‹ Les femmes des TuileriesChapitre 23 sur 49 · MADAME DE STAËL I I I · texte numérisé non relu

MADAME DE STAËL I I I

quier dans le monde diplomatique et dans les rangs de l'aristocratie européenne. La nouvelle baronne, qui aspirait à tous les succès, eut un salon brillant, spirituel entre tous. Homme d'un réel mérite, son mari disparaissait cependant à côté d'elle ; ce n'était, pour ainsi dire^ qu'un prince-époux, M^^^ de Staël régnait et gouvernait.

Les idées nouvelles enthousiasmèrent cette femme à l'imagination ardente. Elle y vit l'occasion de se montrer, de déclamer, de s'exalter. La renommée de. son père, qui, pendant quelque temps, fut l'idole de la foule, la remplit de joie et d'orgueil. Les plus flatteuses chimères séduisirent son esprit; elle crut, avec la naïveté de l'enthousiasme, que l'humanité allait entrer dans une période de bonheur et de progrès sans limites. Fière de son influence, pleine d'ambition, de confiance en elle-même, elle s'imagina que son génie allait régénérer le monde. Elle fut Tinspiratrice des Constitutionnels, comme M^^^ Roland fut celle des Girondins. Le jeune et brillant comte de Narbonne, ministre de la guerre en 1792, la prit pour Egérie. Elle crut à une monarchie à trois pouvoirs pondérés, comme en Angleterre, et à l'avènement d'un régime idéal qui se nomme l'ordre et la liberté. Les catastrophes qui vinrent ensuite ne la découragèrent pas. Quand le ciel se fut rembruni, quand son père eut perdu toute popularité, elle se réfugia avec lui dans sa terre

de Coppet, en Suisse, et laissa passer le formidable orage qui grondait sur la France. Mais elle resta fidèle aux idées parlementaires qui étaient son credo politique.

M"^^de Staël représentait l'école desdoctrinaires. L'opposition que les hommes d'ancien régime avaient faite aux idées de son père et aux siennes n'avait eu d'autre résultat que de la rendre plus attachée à un système qu'elle regardait comme la loi de l'avenir. Elle ne voulait admettre ni que ses espérances avaient été des illusions, ni que l'âge de fer était venu, au lieu de l'âge d'or tant rêvé. Pour elle, son père était toujours le modèle des hommes d'Etat, le financier irréprochable, le politique infaillible. Elle était convaincue que si elle avait été écoutée de Louis XVI, Louis XVI aurait été sauvé. Du fond de sa retraite de Coppet, elle n'avait qu'une idée : reparaître à Paris, y rouvrir son salon, y faire un cours de parlementarisme, y contribuer, par sa parole, par son autorité, à la fondation d'une république selon son cœur. Aussi, fut-elle charmée quand la Suèd£, ayant reconnu le nouveau gouvernement français, elle revint en 1796, à Paris, où le baron de Staël avait repris son poste d'ambassadeur.

A ce moment, la société diplomatique commençait à se reconstituer. Les envoyés des Etats- Unis, de Genève, de Venise, de Hambourg, n'avaient pas cessé de résider à Paris. On y vit

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