‹ Les femmes du Nouveau-mondeChapitre 3 sur 23 · LES TROIS RAGES BLANCHES · texte numérisé non relu

LES TROIS RAGES BLANCHES

Sous cette dénomination vague à* Américaine, il est généralement convenu^ aujourd'hui^ qu'on entend parler toujours des citoyens de la répuUique des États-Unis.

Les indigènes et les habitants des autres contrées du Nouveau-Monde prennent le nom de leur pays natal. Un natif du Pérou^ par exemple, sera un Péruvien dans le langage adopté ; tel autre sera Brésilien, celui-ci Chilien, celui-là Mexicain; maison ne s'avisera jamais d'appeler l'un d'eux Américain.

De même quand un voyageur dit: Je pars pour PAmérique^ il est bien entendu pour tout le monde que ce voyageur va aux États-Unis. Il ne vient à l'idée de personne de supposer qu'il aille ni au Pérou^ ni au Cliili, ni au Mexique^ ni au Brésil, ni à la Martinique. S'il en était ainsi^ ce voyageur désignerait particulièrement celui de ces pays américains où il se rend.

C'est exactement comme si Ton faisait du Français le type général des habitants de l'Europe , et qu'en parlant de lui, on di9eun Européen, et que la France fût l'Europe

LES VKMMES DU NOUVBAU-MOirBS. Si

toat entière aa détriment de la Belgique et du Belge^ de l'Angleterre et de PAnglais, de TEspagne et de TEspagnoL

Cette habitude existe non pas seulement dans le langage vulgaire et courant de ce côté-ci de l'Atlantique, mais aussi dans le style officiel aux Ëtats-Uais comme dans les autres pays de l'Amérique du nord et de l'Amérique méridionale.

Y a-t-il une raison à cela?

V Américain l'affirme^ et son orgueil national lui fournit toutes sortes de raisons spécieuses pour le démontrer. Entre les meilleures il met en avant celle-ci :

— - Les États-Unis^ me disait un jour un Américain^ ont été la première nation libre du Nouveau-Monde, où ils ont inauguré une politique et une société nouvelles qui ont valu aux citoyens de l'Union le nom de peiqde américain, par opposition aux autres populations du continent qui n'avaient point encore conquis ce titre; puis, par ellipse de langage, on a ditV Américain pour désigner le seul citoyen libre de l'Amérique, comme on a appelé néeeêsairement Amérique la seule contrée libre et affranchie du joug de l'Europe.

Nous avons, nous, continua l'Américain, adopté ces dénominations par gloire pour nos conquêtes politiques; le reste de l'Amérique les a acceptées comme une protestation contre le joug qui pesait sur elles, et comme un aliment favoraî>le à leurs révolutions de l'avenir. Ce qui, pour ces pays, revenait à dire : a Nous ne sommes pas l'Amérique, puisque nous sommes soùs la domination de l'Europe ; nous ne sommes pas des Américains, puisque nous sommes des Espagnols^ des Portugais, des Hollandais^ des Anglais, des Françs^is, des Russes, des Danois, etc. La véritable Amérique est celle qui est affranchie de l'Europe^ les vrais Américains sont libres.»

ià CES FEMMES DU NOUVEAU-MONDE.

— Mais, demandai-je à ce subtil raisonneur, puisque le reste du continent a suivi l'exemple des États-Unis, d'où vient que vous seuls soyez encore les Américains de rAmérique,etque TAmérique soit toute dans votre pays?

— Pour le vulgaire, me répondit-il, c'est une habitude. Une expression adoptée n'a-t-elle pas cours aussi longtemps qu'elle n'est pas démonétisée ? Ne l'usp-t-on pas jusqu'à la corde?

— Soit ! mais pour le mondé officiel, pour vos hommes d'État, pour votre gouvernement à vous, comme pour les hommes d'État et pour les gouvernements des autres pays américains ?

— Ah I s'écria-t-il, nous sommes des chefs de famille; le nom générique nous appartient donc de droit. Le monde, en parlant de nous, nous appelle les Américains et notre pays l'Amérique, désignant les autres États par des dénominations spéciales, par les mêmes raisons qui obli gent un particulier d'ajouter à votre nom votre prénom, ou de le faire suivre du mot jurj^ior pour vous distinguer de votre père.

Toutes les explications que vous donneront les Américains des États-Unis sur cette habitude généralement accréditée tourneront dans le cercle de ce raisonnement échafaudé sur la pointe d'une aiguille, à moins qu'ils dédaignent de discuter et se contentent de vous répondre par la bouche de Corneille:

^ome n'est pas daqs Rome, eUe est tqute o^ je suis.

L'Américain (puisque Américain il y a définitivement), si fier et si ambitieux de prendre à son profit et de se voir donner en public, à la face du monde, ce titre générique, et de résumer à lui seul l'Amérique tout entière, établit cependant des distinctions très-marquées dans les

iiBS FEMMES D0 NO ÏT VEAU-MONDE. 23

membres de sa propre famille. Mais ce sont là, si on peut le dire, des détails . d'intérieur qui ne dépassent pas le seuil de la maison.

Le citoyen des États-Unis est exclusivement Américain par rapport aux indigènes du Mexique, du Pérou, du Chili, du Brésil et autres contrées américaines; mais chez lui il se divise en trois types bien tranchés, opposés les uns aux autres par le caractère, par les mœurs, par les ' habitudes morales, comme par les conditions physiques d'existence, d'attitude et d'éducation. Chaque membre de ces trois familles se fait gloire d'y parvenir et acxîepte, «ans réclamation, la dénomination spéciale qui lui est donnée.

Ces trois types, ou, pour parler plus exactement peutêtre, ces trois races d'hommes, sont :

Le Yankee^ qui a fait souche dans les provinces composant jadis Ja Nouvelle-Angleterre ;

Le Virginien^ c'est-à-dire l'indigène des latitudes du sud;

Le Westman, ce hardi défricheur des États de l'ouest, et dont le Kentuckien a été, pendant longtemps, l'expression la plus complète.

Chacun d'eux a exercé une influence particulière et a laissé son empreinte originelle sur la portion du pays qu'il habite. Il en résulte que trois jugements également vrais, également faux, peuvent être porté^sur les Américains par ceux qui n'auront vu, étudié ou rencontré qu'un seul de ces trois types isolément.

Quelqu'un yovis dira: a Les Américains sont le peuple le plus ennuyeux et le plus guindé qui se puisse imaginer. »

Un autre vous répondra, au contraire : et C'est une nation civilisée, éclairée, élégante, fastueuse. »

34 hW FBMMES DU NOUVEÂU*VONDS.

Un troisième pourra ajouter : or Je n'ai jamais rencontré de sauvages pareils à ces gens-là : grossiers^ violents^ mal élevés, fiers jusqu'à Tinsolence^ etc., » selon qu'il s'agira d'un Yankee, d'un Virginien ou d'un Westman.

On peut s'étonner même comment ces trois éléments si disparates peuvent se combiner, pour aider au mouve* ment de la machine sociale et politique des États-Unis. C'est là le secret de l'organisation de ce pays. Il est vrai de dire, en passant, que le système de la fédération et sur» tout le système communal poussé au point extrême où Tout conduit les Américains autorisent ces antipathi* ques agrégations, et font que dans tous les détails de la vie intérieure de ce peuple les aspérités de mœurs et de caractères ne se nuisent pas entre elles, et s'effacent devant les manifestations d'ensemble.

En voici une preuve :

Les créoles de la Louisiane ont formé longtemps un type disparu aujourd'hui; c'est un flot confondu et perdu dans les vagues du grand océan de la famille américaine. Espagnols et surtout Français d'origine, ils out tésisté pendant de longues années à l'envahissement de l'esprit américain proprement dit. Leur ville de la Nouvelle-Orléans a conservé son ancien nom d'abord , puis un quartier, ou plutôt un district entier est resté spécialement affecté aux Français. Les antiques rues ont gardé leurs premières dénominations de : rue Royale, rue de Condé, nie de Chartres, rue de Conti, rue d'Orléans, etc.» etc. La langue primitive a continué d'y èti*e la langue des salons, des journaux, des assemblées publiques, des tribunaux. Toute fusion avec les nouveaux possesseurs du pays retirés dans un quartier nouveau a été repoussée conune impossible et impraticable. Ce qui a permis de dire que, si les États-Unis achetèrent le sol

de la Louisiane^ ils durent faire l'assaut des préjugés créoles et littéralement conquérir les habitants. Aujourd'hui encore^ que cette œuvre de fusion est presque entièrement accomplie par Tadoption d'une commune langue^ par l'union des familles^ par les rapports sociaux, il n'est pas rare d'entendre, et j'ai entendu maintes fois les anciens créoles s'écrier :

— Nous ne sommes pas Américains, nous autres, nous sommes créoles.

Puis, telle ou telle circonstance plus ou moins solennelle, plus ou moins grave, effaçait tout à coup cette nuance délicate, et les mômes hommes revendiquaient avec orgueil leur titre d'Américain et s'en faisaient une gloire.

Mais, je le répète, le type créole n'a jamais rayonné au delà d'un cercle très-limité où il a exercé, par exemple, une influence très-positive, sous le rapport de l'urbanité, de la politesse exquise, des idées chevaleresques et généreuses; il a été un reflet de l'ancienne société française. Confondus à l'improviste dans la famille américaine, les créoles ont été absorbés et ont subi le sort des races conquises, ils ne sont pas restés exclusivement créoles» quoi qu'ils disent quelquefois, ils sont devenus Américains par la force des choses et par la domination de celui des trois grands types américains qui vint s'asseoir à leurs foyers, ils ont eu seulement cet avantage que tout ce qu'il existait de charme et d'attrait dans leurs mœurs, dans leurs idées, dans leur cœur et dans leur esprit, en passant au service de leurs nouveaux hôtes, a donné à la Nouvelle-Orléaus un aspect tout à fait particulier, et assuré à cette ville ime prédominance sociale, dans le sens que nous y attachons, incontestable sur toutes les autres parties des États-Unis.

2(( LKS FEHHSS DU NOUVSÂU-KONDX.

Le Yankee (l'étymologîe de ee mot est dans l%ppella-r tion que les Indi«ns avaient donnée aux premiers émigrants, — ya-no-kees,. — hommes taciturnes), le Yankee, dis-je, a conservé tous les caractères de son origine et de réducation de ses pères, du moule dans lequel a été fondu le pays où abordèrent les pèlerine, ces austères colonisateurs qui ne cherchaient, dans le Nouveau-Monde qu'une terre où ils pussent exercer en paix leurs pratiques religieuses. Ils appartenaient, on le sait, à la secte des puritains, chassés de la Gfrande-Bretagne par Jacques !•*.

Les pèlerins, en s'établissant dans la Nouvelle-Angleterre, s'inquiétèrent tout d'abord de fonder une société conforme à leur pensée religieuse, indépendante et libre, mais en mênffe temps sévèrement soumise à toute loi qui devait garantir son indépendance et sa liberté. Ils posèrent le travail comme le but de leur entreprise, et firent de l'instruction la base de leurs institutions. Us avaient en vue deux résultats : prouver qu'ils n'étaient point, comme on disait dans leur patrie, « des brigands, » et donner à leurs colonies assez de développement pour y attirer le plus grand nombre possible d'émigrants et de prosélytes. Mais, redoutant en même temps que la présence des nouveaux venus ne portât quelque atteinte ou quelque trouble à leur société, ils y soumirent la vie privée comme la vie publique aux règles les plus dures, en exagérant l'austérité de tous les principes. La Nouvelle- Angleterre devint une sorte de monastère.

Les colons de cette contrée prirent dès lors et conservèrent ce caractère réservé qui distingue encore aujoor-

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d'hui le Yankee. Le Yankee est donc essentiellement TAméricain froid, défiant, guindé d'esprit et d'allure, peu œmmunicatif, réfléchi, taciturne, Calculateur à l'excès. Il a peu d'élans sympadiiques; rarement il laisse dominer sa tète par son cœur, pas plus en politique qu'en affaires, non plus que dans les actes de la vie privée.

Toute sa conduite d'aujourd'hui est la conséquence du point de départ de son installation en Amérique, où il s'est considéré comme une sorte de missionnaire religieux, politique, industriel, commercial. Dès que la population de la Nouvelle- Angleterre se fut un peu accrue, le soi peu riche de cette contrée n'offrant d'ailleurs que des ressources bornées, les fils des pèlerins se mirent en campagne à la recherche de terres plus fécondes. Partout ils apportèrent avec eux la mêmfe austérité de mœurs, qu'ils firent déteindre sur toute l'Amérique pendant longtemps, mais dont les populations nouvelles s'affranchirent toutes les fois qu'elles ne furent plus sous la domination directe des hommes du Nord.

Par cela même qu'il devait se trouver réduit à ses propres forces, le Yankee devint merveilleusement industrieux. Robinson dans son île ne s'est jamais mieux tiré d'affaire que le Vankee dans les occasions difficiles où il s*esi vu aux prises avec la nature, perdu ou enfoncé au itiilieu de forêts sans bornes, en lace de fleuves aux rives invisibles, en présence d'ennemis redoutables. Son m^ rite était d'âiilant plus grand, qu'il se créait ces combats, C'était un Robinson volontaire. ^ ^

il a ouvert, sur toutes les parties de l'Amérique, lefe grandes écluses de l'émigration; il a donné l^élan aux colonisations lointaines, sur ce vaste territoire où l'on peul entreprendre de véritables voyages de long cours. Le Yankee, ai-je dit, s'est considéré comme im missionnaire

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en Amérique ; il a ajouté à ce titre celui de père de ce inonde gigantesque. C'a été une double raison pour qu'il crût de son devoir de payer d'exemple en tout. Ce qu'il fit donc par calcul d'abord^ devint peu à peu une pente naturelle de son caractère; il est resté souverainement supérieur aux autres populations dans toutes les choses pratiques. *

Ainsi^ dans la Nouvelle-Angleterre^ le système de l'in« struction publique est développé sur une si large échelle^ qu'on n'y rencontre pas un seul individu ne sachant lire et écrire; les Yankees ont la réputation d'être les négo* ciants les plus consommés du monde^ les spéculateurs les plus adroits^ les marins les plus habiles. En tous cas^ c'est à eux qu'on doit presque toutes les grandes inventions en mécanique qui rendent le travail si facile et si lucratif aux États-Unis. M. Michel Chevalier a très-exactement défini le Yankee : a la fourmi travailleuse » de l'Amérique.

Cet ensemble de qualités et de mérites a naturellement son côté d'ombres et de ténèbres.

Au moment de l'opposition des colonies aux prétentions de la mère patrie, le Yankee donna le premier l'exemple de la résistance et de l'abnégation; mais quand les Yirginiens^ plus chaleureux et plus enthousiastes^ poussèrent les choses un peu plus loin, le Yankee recula, ir avait marqué une limite à son opposition, il se souciait peu de la dépasser. Successivement, tous les événements qui placèrent les États-Unis dans une situation hostile envers l'Angleterre trouvèrent peu de sympathie chez le Yankee, et aujourd'hui encore, il n'est pas bien sûr que le Yankee, tout fier qu'il est de son indépendance et de son titre de peuple libre, ne regrette pas au fond l'anciea régime colonial. Ce que l'on reproche donc en Amérique

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au Yankee» c'est de manquer d'enthousiasme et de char leur nationale : il est yrai qu'il s'est montré toujours sévère et impitoyable à toutes les tentatives folles» à toutes les paroles inconsidérées qui ont de temps en temps fait apparition au milieu de la politique américaine.

Et puisque j'ai parlé du rôle du Yankee dans la politique» j'ajouterai comme trait assez caractéristique que» dans la liste déjà assez longue des présidents de l'Union» il n'a fourni que deux présidents» qui n'ont fait qu'un seul terme de quatre ans chacun (John Adams et son fils Quincy Adams)^ tandis que tous les autres ont été des Virginiens ou des We^tmen, et presque tous ont été réélus. C'est là une preuve incontestable du peu de sympathie politique dont jouit le Yankee en Amérique.

Tout se ressent beaucoup chez le Yankee de ces dispositions de son caractère. Par exemple» il possède dans son pays, qu'il afiPecte toujours d'appeler la Nouvelle-An<* gleterre, de très- belles villes et très-spacieuses ; eh bien ! elles sont froides» uniformes^ compassées» monotones. On n'y rencontre nulle part ce bruit, ce mouvement» cet entrain qui révèlent la présence du plaisir et des distractions. Le spectacle lui est antipathique. Il condamne tous jeux d'une manière absolue, même les jeux les moins condamnables ; il ne fait d'exception qu'en faveur du jeu de quilles. On peut apprécier jusqu'à quel point il pousse ce rigorisme» quand on saura qu'une des Législatures des États du nord infligea un blâme officiel au président Quincy Adams pour avoir fût installer un bil*» lard dans l'hôtel de la présidence.

Autre trait. Il existe dans le Massachusetts une petite Tille industrielle nommée Lôwell» fondée par actions» où les manufactures sont régies par des règlements si sévères^ gu^on pourrait croire que ce sont là des couvents

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bitu plutôt (pie des £9J)nques. Les jeunes QUY7ièie$ qoî eu oomposeut le personnel viyent en commun» sous la sur-* veillance d'une matrone chargée de les couche^ à heure fixe, de les conduire aux offices^ etc* Ce n'est pas là ce que j'entends critiquer; il n'est jamais mal d'introduire et inème d'imposer un peu de moralité dans les agglomérations d'ouvriers; mais ce qui mérite d'être signalé^ c'est ce lait raconté par M. Michel Chevalier, dans un trèsintéressant travail sur Lowell, qu'un individu qui s'étail Çerniis de faire danser les jeunes ouvrières avait été condamné à une très-forte amende, sous ce préte&te yankee que la danse est un fléau et une ,cau8e de désordre. ^

L'extérieur du Yankee se ressent de son moral sévère; il est négligé dans sa toilette^ ou du moins il y apporta une simplicité rigide qui indique le mépris qu'il professe pour tout ce qui est luxe^ apparat^ étalage. Jamais un bijou ne brille sur lui» Je ne sais pas à quelle époque de leur vie les Yankees se font faire des vêtements neufs, mais Je n'en ai jamais rencontré un seul autrement qu^n habit râpé ou de mode antédiluvienne.

Le Yankee n'est jamais oisif^ il a liorreur de l'inoccu-pation.

Quand il ne tient pas une plume où un crayon à la main pour aligner des chiffres, il est armé d'un canif bu d'un couteau^ avec lequel il taille un morceau de bois duquel il parvient toujours à faire sortir une petite coque de navire. C'est là sa suprême distraction.

De tout ce oui précède, il n'est pas permis de conclure autre chose, sinon que le Yankee est de prime-abord peu sympathique.

il a besoin d'être connu à fond pour être apprécié^ jamais comme un être divertissant^ par exemple; mais comme un homme capable de toutes les choses pratiques.

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piO(»e8 à créer ua paji ^ et à le pousser dans dea voies de prospérité i0Ôuïe«

Les villes du pays des Yankees ont emprunté naturellement quelque ebose à l'esprit méthodique et &oid de leurs fotidateurs»

Lapius belle de ces villes^ Philadelphie, offre a prenûère Yue, aux regards et à l'esprit , des sujets intéressants d'étyde : de larges rues bien bâties, de nombreux monuments^ de ridies maisons d'habitation, de charmants ^ squares bien disposés) un mouvement de population toujours croissaut, un courant d'affaires important, quelques souvenirs historiques, les échos incessants que rend cette enclume de l'intelligence qu'on appelle la presse, les produits de l'esprit et de la science; en un mot, tous les bruits physiques, toutes les agitations intellectuelles concourent à faire de Piladelphie une riche et puissante cité.

Si Ton y rencontre matière à satisfaire la curiosité Meneuse d'un touriste, on ne peut nier cependant que c'est là une ville à l'aspect roide, compassé, maussade, ennuyeux; il semble que les passions s'y glacent sur le marbre des monuments, sauf les passions religieuses qui y sont violentes comme des incendies, et dévorent la plus belle part des cœurs ^t des intelligences. Cette raideur apparente de la ville tient précisément à ce que l'esprit de secte y est poussé jusqu'à l'intolérance, qu'il exerce son influence.sur toutes les classes de la population en la tenant dans une sorte de servage. Vous en avez la preuve matérielle et palpable dans le grand nombre de quakers et de quakeresses que vous rencontrez par les rues en grand costume de leur secte.

Si vous voulez étudier le véritable esprit yankee, c'est Boston qu'il faut choisir pour centre de vos observations^ ^ parce que là cet esprit se montre dans toute sa pureté na-,

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tionale. Plus vous leûiontez dans le nord dc^s Ëtat£hUnis^ plus vous rencontrez le type yankee dans son originalité; mais à Boston^ il gagne à se développer au milieu du foyer toujours ardent des luttes intellectuelles. Boston est le soleil des Etats-Unis. C'est là que s'opèrent quotidiennement tous les grands mouvements littéraires qui agitent les intelligences.

Si Philadelphie a les apparences d'un grand monastère de religieux^ Boston a bien Tair d'une vaste académié^^t tous les citoyens semblent des académiciens et des docteurs en us; ils ont un peu, il faut le reconnaître^ laroideur^ le pédantisme du professeur.

Les Bostoniens sont très-fiers» et à bien des titres ï\k ont raison^ de leur ville aux Trois-CoUines^ comme ils a|H pellent Boston.

A Boston^ comme à Philadelphie^ comme à Nevtr-York^ comme dans toutes les villes des Ëtats-Unis, d'ailleurs, les églises sont l'espèce de monument qu'on rencontre le plus fréquemment; il n^est pas de rue qui n'en compte trois ou quatre, soit édifiées^ soit en construction : autant qu'il y a de sectes en train de se constituer. Le mot de M. de Talleyrand est vrai, a J'ai rencontré aux États- Unis^ disait-il^ trente^six religions et un seul ragoût, i» te ragoût n'a pas progressé ; mais les religions ont multiplié.

Parmi cette quantité prodigieuse d'églises , on en remarque à peine trois ou quatre qui^ comme architecture^ méritent qu'on les cite. ^ '

Il se passe^ au sujet des églises et des sectes aux Ëtals-' Unis^ des choses qui paraîtraient étranges et donnerai^ une idée bouffonne de l'esprit religieux des Américains,: si l'on ne savait ce peuple essentiellement convaincu éïtl ces sortes de matières.

Ainsi, vous ouvrez un journal et vous lisez, entre nne imnonce pour une vente de chevaux et une autre relative à l'arrivée d'une cargaison de sangsue^, des avis de cette nature : « On demande pour )a secte de. . . qui vient de se fonder^ un prédicateur. Les candidats devront justifier qu'ils possèdent, outre l'éducation indispensable pour cette fonction^ une voix sonore et bien timbrée. Les émoluments sont convenables. Fournir de bons répondants. — S'adresser, etc., etc. »

Voici deux traits caractéristiques des mœurs retigîeuses et spéculatrices des Américains.

Un des temples les plus fréquentés de Boston, le 7Vemont'Temple avait été, il y avait à peine quelques années, le théâtre le plus vaste et le plus couru de Boston; mais la fortune l'avait tout à coup abandonné. Il s'était trouvé alors par la ville une secte religieuse en grande prospérité, et qui, moyennant 50,000 dollars (250,000 fr.) en avait fait l'acquisition. Du jour au lendemain, sans plus de cérémonie qu'un acte notarié, une quittance et un coup de pinceau^ la destination de cette salle avait changé.

On me conduisit à un autre bâtiment tout nouvellement construit en style gothique, avec de larges fenêtres en ogiyes sur la façade, et un péristyle qui se donnait des airs d'un portail de cathédrale.

C'était un théâtre, le Howard AthenjBum. La spéculation opérée sur le Tremont-Temple avait été assez lucrative pour donner à réfléchir aux architectes et aux directeurs de cette salle. Aussi le propriétaire de VBoward AthencBum avait-il pris ées mesures de façon à en tirer un parti excellent, au cas où l'entreprise dramatique ne réussirait pas. L'édifice avait été construit de telle sorte qu'il pût être facilement transformé en église, en satisfaisant à la fois l'œil et les convenances. Qui sait si, re->

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tournant un jour à Boston^ je ne trouverai pas une chaire de prédicateur sur cette . scène où j'ai vu un acrobate danser sur la corde ?

0 destinée des théâtres et des églises américaines ! . • •

Itt

Le Virginien est l'antipode du Yankee, t'est i'Âiiiéricain par excellence pour ceux qui le connaissent bien. 11 a d'abord toutes les qualités extérieures qui manquent au Yankee. Il est expansif^ causeur, spirituel, luxueux, dépensier, disposé à l'oisiveté, et ne inanque pas de laisser percer de petites velléités d'aristocratie, quoique la démocratie ait son foyer le plus ardent dans les États dii sud.

Ce n'est pas celui-là qui prohite le jeu ni la danse! Û aime les plaisirs bruyants, le monde, les bals, les fêtes. Les loteries abondent dans les Ëtats du sud, le jeu y dévore les fortunes.

Le Virginien est sympathique, chaud de cœur, enthousiaste, serviable, hospitalier jusqu'à la vanité. Il n'aime les demi-mesures eii rien^ il a même une tendance marquée à l'exagération.

Au moment de la révolution de l'Indépendance, il pressa le dénoûment en s'associaht chaleureusement d^àbord atix dëmônstratioiis pacifiques du Massachusetts^ puis, en poussant à prendre les armes. I^endant que dans le l4ord on s^en tenait encore à une opposition légale, les Virginiens voyaient déjà plus loin, et posaient les jalons d'une opposition moins tempérée et moins rnodeste. •

En politique, il se trouvera nettement défini par cô passage des mémoires de Jefferson, la plus illustre physionomie de ce second type américain.

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<3r En iT69, dit-il, je devins membre de la léj^slature par le choix du comté que j^habite, et je continuai à en feire partie jusqu'au moment où elle fut close par la révolution. Je fis d'ans cette assemblée une proposition en faveur de Tautorisation d'émanciper les esclaves, mais elle fut rejetée; et effectivement, sous le gouvernement royal, il n'y avait de succès à espérer pour aucune tentative libérale. Nos esprits étaient circonscrits dans de trop étroites limites par cette opinion devenue habituelle, qu'il était de notre devoir de nous subordonner à la mère patrie en tout ce qui tenait au gouvernement, de diriger tous nos travaux dans le sens de ses intérêts, et de conserver même contre toute autre religion que la sienne une intolérance fanatique. Les obstacles, de la part de nos représentjints, tenaient à l'habitude et au découragement, nullement à la réflexion et à la conviction ! L'expérience prouva bientôt que leurs esprits pouvaient s'affranchir au premier appel (le leur attention. x>

C'est bien là, en effet, le côté saillant du caraetèire vir^ ginien, peu entêté ctans^ ses idées^ n'en ayant jamais de positivement préconçues, et se laissant facilement entraîner au e premier appel de leur attention. » Ge n^est pas i dire que ee caractère soit mobile jusqu'à la faiblesse; mais il est, si j'osais me servir de ce mot, aisément enêoekifuAU. Toutefois, le Virginie» a un grand bon sens qui tempère son facile enthousiasme, et un sentiment si exact des choses justes et pratiques, qu'il sait résister aux mauvaises tenUtions.

Pendant longtemps le Vipginim s^ntendit particulier xement du citoyen de la Virginie. Ge ne fut que par l'annexion successive des territoires et des États voisins que ce type, plus fait que celui de la Nouvelle-Angleterre pour séduire les populations du sud et s'adapter à leu^

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caractère^ gagna du terrain^ et, trouYant des affiaités trèsmarquées avec les natures créoles par exemple, il s'j fortifia et s'étendit considérablement. Il perdit peu à peu, cepeadant, du sérieux qu'il avait su conserver^ car il eut affaire souvent à des populations aventurières, et ce chaud enthousiasme qui était son essence se gâta par certains côtés, en prenant goût aux aventures.

Quoi qu'il en soit, le type virginien est devenu le type dominant aux . États-Unis.

La Virginie proprement dite a fourni un grand nombre d'homme d'État distingués. Il suffit de ci ter les Washington, les Jefferson, les Monroê, les Madison, les Patrick- Henry, les Lee, les Caw, etc., etc.

Quoique l'Ouest ait été peuplé d'abord par les Yankees, les populations qui sont venues se joindre aux premiers défricheurs ont pris celui des types qui convenait le mieux à leur existence tourmentée, active, guerroyante, libre. Elles ont choisi le type virginien, dont le We$tman est l'exagération. Il en a tous les bons côtés, moins l'urbanité, moins le raffinement, moins le luxe et l'attrait sympathique de la première rencontre. Les grandes et excelr lentes qualités de l'homme de l'Ouest sont cachées sous une enveloppe rude et grossière même. Cela s'explique de soi.

L'Ouest s'est formé de l'agglomération d'individus partis isolément de tous les coins de l'Union, qui se sont rencontrés par hasard en groupes de dix, puis de vingt^^ puis de cent, puis de mille, au fur et à mesure qu'ils s'ouvraient des routes à travers d'immenses forêts , se racontant leurs travaux surhumains, leurs luttes contre

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lanature, leurs combats contre les Indiens; se communiquant les difficultés qu'il restait à vaincre, les espérances à fonder sur l'avenir, et, finalement, s'associant pour bâtir, défricher et constituer ce monde inculte qu'ils venaient de conquérir. Tous ces hommes avaient passé par des épreuves cruelles. Ayant vécu de la vie des sauvages, ils avaient comme perdu le souvenir de la civilisation. Leur corps était brisé aux fatigues de toutes sortes; leur esprit s'était dépoli à ce genre d'existence. Il ne leur restait plus assez de temps à vivre pour refaire leur éducation oubliée, tous ceux qu'ils appelèrent au partage des richesses de ces nouvelles contrées furent bien obligés de se plier à ces mœurs étranges; car eux aussi furent condamnés à passer par les mêmes épreuves, par les mêmes travaux, par les mêmes luttes.

n s'ensuivit une agglomération d'êtres à part, toujours armés pour leur défense personnelle, allant à l'église le mousquet sur l'épaule, le pistolet et le poignard à la ceinture. On eût dit une colonie militaire, moins la discipline. Là chacun se faisait justice soi-même à coups de fusil, de pistolet ou de poignard. A table, à la messe, dans les rues, sur un mot, pour la moindre discussion, un homme tombait, deux hommes quelquefois, frappés par un voisin et par un adversaire, et les querelles personnelles devenaient des batailles.

Ces faits ne remontent pas bien loin, à peine à quinze ans du jour où nous sommes. On se battait à pied, à cheval, la lance au poing, au fusil, partout où l'on se rencontrait, sans que les témoins eussent d'autres devoirs à remplir que de constater la mort des deux combattants; et souvent les témoins eux-mêpies changeaient de rôle, et de simples spectateurs devenaient acteurs dans ces scènes déplorables.

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Il se passa longtemps avant que ces habitudes exeentriques, nées de la nécessité, perdissent de lear exagération^ sans pour cela disparaître entièrement. En attendant^ les États de Touest se constituaient : des villes splendides se bâtissaient y les populations augmentaient avec une rapidité extraordinaire. Mais^ encore aujourd'hui^ ]'homme de rOuest est resté sous bien des rapports^ ce qu'il a été jadis; il est sans gène, rude^ grossier, indépendant, fier de son individualité, et pourtant jEeimilier à Fexcès. On a défini le Kentuckien, qui a été longtemps le type de ce sauvage mi-civihsé : half-horse, half-alligator (moitié cheval, moitié crocodile), quelque chose de monstrueux enfin, un être presque surnaturel.

Le sentiment de l'égalité, chez Thomme de TOuest, est poussé aux dernières limites. Les plus policés d'entre les Westmeriy ceux que l'éducation, et une éducation trèsélevée quelquefois, semblerait devoir garantir de ces exagérations, sont les premiers à s'en glorifier et à mettre en pratique ce principe excessif.

Le général Jackson, qui est resté pendant toute sa vie le véritable We$imany alors même qu'il était revêtu des plus hautes fonctions, ne se faisait aucun scrupule d'aller trinquer dans les cabarets avec les gens de la plus basse classe ; Henry Clay passait volontiers ses heures de loisir dans les cafés, buvant, causant, politiquant avec le pre-r mier venu. Il disait un jour en plein sénat, dans un discours d'ailleurs fort éloquent^ comme tous ceux qui tombaient de ses puissantes lèvres : a Moi^ je vis de porc salé et de choux! b C'était la vérité; mais cette vérité ainsi proclamée avait un but, celui de flatter ses concitoyens et de faire de la popularité par l'égalité, même devant le chou et le porc salé.

L'homme de l'Ouest est, comme on se l'imagine bien^

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pea soigneux dans sa mise; mais ce n'est pas de la même manière que le Yankee. U dédaigne l'habit noir de diap fin^ ri^ et hors de mode; il s'habille comme les fermiers, de drap épais, et ses vêtements ont toujours les formes les plus c(»nmodes. Il porte de gros soaliers ferlés; sa cravate, quand il en a une, est nouée à la diable ou ne l'est pas du tout, chapeau de paille ou de feutre À larges bords; voilà quelle est sa tenue. Il va partout fbmant et ekifuami, alternativement ou simultanément.

Ea passant dans la rue il ne vous demandera pas du feu pour allumer son cigare; il vous prendra le vAire sans façon aux lèvres, fera son afiaire et vous le rendra sans même vous remercier^ il n'en a pas le temps. Par exemple, s'il s'apercoil que vous fumez un mauvais ci* gare, il le jettera et vous en offrira deux ou trois des siens, s'il les juge meilleurs, et n'exigera pas non plus que vous le remerciiez. Ce trait dit assez quel est le fond du cœur du Westman. Il est en effet généreux à Texcès, grand dans son hospitalité, dévoué jusqu'à la mort, obligeant sans calcul. Vous arrivez à lui avec une lettre d'introduction, pure formule de politesse ; il n'hésitera pas à mettre à votre service jusqu'à sa bourse, et cela sans compter, ne s'inquiétant même pas si vous êtes en mesure de lui rendre ses avances.

— Si c'est un honnête homme, dit le Westman en parlant de son obligé, il me restituera la somme prêtée têt ou tard; ai c'est un filou, mettons qu'il ait glissé la main dans ma poche et qu'il m'ait volé, et n'en parlons plus. Les regrets et les remords seront pour lui et nou pas pour moi.

Tels sout les trois types d'hommes qui composent et divisent la société américaine aux États-Unis. On ne peut plus s'étonner^ après cela, que les opinions formulées par les voyageurs sur cette société soient si diverses et souvent si opposées. Il est arrivé^ en effet, que beaucoup d'entre eux se sont contentés de l'examen de l'un de ces types, le premier rencontré, et qu'ils aient pris la partie pour le tout.

On sait l'anecdote de cet Anglais débarquant à Calais et formulant un jugement si téméraire sur les femmes françaises, à propos des cheveux roux de la fille de l'au- ' berge où il était logé. C'est à peu près de même ici. Eh I mon Dieul n'est-ce pas plutôt l'histoire de tous les jugements humains sur toutes les choses de ce monde ?

— Ayez soin, recommandait un père à ses enfants^ quand vous vous trouverez en présence de personnes qui vous voient pour la première fois, de ne montrer que les côtés excellents de votre cœur et de votre esprit. On vous jngei*a toujours sous cette première impression.

Ce père était prévoyant et connaissait les hommes !

Les quatre ou cinq cent mille individus qui, chaque année, vont grossir la population des États-Unis, subissent invariablement l'influence du type américain au milieu duquel ils élisent domicile. J'ai déjà dit avec quelle facilité les nouveaux immigrants, quelle que soit leur origine, à quelque secte, à quelque opinion qu'ils appartiennent, se familiarisent avec les idées et les mœurs américaines, politiques et sociales. Cette assimilation se fait ave« une égale rapidité en ce qui touche le caractère

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et les habitudes du type dominant la contrée où ils s'établissent. Il est curieux de voir comment Français, AUeroandS; Anglais, après deux ou trois mois de séjour aux I États-Unis, se font vite Yankees, Virgtniens, ou West^ i menl C'est à ne plus les reconnaître ni les uns ni les pol autres. Mais je dois faire remarquer une chose^'c'est que, ^ malgré les différences très- grandes qui se manifestent dans les relations extérieures entre les trois races d'hommes se partageant la société américaine^ il y a au fond une unité parfaite entre elles en ce qui concerne le but où elles tendent. A des moments donnés, Yankees, Vir* giniens et Westmen sont avant tout Américains, et c'est là ce qui concourt le plus à donner de la force et de la sécurité à la nationalité et aux institutions des États- Unis.

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