‹ Les femmes devant l'échafaudChapitre 6 sur 26 · MADAME ÉLISABETH · texte numérisé non relu

MADAME ÉLISABETH

l,e 10 iiKii 1794, la foule so pressait plus nombreuse, I)lus agitée que d’habitude sur les quais et sur la place de la Révolution. Des groupes d’hommes et de femmes avaient passé,la nuit aux abords de la Conciergerie, d’autres autour de l’échafaud, afin de ne rien perdre du spectacle que, depuis plusieurs jours, on attendait avec grande impatience.

On savait que, la veille, Madame Élisabeth, sœur du roi I.ouis XVI, avait comparu devant le tribunal révolutionnaire, accompagnée de vingt quatre accusés, parmi lesquels étaient de nobles dames, ses complices ! Complices de quoi? accusées de quel crime? Fouquier-Tinville lui-

même, le farouche accusateur public, eût été bien embarrassé de répondre h ces questions.

Madame Élisabeth était la petite-fille de Louis XV, la sœur de Louis XVI, la belle-sœur de Marie-Antoinette. Parmi les vingt-quatre personnes qui étaient accusées avec elle, quelques-unes avaient appartenu à la société élégante et titrée, ou portaient des noms illustres; il n’en fallait pas davantage, là était leur crime.

Évidemment, elles n’aimaient pas, elles ne pouvaient pas aimer la révolution, puisque cette révolution inaugurait des principes destructifs de l’ancien ordre social : elles étaient dans leur droit à coup sûr; nous ne pouvons pas aimer ce qui nous nuit ou va nous nuire.

^^a révolution, elle aussi, était dans son droit ; elle ne ' pouvait pas aimer ses ennemis ; elle était menacée au dehors par les armées étrangères, au sein desquelles se trouvaient les frères, les maris, les omis de ces femmes quelle tenait captives; elle était menacée au dedans par des rébellions et des intrigues sans cesse renaissantes. Folle.de colère, passionnée par la défense du territoire national, elle frappait aveuglément tout ce qui, de loin ou de près, appartenait à ses ennemis. Ce n’était plus la justice, c’était la guerre.

Madame Élisabeth et ses compagnes allaient donc subir les terribles lois de la guerre. Elles étaient vaincues ! Vœvictisl Malheur aux vaincus !

Tout à coup, les cris, les chauls, les apostrophes, les mille bruits qui surgissaient de la foule cessèrent.

Quatre charrettes venaient de déboucher sur la place du palais de Justice; la grille qui enceint le palais l'ouvri pour leur livrer passage, puis se referma soudain.

Bientôt, sur le seuil de la prison, apparut une femme vêtue de noir, pôle, sérieuse et calme; son altitude était digne et fière; elle monta la première sur une des charrettes, elle promena un regard ferme et bienveillant sur la. foule qui observait chacun de ses mouvements ; puis elle leva les yeux au ciel, ses lèvres murmurèrent une prière, et déjà elle semblait ne plus appartenir h ce monde qu’elle allait quitter.

C’était Madame Élisabeth.

Auprès d’elle, et successivement sur les autres char* rettes, prirent place ses co-accusés, hommes et femmes.

Un détachement de cavalerie, le bourreau et ses valets, un huissier délégué par le tribunal révolutionnaire, prirent la tête du sinistre cortege, et les pesantes charrettes, longeant les quais populeux, se dirigèrent vers la place de la Concorde. Dans ce lemps-là on ne songeait guère à la concorde, c’était la place de la Révolution ; le peuple lui donnait aussi le nom do place de la Guillotine, car le fatal instrument de mort y était en permanence.

On raconte que, pendant le trajet, et au moment où la première charrette débouchait sur le pont, un coup de vent emporta la coiffe de Madame Élisabeth, et qu’aussilôt lesdamss

, qui srtlaient mourir avec elle, voyant la princesse découverte, par un mouvement spontané se décoilfèrent aussi.

\ Elles l’eussent fait, sans doute, mais un détail nuit à la vé- * racilé de cette anecdote : toutes, Madame Élisabeth aussi I bien que ses compagnes , avaient les mains liées.

' Ce qui est moins contestable, c’est que lorsque les lourds véhicules furent arrivés k leur destination, le ' bourreau et ses aides classèrent les victimes dans Tordre

où elles devaient subir leur peine, suivant le degré de leur culpabilité, c’esl-k-dire suivant le plus ou moins d’éclat des noms qu’elles portaient.

Madame Élisabeth, étant princesse de sang royal, monta

la dernière sur Téchafaud.

L’huissier faisait l’appel jJes noms; la victime appelée s’avançait, s’inclinait respectueusement devant Madame Éli- ‘ sabeth, puis se livrait au bourreau. Vous figurez-vous cette femme voyant tomber sous ses yeux vingt- quatre têtes

! . sanglantes avant de subir elle-même le dernier supplice! î Chaque fois que le couteau tomfhit pour se redresser rouge de sang, des applaudissements , des cris s’échappaient de la foule stupide qui entourait Téchafaud. Madame Élisabeth demeurait impassible ; son tour vint enfin ; elle gravit sans faiblir les marches de la plate-forme. Dans un brusque mouvement qu’il fit pour l’attacher k la fatale bascule, le bourreau dérangea le fichu de la princesse et découvrit son épaule ; elle tressaillit et fît un effort instinctif pour rompre ses liens, mais se voyant impuissante : « Au

— lô —

nom (.lu ciel, monsieur, dit-elle au bourreau, couvrez-moi! » Lu instant après sa belle tête roulait parmi ces monceaux de tètes hideusement contractées dans les dernières convulsions de l’agonie.

Madame Élisabeth avait trente ans à peine; elle était née le 3 mai 17(J4 : parmi les femmes qui moururent le 10 mai 1794 avec elle, les unes étaient plus jeunes, d’autres avaient déjà la majesté de l’àge. Toutes, nobles ou bourgeoises, moururent héroïquement, sans proférer une jdainte, sans trahir le moindre sentiment de frayeur.

La mort les trouva impassibles, et toutes les femmes que le fer moissonna pendant la tourmente révolutionnaire moururent ainsi ; patriciennes, plébéiennes, toutes témoignèrent d’un courage admirable, d’un calme profond, d’une vigueur morale que nous ne saurions trop hautement, trop sincèrement admirer.-

Nous Tavons dit ; ce n’est point une œuvre de parti politique que nous faisons ici ; nous écrivons ce livre avec une grande passion au cœur,. la passion de la femme. Nous éprouvons un ardent besoin de glorifier notre mère, en

glorifiant son suxo, c'ii le inonlranl cainible’ de tous les ♦ dévouements, de toutes les vertus, de tous les eou- { - rages. ■

La révolution a fait ce qu’elle devait faire, elle a assuré son salut : nous n’avons point ici à rechercher la valeur, la moralité des moyens qu’elle a mis en œuvre pour se sauver elle-même. Nous pouvons, à distance, déplorer la brutalité de ces moyens; mais, quoi qu’elle ait fait, nous la bénissons puisqu’elle a sauvé les principes qui doivent régénérer le monde. Régénération lente et difiicilo ! Sachons-le bien, nous ne régénérerons *nen, ni le monde, ni les sociétés, ni nous-mêmes sans le concours des femmes : et il faut bien le dire, ce concours nous ne l’avons pas. I.a révolution ne l’a pas. Les femmes sont avec le prêtre, et le prêtre, sou mis pieds etpoings liés au haut clergé, est dans le camp opposé : la plus habile politique, l’œuvre la plus utile aujourd’hui, c’est la politique, c’est l’œuvre qui conquerra les femmes à l’idée nouveile, à l’idée d’émancipation des peuples, d’émancipation d’elles-mêmos par l’inslruclion, parle travail.

Mais quelques mots encore de Madame Elisabeth.

Ainsi que nous l’avons dit, elle était sœur de Louis XVI, et des princes qui ont régné sous les noms de Louis XVIII et de Charles X : elle était née à Versailles le 3 mai 1704 du Dauphin Louis et de Marie-Joséphine de Saxe.

Enfant, elle avait une nature violente, indomptable, emportée; grâce à de sages gcuvernanles, MM'“e» do .Mackau et de Marsac, ce caractère s’assouplit; s’apaisa, si bien que

plus lard, Madame Elisabeth se (il remarquer par une bonté inaltérable, par un calme qui ne se démentit pas un sfeul,x^’

instant au milieu des douleurs de la captivité et de l’agonie. iv

Elle avait quinze ans, lorsque son frère aîné, devenu roi, lui donna le chtUeau de Montreuil et organisa sa maison. Là

elle se créa un petit monde à elle, et si grande était sa charité que lorsque l’argent manquait pour les pauvres, on vendait carrosses, chevaux, bijoux.

Quand Louis XVI se maria, Marie-Antoinette trouva dans sa belle sœur des dispositions bienveillantes, mais réservées; il fallut les malheurs communs pour rapprocher ces deux natures antipathiques Tune à l’autre. Madame Élisabeth adorait son frère aîné, et ce fut pour ne pas s’éloigner de lui qu’elle refusa de se marier, malgré les raisons d’État que l’on faisait valoir auprès d’elle.

On sait qu’après la mort de Louis XVI, Marie-Antoinette fut transférée à la Conciergerie ; dès lors, Madame Élisabeth s’adonna entièrement à l’éducation de sa nièce, qui fut plus lard M’“® la duchesse d’Angoulême.

Durant sa captivité, elle avait composé une prière, qu’elle récitait tous les jours, pour soutenir son courage ébranlé par tant de malheurs ; la voici : .

« Que m’arrivera-t-il, ô mon Dieu, je n’en sais rien ! Tout ce que je sais, c’est qu’il ne m’arrivera rien que* vous n’ayez réglé, prévu ou ordonné de toute éternité ; cela me suffit, ô mon Dieu, cela me suffit ; j’adore vos décrets éternels et

impénél râbles, je soumets de tout mon cœur pour l’amour de vous, je veux tout, j’accepte tout, je vous fais le sacrifice de tout, et j’unis ce sacrifice à celui de J.-C. mon divin sauveur ; je vous demande, en son nom et par ses * mérites, la patience dans mes peines et la soumission parfaite qui vous est due pour tout ce que vous voulez ou permettez. Ainsi-soil-il, »

Un rayon d’espoir vint éclairer la captivité de Madame Élisabeth; elle crut un instant à un échange de prisonniers dans lequel elle aurait été comprise ; ce n était pas un échange, c’était son acte d’accusation qui se préparait, c’était son arrêt de mort.

( On exhuma contre elle un document qui avait servi à perdre la reine, c’est un procès-verbal o^ux:

« Cejourd'hui, 13 brumaire, an II de la Képublique une et indivisible (3 décembre 1793), nous, commissaires de la Commune, de service au Temple, sur l’avertissement à nous donné par le citoyen Simon que Charles Capet avait à dénoncer des faits qu’il nous importait de connaître pour le

salut de la République, nous nous sommes transportés à

quatre heures de relevée dans l'appartement dudit Charles ' Capet, qui nous a déclaré ce qui suit :

» Que depuis environ quinze jours ou trois semaines, il entend les détenues frapper tous les jours consécutifs entre six et neuf heures; que depuis avant-hier ce bruit s’est fait un peu plus tard et a duré plus longtemps que les jours précédents ; que ce bruit paraît sortir de l’endroit correspondant au bûcher ; que de plus il connaît, à la marche qu’il distingue de ce bruit, que pendant ce temps les détenues quittent la place du bûcher par lui indiqué , pour se transporter dans l'embrasure de la fenêtre de leur chambre h coucher, ce qui fait présumer qu’elles cachent quelques objets dans ces embrasures. Il pense que ce pourrait être de faux assignats, mais qu’il n’en est pas sûr, et qu’elles pourraient les passer par la fenêtre pour les communiquer à quelqu’un.

» Ledit Charles nous a également déclaré que dans le temps qu’il était avec les détenues, il a vu un morceau de bois garni d’une épingle crochue et d’un long ruban, avec lequel il suppose que les détenues ont pu communiquer par lettres avec feu Capet.

» Et que de plus ledit Charles se rappelle qu’il -lui a été dit que s’il descendait avec son père, il lui fît ressouvenir de passer tous les jours à huit heures et demie du soir dans le passage qui conduit à la tourelle, où se trouve une fenêtre de l’appartement des détenues.

I » Charles Capot nous a déclaré de plus qu’il était forte- / mont persuadé que les détenues avaient quelques intelligences ou correspondances avec quelqu’un.

» De plus il nous a déclaré qu’il avait entendu lire dans une lettre que Cléry avait proposé à feu Capet le moyen do correspondance présumé par lui, déclarant que Capet aurait répondu à Cléry que cela ne pouvait se pratiquer, et que cette réponse n’avait été faite à Cléry qu’à la fin ; qu’il ne se douta pas de l’existence de ladite correspondance.

» Déclare qu’il a vu les détenues fort inquiètes parce qu’une de leurs lettres était tombée dans la cour.

» Ayant demandé au citoyen Simon s’il avait connaissance du bruit ci-dessus énoncé, il a répondu qu’ayant l’ouïe un peu dure, il n’avait rien entendu, m’ais que la citoyenne Simon, son épouse, a confirmé les dires dudit Charles Capet, relativement au bruit.

» Ledit citoyen Simon nous a dit que, depuis environ huit jours, ledit Charles Capet se tourmentait pour faire sa déclaration aux membres du conseil.

» Lecture faite auxdits déclarants, ont reconnu contenir vérité, et ont signé lesdits jour et an que dessus.

Signéj Charles Capet, Simon, femme Simon^ Rémy, Séguy, Robin, Sillans.

» D’après la déclaration ci-dessus, la susdite commission a fait une visite fort exacte dans l’appartement des détenues, elle n’y a rien trouvé qui puisse donner de l’inquiétude; elle

a cependant remarqué que, dans le cabinet, de garde-robe, à la fcnctre qui fait face à la porte, il y a deux barreaux de traverse qui sont descellés des deux bouts et qui paraissent aussi l’être depuis longtemps.

» La présente déclaration a été écrite mot pour mot, sur les registres des procès-verbaux du Temple. »

iSuivent les signatures.

Cette infâme dénonciation arrachée à un malheureux enfant que Simon el sa femme — deux monstres! — torturaient à plaisir, cette dénonciation, disons-nous, ne pouvait rien prouver contre qui que ce fût, mais moins' encore contre Madame Élisabeth que contre personne. Il fallut trouver une autre base d’accusation.

Le 20 floréal an II (0 mai 1704), rhuissier Mfonet pré > senta au conseil une lettre de l’accusateur public Fou^ quier-Tinville portant sommation de remettre au susdit Monet la sœur de Capet en conséquence du mandat d’arrêt dont il était porteur.

Le conseil livra immédiatement l’accusée. Élisabeth sortit du Temple vers sept heures trois quarts. Elle fut transférée k la Conciergerie, puis menée à la chambre du conseil, où elle subit l’interrogatoire secret consigné au procès-

verbal que nous reproduisons :

a Cejourdliui, 20 floréal, l’an II de la République française une et indivisible, nous, Gabriel Deliége, vice-président du tribunal révolutionnaire, assisté d’Anne üucray, commis-

greffier du tribunal, et en présence d'Anioine-Quenlin Fouquier, accusateur public, avons fait amener de la maison d’arrêt, dite de la Conciergerie, la ci-après nommée, à laquelle nous avons demandé ses noms, surnoms, âge, profession, pays et demeure.

! A répondu se nommer Élisabeth-Marie Capet, sœur de ’ Louis Capet, âgée de trente ans, native de Versailles, département de Seine-et-Oise.

D. Avez-vous, avec le dernier tyran, conspiré contre la sûreté et la liberté du peuple français?

R. J’ignore à qui vous donnez ce titre, mais je n'ai jamais désiré que le bonheur des Français.

D. Avez-vous entretenu des correspondances et intelligences avec les ennemis intérieurs et extérieurs de la République et notamment avec les frères de Capet et les vôtres, et ne leur avez-vous pas fourni des secours en argent ?

R. Je n’ai jamais connu que des amis des Français ; jamais je n’ai fourni de secours à mes frères, et depuis le mois' d’août 1792, je n’ai reçu de leurs nouvelles ni ne leur ai donné des miennes.

D. Ne leur avez-vous pas fait passer des diamants ?

R. Non.

D. Je vous fais observer que votre réponse n’est point exacte sur l’article des diamants, attendu qu’il est notoire que vous avez fait vendre vos diamants en Hollande et autres pays étrangers, et que vous avez fait passer le [)rix en

provenant, par vos a^^enis, à vos frères pour les aider à

soutenir leur rébellion contre le peuple français.

R. Je dénie le fait parce qu’il est faux.

D. Je vous fais observer que, dans le procès qui eut lieu en novembre 1703, relativement au prétendu vol des diamants que vous portiez autrefois, il a pareillement été prouvé que le prix en avait été transmis à vos frères par vos ordres, pour quoi je vous somme de vous expliquer catégoriquement sur ces faits.

R. J’ignore les vols dont vous venez de me parler; j’étais à cette époque au Temple, et je persiste au surplus dans ma précédente dénégation.

D. N'avez-vous pas eu connaissance que le voyage déterminé par votre frère Capet et Marie-Antoinette pour Saint-Cloud, à l’époque du 18 avril 1701, n’avait été imaginé que pour saisir l'occasion de sortir de France?

R. Je n’ai eu connaissance de ce voyage que par l'intention qu’avait mon frère de prendre l’air, attendu qu’il n'était pas bien portant.

D. Je vous demande s’il n'est pas vrai, au contraire, que

le voyage n’a été arrêté que par suite de conseils de dilTé- \

rentes personnes qui se rendaient alors habituellement au ci-devant château des Tuileries, notamment de Ronnal, exévêque de Clermont, et autres prélats et évêques, et vousmême n’avez-vous pas sollicité le départ de votre frère?

R. Je n’ai point sollicité le départ de mon frère, qui n’a été décidé que d’après l’avis des médecins.

D. N'ost-ce pas parcillcmcnl à votre sollicilalion et à celle (le Marie-AiHoincttc, votre belle sœur, que Capet, votre frère, a fui de Paris dans la nuit du 20 au 21 juin 1701?

H. J'ai appris dans la journée du 20 que nous devions tous partir dans la nuit suivante, et je me suis conformée à cet égard aux ordres de mon frère.

D. Le motif de ce voyage n’élait-il pas de sortir de France et de vous réunir aux émigrés et autres ennemis du peuple français ?

R. Jamais mon frère ni moi n’avons eu l'intention de quitter notre pays.

1). Je vous fais observer que cette réponse ne parait pas ^ exacte ; car il est notoire que Rouillé avait donné les ordres à difi'érents corps de troupes de se trouver^à un point convenu, pour protéger cette évasion, de manière à pouvoir vous faire sortir, ainsi que votre frère et autres, du territoire français, et que môme tout était préparé à l’abbaye d’Orval, située sur le territoire du despote autrichien, pour vous recevoir ; et vous fais observer, au sur- ' »

plus, que les noms supposés par vous et votre frère ne ' permettent pas de douter de vos intentions.

R. Mon frère devait aller à Montmédy, et je ne lui connaissais pas d’autres intentions.

D. Avez-vous connaissance qu’il ait été tenu des conciliabules .secrets chez Marie-Antoinette, ci-devant reine de France, le.squels s’appelaient romité imtrichicn ?

H. J’ai parfaitement connaissance qu’il n’y en a‘ ja> mais eu.

I). Je vous fais observer qu’il est cependant notoire que les conciliabules se tenaient de deux jours l'im, depuis minuit jusqu’à trois heures du matin, et que même ceux qui étaient admis passaient par la pièce que l’on appelait alors la galerie de tableaux.

R. Je n’en ai aucune connaissance.

D. N’étiez-vous point au palais des Tuileries les 28 février 1791, 20 juin et 10 août 1792 ?

R. J’étais au château les trois jours, et notamment le 10 août 1792, jusqu’au moment où je me suis rendue avec mon frère à l’Assemblee nationale.

D. Ledit jour 28 février, n’avez-vous pas eu connaissance que le rassemblement des ci-devant marquis, cbevalicrs et autres, armés de sabres et de pistolets, était encore pour favoriser une nouvelle évasion de votre frère et de toute sa famille, et que l’affaire de Vincennes, arrivée le même jour, n’avait été imaginée que pour faire diversion?

R. Je n’en ai aucune connaissance.

I). Qu’avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 août?

R. Je suis restée dans la chambre de mon frère, où iloils avons veillé.

/ 1). Je vous fais observer qu’ayant chacun vos apparle-

I menls, il paraît étrange que vous vous soyez réunis dans . celui de votre frère, et sans doute que cette réunion avait un autre motif, que je vous interpelle d’expliquer.

R. Je n’avais d’autre motif- que celui de me réunir toujours chez mon frère lorsqu’il y avait des mouvemenls dans Paris.

D. Cette même nuit, n’avez-vous pas été avec Marie- Antoinetle dans une salle où étaient des Suisses occupés à faire des cartouches, et notamment n’y avez -vous pas été de neuf heures et demie à dix heures du soir ?

R. Je n’y ai pas élé et n’ai nulle connaissance de cette salle.

D. Je vous fais observer que cette réponse n’est point exacte, car il est établi^ dans différents procès qui ont eu lieu au tribunal du 17 août 1792, que Marie-Antoinette et vous aviez élé plusieurs fois, dans la nuit, trouver les gardes-suisses, et que vous les aviez fait boire, et les aviez engagés à confectionner la fabrication des cartouches, dont Marie-Antoinette en vit mordre plusieurs.

R. Cela n’a pas existé et je n’en ai aucune connaissance.

D. Je vous représente que les faits sont trop notoires pour ne pas vous rappeler les différentes circonstances relatives à ceux par vous déniés, et pour ne pas savoir le motif* qui avait déterminé les rassemblements de troupes de tout genre qui se sont trouvés cette même nuit aux

Tuileries ; pour quoi je vous somme de déclarer si vous

persistez, comme dans vos précédentes dénégations, à nier les motifs de ces rassemblements?

R. Je persiste dans mes précédentes dénégations, et

j’njoule que je ne connafssais pas tle inolifs de rassemblenienls; je sais seulement, comme je l'ai déjà dit, que les •corps constitués pour la sûreté de Paris, étaient venus avertir mon frère qu’il y avait du mouvement dans les faubourgs, et que dans cette occasion, la garde nationale se rassemblait pour sa sûreté, comme la Constitution le prescrivait.

D. Lors de l’évasion du "20 juin, n’est-ce pas vous qui avez emmené les enfants?

K. Non, je suis sortie seule.

ï). Avez-vous un défenseur, ou voulez-vous en nommer un ?

U. Je n’en connais pas.

« De suite, nous lui avons nommé Chauveau-Lagarde pour conseil. *

» I.ecture faite du présent interrogatoire, a persisté et a signé avec nous et notre grelber.

» Signé: Élisabetiî-Mahie, A. Q. Fouquier,

» Delikge, Dlxray, ( iref / ier . »

A cet interrogatoire étaient jointes plusieurs pièces constatant qu’Flisabeth avait fait parvenir à ses frères ses diamants, pour payer les troupes qu’ils entretenaient contre la France.

Ensuite le greffier donna lecture de l’acte d’accusation ainsi conçu :

« Antoine Fouquier, accusateur public près le tribunal

nH'olutionnairo, expose que c’est à la famille Capet que le peuple français doit tous les maux dans lesquels il a gémi pendant tant de siècles.

» C'est au moment où l'excès de l'oppression a forcé c peuple de briser ses chaînes, que toute cette famille s'est réunie pour le plonger dans un esclavage plus cruel encore que celui dont il voulait sortir. Les crimes de tout genre, les forfaits amoncelés de Capet, de la Messaline Antoinette, et des deux frères d'Élisabeth, sont trop connus pour qu’il soit nécessaire d’en tracer ici le tableau; ils sont écrits en caractères de sang dans les annales de la révolution, et les atrocités inou'ies exercées par les barbares émigrés ou les sanguinaires satellites des despotes ; les meurtrcG, les incendies, les ravages ; enfin, les assassjnats inconnus aux monstres les plus féroces, qu’ils commettaient sur le territoire français, sont encore commandés par cette détestable famille pour livrer de nouveau une grande nation au despotisme et aux fureurs de quelques inconnus.

î Élisabeth a partagé tous ces crimes; elle a coopéré à toutes ces trames, h tous ces complots formés par ses infùmes frères, par la scélérate impudique Antoinette et toute la horde des conspirateurs qui s'étaient réunis autour d’eux ; elle a été associée à tous les projets, elle a encouragé tous les assassins de la patrie. Les complots de juillet 1789, la conjuration du fi octobre suivant, dont les d'Estaing, Villeroyet autres qui viennent d’ètre frappés du glaive de la loi, étaient les agents; enfin toute celte chaîne

non interrompuo de conspirî)tions pendant qualrc ans entiers, ont été suivis et secondés de tons les moyens qui étaient au pouvoir d’Élisabeth. rTest clic qui, au mois do juin 1701, a fait passer les diamants qui étaient une pat)priété nationale, h Tinfame d’Artois, son frère, pour le mettre en état d’exécuter les projets concertés avec lui, et de soudoyer les assassins contre la patrie ; c’est elle qui entretenait avec son autre frère, devenu aujourd’hui lohjet de la dérision et du mépris des despotes coalisés chez lesquels il est allé déposer son imbécile et lourde nullité, la correspondance la plus active ; c’est elle qui voulait, par l’orgueil et le dédain... avilir et humilier les hommes libres qui consacraient leur temps h garder leur tyran ; c’est elle enfin qui prodiguait des soins aux assassins envoyés aux

Champs-Elysées par le despote, pour provoquer les braves Marseillais, et qui pansait les blessures qu’ils avaient reeues dans leur fuite précipitée. Élisabeth avait médité avec Capet et Antoinette, le massacre des citoyens de Paris, dans l’immortelle journée du 10 août; elle veillait dans

l’espoir^ crètre témoin de ce carnage nocturne; elle aidait la barbare Antoinette h mordre des balles, et encourageait par ses discours tes jeunes personnes que des prêtres fanatiques avaient conduites au chûteau pour cette horrible occupation. Enfin, trompée dans l’espoir que toute cette horde de conspirateurs avait, que tous les citoyens se présenteraient pendant la nuit pour renverser la tyrannie, clic fuit au jour avec le tyran et sa femme, et fut attendre

dans le temple de la souveraineté nationale (jue la horde d’eselav£;s soudoyés et dévoués aux forfaits de cette cour parricide, eût noyé la liberté dans le sang des citoyens, et lui eût fourni ensuite les moyens d'égorger ses représentants, au milieu desquels ils avaient été chercher un asile.

» Enfin on l’a vue, depuis le supplice mérité du plus coupable des tyrans qui ait déshonoré la nature humaine, provoquer le rétablissement de la tyrannie, en prodiguant avec Antoinette, au fils de' Capiet, les hommages de la royauté et les prétendus honneurs dus au trône. »

Après la lecture de cet acte d’accusation, qui ne laissait aucun espoir à la défense, Élisabeth fut interrogée de nouveau et, comme dans son premier interrogatoire, elle nia tout ce qu’on lui imputait.

Le tribunal rendit ensuite le jugement suivant :

« .\ttendu.... qu’il est constant qu’Élisabelh Capet c.sl

convaincue d’ètre coniplice de ces complots, etc. ;

» En conséquence, le tribunal, après avoir entendu l’accusateur public en son réquisitoire, et les lois par lui invoquées sur l'application de la peine, a condamné à la peine de mort Élisabeth Capet, ainsi que les vingt-quatre autres dénommés ci-clessus, compris avec elle dans le même acle d’accusation. »

Elle entendit son arrêt de mort sans manifester aucune émotion. Elle prononça seulement ces paroles : « C’est bien ! je vais me préparer à mourir ! »

Nous avons dit comment elle mourut.

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