‹ Les femmes du Nouveau-mondeChapitre 15 sur 23 · IM^I · texte numérisé non relu

IM^I

On danse et on chante dans le Nouveau-Monde tout comme dans l'Ancien, On y chante, parce que là, comme partout. Dieu a déposé au fond des âmes un fleuve de mélancolie, de bonheur et de rêves qui a besoin de s'épancher au dehors sous toutes les formes, palpables ou non. Or, la musique étant, de toutes ces formes, la plus naturelle à Thomme pour exhaler les parfums de la douleur, de la joie et de Textase, on comprend aisément que sous un climat comme celui des Antilles par exemple, où le feu déborde par toutes les fissures de la terre et par toutes les ouvertures du ciel, où le moindre brin d'herbe qui frissonne dans les savanes, comme Tarbre dont la cime aspire aux nuages, sont des foyers de chaleur ; que sur un sol où Ton compte plus d'êtres souffrants que d'êtres heureux, où par conséquent la poésie court dans l'air et circule dans les veines comme le sang; on comprend aisément, dis-je, que l'âme doive renvoyer au dehors ses sensations en notes cadencées par la voix.

Par les mêmes raisons, la danse est en grand honneur

et en grande pratique dans ces pays. La danse à Tétat de nature, si je puis m'exprimer ainsi, est plus qu'un jeu, plus qu'un amusement; mais ce n'est pas encore un art. C'est un moyen plus actif, plus physique, plus matériel de traduire des dispositions intérieures, mais elle a sa raison d'être.

C'est ainsi que plus les climats sont tièdes, ardents et dans des conditions poétiques, plus la danse a d'originalité, de mouvement, de caractère et de science , pour ainsi dire, dans sa simplicité, dans sa grossièreté même. C'est alors un langage, c'est une mimique dont chaque geste a un sens.

Maintenant, le tout est de savoir si l'on danse et si Ton chaute en Amérique comme on le fait dans nos salons à nous.

S'il eu était ainsi toutàfait, je ne prendrais pas la plume. Ces seuls mots déchirent le voile des récits que je compte vous faire. Quant à la question de l'art, je ne l'oublierai pas.

Dans presque toute l'Amérique , il y a eu et il y a encore deux sortes de populations, on peut dire deux couches d'âmes. Une première population, l'ancienne race des esclaves, vivant au beau milieu de la civilisation, mais plongée plus d'à moitié dans les épaisses ténèbres de la barbarie ; ayant conservé des goûts, xles mœurs, des instincts, des sentiments à part; étant, par conséquent, essentiellement originale.

Une seconde population, celle des propriétaires d'esclaves, la race des dominateurs, ayant des goûts raffinés, les mœurs de la civilisation, les instincts plutôt que la pratique des arts, et des sentiments refaits par Véiiid tion. Cette race, fille de notre vieille société d'Europ lie i*essent que de loin les progrès qu'y font leis idées c

LES VBKMSS BU N0UTEAU-MOND8. S6S

toates choses^ il en résulte une civilisation bâtarde et arriérée qui tient, par un côté, aujprtmth/;renveloppant de toutes parts sur le sol où elle vit, et qui est éclairée de Tautre par un contact affaibli avec le mouvement européen. Il en résulte un certain milieu qui pourrait passer encore pour être original.

L'une de ces races a souffert et souffre moralement; la poésie s*est donc réfugiée à 1,'état de germe chez elle; et si elle ne se traduit pas par des chefs-d'œuvre, elle écoule son exubérance sauvage par les deux moyens les plus naturels : la danse et la musique, la voix et le geste. Le nègre aime donc passionnément ces deux choses ; il les aime et les exécute avec toute la fièvre de l'instinct, sans règle et sans frein. Il n'y faut chercher ni l'art, ni la compositioiv C'est Tinspiration, la nature, le caprice, le sentiment du moment, l'impression extérieure quelquefois, qui se révèlent ainsi inopinément, spontanément.

Toujours et partout, le nègrechante. Qu'on lacère son corps sous le fouet, il pousse d'abord un cri de douleur qui s'achève dans un chant triste, lugubre, qu'il improvise aussitôt. Point de paroles pour soutenir cet air, mais une seule syllabe qu'il module, allonge, abrège, cadence, selon les exigences du rhythme et du mouvement. Rien de menaçant dans ce chant; il n'y a ni colère, ni énergie dans la voix du chanteur : c'est le murmure d'une plainte qui s'exhale.

En voici la preuve :

Un jour je trouvai, caché dans un coin obscur de sa case, un jeune nègre qui venait d'être châtié. Il poussait une sorte de cri funèbre, dont le monosyllabe Aïe ! entrecoupé de sanglots, faisait les frais. J'écoutai longtemps sans saisir» au milieu de son chant, d'autres paroles que cette syllabe répétée à l'infini. Je m'approchai de lui :

m LES PEHHES DIT ITOVTEAt-ICONBS.

•^Pourquoi chantes^tn aitisi?lui demandaHe.

— Peut endormît le ïûal que m'oût fait les coups ée foufet, répondit-il en passant légèrement la main sur ses bras eùdoloris et sur les parties meurtries de so* eorps.

— Ton chant n'a pas d'autre signifioation î ■—Non.

— lYi n'en veux donc pas à ton maître ?

— Je ne pense pas à lui dans ce moment. Ce n'est pas hii qui m'a fait mal, c'est le fouet qui m'a coupé les épaules.

— Mais quaînd ta douleur sera apaisée?

— Alors je Verrai comment je pourrai ine Venger.

— Et qui fa appris l'air que tu chantes?

— Personne ; c'est la douleur qui me le fait trouver.

— Et poùrqtioî dis-tu toujours le inème mot ea chantant ?

-— Quand on souffre, dit-on autre chose que ml ml C'est le cri qùè Je poussais chaque fois que le fôtf A écorchait mon dos. La joie seule est bà^Dillarde.

Je le quittai; il se prit à chanter de nouveau, et sa voix s'affaiblissait à mesure que sa douleur se calmait.

Vous le voyez, c'est la poésie du chant dans toute sa simplicité, dans toute sa nudité. Chanter, pour ce malheureux, ne signifiait pas autre chose que gémir. C'est en même temps, il faut le reconnaître, un hommage puissant rendu à la musique, représentée comme barane souverain pour les maux physiques. Mais il ne faut pas que j'oublie de Vous dire que le jeune nègre tint parole. Deux jours après, une dizaine de bœufs et de mulets de l'habitation de son maître périrent par le poison. Et ce queje puis vous garantir, c'est que, pendant l'exécution de sa vengeance, il chanta quelque chant inferùal,

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qo^^qoe iûTocaitioii an géaie du m&l dans kquel ceux dM» sa race ont une foi pleiiie et «ntière.

L'art est ptata: si pen de ohme Klaas Tasage que les nègres Ibnt 4e la musique», qu'ils ont, en général^ la voix {Misse, dare^ âésagréaèle et trè!s-peu mélodieuse. Penttoe n'est-«e^ en somme^ qu^ane question d'éducation^ car la iBbre oausicale du nègre est très -sensible; une «aéloèie dofuee «t i^enti9Ben>tale Tal^tenârit aisément^ et il arrive vers le son peu à peu, de si loin qu'il l'entead^ isomme le ptialèoe accourt à la lumière.

Du Teste^ c'est une cbose TOmarqittable A sigiMiler «en passant^ que, sous le dimart des Antilles, les plms belles de nos Smm n'eni pas de parfams^ que nos oiseaux si éclatante de couleurs sont maets^ que cette nature exubérante, d'ofù la poésie rudsselle^ n'a pas enfanté un grand poëte qui Tait «chanté^ qu'à >ne s'est pas rencontré un peintre p(N»r reproduire sur la toile les magies de notre «iel, pas^nn sculpteur pour pétrir dans le marbre les grâces admirables de nos femmes. Ne vous étonnez donc pas que, dans ces pays, l'homme n'ait point la voix mélodieuse jusqu'à la perfection.

Ce que je vous ai dit pour la douleur sa manifeste également dans les élans de joie que ressent le nègre. Qu'il apprenne une nouvelle heureuse, il improvise aussitôt wol ehant ; au travail, il en appelle à la musique ipeur soutenir ses toïfees ; mais, je yous le répète, dans la joie, dans la douleur comme au travail, «c'est toujours ime improvisation âésc»!donnée que la mélodie, quelquefois, traverse de ses ailes diaprées. Vous 'croyez saisir au vol un commencement de phrase musicale ravisante^ deux mesures plus loin, vous retombez au milieu du charâvari le plus grotesque, sans que la moindre note vienne vous •Taïqpeler ce premier et rapide éclair. Parfois encore.

d'autres étiacelles^ qui s'éteignent aussitôt qu'allumées^ illuminent un moment ce brouhaha.

L'événement le plus simple de la vie donne au nègre matière à un chant; et c'est la satire surtout qui va bon train sur ses lèvres. Le nègre, semble généralement dédaigner la langue parlée. Son patdls^ assez riche et assez pittoresque^ ne lui suffit pas. 11 n'en sait même pas tirer parti. Il a besoin de l'enfler par la musique pour lui donner une couleur et lui prêter un corps. Le nègre n'oserait jamais prononcer devant vous une des syllabes de sa sa* tire, mais il la chante effrontément et sans vergogne. Il faut donc prendre garde, aux Antilles» à chacun de vos gestes, et pour ainsi dire à chacune de vos paroles ; la satire chantée de la rue vous pleut dessus comme de la grêle, si vous y donnez prise. Vous n'apparaissez pas an coin d*un carrefour que cent voix ne s'élèvent pour fredonner sur vos talons et tout autour de vous le chant composé le matin ou la veille, et il vous accompagne chez vous, comme un affreux cauchemar.

J'ai été le témoin de plus d'un martyre de ce genie^ entre autres de celui d'un jeune homme que certaines excentricités de sa vie avaient posé en dehors des habi- | tudes de nos colonies. Ce furent d'abord ses toilettes, pièce par pièce, puis ses chevaux, puis chacune de ses actions qui comparurent à la barre de la satire» fournissant matière à des volumes de chansons qui l'accueillaient toutes les fois que son ombre se montrait dans la rue.

Je lui ai vu verser plus d'une larme de rage.

Je me propose de vous initier, un peu plus loin,i toutes les solennités musicales et dansantes dont ces pays sont le théâtre; vous faire assister à d'étranges spectacles qui ont un peu plus de pittoresque que les glaciales gaucheries d'un solo de pastourelle ou d'une chaîne an-

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glaise dans nos salons. Permettez-moi donc de me borner, ici^ à constater ces points :

Qa'oQ danse et qu'on chante aux colonies.

Que le chant n'y est point un art, mais un besoin paissant, non moins puissant que la langue parlée, puisqu'il sert à traduire la joie et la douleur de tous les instants, coulant des lèvres en même temps que les larmes des yeux, s'échappant de la poitrine en même temps que les cris de bonheur; puisque enfin ce qui se dit en France se chante là-bas, et même très-faux quelquefois.

Ce que je dis du chant, je ne le dis pas moins de la danse; vous verrez d'ailleurs l'influence magique qu'exerce sur un nègi^ l'annonce d'un ealendaf

L'imagination la plus féconde et la plus écliauifée n*a jamais rien rêvé de plus pittoresque, de plus fantastique même, que les scènes bizarres que je vais essayer de vous raconter.

Le dimanche gras» dès le lever du soleil, la ville tout entière s'emplit soudainement de mille cris perçants qui se croisent et retentissent à chaque coin de rue, dans chaque maison, à chaque croisée. Il n'y a pas, à ce moment, une voix de nègre qui soit muette et qui ne se mêle à ce chant infernal. De tous côt^s, de longs cortèges bigarrés de femmes et d'hommes se mettent en mouvement pour se réunir à un r^ndez-VJOUs général arrêté à l'avance. Les femmes, dans leur beau costume» si pittoresque et si original; les hommes, grotesquement habillés, les uns à moitié nus avec un chapeau rond sur la

X^, les Mtre» en habits ooifs sans ehemise sn» M| corps, etc. "^

C'est le cas de dire cemMen Tari tromyè den/tent Aani le (îésôr*e ses plus puissants effets. Gbaonn de ces téges, qu*un peintre serait heuretix de rencontrer soi son pinceau, représente le pêle-mêle le plus burlesque le plus complet quil soit possible d'imaginer, sans le regard puisse rien répudier de ce qu'il voit. On n'i pourrait dire autant des oreilles, qui subissent une yéri* table torture, musicalement parhnt,

Cesxjris, ces hurlements qui épouvantent même les oiseaux dans les airs, sont tout simplement des chanson» de circonstance, toujours nouvelles à chaque camavalt et qui sont préparées de longue main, répandues, popularisées. Mais il arrive souvent que c'est peine perdue; car l'imprévu et l'inattendu ont toujours eu un charme puissant pour les races mériflionales. Aussi il arrive fréquemment qu'au milieu de ces chants, un improvisateur jette tout à coup quelques paroles d'à-propos, habillées d'un air connu déjà ou improvisé aussi); et tout aussitôt, paroles et air circulent avec la rapidité de Télectridté, passent de voix en voix, de lèvre en lèvre, gagnent tous les rangs et deviennent le chœur dominant du moment. Pour peu que limprovisatear ait été bien inspiré par un souvenir comique, ou triste même, ayant laissé quelques traces dans les esprits, son improvisation fait fortune et a les honneurs des trois jours gras.

Au dernier carnaval que je passai aux Antilles, je me souviens d'avoir, tout à coup, entendu une de ces improvisations se répandre dans la foule avec l'impétuosité de l'incendie qui dévore. Vous ne croiriez jamais que les simples mots que je vais vous dire, et qui vous paraîtront bien pâles peut-être et bien grotesques, aient pu, comme

LW VSXMES BU KOUTBAU'lfdKDJI. Vl\

jfgfàv endiantement, conqaérir les sympathies soudaines de toute une populatioa en jOjie. Voici, ea effet, qu'au I ^ miieji à'\m 4e ces chœurs l^ur^ts, une jois, criant plias gi^haut que toutes les autres, et a\eç une parsî,stance pe9 f «jiarnionieuse, fit entendre, longtemps seule d^abavd, ce ^erparoles que bientôt après la foule entité cbaiiita :

; Ça va di

' ^' Papa Jean?

iT^ Canari cass^

BouiUon renversa.

^ Ce qui signifie en français : Que va dire le père Jean?, j Le eanan a été cassé et le bouillon e$t renversé» ' Ces quatre vers (si on peut donner ce 90m à c^ , i quatre Ugnes 4e ps^tois) aufi^saieut à peu près ^ la uiélo?die et en firent les ^rais; plus une infinité de Ta lOf (a la, qui achevaient et conxp^étaient la phrase uiusiçale..

C'est bieu peu de chose, me direz-vous. Mais ces quelques paroles rappelaient un petit drame toi^t réce^ qui avait ému quelque peu la ville, et ^ n'en fallait p^ davantage pour 3^ssurer à rimproy^sat^ofl la fortune qi^ lui échut. Dans des pays o\i l'ixuagiuatioi^ ya un traii^ d'enfer, les accessoires sont un luxe inutile. Il sufiit d'in^ diquer un fait pour que les développçmefl^s sç^ présentent aussitôt à Vesprit. C'était ici le cas, comme vou^ a^e le voir.

Ce papa Jean était un cuisinier eu grai^de réputation;^ et qi^i, aux jours de gala, était fort r^çitierc^é par Routes les ms^isoqs richea* Quelques jours aqpar^^vant, il aya^^ rççu la conimande d'un gra^d dîner auquel ^eva^ent as-, sister le gouyerneur et les principales autpr^tés de la colonie. Au nombre des invité^ s^ trAuysti^ \\n riche uér goçiant dout le cuisinier ^tait \e{ ^iy^l^ quelq4efo:|S| hev(r

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reux^ de papa Jean. Ea sorte que papa Jean en avait appelé à toutes les ressources de la science culinaire pour perdre son antagoniste dans l'esprit» ou pour mieux dire dans l'estomac du négociant. Il avait surtout rèvé^ combiné et préparé certaine sauce nouvelle, sur laquelle il fondait les plus grandes espérances de succès et de gloire.

Jean avait, parmi les choristes de ça cuisine, un jeune marmiton du plus bel avenir et du plus beau noir qu'il soit possible d'imaginer, et qu'il affectionnait singulièrement. Jean se faisait vieux, et éprouvait par instants le besoin de fuir la chaleur de ses fourneaux; en son absence, il en confiait la direction au jeune marmiton en question. C'est ce qui arriva ce jour-là. Mais à quoi tient la gloire, hélas ! et comme c'est aux plus beaux moments qu'elle nous échappe ]toujours! Le marmiton eut la maladresse fatale, une demi-heure avant le dîner» de renverser la casserole dans laquelle bouillaient tant d'espérances! Jean, en rentrant, poussa un cri horrible, et saisissant son acolyte par la gorge, il le coiffa de sa casserole, au fond de laquelle restait encore assez de liquide bouillant, et en brûla la figure du pauvre enfant, qui, quelques jours après, mourut au milieu de souffrances atroces.

Cette lugubre aventure fit beaucoup de bruit par la ville ; et Ton comprend que le seul nom de papa Jean et les quelques mots rappelant le drame dont il avait été le héros» durent avoir un si grand succès.

Revenons aux divers cortèges que nous avons laissés en route, et suivons-les. Je m'empresse de constater que le désaccord le. plus parfiiit règne entre toutes ces voix, dont le but est de erier le plus fort possiUe. 11 ne faut pas songer à rencontrer là m ensemble, ni mesore, ni monvement Pourvu qu'on nègre chante;» pn loi im-

liES FEMMES DU NOUVEÀU-MONDIir 273

porte que ce soit ou non à Tunisson de son voisin. Et c'est bien par le plus grand des hasards que, de ci de là, vous saisissez au milieu de ce charivari un peu de ce qui constitue la musique.

Les instruments qui accompagnent ces hurlements ne sont pas moins dignes du chant. Ce sont, avant tout, les deux mains que Ton frappe continuellement Tune dans l'autre, en élevant les bras au-dessus de la tète ; un tambour sur lequel onbataveclamaia une sorte déroulement uniforme, qui se compose d'abord de deux coupslents, puis de six ou huit petits coups ptano, vifs et saccadés, suivis de quatre autres coups moins accélérés. C'est d'une monotonie désespérante. La peau de mouton avec laquelle est fait ce tambour est tendue sur l'ouverture d'une petite barrique, et afin de donner plus de sonorité, de vibration à la peau, on y applique transversalement deux cordes à boyaux, dans lesquelles on enfile des tuyaux de plûmes. Ce tambour rend, en efiet,' un son très-éclatant. Les autres iùstruments sont le rara, assemblage de morceaux de bois tournant l'un sur l'autre, et produisant une sorte de roulement sec et acre, qui lui a valu son nom; le chaeha, (jui est tout simplement une grosse graiue du pays nommée calebasse , dont on a creusé l'intérieur; après l'avoir remplie de petits cailloux et autres matières dures, on l'emmanche au bout d'un bâton de la longueur du bras. En agitant ce b&ton, les cailloux frappent contre les parois de la calebasse, et produisent un son vif et perçant.

Vous pouvez juger comme de pareils instruments sont faits pour mettre l'harmonie dans ce vacarme de voix !

Chaque cortège est une sorte de société ou confrérie qui a sou nom particulier et sa reine» laquelle marche en tète, agitant son chaeha, comme un tambour-major brauditsa

274 LES FEHBS BV HOrTBAV-VOnB.

canne. La comparaison penl paraître d'antanl plos juste que, habitoefiement la royauté est donnée à la plos grande, à la pins forte femme de la confrérie. A mesnre qnele cortéj-5 s'aTance^ il rainasse sar ses pas, dans chaque rue qn'il trayerse, une mente de petits n^res et d'enfonts qui se jettent à la qneoe, battant des mains, jonant du rara, et surtout chantant! Cest une ivresse !

ArriTés an rende^Tons général, tous les cort^es épars se réunissent en un senl groupe qui se met en marche pour parcourir de nouveau les principales mes de la Yille.

En tète, sur une sorte de palanquin porté par quatre nègres, est posé un manneqnin. habillé en femme, et eouché sur une paillasse. Autour du palanquin sont réunies des sages-femmes, des gardes-malades, des médecins (ce sont des déguisements, bien entendu); les porteurs affectent une gravité et des précautions inouïes pour protéger le précieux fardeau dont ils sont 'chargés. Ce mannequin, qu'on nomme Bouaboua^ est l'équivalent ou la parodie du bœufs gras de Paris» Le Bouaboua représente une femme en couches.

Le cortège immense, reines en tête, se met en mouvement au bruit du battement des mains, des tambours, des raras, des chaehas et des cris de la population. Ici la nature des chants se modifie; la tradition remplace l'improvisalion, et l'accord le plus parfait règne dans les intentions, sinon entre les voix et entre les instruments. Le Bouaboua est traditionnel, il a donc son chant à lai appartenant ; il se compose de deux lignes (je ne dis plus vers); les voici :

Bouaboua malade, accouché, Gomment yo crié li> Élise t

Ge qui signifia tout naïvement : Bouaboua est malmfe et en couches ; comment l'appelle-t-on ? Élise.

Depuis le malin jusqu'au coucher du soleil, ces deux mêmes lignes se chanteqt $ur le même air^ et on peut le dire» par toute la populatipn. Lq sqîf^ oq dépose Bouahua dans la maison d'une des reines, on lui souhaite UUQ honne nuit, et chacun s'en retourne chez soi. Aiasise passent les choses le dimanche et le lundi; mais le mardi soir^ la cérémonie prend uiie nouvelle face.

Au lieu de ramener le Bouaboua à son domicile, le cortège se rend sur Tune des vastes savanes q\\\ se trouvent au milieu de la ville; là on allume un bûcher, et l'on précipite Bouaboua dans les flammes. Les voix, épai«> sées par trois jours de cris et de hurlements, retrouvent de nouvelles forces pour mugir des chants; les instruments redoublent leur tintamarre, et les danses commencent.

C'est un spectacle étrange et saisissant à la fois que celui-là. Les flammes du bûcher et les lueurs des torches donnent à ces groupes noirs quelque chose d'infernal. On ne peut s'imaginer l'énergie de la joie de ces gens-là ! Un cercle immense se forme bientôt; Ips joueurs de tambour, assis sur leurs petites barriques, préludent au bamboulu, à la çalenda, ou a.n bel air^ trois sortes de danses qui électrisent les nègres, et dont n'approche aucun des pas les plus énergiques que vous ayez pu voir danser sur les théâtres de Paris.

Il ne faut pas que vous preniez la promenade du Boua-boua pour une simple promenade grotesque.

Le Bouaboua a une origine qui remonte aux Gar^bes^ premiers propriétaires du sol de nos Antilles. Lorsque les Français s'emparèrent de ces contrées, ils y bitrodmsirent toutes les folies carnavalesques de la vieille Ea^

S76 Llf VXMMSS DU NOTJYEAU-MONDB.

rope. Les Caraïbes^ essentiellement religieux^ farent scandalisés et indignés des désordres qui en étaient la suite. Pour leur donner satisfaction^ on inventa le Bouo" beua, qui était supposé se promener par la ville pour en ramasser toutes les impuretés qu^on livrait ensuite aux flammes.

D'abord le Bouaboua ne se promenait que le jour des Gendres^ pour remplacer cette cérémonie dont les Caraïbes ne comprenaient pas l'importance ; puis peu à peu les choses se modifièrent, et Ton fit du Bouaboua une cause de plaisirs, un prétexte de fête, et, si on le brûle encore, c'est uniquement parce qu'il fournit l'occasion de danser et de chanter.

En ce temps-là, il y avait des esclaves encore dans nos colonies françaises. Ândriette était donc esclave. Qu'est-ce qu'Andriette? allez-vous me demander. Je vous réponds:

C'était une jeune négresse du plus beau vernis qui se puisse imaginer. Elle avait quatorze ans; elle était grande et droite comme un roseau dont elle avait toutes les qualités de souplesse, sans en avoir les défauts de maigreur*^ Car Andriette, au contraire, était remarquable, comme U plupart de ses compagnes, par l'ampleur de ses épaules, par la rare perfection de tous ses membres, par l'élégance une et vigoureuse de sa taille cambrée, par l'accentuation de ses hanches, empreintes d'un léger balancement trèsharmonieux, et qui est un signe caractéristique des femmes de cette race. Andriette était, en outre, fort jo- Jie; ses lèvres, quoique épaisses, avaient une certaine

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{fraîcheur virginale que rehaussait Pédatanle blancheur de ses dents; son nez^ comme il arrive quelquefois aux nègres^ était fin, allongé^ et Taile de la narine ouverte et transparente; ses yeux étaient grands, son regard su* perbe, doux et coquet; le galbe du visage était régulièrement dessiné. A part ses cheveux crépus , Andriette était de la tète aux pieds un chef-d'œuvre. Le costume si pittoresque et si original des femmes du pays ajoutait un attrait de plus aux grâces de cette fille et aidait à faire ressortir la pureté de ses formes.

Cette toilette ne valait certainement pas moins de quinze cents à deux mille francs. Et que coûtaient donc les toilettes des maîtres, si celles des esclaves montaient à ce prix ? me demanderez-vous. Elles n'en valaient pas, rép<nidrai-je, la vingtième partie.

Andriette appartenait à la femme d'un de mes intimes amis. Elle était née dans la maison; elle y avait été élevée au milieu des enfants de son maître; non moins gâtée, non ' moins choyée qu'eux. A voir les soins et Tinquiète surveillance dont sa maîtresse Ventourait, à l'égal de ses propres filles, on pouvait croire qu'elle redoutait, pour Tesclave comme pour celles-ci, les pièges et les séductions du monde, toute réserve faite de la sphère où elles devaient se mouvoir.

Mais Andriette avait, à une fête, entrevu les énergiques et entraînantes délices de la calenda, du bel air et du bamboula; elle en avait rêvé toutes les nuits; et dans le silence et l'obscurité de la retraite, à l'abri des regards de sa maîtresse, elle avait essayé d'assouplir son corps aux contorsions lascives et sauvages, ^ voix aux cris infernaux et terribles. Andriette était possédée du démon, elle n'attendait qu'une nouvelle fête pour se jeter corps et âme dans le tourbillon.

278 LBS FBXXBg DU KOtrYSAU-XONBV.

L'occasion se présenta; il s'agissait seulement d'en profiter.

Je vis doncamyer un matin chez moi la jeune esclave. Elle m'apportait^ en manière d'ouverture et de iatterie^ un bol de riz à la cocotte, sorte de plat sucré qui est considéré comme un symbole de sympathie et un gage de bonne amitié. Cela s'envoie au milieu du jour, de maison en maison, d'homme à femme, d'esclave à maître, de noir à blanc, et réciproquement. On peut tirer d'un tel cadeau toutes le conséquences possibles. Andriette posa donc son offrande sur une table de ma chambre, en disant :

— Maître, c'est moi qui l'ai fait pour vous.

Puis je vis à l'embarras d^ ses mouvements, au tremblement de ses membres, àl^motion de sa voix, qu'elle avait quelque chose de grave et d'important à me demander.

— Goûtez donc de mon m à la cocotte , me dit-elle, pour voir s'il est bon.

— Il est excellent, Andriette.

Andriette n'était pas pour rien de "sa race ; elle était par conséquent assez superstitieuse pour tirer un favorable augure de ma réponse.

— Maître, me dit-elle après un moment d'hésitation^ pardonnez-moi si j'ose vous demander une grâce.

— Parle, mon enfant.

— J'ai bien envie d'aller demain danser sur la savane du Fort, où il y a un grand bamboula, vous savez?

— Et c'est à moi que tu viens demander une telle permission ? Adresse-toi à ta maîtresse.

— Elle m^a refusé.

— Tu désires alors que j'intervienne ?

— Oui, bon maître, c'est cela; et puis il y aura encore une autre personne à qui il faudra demander la permission.

IM FEHtfES BU irOTrTEAU-MOKBE. 279

— Quelle est cette autre personne, Andriette ?

— Vous connaissez, fit la jeune négresse en souriant, le mulâtre Arc-en-Ciel, le tailleur, qui est établi rue du Petit-Versailles?

— Parbleu ! il a feiît avec moi la trayersée du Havre ici, sur le même bâtiment.

— Eh bien! maître, Apc-en-Ciel doit se mariet avec moi; il attend pour oela qu'il ait amassé assez d'argent pour me racheter. Mais il ne veut pas^ue j'aille au 4amboulm; il me Va défendu, quand même Madame me le permettrait, de sont des idées qu'il a rapportées de France; il prétend qu'il est plus mon msdtre que Madame n'est ma maîtresse.

— Aro-en-Ciel peut avoir raison ; mais je remplirai la double mission, Andriette, tu peux y compter.

— Demain, maître, je reviendrai pour savoir votre . réponse.

— Tu as donc bien envie de danser le bamboula. An-driette?

— Si j'en ai envie, maître ! Depuis Tautre jour que j'ai vu la reine du Bel- Air, je ne rêve plus que cela ! J'ai été lui demander à entrer dans sa société, et elle me l'a promis.

Sans (jue je le lui demandasse, la jeune négresse se prit à fredonner un air de danse; elle imprima un mouvement gracieux à ses hanches, plaça ses poings sur ses côtés, et me donna un échantillon de son savoir-faire. Son visage était illuminé, ses yeux laûçaient du feu, tous ses muscles étaient roidis; elle était comme enivrée de cette espérance d'un premier bonheur prochain ! Elle sortit après m'avoir baisé les mains et en me promettant encore du riz à la cocotte pour le lendemain.

Voici le résultat de la double mission dont m'avait chargé Andriette^

380 LXS FEKMES BU HOUVEAIT-lfOlfDI,

Sa maîtresse répondit :

— Je ne veux pas qu'Andriette aille danser ; si elle va à la savane^ je lui fais donner vingt*aeuf coups de fouet i la geôle.

Je me le tins pour dit, et je n'insistai pas. Arc-en-Ciel s'exprima en ces termes :

— Si Andriette va à la savane^ je n& la radièterai pas, je ne me marierai pas avec elle, je vous le jure> Mon* sieur.

Je fis part de cette double réponse à la jeune négresse. Des larmes de regrets mouillèrent d'abord sa paupière ; puis relevant fièrement la tète :

— J'irai tout de même» murmura-t- elle. Vainement j'essayai de lui faire comprendre que d'une

part il s'agissait pour elle d'un cruel châtiment, et de l'humiliation d'être attachée sur une échelle pour être fouettée de la main du bourreau; que d'un autre c6té il y allait de sa liberté, de sou bonheur, de son avenir. Andriette n'écouta rien, et sortit en [répétant d'un . air résolu, puis en fredonnant sur l'air du bamboula :

'— J'irai, j'irai tout de même, j'irai danser; il n'y a pas de coups de fouet, il n'y a pas d'amoureux qui puissent m'en empêcher !

Le soir venu, en entendant le bruit confus et tumultueux des tambours, des chants, des ehachoi et des ra^ raSf je m'apprêtai à monter à cheval pour me rendre à la savane, et y voir arriver dans leur étrange désordre les divers cortèges. Andriette entra chez moi, palpitante d'émotion, le regard fier et animé, le corps tremblant de joie et d'exaltation, et dans tout le luxe du costume des jeunes filles du pays ; elle avait de plus, en ce mo^ inent-là, un chacha à la main.

— Eh bien ! me dit-elle, vous voyez que je tiens pa*

LES FEMXES BU NOUYXÀÏÏ-XONBE. 281

rôle, maître. Me voilà prête, et si vous voulez attendre une minute, vous allez voir passer par ici la société du Bel-Air ; je vais me mettre à côté de la reine.

J'étais en retard, je me rendis au galop de mon cheval sur la savane du Fort, qui s'étend à l'une des extrémités delà ville de Saint-Pierre, à la Martinique, et moi j'habitais à l'autre extrémité. L'appareil de ces fêtes bizarres n'était plus chez moi qu'un souvenir d'enfance; je tenais à en laireune étude spéciale, et en observer avec fruit la partie pittoresque. Je me plaçai donc de manière à avoir en face de moi toute l'étendue de la savane^ et, au bout de quelques instants, je vis déboucher de tous les cdtés, et presque simultanément, une dizaine de sociétés, reines en tête, au bruit des tambours, agitant les chachas et les raroê, et battant des mains pour accompagner les chants. Une longue queue de curieux suivait ces sociétés. Chacune d'elles vint prendre sa place sur la savane.

Instinctivement les curieux formèrent un immense cercle autour de chaque groupe; en quelques minutes les fmmei$ns furent à leur poste, et la fête commença, presque en même temps, sur tous les points. Ici, c'était le bamboulùj plus loin la êalenda, en un autre groupe c'était le bel-air qu'on dansait.

Ces trois danses, quoique semblables sur un point, diffèrent dans quelques détails. Mon premier souci, une fois sur la savane, fut de chercher et de trouver Andriette. Je l'aperçus au milieu d'une ealenda; je me fis jour à travers le cercle de curieux, et j'arrivai au premier rang. Je vais donc vous définir la ealenda. D'abord, il faut que je vous dise comment sont disposés ces groupes de danseurs. Je prends celui où l'héroïne de ce chapitre jouait à la fois son avenir et sa liberté. A l'un des pôles (si je puis m'exprimer ainsi) de cette vaste circonférence

B& tmidi fôrekeitrey c'esl-à-dire deux nègres assis à cheval s«r deux petites barriques arrangées en façon dô taixibours, de la manière (|ue je vous ai décrite déjà. Ils étaient nus jusqu'à la ceinture^ et leur corps ruisselait de sueur. Ils frappaient sur les tambours avec le plat des deux mains^ tantôt à coups très-précipités, tantôt à coups' lents et saccadés; les chaehm et les raraè étaient dispersés tout autour du cercle, ainsi que des groupes de chanteurs qui ont pour mission spéciale d'accon^^-. gner tes tambours. €e qu'il importe de signaler, surtout^, c'est que tous ces musiciens tambouiers (comme on appelle les batteurs de tambours), chanteurs et autres, prennent à ces plaisirs une part aussi active que les danseurs eux-mêmes.

La calenèa est un petit drame qui se joue entre deux dan^urs.^ Je vis Andriette sortir tout d't^n coup du groupe, et venir se placer devant les tambours, où elle se livra à une foule de contorsions dont toute la partie supérieure du corps fit seule les frais pendant uu iustant. La tète d'abord, les épaules ensuite, puis les bras, puis le torse, progressivement; comme un incendie qui déyore, le mouvement gagnait en descendant, les hanches s'<agilèrent à leur tour, enfin les pieds quittèrent la terre, et tout le corps se tordit, comme un serpent, en mille replis, et avec une souplesse et un certain art combiné d'effets que je mets aucune danseuse, fût-elle Taglioni, au défi d'atteindre. Dès que la jeune négresse se fut mise en mouvement, tournant autour du cercle avec ses aga-t çantes évolutions, un nègre quitta les rangs et vint en face des tambours répéter les mêmes gestes qu'avait faits Andriette, puis il se mit à sa poursuite, et alors une lutte de pas, de contorsions, d'ondulations s'engagea entre eux.

Je vous déclare que le sérieux enthousiasme avec le-?

quel ks oègres se livrent à ces faalasîUjues capvkes de ha»cbe$9 4e bras et d'épaules^ font âe ces danses un arl ^oi^t oa écaffte kMite laauvaj^ pensée^ Qn oooiprend oe^ peadaitit la sévère inquiétude d'A?c--ea-*Giel à Vendrott de sa fiancée. Deux personnages dansent de la sor^, environ une àejB^i-heuFe, sans se reposer; deux autres* leur aoeeèdent, ainsi de suite. Ce que je ne saurais rendre, c'est ranimation de ces groupes, le bonheur, Fextase, l'enthousiasme, l'ardeur que chacun apporte dans l'exécution de ces danses. Le bamboula est à peu près la même chose que la calenda, moins quelques nuances dont la subtilité vous échapperait peut-être. Quant au bel-air, il a quelque chose de moins original que les deux autres ; c'est une danse plus générale, plus confuse, moins accentuée, moins caractéristique.

Il ne me reste plus qu'à vous dire le dénoûraent de l'épisode d'Àndriette. Au plus fort de son bonheur, un homme rompit le cercle, entra comme un furieux au milieu de la danse, saisit la jeune négresse par les bras, et, pendant que d'une main il la serrait comme entre des tenailles, de l'autre il la dépouilla en un clin d'œil de ses colliers, de ses pendants d'oreilles, de ses boutons, et pour dernier outrage, le plus sanglant qu'on puisse faire à une femme de cette race, il lui enleva le madras de sa tête et le foula aux pieds. Cet homme était Arc-en-Giel, qui disparut après cette exécution.

L'expiation commençait pour la pauvre Andriette; honteuse, confuse, haletante d'émotion, elle s'enfuit et gagna la maison du maître, où je crus devoir intervenir pour obtenir une grâce qu'on me refusa impitoyablement! Andriette reçut des mains du bourreau les vingtneuf coups dé fouet qui lui avaient été promis. Mais elle fortit marron, c'est-à-dire prit la fuite, le lendemain^

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et ce ne fat qu'au bout de trois semaines que Ton retrouva son cadavre dans les bois de la montagne Pelée. Audriette, piquée en huit ou dix endroits par les serpents, avait succombé à la douleur^ au poison de ces morsures» et peut-être à la faim !

Vous prédiriez à toutes les jeunes négresses le sort d'Ândriette pour les empêcher d'aller danser la calenda, que vous ne les arrêteriez pas sur la pente fatale.

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