I. M. Campardon. Le trihunal révolutionnaire de Paris
LA PRISON DES CARMES ^y
de trois épées que les septembriseurs y ont sans doute appuyées, après le massacre des cent vingt prêtres qui se trouvaient dans la prison. L'empreinte des manches se distingue très bien, mais il n'en est pas tout à fait de même de celle des trois lames, qui se confond avec la marque faite par le sang qui les couvrait, et qui, s'en détachant, ruissela sur le mur. C'est là que la malheureuse prisonnière songe avec angoisse à ses pauvres enfants, qu'elle craint de ne plus revoir. Sept jours après son incarcération, elle écrit à sa fille : « Ma chère petite Hortense, il m'en coûte d'être séparée de toi et de mon cher Eugène; je pense sans cesse à mes chers petits enfants, que j'aime et que j'embrasse de tout mon cœur » Beauharnais, d'abord écroué au Luxembourg avait été transféré à la prison des Carmes; mais il n'y occupait pas le même quartier que sa femme qui se trouvait ainsi bien près et bien loin de lui.' C'est de là qu'il écrivait à sa fille : « Ma chère petite Hortense, tu partages donc mes regrets de ne pas te voir, mon amie ; tu m'aimes et je ne peux t embrasser. Pense à moi, mon enfant, pense à ta mère, donne des sujets de satisfaction aux personnes qui prennent soin de toi, et travaille bien. L est par ce moyen, c'est en nous donnant l'assurance que tu emploies bien ton temps, que lous aurons plus de confiance encore dans tes 'egrets et tes souvenirs. »
Le 19 floréal an II (9 mai 1794), Eugène et
48 LA JEUNESSE DE l'iMPÉRATRICE JOSEPHINE
Hortense, sans doute aidés par leurs tantes, Fanny de Beauharnais et M""^ de Renaudin, adressaient à la Convention une requête pour obtenir la liberté de la mère. « D'innocents enfants, y était-il dit, réclament auprès de vous, citoyens représentants, la liberté de leur tendre mère, de leur mère à qui Ton n'a pu rien reprocher que le malheur d'être entrée dans une classe à laquelle elle a prouvé qu'elle se croyait étrangère, puisqu'elle ne s'est jamais entourée que des meilleurs patriotes, que des plus excellents montagnards. Ayant demandé son ordre de passe pour se soumettre à la loi du 26 germinal, elle fut arrêtée le soir sans pouvoir en pénétrer la cause. Citoyens représentants, vous ne laisserez pas opprimer l'innocence, le patriotisme et la vertu. Rendez la vie à de malheureux enfants; leur âge n'est point fait pour la douleur. » Cette requête était signée : Eugène Beauharnais, âgé de douze ans, et Hortense Beauharnais, âgée de onze ans. Appel qui resta sans écho. La Terreur ne connaissait pas la pitié.
Comment va-t-il finir cet homme qui avait tout sacrifié à la République, ce patriote qui avait eu les paroles et la conduite d'un vrai Spartiate, cet Alexandre de Beauharnais, ce grand seigneur, qui, dans la nuit du 4 août 1789, avait si joyeusement renoncé à son titre de vicomte et à ses privilèges de naissance, cet homme d'ancien régime qui s'était dévoué avec tant d'enthou-