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l'Atlantique et de la bai: de Fundy où ils fondèrent la ville de St. John. Plusieurs étaient des personnes d'une grand importance politique, professionnelle et commerciale, établies depuis longtemps dans la Nouvelle-Angleterre, l'état de New-York et la Virginie. Les femmes représentaient la grâce, la dignité et la culture intellectuelle de la vieille société coloniale.
Un écrivain américain contemporain nous donne une idée très claire et probablement très juste de ce que la plupart de ces femmes abandonnaient : ‘‘ Les domaines des 7Zories- -conservateurs—étaient au nombre des mieux tenus, leurs imposantes demeures s’'élevaient au sommet des côteaux d’où la vue était splendide; les longues avenues, les larges pelouses, les haies de parcs et de jardins bien taillées, les serviteurs, l’argenterie de famille, les tableaux choisis, toutes les nombreuses marques d’une économie domestique digne et généreuse, tout cela se trouvait en général chez les Tories’”’, Ils ab-ndonnèrent tout ce bien-être pour les forêts primitives, les cabanes de troncs d’arbres et les crielles privations dont les Normands avaient souffert un siècle auparavant.
Le gouverneur Parr, décrivant l'arrivée des exilés à Shelburn, dit que ‘‘ l’on pouvait voir de longues files de femmes assises sur la plage rocheuse et pleurant sur le triste changement de leur existence ”’. Plusieurs d’entre elles ainsi que leurs enfants moururent de froid, de faim et des douleurs de l'exil. Les plus résolus cependant reprirent courage, et dans un espace de temps si court qu'il semble incroyable, les conservateurs de la Nouvelle-Ecosse atteignirent au moins à une apparence de la prospérité et à une ombre du bien-âtre auxquels ils avaient été accoutumés.
Ceux de l’ouest souffrirent, sinon plus vivement, au moins plus longtemps. Plusieurs milliers d’entre eux s’ouvrirent un chemin par-dessus les montagnes désertes et traversèrent les grands lacs pour fonder la nouvelle prc rince d’'Ontario. D’autres atteignirent l'ouest par ia mer et le fleuve Saint-Laurent, mais aucun d’eux ne s'arrêta longtemps au milieu des établissements français.
Un siècle de crainte et de défiance ne s'était point effacé parce que les fleurs de lis avaient fait place à Québec à la bannière rouge d'Angleterre. Ces exilés furent, dans toute la force du terme, des pionniers ; et ceux qui avaient été élevés le plus délicatement partagèrent le travail des plus humbles.
A l’ouest, comme à l’est, ils apportèrent cependant des trésors supérieurs à l’or, oui, à l'or le plus fin, ils apportèrent une intelligence libre et énergique et les qualités nécessaires pour se gouverner par soi-même.
Ni l’autorité paternelle d’un roi, ni la sol.icitude d’une église ne veilla sur les cœurs des fidèles conservateurs. Hoiimes et femmes résolus, ils conquirent le désert, fondèrent des villes et enseignèrent à leurs enfants à ne jamais perdre de vue ces conceptions de liberté et de justice qui forment l'idéal si soigneuseme:it entretenu de leur race. Ce respect conservateur pour les anciens usages et cette opposition à tout changement brusque qui sépara les loyaux de leurs compatriotes pendant la révolution, a toujours distingué le gouvernement du Canada de celui des Etats-Unis.
Les Canadiens admettent que le monde tourne, mais ils ne sauraient se faire à l’idée qu’il doivent tourbillonner. La ‘‘ femme nouvelle ” existait aux Etats-Unis longtemps avant qu’elle traversât la frontière pour venir émanciper ses sœurs canadiennes.
De même que les principaux traits des femmes normandes dominent chez les Canadiennes-françaises, ainsi les qualités saillantes des vaillartes émigrées fidèles à l'Angleterre caractérisent les Anglaises du Canada. Leurs descendantes de l’est et de l’ouest ont traversé les plaines et les montagnes rocheuses pour aller implanter sur les côtes du Pacifique une population forte et sûre d’elle-même; fermement attachée aux principes politiques de ses ancêtres.
La position du Canada dans l’Empire britannique est celle d'un fils aîné qui atteint sa majorité : se trouvant pratiquement affranchi de toute dépendance, ses liens d’affection et de gratitude n’en sont que plus reserrés. Au dix-huitième siècle, les femmes des conservateurs abandonnèrent leurs foyers par attachement à un Empire uni britannique, et, à la fin du dix-neuvième siècle, leur esprit ferme et constant anime les femmes du Canada, qui sont prêtes même à de plus grands sacrifices pour maintenir l'intégrité de cet Empire.
Montréal, janvier 1900.
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