ET LES FLEOTES DE DIAMANTS
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L^iiidolence, si familière et si chère aux femmes créoles de toutes les iles^ est exagérée à l'excès par les Espagnoles de la Havaiie^ au point de perdre de son charme. On ne peut s'en faire une idée.
C'est à peine si^ avant quatre heures de raprè8*>midi, une Havanaise a daigné faire dix pas dans sa maison. Paresseusement arrondie, comme une chatte qui ronfle, dans un de ces fauteuils à bascule que, dans le pays, on nomme berceuse^ ou couchée sur une natte, à peine y6tue, mais toujours soigneusement coiffée, avec des fleurs dans ses cheveux, pieds et jambes nus, elle rêve... à tout ce que peut rêver une femme oisive, pour qui la moindre occupation serait un supplice.
Le soir seulement elle s'habille avec un luxe inouï et
lottit dans un de ces fauteuils dont je viens de par-
et qu'elle fait traîner sur une fenêtre grillée en
xïe] de rotonde qui lui sert de balcon. De là, elle
SA LES FEMMES BU NOUVEAC-MONBE.
regarde circuler les passants ; et comme les salons sont au niveau de la rue^ elle arrête les cavaliers et cause avec eux. C'est ainsi même que les amoureux se font la cour en pleine (ra//e. Chose étrange ! ces femmes^ si élégamment vêtues que vous les croiriez toujours prêtes à partir pour le bal^ ne sont jamais chaussées dans leur intérieur. Le soulier trop étroit est un genre de supplice que les Pari* siennes s'infligent quelquefois; mais elles ont le courage au moins de le supporter. Les Havanaises Tout exagéré bien mal à propos; car elles ont des pieds charmants^ en vraies Espagnoles qu'elles sont. Aussi ne marchent-ellesi jamais ailleurs que sur les nattes de leurs appartements^ et^ comme je Tai dit, c'est toujours pieds nus dans le jour, ou en pantoufles, tout au plus, raprès-midi. Eu aucun temps, en aucune saison, on ne rencontre une Havanaise dans les rues, si ce n'est en voiture. Ceci est littéral, aucune femme qui se respecte ne sort à pied.
C'est le contraire à Porto-Rico, où les femmes courent volontiers par les rues, voilées simplement d'une maatille ou d'une cape noire.
La Havanaise se chausse pour aller en voiture, mais c'est uniquement afin de pouvoir décemment poser sur le bord de sa volante son petit pied serré dans un étroit soulier de prunelle. Et qui pourrait, adroitement ou par hasard, scruter sous le pli tombant du bas de la robe, verrait, à plus d'un pied, ce soulier écrasé sous le talon et renversé en pantoufle. Aussi une Havanaise ne descend-elle jamais de sa volante. Si elle s'arrête devant un magasin de modes ou de nouveautés (et c'est là le but de toutes ses sorties), elle se fait apporter dans sa voiture les étoffes et les chiflbns qu'elle veut choisir.
Si le soir elle se rend au café de la Dominicaine pour y prendre des glaces ou des sorbets, elle se fait servir dans
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sa iroîture; et^ rentrée chez elle» son premier soin^ à la porte même de la maison, est de retirer bien vite ce malencontreux soulier qu'elle lance au bout de l'appartement. Gela fait, elle court se blottir dans sa berceuse.
La dépense des Havanaises pour leurs toilettes atteint à un chiffre énorme ; elles n'ont à cet égard aucune idée d'économie. Elles sont esclaves des modes parisiennes particulièrement, et l'on pourrait à ce sujet raconter de fort plaisantes anecdotes. Rarement elles portent d'autre coiffure que Pécharpe de dentelle noire ou blanche, au théâtre, à l'église, sur la promenade de la Reine, qui est le Bois de Boulogne de la Havane, et où l'oQ compte les volantes par milliers, le soir, après le coucher du soleil.
Les volantes jouent un rôle si important dans la molle paresse des Havanaises, que je ne crois pas sans intérêt de vous dire quelques mots de ces voitures dont elles font un usage immodéré.
La bizarrerie de leur construction, le luxe de leurs ornements, le costume de ceux qui les conduisent et la façon dont ils sont conduits, font de ces véhicules un objet original et qui mérite bien un peu d'attention.
A première vue, rien de plus disgracieux qu'une volante. Vous allez en juger.
Figurez- vous d'abord un de nos cabriolets^ posé au centre de deux brancards droits, démesurément longs; deux roues d'une circonférence énorme, rejetées tout à fait à l'arrière, et dépassant de quelques pouces la capote du cabriolet; un cheval attelé à l'extrémité des brancards, et paraissant traîner tout autre chose que ce singulier équipage, dont toutes les parties semblent complètement étrangères les unes aux autres. Au moment où la voiture se met en mouvement, on est tenté de croire que
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le cheval â'en ta tout seûl^ efflpdttaût à deâ flânes les deux brancards qui y sont attachés^ abandoniiaiit^ au milieu de la rue^ la caisse de la voiture^ qui semble, à son tour, s'inquiéter peu des deux rôties fonctionnant à Farrière comme deux pauvres délaissées. Du cheval au centre de l'équipage, il existe bien un espace de cinq à six pieds, et la distance est à peu près la même dB Tai^ rîère du cabriolet aux roues.
L'avantage que présente Ce mode de cônstMction est de deux sortes : d'abord, à cause de la dimension des roues, la voiture ne peut pas verser; en second lien, si le cheval vient à s'abattre, la longueur des brancards portant à tefre produit une inclinaison à peine sensible, et dont ne s'aperçoivent pas ceux qui sont assis au fond de la volante, où deux personnes prennent place, ôt quelquefois une troisième sur l'avaût.
Ces voitures sont fort bien suspendues et ttès^moelleuses : on y est littéralement bercé. Les Havanaises ne pouvaient rien inventer de plus conforme à leurs habitudes. L'indiscrétion qu'elles apportent dans les dépenses de leurs toilettes se retrouve dans le luxe de leurs voitures. Avec les sommes qui se gaspillent seulement dans les ornements e'xtérieurs d'une volante, ûoùs pourrions, à Paris, nous procurer une demi-douzaine de belles et riches calèéhes.
OU verra tout à l'heure pourquoi ce luxe.
Lé marchepied de la volante est souvent en argent massif, en or ou en vermeil; lès ressorts de la capote sont de même métal ; et partout où il est possible, sur la caisse, sur le cuir, sur les harnais, sur les roues, sur les brancards, d'incruster de Targent, de l'or ou du vermeil, on y en sème à profusion. Le cheval est littéralement chama)*ré^ et porte généralement au poitrail, suspendu à
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la mattingrale^ un écusson de métal richement sculpté de la largeur de la main.
On entend venir de loin une volante au bruit de la gourmette du cheval. Cette gourmette, très-lâche, va, dans ses balancements, frapper contre le prolongement du mors, et produit ainsi un son pur qui ressemble au tintement d'une clochette. C'est une coquetterie de métier de la part du postillon que de savoir Imprimer à la tète de sa monture un mouvement assez prononcé pour entretenir toujours ce balancement de la gourmette et son choc contre le mors.
Une voiture est pour les Havanaises un meuble, j'oserai dire un bijou. En effet, avant d'atteler la volante, ou après qu'elle est retitrée de ses courses, et qu'on l'a nettoyée avec un soin extrême, où la trôuve-t-on ? Dans le salon, y occupant une place énorme.
Quand elle monte une maison, le premier objet dont une femme se préoccupé, c'est une volante ^ qu'elle achète presque en même temps que le lit dont elle a besoin pour se coucher, bien avant le canapé ou les berceuses dont elle ornera son salon. Jugez si elle y attache de Timportance pour lui accorder cette préférence !
Là où nos Parisiennes s'évertuent à mettre des chinoiseries, dés porcelaines, des tasses imperceptibles, les Havanaises font traîner tout doucement une voiture ruisselante d'or et d'argent. Qu'on ait ou non la fortune nécessaire pour soutenir un traiù de chevaux, de domestiques, etc., on achète d'abord la volante, on la place danè le salon comme meuble de luxe, et puis, si on a Vsoin de sortir, on monte en voiture de louage.
ais, comme les Havanaises sont possédées du démon ^orgueil et de la vanité à Uû degré extrême, il s'en- , ijue celles qui ne sont pas eu position de se hiontrer
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dans ienr propre équipage sur la paoninfAiig ras jjl Hjose, préfèrent rester chez elles et ne janiais sortir; comme^ d'une autre part, la paresse est l'essence de leur vie. eette séquestration ue leur coûte guère. 11 leur reste la satisfaction de posséder une volante dans leur salon. Il y a des femmes à la Havane qui ne franehisseut pas le seuil de leur maison deux fois Tan^ si ce n'est peut-être pour aller à l'élise. Nous les y retrouverons tout à l'heure.
Je ne puii^ pas parler des voitures de la Havane sans dire quelques mots des postillons qui les conduisent^ car ce n'est pas le côté le moins pittoresque de l'équipage. D'abord^ la volante n'est jamais attelée que d'un seul cheval; je ne crois pas avoir rencontré daus la ville plus de deux voitures qui fussent attelées en double^ c'était une innovation.
Le postillon donc, monté en selle ^ est toujours .un nègre; autant que possible^ dû noir le plus beau. Il porte une veste ronde, flottante sur les reins, ouverte devant^ et brodée sur toutes les coutures; le collet, les pare- * ments, les passe-poils sont autant de galons d'or. Sa tète crépue est ornée d'un petit chapeau de feutre noir, relevé des bords, et entouré d'un cordon d'or au bout duquel pendent deux glands ; quelquefois, le chapeau est remplacé par une casquette. Ce nègre est toujours ganté de noir, et tient à la main un fouet court, au manche ciselé. De longues guêtres en cuir noir verni lui descendent du milieu de la cuisse au cou-de-pied, sur lequel elles s'échancrent pour laisser voir la peau, qui rivalise de couleur avec le cuir. Le pied est chaussé d'un soulier lin sans talon, et auquel est noué ua éperon court aux mollettes aiguës. Ces guêtres, s'ouvrant un peu en entonnoir au-dessus du genou, sont serrées le long de la jambe sur le côté extérieur par des boucles en argent, en or ou en
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vermeil^ seiou la qualité du métal dont sont faits les ornements de la Toiture et du harnais.
Quand tous mettez le pied dans une voiture^ à la Havane^ il faut bien vous pénétrer d'une chose : c'est que si le postillon guide le cheval^ yous^ vous devez guider le postillon j qui fait profession de ne point connaître les mes de la ville. Ce n'est pas un parti pris de sa part* c'est la conséquence de l'usage adopté dans le pays, et de rindolence naturelle au caractère du nègre ; il a profité de ce que cet usage avait de commode pour s'épargner la peine de réfléchir et de fatiguer son attention.
C'est donc vous qui conduisez le postillon^ à l'aide de ces trois mots que vous lui criez dû fond de la voiture: