‹ Les femmes du diableChapitre 55 sur 59 · MADAME TRIAL · texte numérisé non relu

MADAME TRIAL

Madame Trial débuta en 1766, sous le nom de mademoiselle de Mandeville. Elle fut donc deux fois célèbre, et sous le nom de Mandeville et sous le nom de Trial. Figurez-vous le prince de Condé débutant par le duc d’Enghien. Duchesse, princesse, reine, elle passa par toutes les puissances et toutes les victoires. Sa voix était l’or le plus pur. Elle prenait l’oreille et elle allait jusqu’à l’âme, comme la musique des grands maîtres.

Son histoire est un opéra comique : « Un vieüx commis aux fermes, appelé Comolet, l’avait fait élever, lui avait fait apprendre la musique, l’a-

FIN DE L’ALPHABET

vait ensuite épousée et fait débuter à la Comédie- Italienne. Le parterre lui trouvait la voix fort jolie, un très-haut goût de chant, mais le jeu un peu triste; c’est que sa vie l’était. M. Comole t tenait madame Comolet enfermée sous la clef, et ne la relâchait que pour le temps où elle avait à jouer en public. Mais M. Comolet a eu le bon esprit de mourir, et sa veuve est devenue en peu de temps une autre personne; sa figure s’est embellie, sa physionomie s’est éclaircie; elle a joué le rôle de Louise dans le Déserteur avec tant de succès, que madame Laruette n’a plus osé le reprendre. Elle vient de donner un successeur à M. Comolet daus la personne de M. Trial, acteur de ce théâtre. On peut remarquer que messieurs les comédiens italiens ordinaires du roi ont le droit et la facilité de s'épouser en légitime nœud et en face de l’Eglise. M. Arlequin a épousé madame Arlequin trèssolennellement à la paroisse Saint-Sauveur. M. et madame Laruette ont suivi cet exemple, M. et madame Trial viennent de le suivre. Il s’en faut

bien que messieurs les comédiens français ordinaires du roi aient le même privilège, et M. l’archevêque de Paris, leur refusant le sacrement du mariage, les réduit au concubinage sans miséricorde; ainsi il n’y a point de péché ni d’excommunication de jouer la comédie sur la rive droite de la Seine, mais on est à tous les diables quand on la joue sur la rive gauche. »

Oui conte cette histoire ? Je ne sais plus. Estce l’abbé Galiani ou l’abbé Voisenon ?

Page 1