SOPHIE LAPIERRE
Le 9 thermidor fut le signal d’une réaction sans grandeur. Nous voici dans les hontes du Directoire; nous entrons dans l’èrc des conspirations : royalistes, républicains de toutes nuances conspirent à qui mieux mieux. La police faisait de temps à autre une expédition, arrêtait une fournée de conspirateurs, et les conciliabules sc rouvraient le lendemain.
La secte des Babouvistes n’était ni la moins ardente, ni la moins dangereuse entre les nombreux partis qui attaquaient le Directoire. Cette secte avait conquis un singulier auxiliaire : c’était une jeune femme blonde, d’une verve prodigieuse qui composait et chantait des refrains popu-
l!^ires, dont le succès finit par porter ombrage au gouvernement.
Ce n’était pas de la poésie très-élevée, ainsi qu’on en peut ■juger par cet échantillon :
Un code infâme a trop longtemps Asservi les hommes aux hommes ;
Tombe le règne des brigands,
Sachons enfin où nous en sommes.
Réveillez-vous à noire voix.
Et sortez de la nuit profonde :
Peuple 1 ressaisissez vos droits,
•Le soleil luit pour tout le monde !
Tu nous créas pour être égaux.
Nature, ô bienfaisante mère !
Pourquoi des biens et des travaux L’inégalité meurtrière?
Réveillez-vous, etc.
Ou bien encore des vers comme ceux-ci:
Gorgés d’or, des hommes nouveaux Sans peines, ni soins, ni travaux,
S’emparent de la ruche :
Et toi, peuple laborieux,
Mange et digère, si tu peux,
Du fer comme l’autruche.
Évoque l’ombre des Gracchus,
DesPublicola, des Rrutus,
Qu’ils te servent d’enceinte !
Tribun courageux, hâte-toi ;
Nous t’attendrons: trace la loi De l’Égalité sainte I