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symbole de la gloire militaire, la chapelle, sanctuaire élevé sur une partie de l'emplacement de la salle des machines, cette salle où le jeune Louis XIV dansa des ballets, qui servit de local à rOpéra, au Théâtre-Français, à la Convention, où Molière donna sa Psyché^ Beaumarchais son Barbier de Séville^ où Voltaire vivant eut les honneurs de l'apothéose, où, après les conventionnels, siégèrent les membres du Conseil des Anciens. Puisque le sort en est jeté, puisque les Tuileries vont être rasées du sol, que, du moins, leur souvenir subsiste ! Essayons de faire renaître par la pensée le palais et les femmes qui en furent les héroïnes. Que les imaginations, à défaut des ruines, qui ne sont plus, soient désormais hantées par les fantômes de ces femmes illustres, et demandons aux mortes de faire revivre le passé !
Les monuments où, depuis la Révolution, se sont accomplis les événements principaux de notre histoire, ont disparu Jes uns après les autres. Il aurait été bien curieux, bien émouvant de parcourir la salle du Manège, où retentit la voix des grands orateurs de l'Assemblée constituante, de l'Assemblée législative et de la Convention, de pénétrer dans le donjon du Temple, dans la cellule où Louis XVI médita et pria. De la salle du Manège et du Temple, il ne reste
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pas une seule pierre. Le petit hôtel de la rue Chantereine, (rue de la Victoire) où furent préparées la première campagne d'Italie, l'expédition d'Egypte et la journée du i8 Brumaire, a été aussi démoli. Le château de Saint-Cloud est devenu la proie des flammes. Les Tuileries vont être détruites à coup de pioches. La foule indifférente ne songe même pas aux vestiges du passé. Qui donc, en parcourant la place qualifiée, comme par antiphrase, du nom de place de la Concorde, sait bien exactement Tendroit où se dressèrent les échafaudsdu roi et de la reine ? Jusqu'au jour où l'on a mis sur la grille du jardin des Tuileries une plaque commémorative, qui se doutait, en longeant la rue de Rivoli, que c'était là l'emplacement de la salle où Mirabeau avait parlé, où avait eu lieu le procès de Louis XVI ? Qui, dans la rue de la Victoire, peut désigner la place où s'élevait la maison de Joséphine et de Bonaparte ? Les iconoclastes accomplissent toujours d'une manière inconsciente leur œuvre de destruction. Ils ne songent pas plus au passé qu'à l'avenir-. Ils détruisent pour détruire, sans se demander s'ils reconstruiront.
Cependant, les monuments sont comme des synthèses historiques, dignes de tous les respects. L'architecture est la sœur de l'histoire. C'est par
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leurs monuments que les civilisations se jugent. Le Colisée, c'est l'ancienne Rome. Les cathédrales gothiques, c'est la religion du moyen âge. Le palais des doges, c'est Venise triomphante. Le Kremlin, c'est la sainte Russie. Le Vatican, c'est la papauté-reine. Fontainebleau, c'est la Renaissance. Versailles, c'est la monarchie absolue. La colonne Vendôme, TArc-de-Triomphe, c'est l'épopée de la guerre. Les hôtels du faubourg Saint- Germain, c'est lapuissance de la noblesse. Voulezvous juger une époque, regardez les monuments qu'elle élève, et les monuments qu'elle détruit. L'ancienne aristocratie française perd son influence politique; on fait disparaître ses hôtels par la loi d'expropriation, et l'on trace sur leur emplacement des boulevards et des maisons de rapport. La nouvelle aristocratie, l'aristocratie financière^ élève à son tour des hôtels ; ils sont le reflet de l'époque, fastueux, mais attestant un mélange de richesse et de misère, qui à l'amour du luxe joint la passion de l'économie. Les habitations sont superbes, mais les cours étroites, les jardins presque nuls. Rien de cette majesté sobre et tranquille qui caractérisait les vieilles résidences, les hôtels seigneuriaux entre cour et jardin, avec leur façade monumentale, et avec leurs arbres séculaires. Encore quelques années, et ces débris de l'ancien
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régime auront tous été rasés du sol. Ils n'auraient pu subsister qu'avec des majorats, et de pareilles demeures devaient prochainement disparaître, le Code Napoléon ayant ordonné le morcellement des fortunes et l'égalité des partages. Après nos désastres, le parti de l'Internationale veut effacer le nom de patrie : il abat la colonne Vendôme. La Commune est vaincue par l'armée. Le sentiment militaire, qui est l'âme de la France, a survécu à nos malheurs; on exalte le courage malheureux, et on relève la colonne. Mais le respect du passé diminue : on néglige les ruines des Tuileries, et on les laisse périr. Le Paris actuel élève un édifice qui, pour ses proportions, l'emporte sur toutes les constructions nouvelles, et qui apparaît presque aussi haut que les tours de Notre-Dame. Est-ce un palais ? Est-ce une caserne ? Est-ce une église ? Non, c'est un théâtre, c'est l'Opéra. Et en cela nous retrouvons le goût de l'époque, qui, préférant le plaisir au devoir, l'agréable à l'utile, se préoccupe plus des comédiens et des chanteurs que des savants et des généraux.
Ne dirait-on pas que les monuments ont une âme, et que chacune de leurs pierres est une pensée de fête ou de deuil^ d'orgueil ou d'humiliation. Les grandes figures historiques sont in-
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séparables de leur cadre. Il faut à François P^ Fontainebleau, à Léon X le Vatican, à Philippe II TEscurial, à Louis XlWersailleSj au Grand Frédéric Sans-Souci. Louis XVII a le Temple, le duc de Reichstadt Schœnbrûnn, le prince impérial Chislehurst. Dans les drames de l'histoire, le décor n'est guère moins important que Facteur. Aussi croyons-nous que le commencement de tout travail sur un personnage fameux doit être l'examen attentif des endroits où s'est accomplie sa carrière. Les choses font comprendre les personnes. Le château de Versailles et le palais des Tuileries sont la base même de nos études* Mais nous nous sommes aussi occupé des autres monuments qui se rattachent à la vie de nos héroïnes. Nous avons décrit le Petit-Trianon, le Temple, la Conciergerie, la Malmaison, Saint- Cloud, Compiègne, Fontainebleau. Bien con*naître le Petit-Trianon, c'est comprendre les beaux jours de Marie-Antoinette. Pénétrer dans la Conciergerie, c'est sonder l'abîme de ses douleurs. La Malmaison est le cadre où rayonne la gracieuse figure de Joséphine. Le château de Compiègne est embelli par les prospérités de Marie-Louise. Fontainebleau rappelle à la fois les plus grandes splendeurs du géant des batailles et son abdication.