‹ Les femmes du diableChapitre 11 sur 59 · MADEMOISELLE AURORE · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE AURORE

C’était l’Aurore aux doigts de rose, mais elle ouvrait les portes de la nuit. Elle chantait mal, mais on la regardait chanter, et comme elle était belle on disait qu’elle chantait bien. Ses doigts de rose étaient tachés d’encre : elle rimait à toute heure des vers philosophiques comme ceux-ci :

Ce monde est un sentier glissant

Où chacun tant soit peu chancelle ; •

Le sage aux sens rassis, l’étourdi sans cervelle,

De faux pas en faux pas, tous vont diversement.

Souvent mémo à plus d'un amant

Lo pied plissa près de sa belle.

Nos auteurs sont les seuls, oui-dà 1 Que nous ne parons pas do ces accidents-là; Les aider à tomber est tout ce qu’on peut faire. Les relèvera qui pourra ;

Le public en fait son affaire.

Un jour, mademoiselle Aurore glissa sur les planches ; elle tomba si à propos qu'elle fut applaudie par tout un public enthousiaste. Cette chute fit dire au' comte d’Artois que ce jour-là l’Aurore avait montré la nuit.

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