MADAME DE BEAUHARNAIS
sa vie une répulsion profonde. En choisissant, pour y placer sa fille, le pensionnat dirigé par une ancienne femme de la reine Marie-Antoinette, par M""^ Campan, elle montrait bien quelles étaient ses relations de famille, ses origines et ses sympathies. Un mois après la mort de Robespierre, M'^'' Campan n'ayant plus rien qu'un assignat de 5oo livres, et obligée de faire vivre toute une famille, avait eu Tidée de fonder à Saint-Germain un pensionnat de jeunes filles. Elle s'associa une religieuse, pour témoigner des principes dans lesquels elle voulait instruire ses élèves. N'ayant pas les moyens de faire imprimer ses prospectus, elle en copia cent exemplaires à la main, et les envoya aux personnes de sa connaissance qui avaient des filles à élever. Au début, elle n'avait que trois élèves ; au bout d'une année, elle en eut soixante, et bientôt après cent. MJ^^ de Beauharnais, qui avait conservé pour la mémoire de Marie-Antoinette un véritable culte, fut heureuse de confier sa fille Hortense, alors âgée de douze ans, et sa nièce Emilie de Beauharnais, la future M""" de Lavalette, à une femme qui avait été honorée de l'amitié de la reine martyre.
Vers l'automne de 1795, Joséphine alla passer quelques jours à Hambourg, pour y trouver des moyens plus sûrs de faire parvenir ses lettres à sa mère et de recevoir par des correspondants l'argent qui pourrait lui être envoj^é de la Mar-
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tinique. Elle ne se doutait guère alors des destinées prochaines qui Tattendaient. De Hambourg, elle écrivait à sa mère, le 3o octobre 1 794 : « Pourquoi ne sommes-nous pas réunis, ma chère maman ? Que de peines et de chagrins un tel bonheur n''eût-il pas épargnés à votre chère Yeyette ? Elle espère voir bientôt se réaliser ce qu'elle désire depuis si longtemps ; il faut pour cela suivre le conseil de nos bons amis^ qui est de faire passer ici tout ce que vous pourrez, et ensuite venir rejoindre vos enfants, qui vous aiment et vous chérissent. Recevez-en l'assurance et leurs plus tendres caresses. Adieu, ma bonne et bien-aimée maman. » Joséphine engageait inutilement sa mère à se rendre en France. Qui sait ? Celle qui allait être dans quelques années l'impératrice des Français et la reine d'Italie aurait peut-être été plus heureuse de partir pour la Martinique et d'y finir paisiblement ses jours dans l'habitation paternelle ! La gloire et le malheur lui auraient été ainsi épargnés ! Mais Dieu en avait décidé autrement. L'heure approchait où elle allait rencontrer sur sa route l'homme du Destin, celui qui devait lui faire verser tant de larmes de joie et tant de larmes de douleur ; celui qui lui réservait deux journées si différentes l'une de l'autre: le jour du couronnement et le jour du divorce !