MADAME RÉCAMIER I
camier, triste et e'ternelle énigme qui ne laisse jamais deviner son mot même à Tamour... Tous les regards emportaient une ivresse, aucun cœur ne remportait une espérance. La divine statue n'était descendue pour personne de son piédestal ; l'audace de prétendre à une préférence ne se présentait à Tesprit de personne, comme si une telle préférence eût été quelque chose de trop divin pour un mortel. »
En 1795, M^^® Récamier, dans sa dix-Huitième année, et mariée depuis deux ans, était déjà célèbre. Quand elle paraissait dans un bal de souscription, dans un théâtre, dans une promenade, la foule se pressait autour d'elle pour admirer tous les détails de sa beauté : sa taille si souple, si élégante, son cou d'une forme exquise, sa bouche petite et vermeille, ses dents qui étaient des perles, ses bras charmants, quoique un peu minces, ses cheveux châtains naturellement bouclés, ses yeux doux et vifs à la fois, son nez si régulier, sa physionomie tout ensemble candide et spirituelle, indolente et fière, réservée et prévenante, son teint d'une incomparable fraîcheur, sa marche de déesse sur les nues ; il y avait dans la foule un frémissement de surprise, un long murmure de sympathie, et c'est le respect seul qui empêchait d'applaudir.
MADAME TALIJEN.
M"^^ Tallien n'a pas la coquetterie savante, mais réservée, voilée, pour ainsi dire, qui est celle de M"""" Récamier. Sa coquetterie est expansive, victorieuse, éblouissante. La femme qui le plus contribué à mettre un terme à la Terreur est bonne, serviable, généreuse ; mais elle aime le bruit, les agitations, les triomphes de tout genre. Les toilettes qu'elle préfère, ce sont les toilettes excentriques, les robes grecques^ les modes du paganisme, tout l'attirail qui fait ressembler une femme à une divinité de la Fable. Il y a beaucoup en elle du caractère des comédiennes. Il lui faut la clarté des lustres, les applaudissements d'un public idolâtre, les fanfares de la Renommée. Sa chaumière de l'allée des Veuves — nom prétentieux dans sa simplicité — ressemble à un décor d'Opéra. Tout y est préparé pour l'illusion scénique. L'ancienne marquise qui a fait des harangues républicaines dans les clubs de Bordeaux, avec un bonnet rouge sur sa jolie tête ; qui a posé