DE LA RÉVOLUTION
Nous ne nous sommes occupé jusqu'ici que des femmes dont les noms sont, à des titues divers, inscrits en caractères ineffaçables dans nos fastes révolutionnaires. Toutes, quelles qu’elles fussent, reines, princesses ou roturières, nous les avons pieusement suivies dans ce douloureux pèlerinage de la prison h l’échafaud, et, sans esprit de parti, sans préjugés, nous avons honoré ce qui nous paraît devoir être honoré partout et toujours : la dignité dans l’infortune, le courage devant la mort.
Mais à côté de ces noms retentissants et illustres, combien de noms obscurs que nul no prononce et qui, pourtant, ont droit aussi à une glorificntion ! Que d’actes sublimes, que de dévouements ignorés !
L’historien qui embrasse l’ensemble des événements peut les passer sous silence ; c’est pour nous un devoir de les rechercher, de les mettre en lumière le plus possible, de ne rien laisser échapper de tout ce qui peut contribuer h la gloire des femmes, et surtout leur donner foi en ellesmêmes.
Qui de nous connaît aujourd’hui le nom de Lavergne? Jeune, ‘belle, entourée d’hommages, elle avait épousé un vieil officier qui eut le malheur de ne pas se faire tuer avant de rendre aux Prussiens la place de Longwy, qu’il commandait au moment de l’attaque de cette place. Le malheureux commandant fut traduit devant le tribunal révolutionnaire.
Son sort ne pouvait être douteux ; il fut condamné et porté sur les listes du 2 germinal an II. A cette fatale nouvelle, sa malheureuse femme court auprès des juges ; elle les implore. Repoussée, elle se rend chez un personnage influent qui pouvait peut-être arracher une tête au bourreau. Elle le supplie de lui conserver son époux; elle espère l’attendrir en lui parlant de l’ûge avancé de M. de Lavergne.
— Eh quoi 1 lui répond- on, est-ce donc un si grand malheur pour toi d’être délivrée d’un mari fâcheux qui, par sa \ mort, te laissera libre d’employer plus utilement les charmes et ta jeunesse?
Désespérée, humiliée, indignée, elle sort et va devant le
tribunal; son mari, malade, est porté sur une civière pour
enlcrulre prononcer rniTt l qui le condamne à mort. Tout à coup un cri de: Via- le roi! se fait entendre. C'est M'"” Lavci’gne qui Ta poussé : ne pouvant conserver les jours de son mari, elle veut au moins partager son sort.
Interrogée par l'accusateur public, elle déclare que c’est l’amour seul de la royauté qui l’a inspirée. Elle fut condamnée à son tour. Sur la charrette qui les conduisait tous deux au supplice, M™' de Lavergne n’eut d’autre préoccupalion, d’autre soin que celui de fortifier, de consoler son mari. Quelques minutes après, l’échafaud les avait pour toujours réunis.
M"-® de liois-Uéranger était détenue au Luxembourg avec son père, sa mère et sa jeune sœur. Un jour, la porte du cachot s’ouvre, un greffier entre un papier à la main ; l’échafaud no réclamait que trois victimes : de Bois-
Béranger n’élail pas portée sur la fatalè liste. Sa douleur éclate, elle se jette en sanglotant dans les bras de sa mère lorsque la porte s’ouvre pour la seconde fois : son nom est prononcé ; l’échafaud réclame aussi sa tète. A cette nouvelle, M“® de Bois-Béranger pousse un cri de joie : « Nous mourrons ensemble, s’écrie-t-ellc. » El, impatiente, elle se pare comme pour une fêle ; elle coupe elle-même les tresses de ses cheveux. Devant l’échafaud, elle soutient le courage de
sa mère. Le bourreau dut les séparer ; la mort ne pouvait prendre ses victimes que les unes après les autres.
Une malheureuse famille gémissait en prison on attendant la mort. M“® Malezey était enfermée avec son père et sa mère. Joyeuse, elle soutenait leur courage. Traduite devant le tribunal, elle aperçoit un vieillard qui venait d'être condamné et qui s’abandonnait au désespoir.
— a Eli quoi! lui dit-elle, vous êtes homme et vous pleurez ! »
Et, oubliant sa propre infortune, elle s’empresse auprès du malheureux et parvint à ranimer scs forces.
Condamnée avec toute sa famille, elle veut elle-même faire la dernière toilette de ses parents; elle coupe leurs cheveux et les baise avec respect. En embrassant son père pour la dernière fois, elle lui dit un mot charmant :
— a Je me sei rerai tant contre vous, que Dieu me laissera passer malgré mes péchés. »
Un prisonnier, nomme Boyer, venait d’ôlrc condamné à mort. Sa maîtresse écrit aussitôt à raccusateiir public :
« Citoyen, il est inutile de vous déguiser plus longtemps les opinions les plus chères de mon cœur, et les vœux les plus ardents que je forme pour le retour de la royauté. Je consacrerai toutes mes forces et tous mes efforts à ce retour si désiré, el mon dernier soupir sera ranimé par l’espérance de voir un jour mes vœux réalisés. Vive le Roi! »
On la condamna à mort. Sur l’échafaud, elle s’écria : c< — C’est là qu’il a péri, hier, à la meme heure, j’y vois son sang : bourreau, hàte-toi d’y meler celui de son amante. »
Que de drames touchants et terri bles^nous présente cette ' époque ! Une jeune femme voit son mari condamné. Après
avoir tout fait pour le sauver, elle assiste à son exécution, puis elle se rend auprès du fossoyeur. Elle lui offre cent louis s’il veut obéir ; il consent ; et la malheureuse renferme dans un voile la tôte de celui qu’elle aimait cl que la guillotine vient de frapper. Au -coin de la rue Saint-Florentin, • elle tombe épuisée de douleur ; le précieux fardeau qu’elle porte roule au loin ; elle est arrêtée, traduite devant le tribunal, et condamnée à mort. Elle marcha avec fermeté au supplice.
On sait combien il était dangereux de cacher un condamné ; la mort était la récompense promise à un tel dévouement.
Lors de la chute des Girondins, Guadet trouva un asile chez une de scs parentes, M*"* Bouquet, et y conduisit son ami Salles. Trois autres amis de Guadet, ayant connu sa retraite, s’adressèrent à cette généreuse femme et lui firent demander un asile.
« — Qu’ils viennent tous, s répondit M*"* Bouquet.
'plus lard, Buzot et Pélion, poursuivis, traqués comme des bêtes fauves, se réfugièrent dans cette hospitalière
maison. Lorsque ces malheureux proscrils représcnlaient à la généreuse femme le danger auquel elle s'exposait ;
a — N’ai-je pas assez vécu, leur répondait-elle, puisque je vous ai .sauvés? Le bonheur de consoler des malheureux n’esl-il pas assez grand pour rendre indilTérenl aux dangers qui peuvent en être la suite ? Et la mort n'est-elle pas tout ce qu'on peut envier de plus doux, lorsqu’on a fait tout le bien possible ? »
Cependant le péril devenait imminent. Un ancien ami de Guadet, parent de M“' Bouquet, ayant appris ce qui se passait chez elle, usa de tous les moyens pour la décider à chercher un autre asile pour ses hôtes. 11 employait tour à tour la menace ou la prière. Craignant pour ses hôtes plus que pour elle, M"*'‘ Bouquet les fit évader.
Mais quelques-unes de ces circonstances furent connues, et M'"® Bouquet fut arrêtée en même temps que la famille de Guadet. Traduite devant le tribunal, elle ne put contenir son indignation :
R Monstres ! s’écrla-K'llc, tigres altérée de sang, oui, si l’humanité, si les cris de la nature, si les liens de famille sont des crimes, nous méritons tous la mort. »
Quand l’arrêt de mort fut prononcé, elle s’élança vers le président ; mais elle contint ce mouvement de colère, et,
devenue plus calme, elle marcha à l échafaud en prodiguant les consolations au père de Guadet.
www
Cette généreuse femme ne fut pas la seule qui paya de sa tôle le devoir accompli; bien d’autres montèrent sur l’échafaud pour avoir refusé de livrer ou de dénoncer un proscrit.
Rabaud de Saint-Étienne, mis hors la loi après le 31 mai, errait d’asile en asile, craignant toujours de tomber entre les mains de ses ennemis. Une noble femme, Payssac, avertie du danger qu’il courait, et n’écoutant que son cœur, vient le trouver et lui propose de le ca-:her dans sa propre maison. Rabaud refusa, mais elle insista tellement que l’infortuné proscrit se rendit. Peu après, le tribunal, informé
de sa retraite, lit prendre la victime qu’il avait marquée,
et sans se laisser toucher par le généreux dévouement de Mme Payssac, il fit accompagner Rabaud au supplice par sa bienfaitrice.
Nous ne saurions les nommer toutes : voici pourtant une belle parole d’une amie chez laquelle Condorcet avait trouvé un refuge. Le philosophe voulait s’éloigner, sous prétexte qu’en le recelant dans sa maison, elle s’exposait au plus terrible châtiment, puisqu’il était hors la loi.
« — Quoi, dit-elle, parce que vous ôtes hors la loi, suis-je hors de l’humanité ? »
Condorcet, malheureusement, ne se laissa pas convaincre. Il s’éloigna, et, quelques jours après, on découvrit son cadavre dans les environs de Paris. Privé de tout secours, traqué comme une hôte fauve, dégoâté delà vie, Condorcet avait lui-mème mis fin h ses jours.
Ah ! que ceux qui sont tentés de juger légèrement cette grande et sombre époque, songent à l’immense péril qui menaçait la France et dont il fallait à tout prix la sauver. L’Europe entière était coalisée contre nous. Dans les rangs
de ces armées ennemies, qui menaçaient nos frontières, se trouvaient des Français émigrés qui avaient tous de cruelles offenses à venger. Il n’y avait donc pas de pitié à altendre.
Assiégée par des forces supérieures, la ville de Verdun avait pourtant été obligée de se rendre. Le général ennemi, pour humilier les vaincus, .donna ime fête et voulut que les jeunes fdles de la ville y assistassent. Il n’éUiit pas possible de désobéir aux ordres du vainqueur. Les habitants cédèrent donc; ils conduisirent leurs fiUes à cette fête lugubre. Peu de temps après, les troupes républicaines reprirent Verdun, et le tribunal condamna à mort les jeunes fdles qui avaient paru et dansé au bal. Vêtues de robes blanches, couronnées de fleurs, elles marchèrent ensemble îj la mort. Pas une ne faiblit.
<vwww
• Peu de jours avant de monter sur l’échafaud, M“* Laviolette, de Tournay, fit peindre sa main appuyée sur une tête de mort, puis elle envoya ce portrait à son mari, t La source de mes larmes est tarie, écrivait- elle, il ne m'en est pas échappé une depuis hier au soir. La plus sensible des
femmes n’est plus susceptible d’aucun sentiment; les affections qui faisaient le bonheur de ma vie ont perdu toute leur force ; je ne regrette rien, je me sens au-dessus des maux qui m’accablent, et je vois avec indifférence le moment de ma mort. »
La femme d’un général vendéen, Lépinay , avait été faite prisonnière par un détachement de troupes républicaines. Une jeune fille attachée à son service était détenue à Nantes avec elle. Un jour, la porte s’ouvre, des soldats entrent; ils viennent chercher les victimes. Le nom de M>^e Lépinay est prononcé; elle ne répond pas : elle dort.
Le geôlier prononce le nom pour la seconde fois. Espérant quelle peut ainsi sauver sa maîtresse, la généreuse
enfant se présente, se dévoue, et périt dans la Loire.
•v/ww\/
Devant les grilles du Luxembourg, une femme est assise, la pluie l’inonde, le vent fouette ses cheveux, elle est insensible, elle attend. Chaque fois que la porte s’ouvre elle lève la tête, cherche du regard, puis retombe dans son atonie. Un homme sort enfin. Elle court vers lui et le supplie : — a Mon mari est prisonnier, je veux le rejoindre, dit-elle. — Mais, qui es-tu? — La femme du maréchal de Mouchy. » Vaincu par l’ardente prière de la maréchale, cet homme la fait entrer dans la prison. Quelques jours après, le bourreau compte dans la charrette une victime de plus. — a Vous n’êtes pas sur la liste, dit-il. — Mon mari est condamné, je le suis aussi. »
A la première marche, le maréchal glisse dans le sang, le bourreau fait un geste pour le retenir : — « Laissez, ditj il, à vingt ans je suis monté à l’assaut pour mon roi, à I quatre-vingts je saurai y monter pour mon Dieu! »
— a Vive le roi ! s’écrie la ‘maréchale, que Dieu protège la France ! »
Quelques secondes après, elle était morte.
de vSlainville fut une des nombreuses victimes qui, sur le simple soupçon d'avoir conspiré avec 1 etranger, furent condamnées h mort.
Née à Paris en 1707, elle avait été mariée au prince de Grimaldi-Monaco. Son mari fut arrêté en 1793, et elle ne larda pas à le rejoindre en prison. Bientôt on s’aperçut que son acte d’arrestation n’était pas régulier, et elle fut relâchée.
Elle quitta Paris, se cacha dans les campagnes; mais elle fut découverte et condamnée le 8 thermidor, la veille de la chute de Robespierre. On lui conseilla de se déclarer enceinte, pour retarder son supplice; mais elle refusa, disant qu’étant séparée depuis plus d’un an de son mari, elle ne voulait pas faire croire qu’elle l’avait trompé. Au moment de monter à l’échafaud, elle se mit du rouge : — « Si la nature,
dit-elle, veut que j’aie un instant de faiblesse,, employons
l’art pour le dissimuler. » Elle voulut ensuite couper ellemême ses cheveux pour que le bourreau ne les touchât ■ point; mais elle n’avait pas de ciseaux; elle se servit, dit>on, d’un morceau de carreau de vitre; puis elle mourut sans faiblir. Elle aurait pu se dispenser de mettre du rouge.
En 1794, seize religieuses carmélites de Compiègue furent accusées d’avoir caché des armes et correspondu avec des émigrés. Ce crime entraînait la mort ; ces vaillantes filles marchèrent en chantant des cantiques, jusque sous le fer du bourreau.
De tous les rangs, de toutes les classes de la population, sur tous les points h la fois surgirent de pareils courages. Les femmes furent en général plus hardies , plus braves, plus fermes que les hommes; èlles surent mieux mourir!
Dans un ouvrage qu’il publia en 1802, Dubroca, témoin de la plupart des faits qu’il cite, fait une belle et large part à l’héroïsme féminin. L’auteur du Mérite des femmes^ Legouvé, ne pouvait faire moins que de le glorifier aussi. Dans une des notes qui suivent son poeme, il raconte des faits nombreux. Nous détachons de cette note quelques fragments :
€ On ne saurait penser sans attendrissement et sans re-
connaissance à l’attachement courageux, à la persévérance infatigable que les femmes, en général, montrèrent, à l'époque de la terreur, pour les proscrits qui leur étaient attachés par les nœuds de la nature , du cœur ou de l’hyménée. D’abord, au nombre de quinze h seize cents, elles présentèrent à la Convention une pétition en leur faveur. Depuis, dans toutes les villes où l'on emprisonna, où l'on égorgea, il n’est pas de périls que les femmes ne bravèrent, pas de sollicitations qu'elles ne firent, pas de sacrifices qu’elles ne s’imposèrent pour sauver, ou pour voir et consoler les objets de leurs affections, et, plus d’une fois, lorsqu'elles ne purent ni obtenir leur liberté, ni les défendre, elles partagèrent volontairement leur captivité et leur trépas. Il m'eût été bien doux de rendre hommage à toutes ces héroïnes en rappelant leurs noms et les monuments de leur magnanimité, mais comment rassembler des faits innombrables?
» J’en ai du moins recueilli quelques-uns ; ils suffiront pour attester la vérité de mes vers, et la bonté de ces anges consolateurs qui, dans ^s jours de crime, ont remplacé la Providence.
» M™* Lefort, dans un des départements de l’Ouest, tremblait pour son mari, incarcéré comme conspirateur. Elle
acheta la permission de le voir. Au déclin du jour, elle vole le trouver avec des vêtements doubles ; elle obtient de lui qu’ils changeront d’habillements, et qu’ainsi déguisé il sortira de la prison et l’y laissera. Le projet réussit, l’époux s’échappe. Le lendemain on découvre que sa femme a pris sa place. Le représentant lui dit d'un ton menaçant :
» — Malheureuse ! qu’avez-vous fait ?
» — Mon devoir, répondit-elle ; fais le lien.
» Un semblable stratagème arriva à Lyon quand celte cité valeureuse, forcée de se sounietlre à ses vainqueurs, devint le théûtre des plus barbares exécutions. Un des habitants allait être saisi, sa femme l’apprend, elle se hûte de Ta vertir, lui donne son argent, ses bijoux, le contraint de s’éloigner, et se couvre des habits de cet époux menacé Les sicaires arrivent et le demandent. Sa femme, vêtue comme lui, se présente ; on la conduit au comité. Bientôt l’erreur est reconnue. On l’interroge sur son mari, elle répond qu’elle l’a fait fuir, et qu’elle se glorifie de s’être exposée pour lui sauver la vie. On lui présente l’image du supplice, si elle ne révèle la roule qu’rl a prise.
» — Frappez quand il vous plaira, répondit-elle, je suis ^ ^ prête. » ^
» On ajoute que l’intérêt de la patrie lui commande de l parler, elle s’écrie :
f » — La patrie ne commande pas d’outrager la nature I
»Des agents de Robespierre furent envoyés à la Ferté-sous- Jouarre pour s’emparer de M. Reynard, ancien maire de cette ville. On l'accusait de s’étre montré trop respectueux pour le roi revenant de Varcnnes, que sa fonction lui prescrivait de recevoir. Sa femme essaya de lé justifier près des commissaires ; mais, croyant voir dans leurs yeux la mort certaine de son mari, elle passa désespérée dans son appartement; là, elle déposa ce qu’elle avait de plus précieux sur elle, courut au bout de son jardin qui donnait sur la Marne et se précipita dans cette rivière. M. Reynard n’apprit^qu’au Luxembourg la fin déplorable d’une épouse qui méritait tous ses regrets par son attachement et son esprit.
» Paris vit, comme les départements, se multiplier les prodiges de la tendresse conjugale.
» M«“e Lavalette, détenue à la Bourbe avec son mari, est instruite qu’il se rend au tribunal; elle court vers lui, s’at-
tache à son cou, et supplie le guichetier de les laisser partir ensemble. On lui refusa celte triste faveur.
» M“" Davaux l'obtint. Son mari, autrefois lieutenant-général du présidial de Riom, avait été arrêté dans cette ville et devait être transféré h la Conciergerie ; il gémissait sous le poids de l’âge et des infirmités. M™* Davaux prévit le sort dont il était menacé, et voulut partager le sanglant sacrifice ; elle n’avait contre elle aucun mandat d’arrêi, et, libre, elle s’élança sur la voiture qui conduisait h Paris les prisonniers des départements. A leur arrivée, elle fut enfermée comme eux, et périt quelques mois après sur l’échafaud, à côté de son époux qu’elle tenait embrassé.
» M“* Clavière, femme d’un autre ministre répu-
blicain, s’exposa vingt fois, après le 31 mai, à être mise en état d'arreslalion par les démarches qu’elle fit pour son
mari détenu. Il dédaigna de paraître au tribunal de sang où l’attendaient ses ennemis, et se plongea un couteau dans le cœur.
D M”*Clavière reçoit cette nouvelle, elle met ordre à ses affaires, console ses enfants et se tue avec la tranquillité de Socrate.