‹ Les femmes des TuileriesChapitre 43 sur 49 · BONAPARTE AU LENDEMAIN DU 1 3 VENDEMIAIRE · texte numérisé non relu

BONAPARTE AU LENDEMAIN DU 1 3 VENDEMIAIRE

Ce personnage exceptionnel ne ressemble à nul autre. Son origine, son nom, sa figure, sa démarche, son langage, tout inspire une sorte de surprise. Il s'endort obscur, il se réveiile célèbre. Sa réputation est instantanée. Hier, qui le connaissait à Paris, excepté quelques conventionnels, dont il avait été remarqué à l'armée ? Aujourd'hui, son nom est dans toutes les bouches. Le canon de Vendémiaire Ta porté à tous les échos. Son extrême jeunesse, — il n'a que vingt-six ans, — contraste avec la haute position qu'il occupe. Mais sa précoce gravité commande le respect. Il y a déjà en lui je ne sais quoi de fatidique, et les hommes que, dans un bref délai, il va éclipser, et même faire disparaître de la scène politique, sont déjà, presque malgré eux, les auxiliaires de sa fortune. On ne songe à lui reprocher ni son âge, ni son origine italienne, ni son nom qui n'a rien de français. Il y a en lui une puissance occulte, irrésistible, qui renverse les obstacles et brise les jalousies. Il n'a pas besoin d'intriguer, il subjugue. Si, avant le t3 vendémiaire, il parlait déjà, dans une de ses lettres à son frère Joseph, de ce bonheur qui, disait-il, ne l'abandonnait jamais dans ses entreprises, quelle confiance son étoile ne doit-elle pas lui inspirer depuis qu'il commande Paris, suivant la prédiction faite par lui-même un an auparavant?

Marmont,son aide de camp, en a fait la remarque : « Bonaparte arrive presque inopinément à une

2IO LA JEUNESSE DE l'iMP^RATRICE JOSÉPHINE

Situation très élevée, et ce résultat vient de toutes les infortunes qui l'ont poursuivi, et dont il a souvent gémi ; car, si une indisposition générale ne lui eût pas fait quitter l'armée d'Italie, il aurait continué à y servir avec considération, mais d une manière subordonnée, puisqu'il n'était pas dans les usages et dans la nature des choses qu'un simple général d'artillerie fût choisi pour commander une armée; s'il n'eût pas été rayé du tableau d'artillerie par Aubry, il aurait été enfoui dans l'Ouest avec ses talents supérieurs, et Jamais Il n aurait pu sortir de la plus profonde obscurité iinfin, si la mission pour Constantinople, si vivement désirée, lui eût été confiée, il aurait échappé à toutes les combinaisons de la fortune Une série de circonstances fâcheuses, en apparence, lui ouvre donc, en réalité, la route qu'il va parcourir avec tant d'éclat. »

Le 14 vendémiaire an IV (6 octobre 1795) il est promu au grade de général de division. Le mois suivant (4 brumaire) il est définitivement nommé gênerai en chef de l'armée de l'intérieur. Il s'installe dans un bel hôtel de la rue Neuve-des- Capucines (où plus tard seront placées les archives du Ministère des affaires étrangères). Le temps n'est plus où il n'aspirait qu'à une modeste aisance, aurea mediocritas, avec un cabriolet et une petite maison voisine du domicile de ses amis. Il a maintenant une grande existence, des appointements considérables, un hôtel, un bel équipage ;

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