‹ Les femmes des TuileriesChapitre 44 sur 49 · BONAPARTE AU LENDEMAIN DU 1 3 VENDÉMIAIRE · texte numérisé non relu

BONAPARTE AU LENDEMAIN DU 1 3 VENDÉMIAIRE

il donne d'excellents déjeuners, où paraissent, à côté des hommes politiques et de ses compagnons d'armes, les femmes les plus brillantes du temps, entre autres M"^® Tallien. Il ne laisse plus ses camarades d'enfance le tutoyer. Obligé, pour garder son rang, de tenir ses anciens égaux à distance, il se préserve avec un soin jaloux de la familiarité, comme nuisant au respect. Marmont a dit dans ses Mémoires : Bonaparte, devenu général en chef de l^armée de l'intérieur, se souvint de moi, et me fit nommer son aide de camp. J'arrivai à Paris. Je le trouvai établi au quartier général de l'armée de l'intérieur, rue Neuve-des- Capucines. Il avait déjà un aplomb extraordinaire, un air de grandeur tout nouveau pour moi, et le sentiment de son importance, qui allait toujours croissant. Assurément, il n'était pas destiné par la Providence à obéir, l'homme qui savait si bien commander. »

Le général de Ségur nous le montre à cette époque déployant une activité infatigable, travaillant jour et nuit, surveillant lui-même l'exécution de tous ses ordres, réorganisant la garde nationale de Paris, créant la garde directoriale et celle des deux conseils, parcourant les postes d'oii dépendait la tranquillité de la capitale, se plaisant à hasarder au galop les plus dangereux passages, et, par exemple, montant, descendant, de toute la vitesse de son cheval, les escaliers de pierre qui existaient alors sous le grand péristyle et dans le

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jardin des Tuileries. Le baron Fain nous le représente à la même époque avec sa taille petite et mince, sa figure creuse et pâle, de longs cheveux lui tombant des deux côtés du front, le reste de sa chevelure, sans poudre, se rattachant en queue par derrière. « L'uniforme du général de brigade dont il est encore revêtu, a vu le feu plus d'une fois et se ressent de la fatigue des bivouacs. La broderie du grade s'y trouve représentée dans toute la simplicité militaire par un galon de soie qu'ion appelle système. Son extérieur n'aurait rien d'imposant, si ce n'était la fierté de son regard. On se demande d'où il vient, ce qu'il était, par quels services antérieurs, il s^est recommandé. Personne ne peut répondre, excepté son ancien général, Carteaux, et les représentants qui ont été au siège de Toulon ou sur la ligne du Var. » Il prend pour aides-de-camp des hommes tout jeunes, son frère Louis Bonaparte,sous-lieutenant de dragons^ Marmont, capitaine d'artillerie; Junot, le vaillant sergent du siège de Toulon; Lemarois, qui vient de quitter l'Ecole de Mars. Paris s'étonne de voir sortir des batteries de Vendémiaire un état-major si jeune et si peu révolutionnaire. Bonaparte veut montrer, comme contraste, après l'énergie la douceur. Il honore dans les sectionnaires le courage malheureux, car enfin, comme dit Lacretelle, c'était du courage que de sortir, soit d'un ménage heureux^ soit d'un cabinet paisible ou d'un atelier florissant, pour présenter sa

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poitrine à tant de bouches à feu habilement dirigées. Les chefs de l'insurrection eux-mêmes sont à peu près tous acquittés. Le comte de Castellane, condamné à mort par contumace, se promène tranquillement en public. Rencontré, une nuit, par la patrouille, au cri de: « Qui vive! » il répond : « C'est moi^ Castellane, contumax, » et on le laisse continuer sa route.

Le vainqueur du i3 Vendémiaire a sauvé la Convention, mais sans en partager les passions et les idées. Ce qui lui a plu dans cette Assemblée, c'est que, malgré ses fautes et ses crimes, elle représentait encore Tautorité. C'est le principe autoritaire, et non le principe parlementaire qu'il a voulu faire prévaloir. Au reste, il a déjà son plan : une politique moitié démocratique, moitié conservatrice, un amalgame entre l'ancien régime et le nouveau, une fusion, sous un gouvernement fort et sous une centralisation puissante, des éléments les plus contradictoiresetlesplus disparates. Le moment approche où il va épouser la femme qui lui sera si utile dans .l'œuvre de conciliation dont il désire l'accomplissement. Avant de rappeler les circonstances dans lesquelles cette union se contracta, jetons un regard sur le Paris de l'an IV et sur la société si bigarrée dont Bonaparte sera bientôt l'arbitre et l'organisateur.

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