‹ Les femmes des TuileriesChapitre 30 sur 49 · MADAME DE BEAUHARNAIS · texte numérisé non relu

MADAME DE BEAUHARNAIS

M""^ de Beauharnais, en 1796, n'était qu'un satellite qui se mouvait autour de l'astre de M^^ Tallien. Depuis la mort de son mari, elle avait eu à lutter contre de grandes difficultés pécuniaires, un peu aplanies grâce à l'influence de Notre-Dame de Thermidor. Les biens du vicomte de Beauharnais ayant été confisqués après son supplice, sa veuve se trouva sans ressources. La famille de son mari était ruinée, et sa propre famille n'était pas plus heureuse. Sa mère ne lui envoyait pas d'argent. La Martinique étant tombée entre les mains des Anglais, les correspondances entre cette île et la France étaient devenues très difficiles. Quatre mois après le 9 Thermidor, Joséphine n'avait encore reçu aucune nouvelle de sa mère. Elle lui écrivit le 20 novembre 1794 : « Une personne qui part pour la Nouvelle-Angleterre se charge, ma chère maman, de vous faire parvenir cette lettre. Je serai bien heureuse qu'elle

puisse VOUS apprendre que votre fille et vos petits enfants se portent bien. Vous avez sans doute appris le malheur qui m'est arrivé ; je suis veuve depuis quatre mois. Il ne me reste de consolation que mes enfants, et vous, ma chère maman, pour unique soutien. Mon vœu le plus ardent est de nous voir réunis un jour, et j'espère bien que les circonstances nous serviront assez bien pour le voir se réaliser. Adieu, recevez mes tendres embrassements et ceux de vos petits-enfants. Il ne se passe pas de jours que nous ne parlions de vous et que nous n'aspirions au bonheur de vous voir. Adieu encore, ma chère maman. Votre fille qui vous aime de tout son cœur. Ne m'oubliez pas auprès des parents et amis. Bonjour à tous les nègres nés à l'habitation. »

M""^ de Beauharnais n'aurait su comment pourvoir à l'entretien de sa fille, si elle n'avait rencontré un appui amical chez un banquier de Dunkerque, M. Emmery. Elle écrivait à sa mère, le i®"* janvier 1796 : « Sans les soms de mon bon ami Emmery et de son associé, je ne sais ce que je serais devenue. Je connais trop votre tendresse pour avoir le plus petit doute sur l'empressement que vous mettrez à me procurer les moyens de vivre et de reconnaître, en m'acquittant^ ce dont je suis redevable à M. Emmery. «

Après être restée quelque temps à Fontainebleau, auprès de son beau-père, elle s'était fixée à Paris. Elle se souvint toujours avec re-

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