MADEMOISELLE BEAUMESNIL
« Mademoiselle Beaumesnil relève de couches ; elle avait déjà fait une fausse couche auparavant; ainsi c’est une personne des plus formées pour son âge. Je crois que jamais actrice n’a débuté avec autant d’aisance. Si elle avait joué la comédie depuis plusieurs années, il ne lui serait pas possible d’avoir plus d’habitude du théâtre, ni de montrer plus d’intelligence. Elle a eu le plus grand succès. Si elle avait débuté dans un rôle moins mauvais, elle aurait tourné la tête à tout
Paris. Préville m'a assuré qu’à l’âge de sept ans cette fille jouait la comédie avec tout l’esprit et toute la finesse imaginables, et qu’elle aurait été la seule personne capable de remplacer mademoiselle Dangeville. En ce cas, je suis fâché que la* Comédie-Française n'ait pas fait cette acquisition, car le caractère de la voix de mademoiselle Beaumesnil n’est pas agréable ; et vu la nécessité et l’usage de crier à l’Opéra comme les possédés devant un crucifix, et le goût et la vocation que cette jeune actrice paraît avoir pour le plaisir, je ne lui donne pas dix-huit mois pour avoir perdu sa voix sans ressources. »
C’est Grimm qui constate ainsi que déjà il y a cent ans on criait fort à l’Opéra.
MADEMOISELLE BEAUPRÉ
C’était une Française belle comme une Française, qui chantait comme une Italienne. Elle élevait un canevas à la hauteur d’une comédie. Mademoiselle Beaupré était la plus jolie Ninette à la cour et la plus adroite servante maîtresse qui se soit jamais appelée Zcrlnne. Il y avait en elle presque une madame Favart et presque une Piccinelli. Aussi un soir qu’elle jouait Ninctle à la
cour , elle y resta jusqu’à la troisième aurore. On
disait déjà dans le public : — Où est Ninette? — A la Cour.
Il y a eu trois Beaupré au théâtre, comme il y a eu trois Desbrosses et trois Maupin. Mais celle-ci est la Beaupré des Beaupré, comme la Maupin de Théophile Gautier est la Maupin des Maupin.
THÉRÈSE BIANCOLELLI
C’est dans ce charmant personnage de Lucile, par où avait triomphé mademoiselle de Mézières, que débuta et triompha Thérèse Biancolelli.
Comme cette comédie s’appelait la Surprise de la Haine, on adressa tout de suite ce quatrain à la Biancolelli, qui était fort touchante, avec une taille superbe et une belle figure :
Par ta surprise de la Haine,
En vain vous avez cru débuter en ce jour;
Non, non : pour qui vous voit débuter sur la scène, C'est la surprise de l’Amour 1
Je suis du parti de l’auteur, — sauf à refaire ses vers.