‹ Les femmes des TuileriesChapitre 24 sur 49 · MADAME DE STAËL I I · texte numérisé non relu

MADAME DE STAËL I I

arriver les représentants de la Toscane, de la Hollande, de la Suède, etla République fit la paix avec la Prusse, le 5 avril 1795, avec l'Espagne, le 22 juillet. Les usages diplomatiques reprenaient, et M"^^ de Staël donnait le ton à cette société étrangère, qui trouvait qu'après tout Paris avait encore du bon. Elle excellait à se mouvoir au milieu d'éléments disparates. Royaliste par son passé, républicaine par ses tendances nouvelles, bourgeoise par sa naissance, grandedameparson mariage, ayant des relations et des amis dans tous les campsj passionnée à la fois et pour la mémoire de Marie-Antoinette et pour les principes de la Révolution française, elle avait ce qu'il fallait pour être l'héroïne d'une période de transition, et ses antécédents, loin de la gêner, facilitaient son rôle, et augmentaient son influence. Thibaudeau a dit d'elle : « Dans des temps ordinaires, avec la force de son esprit et la vivacité de son imagination, elle eût toujours obtenu des succès dans les lettres ; mais la Révolution lui ouvrait encore une autre carrière : elle devint un personnage politique et littérair(5. Elle avait connu toutes les individualités célèbres ou fameuses de la cour et des Assemblées nationales ; elle fut témoin de la plupart des événements... Quoique de l'école de Necker, elle n'avait pas la même candeur. Femme sans devoirs ni responsabilité politiques, elle savait se plier aux circonstances. Elle était franchement républicaine, sans renier son père, et

sans abandonner ses amis royalistes. Son salon était ouvert à tous les partis. On le lui pardonnait en faveur de son sexe, de son esprit, de ses talents, de ses principes. »

On voyait chez elle, à côté d'hommes de Tancien régime, qui, comme les Ségur et quelques autres, n'avaient pas émigré ou avaient obtenu par faveur la permission de rentrer en France, des personnages qui avaient marqué parmi les Terroristes. Elle a raconté elle-même, dans ses Considérations sur la Révolution française^ comment] ces derniers s'y prenaient pour essayer de justifier leur conduite : « Les apologies de ceux qui] avaient pris part à la Terreur,a-t-elle dit, étaieni vraiment la plus incroyable école de sophisme à] laquelle on pût assister. Les uns disaient qu'ils avaient été contraints à tout ce qu'ils] avaient fait, et l'on aurait pu leur citer milli actions spontanément sanguinaires; les autres] prétendaient qu'ils s'étaient sacrifiés au bien public,, et l'on savait qu'ils n'avaient songé qu'à se pré-j server du danger. Tous rejetaient le mal sur quelques-uns, et, chose singuHère, dans un pays immortel par sa bravoure militaire, plusieurs des chefs politiques donnaient simplement la peur comme excuse suffisante de leur conduite. Un conventionnel très connu me racontait, un jour, qu'au momentoùle tribunal révolutionnaire avait été décrété, il avait prévu tous les malheurs qui en étaient résultés^ et cependant, ajoutait-il, le

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