‹ Les femmes des TuileriesChapitre 39 sur 49 · BONAPARTE, REPUBLICAIN · texte numérisé non relu

BONAPARTE, REPUBLICAIN

française une et indivisible et démocratique (6 août T794). )) La protestation de Bonaparte est éloquente. On y reconnaît déjà son style, si laconique, si vigoureux. « Vous m'avez, dit-il, suspendu de mes fonctions, arrêté et déclaré suspect. Me voilà flétri sans avoir été jugé, ou bien

jugé, sans avoir été entendu Depuis l'origine

de la Révolution, n'ai-je pas toujours été attaché à ses principes ? Ne m'a-t-on pas toujours vu dans la lutte, soit contre les ennemis internes, soit comme militaire, contre les étrangers ? J'ai sacrifié le séjour de mon département, j'ai abandonné mes biens, j'ai tout perdu pour la République. Depuis, j'ai servi sous Foulon avec quelque distinction, et j'ai mérité à l'armée d'Italie la part de lauriers qu'elle a acquise à la prise de Saorgio, d'Oneilie et de Tanaro. » Bonaparte prend à partie les deux représentants auxquels il adresse sa protestation : « Salicetti, dit-il, tu me connais. As-tu rien vu, dans ma conduite de cinq ans, qui soit suspect à la Révolution ? Albitte, tu ne me connais point. L'on n'a pu te prouver aucun fait; tu ne m'as pas entendu; tu sais cependant avec quelle adresse quelquefois la calomnie siffle. Dois-je être confondu avec les ennemis de la patrie, et des patriotes doivent-ils inconsidérément perdre un général qui n'a point été inutile à la République ? Des représentants doivent-ils mettre le gouvernement dans la nécessité d'être injuste et impolitique? Entendez-moi, détruisez

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Toppression qui m'environne, et restituez-moi l'estime des patriotes. Une heure après, si les méchants veulent ma vie, je l'estime si peu, je l'ai si souvent méprisée, que je la leur abandonne ! Oui, la seule idée qu'elle peut être '{ encore utile à la patrie me fait en soutenir le fardeau avec courage. »

L'arrestation de Bonaparte dure quinze jours, et, au bout de ce temps, il est réintégré dans son emploi, mais seulement à titre provisoire. Il n'est pas au bout de ses épreuves. Après avoir connu la malveillance des représentants en mission, il va se trouver aux prises avec celle des bureaux de la guerre. C'est le moment où, à Paris, l'on procède à la révision des grades. On trouve que l'avancement de Bonaparte a été trop rapide ; et qu'un général de vingt-cin<] ans est trop jeune. Bonaparte se décide à se rendre à Paris, pour y défendre son grade. Il part, accompagné de son frère Louis et de Junot, et, après s'être arrêté quelques jours en route chez le pèredeMarmont, àChâtiUon-sur-Seine, où il apprend l'insurrection du i«' prairial, il arrive, le 25 mai 1795, à Paris,

BONAPARTE A PARIS EN lygS.

L'homme qui, dans quelques années, fera faire antichambre aux rois, va paraître en solliciteur devant d'obscurs conventionnels. Le vainqueur qui habitera les Tuileries, Schœnbrunn, le Kremlin, occupera successivement à Paris, en 1795, trois logements bien modestes, rue du Mail, rue de la Michodière, rue des Fossés-Montmartre^ à rhôtel de la Liberté. Le grand empereur triomphant n'est encore que le petit officier corse, chétif et malingre, pauvre et triste. Le dispensateur des trésors du monde manque de pain. Le potentat qui endossera le costume du sacre, n'a que des habits râpés. Ce qu'on appellera plus tard la majesté n'est encore que de la bizarrerie. La foule passe à côté de son futur souverain, sans se douter qu'il sera son maître. Ce n'est pas le César majestueux, à l'air imposant, olympien. Son visage, qui, plus tard^ s'arrondira, s'éclaircira, s'embellira, est osseux, jaunâtre, maladif même ; ses traits, qui prendront de la rondeur,

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sont anguleux, pointus ; ses mains qui deviendront si belles, sont maigres, longues et noires ; ses cheveux, mal peignés, mal poudrés, lui donnent un aspect désagréable. Est-ce bien làcette figure qui, sous le diadème en lauriers d'or du couronnement sera magnifique ? Dans cet homme extraordinaire, surprenant, il doit se produire, même au physique, une prodigieuse métamorphose. Ecoutez la duchesse d'Abrantès, dont les Mémoires contiennent tant de curieux détails sur l'époque. « Lorsque, je me représente, dit-elle, Napoléon entrant, en 1796, dans la cour de rhôtel de la TranquilUté, rue des Filles-Saint- Thomas, la traversant d'un pas assez gauche et incertain, ayant un mauvais chapeau rond enfoncé sur ses yeux, et laissant échapper ses deux oreilles de chien (longs cheveux tombant de chaque côté du visage)^ ses deux oreilles de chien, mal poudrées et tombant sur le collet de cette redingote gris de fer, devenue depuis bannière glorieuse, tout autant pour le moins que le panache blanc de Henri IV; sans gants, parce que, disaitil, c'était une dépense inutile; portant des bottes mal faites, mal cirées, et puis tout cet ensemble maladif résultant de sa maigreur, de son teint jaune; enfin, quand j'évoque son souvenir de cette époque, et que je le revois plus tard, je ne puis voir le même homme dans ces deux portraits. »

Un dame, qui connut le futur vainqueur d'Aus-

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