LES DEUX COLOMBE
Le rossignol, qui en Orient n’aime que la rose, aurait adoré la première et la deuxième Colombe du Théâtre-Italien. Gui eût vu Bulbul infidèle !
Colombe I r0 était une amourewe, cela va sans dire. Colombe 11 en était une aussi, mais plus ingénue. Elles étaient bien sœurs par le sang et par le gosier. Leur nid commun était la Comédie-Ita-
lienne, où tout était amour, mélodie et beauté.
De Colombe l’aînée on vanta les talents mûrs. De Colombe la jeune on admira les talents précoces. Ce fut une ravissante pastorale d’un quart de
siècle. Elles jouaient à tour de rôle, elles roucoulaient à tour de colombe. La cage n’était jamais sans amour ou sans musique.
Grimm est enthousiaste de Colombe I r0 : « Elle n’a d’autre défaut que trop de noblesse et trop de beauté pour le caractère des rôles de l’Opéra-Comique; son port, sa démarche, son maintien sont ceux d’une reine, d’une princesse, plutôt que ceux d’une Sophie, d’une Rose, d’uneColette. Son regard, plutôt auguste, noble et tendre, ses grands yeux, les plus beaux du monde, sembleraient l’appeler à la tragédie. Son jeu est tant soit peu maniéré, mais de cette manière qui plaît encore lors même qu’on lacondamne,etquedebonsconseils pourront aisément corriger. Elle a une voix charmante et un goût de chant excellent, plein de cette grâce, de cette douceur, de cette facilité qu’on n’a jamais su sentir en France. »
Colombe II n’obtint pas les madrigaux de Grimm , mais la terre n’en tourna pas moins pour elle dans le bleu des nues !