C'en est fait^ le club des Ja^ cobinsavécu.
LA SOCIÉTÉ EN l'aN III
Les Jacobins fermés, Paris respira. Ils avaient tant parlé de la mort, qu'à leur clôture il sembla que la mort était supprimée. Alors ce fut une véritable explosion de joie. On oublia tout ce qu'on avait souffert. On espéra qu'on ne souffrirait plus. Se réveillant comme au sortir d'un mauvais rêve, il arriva aux Parisiens ce qui arrive aux soldats le soir d'une grande bataille. Le sol était jonché de tant de cadavres, et il y aurait, eu tant à pleurer qu'on ne pleura plus du tout. Gomme dans les temps d'épidémie, le grand nombre des catastrophes émoussa la sensibilité. Sans doute une société plus sérieuse, etsurtoutpluschrétienne,serait sortie, purifiée par le baptême du sang, du gouffre où la Terreur l'avait plongée. Elle aurait offert à Dieu ses souffrances; elle y aurait vu la juste punition de l'impiété et des scandales de tout un siècle. Son attitude aurait été triste, recueillie, austère. Mais de pareils sentiments n'existaient que dans un petit nombre d'âmes d'élite. Paris
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n'était ni régénéré, ni converti. Il avait des regrets plutôt que des remords. Ce qu'il regrettait, c'était Télégance, le plaisir. Il trouvait que la Terreur avait été maussade autant qu'odieuse, et lui reprochait d'avoir mal connu le caractère français. Paris, à son réveil, se montra aussi léger qu'au temps de la Régence. De même que les grands malheurs de la guerre de succession ne lui avaient inspiré aucune idée grave, de même les cataclysmes de la Terreur ne le ramenèrent pas aux principes de religion et de morale. La grande préoccupation fut de danser. Partout s'ouvrirent des bals publics. On se sentait pris d'une joie folle en dansant sur le volcan qui venait de s'éteindre. On transforma en salles de bal même des cimetières. Sur la porte sculptée de celui de Saint-Sulpice, au-dessous de l'inscription latine : Has ultra metas heatam spem expectantes requiescuntj on lisait l'enseigne : Bal de: Zéphirs. Les parents des guillotinés se donnaient des fêtes spéciales, les bals des victimes. Pour y être admis, il fallait justifier d'un parent mort sur l'échafaud. On y dansait en deuil, avec un crêpe au bras.
Dans toutes ces fêtes à bon marché, point de grandes toilettes, point d'apparat, point de luxe. Personne ne parle encore de royalisme. Les émigrés ne sont pas revenus. Le langage reste familier. On n'est pas encore arrivé aux phrases quintessenciées, aux vêtements prétentieux qui seront de mode sous le Directoire. Le temps des
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incroyables et des merveilleuses n'est pas venu. C^est dans les bals publics que les jeunes filles viennent chercher des maris. On se marie beaucoup après la Terreur. On dirait qu'on a hâte de combler dans la population les vides qu'y a faits la guillotine. Le commerce reprend un peu. Les murs sont barioles d'affiches de cent couleurs. Il y a du monde dans les restaurants. Les hôtels garnis se remplissent de voyageurs. Les concerts du théâtre Feydeau (situé sur l'emplacement où l'on ouvrira plus tard une partie de la rue et de la place de la Bourse) ont une vogue incroyable. Trois jours d'avance on fait queue au bureau, pour obtenir une place, et pouvoir applaudir le chanteur Garât, dont le succès va aux étoiles. On s'amuse sans faste, sans prétention, mais avec un entrain extraordinaire. Les fonctionnaires n'étalent aucun luxe, et les ministres n'ont pas plus d'apparat que les autres citoyens. Ne jouissant que d'un médiocre traitement en assignats, ils n'ont pas de frais de représentation, et ce qu'on appelle dans d'autres temps le monde officiel n'existe pas. Mais les liens sociaux se renouent graduellement. La France cesse d'être, pour ellemême et pour l'étranger, un objet d'épouvante. Les individus et les familles que la Terreur avait isolés recommencent à se réunir.
La justice et l'humanité sont à l'ordre du jour, même à la Convention. Le i8 frimaire an III (8 décembre 1794), elle rappelle dans son sein les
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soixante-treize députés détenus par suite des événements du 3i mai 1793. Le i^-" nivôse (2 ( décembre), elle rend un décret qui rapporte les lois du maximum. Toutes les conditions économiques se trouvent ainsi changées, et du même coup la moralité et la légitimité des actes. Hier, on vous aurait coupé le cou pour des transactions qui, aujourd'hui, sont complètement licites. Le luxe reparaît donc, mais encore timidement. Ce ne sont plus les magnificences d'autrefois, mais c'est de la propreté, un certain décorum, presque l'élégance. Les jeunes gens ne redoutent plus de se faire habiller chez un tailleur; ils n'ont plus à craindre que la réquisition ne leur enlève leur cheval. Les Muscadins portent la tête haute. Leur campagne contre les Terroristes est couronnée d'un plein succès. Les hommes de sang ont été forcés de courber la tête. Ils ont, pendant quelques mois, essayé de justifier leurs actes ; mais le flot de l'indignation populaire a fini par les emporter.
« Les Jacobins qui avaient trempé dans la Terreur, a dit Mme de Staël \ tels que Lebon et Carrier, se faisaient presque tous remarquer par le même genre de physionomie. On les voyait lire leur plaidoyer avec une figure pâle et nerveuse, allant d'un côté à l'autre de la tribune de la Convention, comme un animal féroce dans sa cage ; étaient-ils assis, ils se balançaient, sans se lever I. Considérations sur la Révolution française.
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ni changer de place, avec une sorte d'agitation stationnaire qui semblait indiquer seulement l'impossibilité du repos. »
Carrier n'a pas tardé à faire horreur. Le 3 frimaire III, il a été mis en accusation par 498 conventionnels sur 5oo votants. Son procès n'occupe pas moins de soixante séances; l'imagination populaire en est profondément frappée. On croit voir les noyades de Nantes dans leur lugubre horreur : la Loire ensanglantée, les cris de détresse, les cadavres livides. Un immense mouvement de pitié pour les victimes et de colère pour les bourreaux se produit dans la foule, qui suit avec angoisse tous les détails de ce procès, le plus terrible des causes célèbres, et qui se demande avec une douloureuse surprise comment de telles cruautés ont pu se commettre dans un pays civilisé. Les journaux réactionnaires sont remplis d'invectives contre la Révolution. A les en croire, elle n'a été « qu'une Saint-Barthélémy philosophique de cinq années. »
Les Muscadins choisissent le 21 janvier 1796, deuxième anniversaire de la mort de Louis XVI, pour faire une grande démonstration contre la mémoire de Marat. Ils ont fabriqué un mannequin qui est censé le représenter dans le plus sale costume de la Terreur, avec des cheveux plats coupés en rond, des gouttes de sang sur le visage, et tenant d'une main un portefeuille plein d'assignats, de l'autre un poignard. On
porte sur un brancard le mannequin assis dans un fauteuil de paille. On le conduit d'abord au Carrousel, où est l'espèce de chapelle ridicule dans laquelle ont été déposées comme des reliques la baignoire et la lampe de Marat, puis rueSaint- Honoré, à la porte du club des Jacobins. Alors le mannequin est brûlé aux applaudissements de la foule, et les cendres en sont jetées dans un égout.
Cependant, aux passions politiques va succéder une autre fureur, celle de l'agiotage. Depuis le 10 thermidor, les assignats dont la valeur n'était plus soutenue par la violence, se dépréciaient tous les jours avec une effrayante progression ; mais, comme cette progression était moins rapide à Paris que dans les départements, et particulièrement dans les villes de commerce, il s'en»suivait que, par une opération facile, on pouvait réaliser des bénéfices considérables en allant acheter dans ces villes, avec du numéraire, du papier qu'on rapportait à Paris pour l'y échanger contre de l'or, et qu'on retournait vite échanger en province, ainsi de suite. L'assignat était tombé plus bas encore que ne Tavaient prévu les adversaires du papier-monnaie, lors des discussions de l'Assemblée constituante. Faute de numéraire, on en venait aux moyens primitifs de commerce chez les sociétés en enfance, c'est-à-dire aux échanges en nature. Bientôt chacun, muni de marchandises dont il n'avait pas personnellement besoin.
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se fit commerçant. On entendait dans toutes les bouches dés termes de courtage ; les salons se convertissaient en boutiques d'épicerie. Les mains des jolies femmes s''exerçaient aux travaux d'emballage. Arnault a décrit ^ cette fièvre d'agiotage, qui n'avait pas été plus active et plus générale au temps de Law : « Les denrées seules conservant leur valeur, chacun se hâtait d'échanger son papier contre des denrées qu'il revendait au fur et à mesure de ses besoins. Ce genre de trafic se faisait partout : au tribunal, dans les salons, dans les théâtres, à la Bourse. Les gens s'abordaient rarement sans se proposer une partie de sucre ou de percale, de café ou d'indigo, et sans tirer de leur poche, tout en se donnant une main, un échantillon, qu^ils se présentaient, de la main qu'ils ne se serraient pas ; puis, sans explication, sans discussion, sans l'intervention de quelque courtier que ce fût, le marché se consommait, à l'instant même; le contractant repassait à un autre acheteur qui traitait aussi sur échantillon. »
Pendant que Paris se livrait à ce commerce universel, la situation s'était assombrie. Malgré les Muscadins, on craignait un retour de la Terreur. C'était la misère, la famine qui causaient de telles inquiétudes. Mercier écrivait dans ses Annales patriotiques^ au printemps de 1796 : « Il serait difficile de trouver aujourd'hui sur le globe un peuple aussi malheureux que l'est celui qui ha-