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LA CONDITION POLITIQUE DE LA FEMME AU CANADA

A Nombre d'hommes d'état de race anglo-saxonne, qui dominent ‘44 leur entourage et scrutent l'horizon politique, sont persuadés que M

les droits politiques de la femme seront un jour reconnus. Quelques- » F. uns des chefs, cnmme lord Salisbury, 4

prévoir "t que le suffrage féminin aurait une influence heureuse dans la vie politique anglaise. Au Canada, sir John A.

Macdonald alla jusqu’à insérer dans la loi électorale de 1883 un article conférant le droit de vote aux femmes (veuves ou filles) non sous puissance de mari; mais l'opinion publique s’y montra tellement hostile qu’il le supprima.

Les femmes canadiennes elles-mêmes, jusqu’à tout récemment se sont fc. eu .

intéressées au mouvement, et même il y a quelques années, prises en masse, elles y étaient opposées. Et pourtant aujourd’hui presque toutes les femmes canadiennes qui se préoccupent des questions actuelles d'éducation, de philanthropie, de vie sociale, sont en faveur de quelque forme de suffrage féminin dans les affaires scolaires, ou communales, ou législatives. Ce rapide changement d'opinion et les causes qui l'ont déterminé fournissent un intéressant sujet d'étude. Le niveau plus élevé de l'éducation féminine, les œuvres organisées des femmes pour l'assistance des pauvres ou l’avantage de la société, leur présence sur le marché du travail qui nécessite des lois pour leur sauvegarde et leur bien-être, | ont fait comprendre aux femmes de notre pays qu’il serait utile qu’elles eussent une influence directe sur les gouvernants. L'influence dans la vie privée dont on parle beaucoup et qui est très effective dans sa sphère, est lente à amener des résultats. La femme est reine à son foyer et elle y gouverne ; malheureusement, les lois qu'elle édicte n’ont pas force hors de son domaine. Pour que ses lois, éciites ou non écrites, soient reconnues au dehors, il lui faut, de plus, s'engager dans le mouvement politique, et elle s’y est | engagée.

Nulle femme au Canada ne vote à l'élection d’un législateur, pas plus au provincial qu’au fédéral; son droit de suffrage est donc | ;

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limité à la commune rurale et à la municipalité, lesquelles n’édictent que des règlements en exécution de lois préexistantes. Bien que privées du suffrage direct, les femmes en unissant leurs efforts et par beaucoup de travail, ont obtenu des changements importants dans les lois civiles et crimirelles, ainsi que dans leur condition politique dans les communes et municipalités. Les sociétés de femmes qui ont effectué la plupart de ces changements, sinon tous, sont le Conseil national des Femmes, société sans attache de communion religieuse et la plus autorisée ; la Dominion Women's Christian Temperance Union(\ Union de Tempérance chrétienne des Femmes du Canada), la plus vasteet la mieux organisée ; etla Dominion Woman's Enfranchisement Association (l Association pour la Reconnaissance des Droits politiques de la femme au Canada). L'aperçu suivant de ce qui s’est fait, ces dernières années, dans les diverses provinces, nous fera voir combien le travail de ces sociétés a été efficace. I1 est remarquable que plus la province est ancienne, plus elle est conservatrice en ce qui regarde la reconnaissance des droits politiques de la femme. La province de Québec s’est engagée avec répugnance à la suite des autres äans cette voie, et reste très en arrière. Tout en entourant la femme, comme pupille de l’Etat, d’une protection méticuleuse dans la jouissance de ses biens, Québec se hâte de lui enlever au mariage même ce suffrage restreint dont elle jouissait en qualité de fille ou de veuve. Le Nouveau- Brunswick a un record unique. L'honorable W. R. Emmerson disait dans la chambre des députés de cette province, le 21 avril 1894, que ‘‘en 1783, lorsque le Nouveau-Brunswick fut érigé en province, les femmes avaient le droit de voter anx élections et y votaient. Ce droit leur fut enlevé en 1791 *’. La Colombie-britannique est la première sur la liste à donner le droit de vote aux femmes mariées. A titre de propriétaire une femme mariée est appelée à voter aux élections communales et municipales, et à l’occasion d'octroi de licences aux débitants de boissons dans son voisinage ; à titre de propriétaire et de femme d’un contribuable, elle est encore appelée à exercer le suffrage dans les auestions scolaires. Le plus fort obstacle à la reconnaissance du droit de Suffrage de la femme, c’est l’idée que le mari représente les vues de la femme. Nous voyons que la Colombie-britannique a adopté trois mesures en progrès sur cette idée : la femme n’y est pas représentée par son mari lorsqu'il s’agit de ses biens, de l’éducat’ n des enfants et de la question des spiritueux.

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Dans la PROVINCE DE L'ILE-DF-PRINCE-EDOUARD, une loi a été passée en 1888 conférant le suffrage dans les affaires communales et municipales aux femmes propriétaires (veuves ou filles) hors de puissance de mari. A Charlottetown, en 1896, 160 votèrent à l'élection du maire et des conseillers. Une loi édictée en 1899 déclare les femmes éligibles à la commission des Ecoles.

Dans la PROVINCE DE LA NOUVELLE-ECOSSE, un projet de loi conférant le suffrage aux femmes fut rejeté en 1893. En 1894, un projet de loi reconnaissant aux femmes le même droit électoral qu'aux hommes fut rejeté à la majorité d’une voix. En 1895, un projet de loi de suffrage restreint pour les femmes fut rejeté à la majorité de neuf voix. La seconde lecture de ce projet de loi provoqua une longue discussion, Ces projets de loi furent tous pré sentés à la requête de la Women's Christian Temperance Union. Dans cette province, le droit de voter aux élections communales et municipales fut d'abord accordé aux femmes hors de puissance de mari en 1887—(C. 28). La loi de 1895—(C. 1)—autorise les veuves, femmes mariées et filles, lorsqu'elles sont contribuables, à voter aux élections scolaires. Une femme mariée, propriétaire en son nom propre et dont le mari n’a pas qualité d'électeur, a droit de voter aux élections communales et municipales, en vertu des dispositions du Married Woman's Property Act. Dans la ville de Halifax (chapitre 58 de 1891), les femmes hors de puissance de mari obtiennent le droit de vote sur versement de leurs cotisations.

Mille femmes avaient droit de vote en 1897, mais seulement 282 exercèrent ce droit. En 1898, l'élection du maire de cette ville fut en grande partie le résultat du vote féminin, Mlle Eudora Hilton, de Varmouth, fut la première femme à faire partie de la commission scolaire de district. Les démarches faites par les conseils locaux de Femmes de Halifax et de Varmouth déterminèrent cette nomination.

Dans la PROVINCE DE NOUVEAU-BRUNSWICK, le pouvoir legislatif, en 1886, conférait, de son propre mouvement, aux femmes hors de puissance de mari le même suffrage qu'aux hommes dans la sphère communale et municipale. En 1893, une loi fut passée, sur la pétition de la Woman's Auxiliary autorisant la nomination de femmes en qualité de commissaires d'écoles. Cette loi fut amendée (1896, chap. 14 des lois du Nouveau-Brunswick), de manière à rendre obligatoire la présence de deux femmes dans tout bureau scolaire.

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Aujourd'hui, seize femmes remplissent la fonction d'une manière satisfaisante, Cette loi s'applique aux villes et villages constitués Dans les villes les commissaires sont nommés ; ailleurs ils sont élus. On trou : les franchises de citoyen reconnues à la femme dans les ordonnances de la ville remontant à 1817. Les habitants de Fredericton jouissent de droits de pêche dans le havre de St. John, et un jour était autrefois désigné pour le tirage au sort des avantages conférés par ces droits, Les femmes avaient au tirage le même droit que les hommes jusqu’au jour où la loi fut abolie en 1862.

En 1894, sur la pétition de la #aritime Women's Christian Temperance Union, (Union de Tempérance chrétienne des Femmes des provinces maritimes), un projet de loi de suffrage féminin fut présenté à la Chambre par M. Stockton et rejeté par sept voix. En 1895, le projet de loi de M. Emmerson pour l'établissement d'un suffrage féminin restreint, fut rejeté par quatre voix. En 1899, M. Emmerson soumit un projet de loi de plein suffrage féminin ; lequel fut rejeté par 27 voix, quelques députés qui auraient donné leur vote en faveur d'un suffrage restreint, votant contre le plein snffrage.

Dans la PROVINCE DE QUEBEC, en 1892, sur la pétition de la Women's Christian Temperance Union, le suffrage dans les affaires communales, municipales et scolaires fut accordé aux femmes hors de puissance de mari dans les mêmes conditions qu'il existait déjà pour les hommes. La loi ayant trait au suffrage en matière scolaire était ambiguëé ; pour cette raison, en 1899, la Women's Christian Temperance Union présenta une pétition demandant que ‘‘les femmes fussent reconnues éligibles à la charge de commissaire d'écoles”’. La réponse fut un amendement excluant les femmes. Toutefois, précédemment, en 1891, Mille Merry avait fait partie d'un bureau scolaire à Magog. À Montréal, en vertu de l'ancienne charte, le suffrage en matières municipales était reconnu seulement aux femmes hors de puissance de mari et propriétaires. En 1899, la loi fut amendée, de manière à comprendre les femmes locataires domiciliées ce qui augmenta considérablement le nombre d’électeurs du sexe féminin. Cette augmentation contribua, lors de la dernière élection, en 1900, à assurer à l'association de Réforme une majorité de partisans au conseil de ville. ÆEn décembre 1898, M. Simpson proposa à la chambre d'accorder aux femmes hors de puissance de mari le suffrage dans les élections provinciales ; le projet de loi fut rejeté ‘‘sur division’ (sans la formalité d’un appel aux voix).

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