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Christine rougit jusqu'au blanc des yeux, et d'une voix coupée par l'émotion, elle répondit brièvement :
— Non, Monsieur.
Armand s'abstint d'en demander davantage. La subite rougeur de Christine, son émotion, le frémissement imperceptible de colère qui l'avait trahie lui montraient bien qu'il y avait là un mystère; il n'avait pas la prétention de croire à un mouvement de jalousie de la part de la jeune fille. Ce mystère, il remit à plus lard pour l'approfondir. Armand quitta le bal en recevant une invitation de M. Rabilhac à un dîner qui avait lieu chez lui quatre jours plus tard. C'était évidetnment à Christine qu'il devait cet honneur, M. de Puisgourdain père et M. Rabilhac n'ayant jamais eu aucune relation entre eux, ce qui s'expliquait par la position personnelle et spéciale de ces deux hommes.
Il n'est pas sans intérêt pour cette histoire de donner quelques détails à ce sujet. M. de Puisgourdain, ancien procureur général, appar- . tenait à une famille de vieux gentilshqmmes du Périgord établie à la Martinique à peu près depuis la fondation de la colonie. En sa double qualité de gentilhomme et de créole, il était d'une fierté excessive à l'endroit de son rang, et ne frayait que difficilement avec tout ce qui n'é-
LBS FEMMSS DU NOUYJSAU^HONBB. 61
tait pas noble ou créole depuis deux générations an moins.
Or^ Rabilhac ne se trouvait dans aucune de ces deux catégories prévues par M. de Puisgourdain. Il était arrivé à la Martinique^ depTuis une vingtaine d'années, comme subrécargue à bord d'un petit brick de Marseille ; puis il avait quitté la mer pour s'installer marchand de comestibles, de conserves et de salaisons. Industrieux, économe, habile en affaires, Rabilhac avait, comme la plupart des Provençaux établis dans les colonies, vu grandir peu à peu son commerce; de marchand il était devenu négociant, ce qui est, dans le pays, monter d'un grade.
Mais l'origine de Rabilhac pesait toujours sur lui ; et, nonobstant une fortune considérable rapidement acquise, il n'était point parvenu à prendre place dans la société coloniale^ si orgueilleuse à l'endroit des précédents. II était de cette catégorie de gens qu'on y appelle ies petiu blancSf un milieu entre la race noire et de couleur, et la race blanche née sur le sol mème« Rien n'avait favorisé Rabilhac.
Ck)mme ces maréchaux dont l'empereur disait : a Quel malheur qu'ils se soient mariés n'étant que caporaux ! » notre homme avait eu le tort d'épouser, à son arrivée dans le pays, une femme du même acabit que lui, fille d'un autre petit marchand provençal. S'il avait attendu^ ainsi que Tont fait bien d'autres dans sa position, peutêtre qu'en apportant la fortune dans une famille créole ruinée, il eût pu, après quelques répugnances vaincues, jEaire une trouée dans ce monde qui le repoussait. Mais Rabilhac s'était résigné, et il avait ajourné ses espérances en les asseyant sur sa fille qui, née créole > avec une f une considérable en perspective, une éducation com- I e acquise en France, pourrait réparer un jour le
i mage de sa position.
dâ LIS FEMMBS DU NOUVEAU-* MONDE.
Rabilhac ne s'était pas trompé^ et les naalheurg qui avaient frappé la plupart des colons aidaient singulièrement ses projets. En effet, Tarrivée à la Martinique de mademoiselle Christine avait, comme par enchantement, changé en douce flatterie la réprobation dont la société coloniale avait jusque-là frappé le ci-devant mar« chand.
Christine était bien faite d'ailleurs pour opérer ce miracle. Elle avait imposé son père dans le monde, ' où Rabilhac était désormais tout aussi recherché que M. de Puisgourdain lui-même. Enfin, disons-le tout de suite, le Provençal avait mis le comble à ses espérances en rêvant une union entre sa fille et Armand, dont la famille était encore riche et occupait surtout un rang élevé daijs le pays.
Voilà pourquoi Rabilhac avait engagé MM. de Puisgourdain à dîner. Armand avait accepté avec empressement à cause de Christine; Tex-procureur général ne s'était pas trop fait prier en vue du même motif doublé d'un peu d'intérêt. Cette invitation faite en plein bal, devant deux cents personnes, avait été immédiatement interprétée, et la nouvelle d'un prochain et inévitable mariage entre Christine et Armand s'était répandue par toute la ville avec la rapidité de l'éclair.
Deux heures après, jusqu'au dernier négrillon de Saint- Pierre, tout le monde le savait, tout le monde en causait.
Le lendemain de la soirée du commandant militaire, Armand, monté sur un beau cheval américain, traversait l'une des rues du quartier de Saint-Pierre que l'on nomme le Fort, se rendant aux bords de la mer, promenade qu'il affectionnait singulièrement. Les évolutions de son cheval, le bruit de ses pas sur le pavé sonore des rueg faisaient mettre aux fenêtres bien des curieux et iiaa des
curieuses. En arrivant à Textrémité de la rue de la Con-solation, par laquelle il n'était point encore passé, rue presque déserte et qui aboutit à la campagne, en levant la tête vers une des maisons, il aperçut, à travers les jalousies du premier étage, le visage charmant d'une jeune fille qui se retira par un mouvement subit en reconnaissant le cavalier.
Armand sentit un frisson lui courir par tout le corps ; il arrêtât son cheval à la porte de cette maison et entra. Une vieille négresse, se levant lentement d'un coin de la pièce voisine où elle était accroupie plutôt que couchée» vint à lui. Armand lui jeta rapidement ces paroles :
— Dis à M. Fournier que c'est M. Armand de Puis* g«urdain qui désire lui parler.
La vieille négresse ouvrit de grands yeux, et un sou^» rire de niaise stupéfaction erra sur ses lèvres.
— N'y est-il pas, M. Fournier? continua Armand. La n^esse fit signe que non.
— Annonce-moi alors à madame Fourûier.
Cette fois la négresse répondit :
— 11 n'y a ni de monsieur, ni de madame Fournier ici^ maître.
— Eh bien ! prie mademoiselle Méala de me faire rhonneur de me recevoir, reprit Armand, dans Tespri duquel les signes et , les paroles de la vieille négresse avaient jeté presque une lueur.
— Me voilà. Monsieur ! murmura une voix vibrante d'émotion.
Et Armand vit debout devant lui, pâle, tremblante, les yeux mouillés de larmes, la belle jeune fille des bals de Paris.
Sur un signe de Méala, la négresse sortit du salon. Armand tomba plutôt qu'il ne s'assit sur le canapé.
Il y eut entre eux un moment de silence^ pendant lequel Armand examina attentivement la jeune fiUe^ et cet examen confirma les doutes qui s'étaient glissés en lui. Comparé au teint de Christine et à celui des autres femmes blanches du pays, le teint de Méala avait quelque chose de bistré qui s'était effacé en France, mais qui, sous le brillant ciel des Antilles, avait reparu dans tout« sa vigueur naturelle. D'autres signes non moins caractéristiques révélaient d'une manière flagrante que Méala, si blanche qu'elle fût de peau, appartenait à la classe des femmes de couleur, titre qui leur est éternellement conservé si haut que remonte l'origine, si opposées que soient à cette désignation les traces extérieures.
Armand en avait assez appris, depuis une semaine qu'il se mouvait dans la société coloniale, pour se rendre compte de l'émotion qu'avait éprouvée Méala, des larmes qu'elle avait versées à sa vue, de l'embarras qu'elle ressentait en sa présence. Ce fut elle cependant qui, la première, rompit le silence.
— Je vous savais à la Martinique, Monsieur, dit-elle.
— Moi, j'ignorais être assez heureux pour vous rencontrer. Mademoiselle; et, si j'avais su que vous fussiez ici, croyez-le bien, j'aurais déjà eu l'honneur de venir vous présenter mes hommages.
— Voilà un langage, s'écria Méala en tendant la main à Armand avec un sourire triste, voilà un langage que je ne m'attendais pas à trouver dans la bouche d'un créole. Je vous en remercie sincèrement et du pins profond de mon cœur.
LIS VSMMES DU NOUTEAt-MONDB. 65
— En quoi peut -il vous étonner? N'êtes- vous point habituée. . .
— A m'entendre et à me voir respecter? Non^ Monsieur. Les seules paroles de ma négresse Nanette ont dû vous apprendre que je ne suis point ici une femme comme les autres. Ma mère est morte en me donnant le jour, et je n'ai point de père, bien que mon père vive; le nom que je porte n'est ni le sien, ni le mien : c'est un non» d'emprunt. Je ne m'appelle plus ici mademoiselle Fournier^ mais tout simplement Méala, la mulâtresse ! Vous n'avez point encore assez vécu dans ce pays pour savoir ce que signifie cette épitbète; mais moi qui, depuis six semaines, y souffre les tortures de l'enfer, j'ai appris ce q^e signifie ce titre de mulâtresse ! Cela veut dire. Monsieur, que tout blanc qui passe devant ma porte a le droit de ne pas me saluer; que, s'il en entre un dans cette maison^ c'est pour m'insulter et me traiter en courtisane ; que toute femme blanche qui me rencontre dans la rue me toise du haut en bas et sourit de dédain, quand ce n'est pas de dépit !..
— C'est infâme ! s'écria Armand en se levant par un mouvement d'indignation...
— Oh! plus encore, monsieur de Puisgourdain, reprit Méala; les gens de ma caste et de ma couleur, à peu d'exceptions près, me haïssent et sont jaloux de moi; les femmes me méprisent, et bientôt me calomnieront peutêtre, parce que je ne suis pas comme un très-grand nombre d'entre elles, une fille dépravée; les hommes, parce qu'ils prétendant que j'affecte de m'élever et de me rapprocher des blancs. De quelque côté que je me
""urne, je me heurte aux pointes aiguës du malr!
- Mais cette éducation brillante que vous avez reçue
66 IiBS FEMMES DU KOUYEAU-MONDE.
m France^ cette intelligence^ cette beauté du cœur c . du visage, cette élévation de sentiments qui sont un lot superbe et que pçu de gens ici possèdent au même degré que vous, n'ont-elles pu servir à vous faire respeoter, admirer, aimer de tous ?
— Ton., cela n'a servi qu'à aggraver ma situation. Si j'avais rf > semblé aux autres filles de couleur de ce pays, ies blan< s m'eussent idolâtrée et leurs femmes protégée ; les gens de ma caste n'eussent pas fait attention à moi... C'est tout simple, je ne porterais ombrage à personne !... Mais vous-même, monsieur de Puisgourdain, à cette heure,, votre cheval attend à ma porte, on sait que vous êtes ici...
•^ Eh bien I qu'importe ?
-^ Dans un instant toute la ville comptera le nombre de minutes que vous avez passées chez moi , et...
— Je serai la cause d'une calomnie contre vous ! s'écria Armand.
^ Ne vous inquiétez pas demoi> répondit Méala; mais de vous...
— Et pourquoi?
— Parce qu'on le dira à mademoiselle Christine Rabi*- Ihac ; et les méchantes langues s'y prendront de telle sorte, qu'on fera manquer peut-être votre mariage,
— Mon mariage 1
*— On le dit arrêté avec Christine, et]que le dîner de» fiançailles a lieu dans trois jours.
•^ C'est vite disposer de moi sans mon consentement. Mais à propos, mademoiselle Méala, puisque vous venez de prononcer le nom de Christine, permettez-moi une question*..
— Je la devine et j'y réponds. Mademoiselle Rabilhae et moi ne nous sommes vues, depuis mion arrivée ici,
LES FEMMES DU NOUYEAU-MOKBS. 61
qa'àYie seule fois^ le jour où elle m'a mise à la porte de chez elle...
—C'est impossible ! s'écria Armand en frappant du pied la terfe.
— C'est exact, pourtant, Monsieur.
— Mais TOUS étiez liées d'une étroite amitié^à ^ris.
— Une commune infortune nous avait réunin. Toutes deux nous avions été envoyées en France pour D^tre édu*cation; n'ayant ni l'une ni l'autre de famille à Paris, nous avions été recommandées à la su]!>érieure du même couvent; quelques-unes de nos compagnes avaient intéressé leurs mères à notre cruel isolement , et ces mères nous faisaient^ aux jours de vacances^ sortir avec leurs filles. Compatriotes sans distinction de couleur ni d'origine à Paris, nous nous étions juré une de ces amitiés éternelles dont notre malheur commun avait resserré les liens» Christine partit la première j)our la Martinique. A mon arrivée ici, deux heures après» je me rendis chez Christine, pour mon malheur... II y avait à ce moment-là quelques visites en son salon. Je courus à elle les hras ou** verts... elle me reçût froidement, en me priant de monter dans sa chambre, où elle me rejoindrait quand ses hôtes seraient partis.
— Quelle lâcheté!...
— La fille blanche ne pouvait rec«evoir chez elle la 4U9 de couleur! Je ne revis plus Christine.
— Et depuis, elle ne fit rien qui pût l'excuser à vos yeui^ !
— Rien.
— Elle ne tenta pas de vous voir?.. *
— Jamais î
Pour Armand se trouvaient expliquées la froide réserve et la brève réponse de Christine lorsqu'il lui avait, la eille, au bal, parlé de Méala*
— Cest un monde stupide que celte société d*ici, s'écria Armand en se promenant à larges pas dans le salon Et j'irais m'unir à une femme au cœur si lâche ! à Tintel ligence si étroite, à Tespritsi ingrat! Non! non!.,. Ainsi donc, ajouta-t-il en s'adressant à Méala, j'ai un ami^ un camarade de collège, homme de couleur, qui est magistrat au Fort-Royal, je n'aurai pas U droit, quand je le verrai, comme je compte le faire dans deux ou trois joursj de le presser dans mes hras?...
— Vous êtes perdu si vous faites cela, murmura Méala.
— Je le ferai, répliqua froidement Armand, car' j'ai le cœur reconnaissant, moi.
Puis, revenant s'asseoir aux côtés de Méala, il prit ses mains dans les siennes, et les baisant respectueusement :
— Méala, dit-il, vous n'avez alors ni ami, ni consolateur, ni frère en ce pays? Voulez-vous que je sois tout cela pour vous?
La jeune fille cacha sa tète dans ses deux mains un instant, puis se laissant glisser, elle tomba à genoux devant Armand, et murmura au milieu de sanglots ces mots à peine articulés :
— Merci! oh! merci!... Mais non, je ne veux pas, s'écria-t-elle tout à coup en se relevant; vous jouez ainsi votre avenir, votre nom, votre vie peut-être, et je ne le veux pas. Allez, partez, monsieur de Puisgourdain ; je prierai pour vous, je vous serai éternellement reconnaissante, mais oubliez-moi...
Et avant qu'Armand eût pu la retenir, Méala s'était enfuie. En se retournant, il se trouva face à face avec un de ses amis. M* Léon de Châlons :
— Je vous cherchais, Armand, et vous ayant trouvée je vous attendais.
— Et qui vous avait dit que je fusse ici?
I s FEMMES DU NOUYSAU-MONDE; 69
-— Votire cheval, parblea I qui, depuis trois heures, est à la porte. Peste 1 mon cher, quand tous courez deux lièyres à la fois vous les choisissez de bonne race !
— Silence , Monsieur t répliqua Armand d'un ton tel que Léon n'osa articuler une parole de plus sur le sujet qu'il avait entrepris. Mais que me vouliez-vous?
— Je venais vous proposer une MarseiUaise, ce jeu de l'enfer comme vous l'appelez, que vous aimez ^tant, et où vous perdez avec une si merveilleuse grâce.
— Je ne sms pas en train de jouer ce soir, je vous re« meicie.
Armand monta à cheval et regagna la rue de la Madeleine, pensif et rêveur. Il faisait nuit déjà.
Méala ne l'avait point trompé. La moitié de Saint-Pierre savait déjà où Armand avait passé sa soirée et le temps qu'il était demeuré chez la mulâtresse. Les uns par jalousie en cas d'un succès, les autres par envie contre sa double boiine fortune, avaient fait circuler cette nouvelle en la grossissant. MM. de Puisgourdain père et Rabilhac en avaient été des premiers informés; et tous deux, amicalement et sous forme de conseils, avaient fait de sérieuses représentations à Armand sur cette visite scandaleuse. A tous deux il répondit avec la dignité et le respect que lui commandaient leur position respective et la conscience qu'il avait d'avoir rempli un devoir. Restait une troisième personne avec laquelle il tenait à s'expliquer, c'était Christine.
Comme la double conversation dont nous venons de parler .avait eu lieu chez M. Rabilhac, où Armand s'était trouvé entraîné au lieu de rentrer diez lui, il lui était facile de soulager promptement son cœur. Il s'approcha donc de Christine, et, s'asseyantà ses côtés :
— Mademoiselle, dit-il, hier je vous ai adressé une
qnestion à laquelle vous n'aves répondu que vaguement.
— Laquelle?
— Je me plais à cfoire^ Mademoiselle^ à espérer sut^ tout^ que les liens de l'amitié sont une chose sacrée pour vous; j'ai l'habitude déjuger les hommes^ et les femmes aussi, selon le degré de dialeur avec lequel ils pratiquent la reconnaissance du cœur* Quand un homme ou une femme se rappelle ces afTections de renfânce qui ont fait luire tant de beaux jours sur la vie, j'en concis la meit* leure opinion ; quand, au contraire, on jette un voile de mépris sur ces souvenirs, j'avoue qu'à mon tour je paye par le mépris cet oubli.
^ Mais, Monsieur, je ne vous comprends pas! balbutia la jeune fille tout interdite.
-^ Vous allez me comprendre. Qu'avez^vous fait de mademoiselle Méala Fournier ? Gomment Tavez-vous ao* cueillie quand elle s'est présentée chez vous son amie d'enfance?
— Mais, Monsieur...
-^ Est-il donc vrai que vous l'ayez ichassée de votre maison après l'avoir bannie de votre cœur?
Christine se leva toute tremblante.
"-^ C'est une honte et une lâcheté, Mademoiselle, dcmt vous n'êtes pas coupable, j'en suis sûr... et...
Christine s'enfait au fond du salon, M son père causait avec M. de Puisgourdain.
— C'est donc vrai 1 murmura Armand, qui salua et sortit, laissant les trois spectateurs de cette scène stupéfaits. '
LfiS FEMMES DU NOUV£A0-MONJ)E. Il
Ht
11 va sans dire qu^uno rupture^ gi directement provo*quée, avait suivi cette conversation. Armand, en butte alors i des reproches sanglants de la part de son père^ avait changé en haine profonde ce sentiment naissant qu^il éprouvait pour Christine; et son cœur, comme sa prisée se reportaient tout entiers, pleins d'ardeur et de puissantes aspirations vers Méala. Un amour ^fond et terrible était sorti de cette lutte. Armand s'était dirigé de bonne heure et à pied cette fois, afin que riefi ne trahit sa présence, vers la rue de la Consolation. A peine avait^ il franchi le seuil de la porte de la maison que Méala se présenta à lai.
'—Je savais bien, dit^lle en lui tendant la main, que vous viendriez aujourd'hui.
— Méala, répondit Armand, acceptez-vous l'offre que Je vous ai faite hier? Je viens vous demander d'ajouter à tous les titres que je réclame de vous un titre de plus.
— Lequel?
— Celui d'époux.
-^ Êtes-vous^ fou? s'écria la jeune fille. Non, non, jamais I ~Ne me trouvez-vous pas digne de vous?
— Grand Dieu ! où ponrrais-je donc rencontrer un cœur plus noble, une âme plus grande, un esprit plus élevé! Mais ne savez-vous pas que déjà, depuis hier au soir,
re nom accolé au mi^n fait les frais d'une chanson que 1 va chanter dans les rues? que vous ne pourrez faire pas sans que ce refrain vienne vous assaillir? Ne sa-
72 LES VEHUES I»V IfOUYSAU-lfOKDE.
vez-YOos pas qae YOtre père en mourra de douleur? Ne sayez-YOus pas que yos compatriotes Yont yous maudire? que demain, ce soir^ dans une heure peaf-ètre^ quelqu'un d'entre eux Yiendra yous demander raison de Foutiage que Yous faites à votre couleur f Et yous Youlez que moi je consente i yous entrdner dans Tabime! Obi je yous attendais ce matin, mais c'était pour yous dire de sangfroid, aYec le calme de la raison : « Séparons-nous, Armand; ne nous reYoyons jamais! Laissez-moi subir l'humiliation de ma condition, reprenez YOtre rang, rentrez dans le sein de YOtre caste. Trop de dangers pour yous, trop de malheurs pour moi nous éloignent l'un de l'autre. . . Adieu!... »
Armand arrêta Héala par le bras, et la forçant à se «asseoir:
— Méala, dit-il, hier au soir, en yous quittant, j'ai fait ployer sons le poids de la honte le front de mademoiselle Rabilhac. J'ai, ce matin, essuyé tous les amers i*eproches de mon père. J'ai cru en effet entendre le long du chemin un chant Yague qui frappait mon oreille; je suis prêt à accepter le défi que m'apportera celui de mes compatriotes qui se croira outragé. Yous le Yoyez donc bien^ les dangers que yous redoutez pour moi sont déjà Yenus et ne m'effrayent pas. Méala , ce n*est point seulement parce que je ressens pour yous, pour Yotre beauté, pour YOtre intelligence, un amour sincère et profond, mais c'est aussi parce que je Yeux Yenger une injustice qui m'indigne: c'est donc à moi de le faire, puisque personne, pas même celui qui yous a jetée dans ce monde, ne se lè- Yera pour dire à cette société si orgueilleuse de ses quartiers de noblesse : « Cette femme est grande par le cœur, grande par Tintelligence, grande par l'esprit, grande par la Yertu et par l'honnêteté; elle est bien au moins l'égale
LSS FEMMES DU NODYEAU-MONDE. 73
de cette autre que vous respectez et honorez parce qu'elle . a la peau blanche, bien qu'elle ne lui soit supérieure ni par la noblesse du sang ni par l'origine , bien qu'elle lui soit inférieure par Tâme et par les sentiments. » Oh! je sais à quoi je m'expose à venir braver ainsi en face des préjugés plus forts que les siècles, plus forts que les ' hommes ! Tout le monde n'aurait pas ce courage ou cette imprudence; et, si je ne vous avais pas trouvée, vous, si digne d'être la rivale de qui que ce soit, mêlée à cette tempête et luttaiit contre une injure faite à votre cœur, peut-être aurais-je courbé la tête et gémi en silence; mais aujourd'hui je lève le front. Et quiconque osera franchir le seuil de cette porte sans s'humilier devant vous avec respect, celui-là payera cher cet outrage. Vous voyez, Méala, que ma résolution est bien prise, que je ne veux pins reculer. Parlez, prononcez-vous; si vous me croyez digne de vous, j'attendrai le bonheur d'un mot de votre bouche.
— Armand, répondit la jeune fille écrasée d'émotions, je vous le répète, je ne sache aucun homme en ce monde dans les mains duquel je mettrais ma destinée avec plus de confiance et d'orgueil que dans les vôtres. Mais, je vous le demande en grâce, vivez quelque temps d'abord dans cette société, défiez- vous d'un entraînement fatal peut-être...
— Vous exigez une épreuve, Méala? Trois mois vous suffisent-ils? Pendant ce délai, je vais réaliser la succession de ma mère, et nous partirons ensemble pour la France.
— Soit, Armand; mais jusque-là, au nom du ciel, pour vous, moins encore que pour nioi, ne nous revoyons pas...
— Méala, je saurai ce que j'ai à faire. Adieu ! Quelques jours après, Armand, qui n'avait pas été long.
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temps à s'apercevoir de la froideur dont seg amis Taccâblaient^ se trouvait au milieu d'eux^ discutant chaleureusement contre Tabsurdité des préjugés, lorsque, la conversation changeant de cours, le nom de Méala fut prononcé avec celui d'autres femmes indignes de lui Caize escorte.
— Messieurs, respect à ce nom, je vous priel En le prononçant, vous touchez aux fibres de mon ccmirt
— Parbleu! s'écria de Châlons, le nom d'une fille de couleur, votre maîtresse, est-il déshonoré de se trouver en compagnie des noms de nos maîtresses?
— Monsieur de Châlons, répliqua Armand, je vous somme de rétracter ces paroles.
— Vous voulez dire que vous désirez m'entendre les répéter ?
— Je vous comprends. Monsieur; je vous comprends tous. Messieurs, vous qui n'intervenez pas dans cette discussion; c'est une provocation que vous cherchez. .
— Mes témoins, les voici, répondit de Châlons en désignant deux jeunes créoles.
— Les miens , je ne les choisirai point parmi vous, Messieurs, car je ne vois, de votre part, aucune sympathie pour ma cause.
Tous les assistants restèrent muets, ce qui est rare en pareille circonstance aux colonies, et ce qui était bien significatif ici.
— Mais, reprit Armand, je saurai où en trouver.
Le lendemain, en eff'et, deux jeunes hommes de couleur, l'un magistrat, l'autre officier d'artillerie en congé à la Martinique, l'un et l'autre dignes d'occuper un raog honorable dans le monde colonial, mais rejetés à cause de , leur couleur au ban de la société, furent chargés de régler les conditions de la rencontre. Quelque répugnance
LES FBHMBS BU NOifTSACT-HONBE. 75
qpi'éprouvâssent les témoins de de Ghâlons à se trouver eu eontact avec ces deux hommes, il fallut bien en passer parla.
La veille du jour filé pour la rencontre^ une scàne trop caractéristique des mœurs créoles se passa cbiez Armand, pour que je néglige de la rapporter. Vers minuit, son domestique vint lui dire qu'une vieille négresse désirait lui parler.
Cette femme était Nanette, la servante de Méala.
En entrant dans la chambre d'Armand^ elle se jeta d'abord aux pieds du jeune homme et lui baisa las mains avec effusion.
— As-tu quelque mess^ige de Méala pour moi?
— Oui, maître, ceci, répondit Nanette en lui remettant une lettre et une chaîne d'or à laquelle était attachée une petite croix, '
La lettre était courte» n^ai^ tout 1^ coeur de la jeime fille 7 avait débordé. Elle lui anpopçait que cette chî^îne, elle la portait en bracelet le jour pu elle avait vu Armand, à Paris, pour la première fois.' Armand baisa ce bijou et le plaça sur son cœur.
— Avez-vous pris vos précautions, maître, avant d'aller vous battre? demanda la vieille négresse.
— Quelles précautions, Nanette?
. — Avez-vous un quimboix?
— Qu'estrce que cela? '
— Tenez, en voici un. J'ai été le chercher ce matin au Prêcheur, chez une sorcière, et je l'ai fait bénir par la sainte Vierge. Mettez-le sur votre corps, il vous préservera.
Ce quimboix, ou amulette, était tout simplement une graine du pays ramollie par un long séj/our daus l'huile, et dans laquelle on avait enfoncé des tètes de clous en
forme de croix. Les nègres ont la conviction sincère que ces quimboix garantissent de toute atteinte. J'en ai vu qui 'bravaient les dangers les plus terribles, assurés d'être gardés par cette protection surhumaine.
— Mon quimboix, répondit Armand, le voici.
Et il montra la croix et la chaîne d'or que lui avait envoyées Méala, qui, avec la superstition de l'amour, avait eu confiance aussi dans cet amulette.
Mais Nanette fit tant d'instances, en pleurant et en se roulant suppliante aux pieds d'Armand, qu'il dut lui promettre de se munir de son quimboix. Nanette partit en emportant une lettre pour Méala. C'étaient les dernières volontés et les dernières pensées de Puisgourdain.
L'heure du duel avait sonné. Ce duel ressembla à tous ceux qui, trop souvent, ont ensanglanté le sol de nos colonies. Les deux adversaires arrivèrent sur le terrain escortés d'une foule de curieux; des enfants, des femmes même s'y trouvaient. Cette rencontre pouvait avoir des suites fâcheuses et prendre les proportions d'une guerre civile; car cette fois les gens de couleur, reconnaissants envers Armand d'avoir pris la défense d'une femme de leur caste et d'avoir osé choisir ses deux témoins parmi les leurs, en faisaient presque une affaire politique. Us étaient nombreux sur le terrain, et beaucoup d'entre eux étaient armés. Les résultats de la révolution de Juillet en France avaient jeté une certaine effervescence là-bas; et les partis y étaient en combustion. On n'attendait qu'une étincelle pour que l'incendie éclatât.
Les deux adversaires furent placés à vingt pas, armés chacun d'un fusil de chasse à deux coups. Ils' étaient dos à dos, et, au commandement de feu, ils se retournèrent et lâchèrent la double détente de l'arme. Les quatre
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coups retentirent presque en même teçips. Braves comme le sont tous les eréoles, ils attendaient, debout^ calmes, immobiles, que la fumée, en s'envolant, leur, permit de voir le résultat. Les témoins s'étaient rapprochés. Les deux balles de M. de Ghâlons avaient traversé le ehapeau dei Puisgourdain ; et de celles d'Armand, Tune avait coupé la manche de la chemise de son adversaire.
En France» les témoins eussent déclaré, sans doute, que rbonneur était satisfait. Mais aux colonies on est plus difiicile que cela : on ne vient jamais inutilement sur le terrain. On ne se bat point pour percer des chapeaux et brûler des chemises, disent les créoles. Les témoins présentèrent à chacun des adversaires deux pistolets, leurs propres armes. On rapprocha la distance de cinq pas; deux coups de feu partirent en mème^emps et. les deux autres se suivirent de très-près. M. de Ghâlons avait reçu une balle en pleine poitrine* Cinq minutes après il expirait entre les bras de ses amis.
Sorti vainqueur de ce malheureux combat, Armand se rendit immédiatement chez Méala; il trouva la maison close. Une voisine lui apprit que^ dans la nuit, Méala était partie sans dire où elle allait, mais qu'on la soupçonnait de s'être dirigée sur le Fort-Royal. En arrivant chez lui, Axmand trouva une lettre de la jeune fille annonçant sa résolution de rester séparée de lui pendant les trois mois d'épreuves qu'il avait lui-même fixés*
a Que vous succombiez dans ce duel ou en sortiez vainqueur, disait la lettre, je ne puis plus, mon ami^ reparaître à Saint-Pierre où un triste sort me serait réservé. Nous nous retrouverons donc en France ou au ciel. D
La première pensée d'Armand, en lisant cette lettre.
78 LSi f SXMSS D0 ]fO0tEÂir»XOllB<.
avait été une pensée de n^ et de désespoir, et il nU
écrié:
-^ Méala ne m'aime pas smcèrement! Il me semble qu'il eût été doux et beau pour elle de me recevoir yain^ queur ou de me fermer les yeux^ Allons ! je dévoue ma vie à une cause où je ne t^uverai ^ même la récom-^ pense qui me serait due.
Armand partit alors pour le Prêcheur, où son père s'était retiré sur une de ses habitations. Il savait à l'avance la réception qui l'attendait. Ce n'était que par un dernier témoignage de respect, dont il voulait avoir la conscience, qu'il allait annoncer à M. de Poisgourdain que son fils était vivant.
-^ J'aurais mieux aimé vous savoir mort> lui avait ré* pondu le vieux créole avec Un stoïcisme de Sf^rtiate^ plutôt que déshonoré.
— Vous devez être satisfait, mon père, répliqua At^ mand, qui avait bien compris le double sens de la phrase; je suis vivant et j'ai fait mon devoir en homme de cœur et en créole, j'espère.
— Le déshonneur n'est point où vous voudriez le placer ici; vous êtes déshonoré, Armand, parce que vous vous êtes battu pour une fille de couleur^
— Je me suis battu pour l'honneur d'une femme outragée, mon père, sans distinguer à quelle caste elle ap^ partient.
— Et vous n'avez pas eu honte de vous associer pour témoins deux hommes de couleur!
—Je n'aurais pas trouvé de témoins parmi les hommes de ma caste, puisqu'à leurs yeux ma cause était méprisable; et j'ai choisi deux hommes de cœur et de courage...
— Allons donc !
LES rsMacxs su nout^au-moksi. 79
— Vous oubliez. Monsieur, que Tua d'eux suit la même carrière que vous, et l'autre celle que suivait YOtre père.
— Maintenant, Armand, vous cor^iprenez que ce pays n'est plus habitable pour vous, et je n'y peux rester, moi qui tiens à y mourir, qu'à la condition que je romprai avec vous d'une manière éclatante.
— Mon père, vous mettez votre orgueil au-dessus de vos sentiments.
— Mon nom était pur et sans tache ; vous l'avez souillé. Je yeux sauver mon nom, voilà tout.
— Je ne compte rester ici que le temps strictement nécessaire pour régler mes affaires ; après quoi je retournerai en France.
— Soit!
Cette réponse brève du vieillard coupa court à la conversation; Armand salua son père et sortit.
Par convenance, il resta trois jours retiré sur l'autre habitation que M* de Puisgourdain possédait au Prêcheur. C'est de là qu'il revenait, lorsqu'au commencement de ce rédt nous l'avons vu traverser la ville de Saint-Pierre.
De graves événements s'étaient préparés dans l'ombre pendant ces trois jours; et le duel entre Armand et de Gbftlons n'y était pas précisément étranger» ou du moins &i avait hâté le dénoûment,
hommes de couleurs^ admis récemment à la jouisse . des droits civils dont ils avaieut été jusqu'alors p \ ne trouvaient pas que la révolution de Juillet eût
assez fait poar eux. Gomme toas les partis qa'une première victoire allèche, ils réclamaient plus encore ; ils réclamaient tout ce qu'ils avaient espéré, tout ce qu'ils avaient rêvé peut-être. Une insurrection était prête ; elle éclata. Je ne veux point raconter ici ce dramatique épisodé. Je n'en parle que pour le besoin de la cause démon héros.
 Fheure où les premiers coups de feu éclatèrent dans la ville, Armand vit sa maison envahie par quelques-uns des principaux meneurs du parti qui venaient nettement lui offrir de se^mettre àia tète de Tinsurrection. Il tenta des efforts surhumains et fit des prodiges d'éloquence pour ramener ces hommes au calme, représentant l'avenir ouvert à leurs espérances, à leurs droits; leur démontrant la victoire assurée aux blancs et la perte indéfinie de cette première conquête que la révolution avait donnée aux gens de couleur. Durant deux heures, il lutta vainement contre leur exaltation. Sa maison ayant été signalée aussitôt comme étant le quartier général des principaux chefs, qu'on y avait vus tour à tour entrer, et les opinions qu'il avait affichées depuis son arrivée dans le pays ayant soulevé l'indignation des blancs, Armand vit bientôt la maison cernée par une compagnie des dragons de la milice et par la troupe.
Les hommes de couleur qui s'y trouvaient prisonniers songèrent à livrer un combat désespéré pendant lequel Armand, les bras croisés, impassible et calme, attendait qu'une balle de la rue vînt le frapper.
Le combat ne pouvait être long ; les portes furent enfoncées rapidement, et, pendant que les envahisseurs faisaient irruption dans la maison, une jeune fille haletante, les cheveux en désordre, se précipitait au milieu d'eux, appelant Armand d'une voix lamentable. A ces
LES F£1[M£5 DU NOUYEAd^HONDE. M
cris qui déchirèreut son cœur, Armand s'élança. Au moment où Méala (car c'était elle) se jetait dans ses bras, un coup de feu atteignit le jeune ^créole à la tète. Il tomba ensanglanté.
— Ils Tout tué ! ils Tout tué, les lâches ! s'écria Méala. Quand Tofficier de la milice se présenta dans la pièce où
gisait Armand tenant pressée sur sa poitrine la tële de Méala éplorée, le mourant se souleva péniblement et d'une voix encore pleine d'autorité :
— Monsieur, dit-il à l'officier, écoutez le serment» que je fais avant de descendre dans la tombe : Je jure que cette jeune fille est un ange de bonté et de vertu... et...
Le sang l'étouffa, il poussa un cri guttural, ses membres se roidirent, il expira.
Trois semaines après, une femme vêtue d'habits de deuil était agenouillée sur la pierre d'une tombe et priait saii^tement. Cette femme était Méala ; cette tombe était celle d'Armand de Puisgourdain.
n commençait à faire nuit; le cimetière était désert. Tout à coup cependant des pas f urtifs et légers se firent entendre dans une allée, une jeune fille s'avança sur la pointe du pied jusqu'auprès de Méala et lui irappa sur l'épaule.
— Christine ! s'écria la femme de couleur en se retournant.
— Oui, moi, qui viens te dire, Méala, que dans deux jourç j'épouse un capitaine de frégate et que je pars le lendemain pour la France. Toi, tu restes ici, tu pourras prier sur cette pierre, prie pour nous deux I Et devant cette tombe, je te demande grâce, Méala ! Ce n'est point moi qui suis coupable, ce sont les préjugés de la société. Tiens, voici ma main... la veux-tu?
82 LES FEMMES Dt NOUVEAU-MONDÊi
— Voici mes bras ouverts, Christine...
Les deux jeunes filles s^embrassèreiit en pleurant. Mais la voix de ftabillac s'étaùt fait entendre non loin de là, Christine se détacha de cette étreinte et s'enfuit, en envoyant de la main un cordial et tendre adieu à Méala, qui s'agenouilla de nouveau sur la tombe et reprit sa prière.