‹ Les femmes devant l'échafaudChapitre 23 sur 26 · IG · texte numérisé non relu

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Certes, un million d'oimlents neticnt depuis assez longtemps Le peuple à la glandée.

Nous ne voulons dans le faubourg Ni les chouans du Luxembourg, Ni roux de la Vendée.

Bonnes ou mauvaises, les chansons de Sophie Lapierre trouvaient de nombreux échos. Elle les chantait elle-même d’une voix si fraîche, elle en accentuait tellement les intentions que le nom de leur auteur n’avait pas tardé h devenir très-populaire.

Quand Babœuf et Buonarotti furent arrêtés, Sophie Lapierre le fut aussi, et en sa qualité de Tyrtée du parti, elle fut impliquée dans ce célèbre procès dont les détails ont quelque analogie avec le procès qui fut intenté, en 1832, aux chefs et aux disciples de l’école saint-simonienne.

L’attitude des accusés étonna tout le monde ; quand vinrent les débats publics, leur calme était impassible. Ils ne se défendaient pas, ils jugeaient; l’un d’eux alla jusqu’à vouloir défendre l’accusateur public, il se déclara son défenseur officieux. Babœuf commença son discours en ces termes : « Génie de la liberté, que de grâces j’ai à te rendre de m’avoir mis dans une position où je suis plus libre que tous les autres hommes par cela même que je suis chargé de fers. Qu’elle est belle ma place ? qu’elle est belle, elle me permet le langage de la vérité. »

• Sophie La pierre ne perdait rien de sa joyeuse humeur; elle déclina la juridiction de la haute cour, devant laquelle les accusés comparaissaient à cause du litre de représentant que possédait Drouet, l’un d’eux. « Comme j’ai h choisir entre vous et la Constitution de 1793, disait-elle, je n'hésite pas. »

A la fin de chaque séance elle entonnait ses chansons. Tous les accusés reprenaient les refrains en chœur jusqu’à la porte de leur prison. Ils chantaient :

Dieu protecteur de la justice,

C*est nous qui sommes dans les fers

Liberté, liberté,

Nous voulons mourir tes victimes.

De nos fers nous nous honorons.

Mais nous pleurons sur ceux du monde.

Des méchants bravons la furie, Mourons tous pour l’égalité.

Sans elle, il nVst pas de patrie 1

Sophie n’était pasla seule femme impliquée dansce procès; l’attenliondu public se portait aussi surMarie-Louise-Abdin, veuve Mounard; Jeanne Ansiot, femme Breto Nicole Sognot, femme Martin, et Marie-Adélaïde Lambert. Ces femmes, qui

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avaient joué un rôle important dans la doctrine de Babœuf, ne l’estèrent pas muettes à l’audience.

Cependant le jour de la clôture des débats approchait. Malgré l’immense talent déployé par Babœuf, on prévoyait bien que l’issue du procès serait funeste à plusieurs. Darthé, le plus avancé après Babœuf, celui qui avait entraîné avec lui Sophie Lapierre, se voyait perdu ; aussi, rej fusant de se défendre, disait-il : « Quand tous les liens I sociaux sont rompus, quand la France est couverte d’un crêpe funèbre, quand elle n’offre plus h l’œil effrayé du voyageur que des monceaux de cadavres et des déserts 1^ fumants à parcourir, yuand il n'y a plus de patrie, la mort est un bienfait. »

Babœuf et Darthé furent condamnés à mort. Ils essayèrent de se tuer, mais ils ne se firent que de légères blessures ; ils furent exécutés. Quant à Sophie, l’accusation portée contre elle ne parut pas assez grave pour qu’elle lût condamnée, lorsqu'il s'agissait d’une conspiration capable de rompromettre la sûreté d'utie grande république. Elle fut acquittée après avoir fait tout ce qu’il était en son pouvoir de faire pour partager le sort des principaux accusés.

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