LES FEMMES POÈTES DE LANGUE ANGLAISE
Si l'on jette un coup d'œil sur l’œuvre poétique des femmes de langue anglaise au Canada, on est d’abord frappé par le nombre des ouvrages qu'elle comprend ; si on l’examine de plus près, on est
surpris de la somme de bonne poésie qui
s’y trouve, surtout dans les productions
d’une date plus récente, lesquelles, mar-
quent une ère de développement bien ca-
ractérisé dans notre littérature nationale.
Les livres, il est vrai, sont, plusieurs
d’entre eux, peu voluminenx, et ceux
qui représentent le premier période de
notre histoire littéraire ne touchent guère
qu’à des thèmes assez limités. Quelques
auteurs ont cherché des champs plus
vastes, ont tenté des sujets de plus
grande envergure ; mais ce qui a été fait
de mieux est purement canadien, tirant double valeur à la fois
du mérite littéraire et de la couleur locale. Cela repose de cette
tendance à la mélancolie et l’introspection religieuse ou sentimen-
tale, qui marque les écrits de femmes dont l'esprit, souvent bien
doué, n'avait pas, au Canada, durant la première partie de ce siècle, l’occasion de se développer.
Dès l’année 1815, une dame demeurant au Canada, Mrs. Anne Cuthbert Fleming, publiait un volume de poésies, lequel était suivi, en 1824, par un autre dû à la plume de Mrs. Blennerhasset. Deux autres volumes paraiscaient dans le cours des six années suivantes —l'un par Mrs. Ethelind Sawtell et l’autre par Miss Rhoda Anne Page. Dès lors ont paru à différents intervalles des ouvrages plus importants. Harriet Annie Wilkins imprimait en 1851 le premier des trois volumes qui portent son nom, et trois ans plus tard Clotilda Jennings mettait aussi un recueil de poésies devant le public.
Nous arrivons maintenant à l’œuvre de Mrs. Susannah Moodie, qui en 1853 faisait paraître des poésies et des esquisses en prose très caractéristiques. Je parlerais plus au long de l’œuvre de cette femme remarquable si, à propos de ses productions en prose, elle ne
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devait faire l’objet d’une notice particulière dans une autre partie du présent chapitre. Depuis longtemps le nom de cet auteur est familier au Canada. Dans le cours des vingt années qui ont suivi 1853, ont vu le jour une demi douzaine de recueils poétiques, parmi lesquels les poésies d’une nièce de Mrs. Moodie, Miss Mary Elizateth Muchall. Tous ces vers sont principalement sur des sujets canadiens ; la plupart sont descriptifs ou semi-religieux. Ils indiquent dans le discernement et la culture littéraires un progrès tout à l'honneur des conditions dans lesquelles se trouvait la jeune nation.
A partir de ce moment la qualité des ouvrages qui se publient indique un mouvement progressif très accentué, et dans les quelques années suivantes plusieurs volumes de poésies dignes de reriarque ont été livrés au public, entre autres, en 1881, ceux de Mrs. Leproho, de Kate Seymour McLean et de Amelia Vining Vule, dont le mérite littéraire est d’un ordre élevé.
Isabella Valancy Crawford, jeune fille très bien douée, signait en 1884 un livre de vers intitulé O/4 Spook's Pass and Malcolm's Katie, et qui indique de l'originalité, de la vigueur et du génie poétique. La mort de l’auteur, arrivée peu de temps après, a mis fin à une carrière qui donnait de rares promesses.
‘Trois volumes publiés en 1887 ont été de précieuses additions à la collection des poésies canadiennes, qui ne cesse maintement de s'enrichir. Ce sont le livre de Miss Mary Morgan (Gowan Lea), auteur de sonnets fortement pensés, celui de Mrs. Curzon, qui a signé le beau poème historique de Zaura Secord, et celui de Mary Barry Smith, dont le nom a depuis été attaché à deux autres recueils de bonnes poésies. Miss Morgan a tout récemment écrit un petit volume de vers exquis sons le titre de Traumerein.
Différentes publications périodiques ont publié de Mrs. Annie Rothwell des pièces de poésie forte et pleine de vie. C’est en 1891 que Mrs. Harrison (Seranus) a donné au public son premier volume de vers, qu’elle a fait suivre depuis d'un autre recueil de pièces pleine de caractère et de verve. Les stances qui suivent sont un exemple de ses descriptions de la vie canadienne.
| Old Mère Marmette with her withered face, Under the cap with its starched white lace,
Just as one sees in a cold March wood An old brown leaf with its snowy hood,
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