BONAPARTE. REPUBLICAIN I;-I
cien, il leur dit : « Mes frères, il ne dépend que de moi départir pour Paris, dès demain, et je serai en position de vous y établir tous avantageusement. On m'offre la place de Henriot. Je dois donner ma réponse ce soir. Éh bien ! qu'en dites-vous ? » Joseph et Lucien hésitèrent un moment. Mais Napoléon croit voir sur le visage de Lucien un sentiment de joie. — « Eh! eh ! reprendil, cela vaut bien la peine d'y penser ; il ne s'agirait pas de faire l'enthousiaste. Il n'est pas si facile de sauver sa tête à Paris qu'à Saint- Maximin (Saint-Maximin est un petit endroit où Lucien occupe je ne sais quel emploi obscur). Robespierre le jeune est honnête, mais son frère ne badine pas ; il faudrait le servir. » Puis, changeant de ton, et faisant voir que sa résolution est prise, Napoléon s'écrie : « Moi, soutenir cet homme! non, jamais! Je sais combien je lui serais utile, en remplaçant son imbécile Henriot, mais c'est ce que je neveux pas faire. Aujourd'hui il n'y a de place honorable pour moi qu'à l'armée; prenez patience, je commanderai Paris plus tard.» Le soir, il retourne à Nice, et, pour expliquer son refus, sans se compromettre, il fait réclamer sa présence à l'armée comme indispensable, par le général Dumerbion. Robespierre part donc seul pour Paris, oii le supplice l'attend.
Cependant, après le 9 thermidor, Bonaparte va être accusé d'avoir été, le croirait-on? un parti-
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sari de la Terreur. Les représentants Albitte, Laporte et Salicetti veulent à tout prix le trouver coupable. On lui reproche d'avoir été remplir une mission à Gênes, et d'y avoir tramé une conspiration, de concert avec Robespierre et avec rétranger. Dans les temps de suspicion générale, une accusation, si invraisemblable, si absurde qu'elle soit, a toujours chance d'être crue. Les trois représentants rendent contre Bonaparte un arrêté ainsi conçu : « Au nom du peuple français, Liberté, Egalité. Les représentants du peuple près l'armée des Alpes et d'Italie, considérant que le général Bonaparte, commandant en chef l'artillerie de l'armée d'Italie, a totalement perdu leur confiance par la conduite la plus suspecte et surtout par le voyage qu'il a dernièrement fait à Gênes, arrêtent ce qui suit : Le général de brigade Bonaparte, commandant en chef l'artillerie de l'armée d'Italie, est provisoirement suspendu de ses fonctions. Il sera, par les soins et sous la responsabilité du général en chef de ladite armée, mis en état d'arrestation et traduit au Comité de salut public à Paris, souo bonne et sure escorte. Les scellés seront apposés sur tous ses papiers et effets, dont il sera fait inventaire par des commissaires qui seront nommés par les représentants du peuple Salicetti et Albitte, et tous ceux desdits papiers qui seront trouvés suspects seront envoyés au Comité de salut public. Fait à Barcelonnette,le 19 thermidor an II delaRépublique