‹ Les femmes du Nouveau-mondeChapitre 8 sur 23 · AMÉRICAINES ET CRÉOLES · texte numérisé non relu

AMÉRICAINES ET CRÉOLES

Il existe aux États-Unis deuï races de femmes en présence : les anciennes créoles de la Louisiane d^originé française, et les Américaines proprement dites.

Les premières se montrent dans tout leur lustre à la Nouvelle-Orléans.

Le type n'est plus exactement le tnème que celui des créoles des Antilles, ou du moins les caractères sont moins indiqués. Autant les unes sont pâles et un peu bâlées^ autant les Loulsianàises sont fraîches, éclatantes, ont la peau fine, transparente et veloutée; les pommettes des joues sont moins saillantes; l'œil, tout aussi beau, est moins abrité sous Tos frontal ; enfin, le galbe du visage est> dans son ensemble, plus correct et plus pur. Mais ce même charme, cette même grâce. Cette même eicjuise élégance se trouvent à un degré égal. Les Louisianaises ont de moins, peut-être, la nonchalance; mais l'absence de cette paresse de corps leur retire un peu de ces voluptueuses ondulations qui sont la poésie des premières. Dire que les Louisianaises sont plus exactement belles

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qae les CTéoles des Antilles^ c'est faire d- elles un éloge pompeux, Il est difficile/ en effets de rencontrer en aucun pays des tjpes de beauté au^ complets qu^à la Nouvell^rléans.

Au;!^ charmes du corps, les Louisianaises joignent les grâces de Tesprit. Elles sont passionnées pour le plaisir^ les bals, les spectacles ; elles cherchent toutes les occasions de briller et de conquérir ! Seraient-elles femmes sans cela?

Par leur nature, leur origine toute française, leur éducation» particulière, elles forment en Amérique un type i part qui commence à se perdre cependant, par suite de PenYahissement des habitudes et des mœurs exclusivement américaines, et à$s unions qui se font depuis quel* ques années entre les deux races*

11 n'existe pas de meilleur moyen de se faire une idée de la société féminine à la Nouvelle-Orléans que d'aller au Théâtre-Français, un soir de représentation fashio^ nable. Le coup d'oil est véritablement splendide.

Mais pour que Ton comprenne mieux Teffet produit par le spectacle de la salle la première fois que j'y assis<tai, il est important que j'explique la disposition intérieure du théâtre tel qu'il existait à cette époque.

De face et répondant aux stalles d'amphithéâtre de notre Académie de musique, se trouvent deux rangs de loges découvertes. Derrière, un rang de loges fermées et grillées. A droite et à gauche, encore un rang de loges ouvertes; sou^ l'appui du premier rang 'des loges d'amphithéâtre et de celles de côté, une galerie circulaire de stalles, et un rang de secondes loges; au-dessus, une seconde galerie; à la base, un parterre et un orchestre. Bian de bien particulier dans cette distribution, si ce n'est ceci, que tous nos théâtres de Paris pourraient en-

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vier : entre chaque rang des loges d'amphithéâtre, règne ce que je puis appeler un sentier rendant les abords des places très-faciles; entre les l(^s fermées et le premier rang de celles d'amphithéâtre, nouveau sentier extrêmement commode : enfin, derrière les loges ouvertes de côté, un large couloir faisant partie intégrante de la salle, et dans lequel se tiennent debout sur un, deux ou trois rangs^ selon que la salle est plus ou moins garnie, les maris, frères ou pères des dames, qui occupent, elles seules, les loges. Du couloir extérieur à la galerie règne, de chaque côté de Tamphithéâtre, un passage qui conduit à toutes les places de face.

Partout donc la circulation est aisée, commode , agréable; Ton ne risque point de déchirer les robes, ni d'écraser les pieds délicats.

Cette disposition heureuse de la salle est on ne peut plus favorable aux femmes, dont la beauté se déploie là dans tout son luxe et dans tout son éclat. Les hommes ont le bon goût dans ce pays de ne point assombrir, par leur voisinage, les gerbes de lumières qui s'échappent de chacune de ces loges. Les hommes s'y introduisent rarement; ils se tiennent dans les couloirs de droite et de gauche, se contentant de servir d'encadrement au splendide tableau dont les plus grands maîtres eussent voulu détacher le moins parfait des visages pour en faire un idéal. Mais les hommes se vengent volontiers pendant les

entr'actes de leur abdication, et, grâce aux voies de communication si faciles dont j'ai parlé, et qui deviennent alors presque impraticables par l'encombrement, ils vont de place en place porter à chaque loge le tribut de leur admiration.

Gomme en France, à la Nouvelle-Orléans on ne ménage pas les bouquet aux artistes, et comme chaque

femme^ sans exception, a le sien, on peut se fair^ une idée du déluge de fleurs qui inonde la scène aux jours d'enthousiasme. Je puis citer, à propos de fleurs, une anecdote dont j'ai été témoin, et qui prouve le cas sérieux que les femmes font de ces faveurs à la Nouvelle- Orléans.

Dans la guerre des États-Unis contre les Mexicains, on jeune officier d'une bravoure à toute épreuve, d'une intrépidité digne des temps héroïques, s'était révélé à son pays. Son nom était devenu des plus populaires de l'Amérique : c'était le colonel May. Il avait pour habitude d'aller à la chasse aux généraux mexicains, comme nous allons à la chasse aux perdrix. Il parlait ordinairement à la tète d'une tentaine d'hommes, intrépides comme lui, comme lui insouciants de la vie, et il est arrivé plusieurs fois que de cos sortes d'expéditions il ne revint que deux personnes : le colonel May et un général mexicain quelconque, celui qui lui tombait sous la main; quant aux trente compagnons, ils restaient sur le terrain.

Le colonel May, pour se reposer de ses fatigues et de ses chasses aux généraux, était venu faire un tour à la Nouvelle-Orléans. Il lui prit un jour fantaisie de passer sa soirée au théâtre, .et il s'était assis tranquillement dans une stalle d'orchestre.

Mais il n'y avait pas cinq minutes qu'il prêtait l'oreille aux belles mélodies de la Lucie, qu'il commença de s'apercevoir que ses voisins^ au lieu d'écouter la musique de Donizetti, chuchotaient à voix basse et le montraient du doigt et des yeux. L'enthousiasme patriotique aux États-Unis est comme une traînée de poudre qui prend feu à la moindre étincelle. Ce n'étaient bientôt plus quatre ou ' cinq voisins qui chuchotaient ainsi, c'était

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tout Torchestre, c'était tout le parterre; rincendie gagnait les loges.

May s'en effraya, il voulut modestement s'esquiver, son voisin de droite le saisit par un bras, celui de gauche par un autre, celui de derrière lui posa deux larges mains sur les épaules, et le força à se rasseoir.

L'incendie faisait de plus rapides progrès encore. Le nom du jeune colonel, porté sur la flamme de cet enthousiasme, était arrivé jusqu'aux loges, et au moment où le vaillant officier se débattait pour fuir, les dames se levèrent spontanément, penchèrent leurs gracieux corps par-dessus les balustrades, allongèrent leurs bras, et lancèrent à la tête du triomphant colonel tout ce qu'elles avaient de bouquets. Quand ces bouquets furent épuisés, elles agitèrent leurs mouchoirs dans l'air et battirent des mains. L'orchestre, électrisé, abandonna bientôt la partition de Donizetti et entonna le chant patriotique « Hail Columbial » Ce soir-là, il ne resta plus dans une seule main, à une seule ceinture, la plus petite fleur à offrir à la cantatrice favorite.

La société de la Nouvelle-Orléans présente un caractère assez particulier, en ce que ce pays ayant successivement appartenu à la France et à l'Espagne, avant de faire partie de l'Union américaine, les mœurs des deux preuûèras nations y ont laissé quelques traces.

En ce qui concerne les femmes particulièrement, ces habitudes traditionnelles ont un côté poétique dont je ne puis m'empècher de parler.

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Entre parenthèse, je vous dirai qu'une des choses qui m'a le plus vivement frappé dans la Louisiane, ce sont les magnifiques forêts de magnoliers, qui font comme une ceinture embaumée à la Nouvelle-Orléans, forêts épaisses et mystérieuses, plantées d'arbres séculaires et gigantesques, dont les cimes portent comme panaches de splendides fleurs, larges comme un chapeau et blanches comme des lis.

Un jour j'errais sur les bords du Jac Pontchartrain; mon compagnon de promenade abandonna tout à coup mon bras, courut ramasser un magnifique magnolia gisant sur le sol, et me l'apportant d'un air triomphant :

— Voici, dit-il, une fleur qui va peut-être nous révé^- 1er un délicieux secret !

Et il se prit à l'efi'euiller en examinant tous les pétales tm à un. Il m'initia alors au poétique emploi que les femmes font, quelquefois, de ces pétales pour y graver avec une épingle quelques-unes de ces correspondances mystérieuses que les yeux humains ne doivent pas lire!

Rien, en effet, ne se prête mieux qu'une fleur à ces charmants, mais quelquefois coupables épanchements ! n est si aisé à une fename, en tout temps, en tout lieu, de détacher une épingle de ses cheveux, si naturel de porter un bouquet à la main, si facile de le perdre en chemin, si innocent de ramasser en passant une fleur pour la sauver de la profanation des pieds ! Plus de ces billets qu'il est souvent dangereux d'écrire, de conserver, de faire parvenir; plus de crainte de se trahir par ces taches d'encre au doigt que les Bartholos ont l'œil si fin pour découvrir ! Dans tous les pays, les fleurs ont une gloire éphémère; à la Nouvelle -Orléans, elles acquièrent ainsi l'immortalité... d'un amour.

En fait de vestiges de mœurs espagnoles, vous retrou-

lis LES FEMMES DU HOUYSAU-MONDS.

vez les sérénades sous les fenêtres ; mais elles ont un caractère particulier, à savoir : elles ne sont qu'une galanterie officielle^ faite de fiancé à fiancée. Ces sérénades se donnent publiquement, sans mystères ; selon la fortune du galant^ selon sa générosité^ quelquefois selon le degré d'élévation de son amour^ les musiciens sont plus ou moins nombreux; quelquefois cela va jusqu'à l'orchestre entier.

C'est une manière d'établir à l'avance la bonne hst' monie dans les ménages.

Dans les cérémonies du mariage^ on rencontre aussi d'assez bizarre usages; ainsi^ le plus souvent, la bénédiction nuptiale se donne dans la maison de l'épousée, sans qu'elle ait besoin de se rendre à l'église. Les gar^ çons et filles d'honneur sont encore en pleine prospérité; mais ce qui sauve la banalité de cette vieille habitude, c'est le nombre de ces privilégiés. On en compte quelquefois jusqu'à dix ou douze couples, qui forment comme une garde sacrée autour des époux. Les visites de noces consistent dans l'envoi à tous les amis des nouveaux eottjoints d'une carte de visite, d'un morceau de la jarretière de la mariée, et d'une tranche d'un gâteau spécial composé pour ces sortes de cérémonies.

Les mariés attendent ensuite les visites ou les cartes des personnes à qui ils ont fait ces distributions» et à leur tour se rendent chez celles qui les ont visités.

Le gâteau dont je parlais est assez dur, quoique fort agréable à manger, et il a le privilège de se conserver pendant trois ou quatre années! Est-ce un emblème de la fidélité conjugale et de l'éternité du bonheur ? Relati- Yement, cette durée de trois années serait d'un bon augure!

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ni

Le mélange des races qui se fait aux États-Uais^ a produit^ pour les autres femmes^ un second type très-beau et qui porte un cachet tout particulier.

Ce n'est plus ni la grâce^ ni la pureté des lignes des Louisianaises; ce n'est plus ni la froideur compassé^ des Anglaises^ ni la dignité des Hollandaises^ mais c'est un ensemble de tout cela.

Au premier abords une Américaine vous rebutera par son aspect roide et dédaigneux ; mais que le hasard ou la bienveillance d'un ami vous mette en rapport avec elle, tout à coup son visage change» ses lèvres s'ouvrent au sourire^ sa main se pose dans la vôtre^ il y a tout de suite vingt ans que vous vous connaissez!

Les Américains poussent si loin la sévérité de cet usage de la présentation , emprunté aux Anglais^ qu'on raconte l'anecdote suivante , qui dépeint réellement le c6té exagéré de ces mœurs.

Un homme était tombé dans le Mississipi et se noyait. Un Américain^ obéissant à un premier mouvement de générosité^ s'apprêtait à le sauver. Déjà il avait retiré son habit et allait s'élancer dans le tourbillon du fleuve^ lorsque^ se ravisant^ il prit son lorgnon^ examina le noyé^ remit son habit, et avec le calme qui distingue ceux de sa race, il tourna lentement le talon en murmurant ces mots :

— Je ne connais point ce monsieur^ il ne m'a pas été présenté!

La façon dont Je contractai aux Êtats-Uni^ une de ces liaisons dont je garderai éternellement un excellent sou-

venir, fera mieux voir encore à quel point il faut se sou mettre à cette tyrannie des convenances. J'avais rencontré M. H... à Mobile, au Mansion-housey où nous logions tous deux. .Sa noble figure, ses traits pleins de bonté, de finesse, d'intelligence, m'avaient fait pressentir en lui un homme au-dessus du vulgaire. Il était placé à côté de moi à table, au premier dîner. Un moment je le soupçonnai d'être Français, et j'allais me hasarder à lui faire des ouvertures, lorsqu'il adressa la parole à son voisin dans l'américain le plus correct et le plus accentué.

Je dis Yaméricain, car, bien que leur langue écrite soit la même que la langue anglaise, dans le parler les Américains ont des nuances de prononciation, et surtout d'ae* centuation, qui font très-aisément distinguer un Yankee d'un Anglais pur sang.

Je m'abstins donc à l'endroit de mon voisin, de peur de me compromettre. Trois fois par jour, pendant trois jours consécutifs, nous nous trouvâmes côte à côte à table, chambre contre chambre, nous rencontrant conti* nuellement dans les escaliers, au har^room (buvette) de l'hôtel, sans songer ni l'un ni l'autre à nous saluer.

Le quatrième jour, enfin, celui que j'avais fixé pour mon départ de Mobile, à quatre heures de l'après-midi, au moment où les voyageurs de l'hôtel, qui, comme moi» devaient remonter l'Alabama sur le steam-boat le Selma^ s'apprêtaient à gagner le warf, je vis apparaître mon voisin de table et de chambre, en casquette de voyage, le manteau sous le bras et une valise à la main.

— Bon ! me dis-je, nous voilà ensemble sur le Selma pour soixante heures, s'il va comme moi jusqu'à Montgommery; du diable si je ne trouve pas moyen de nouer connaissance avec lui.

Vous allez voir Jusqu'où je portai le respect des usages.

dans Tunique but de ne point compromettre ma future amitiéi J'étais allé, le matin de ce jour, inscrire mon nom sur le registre du steam-boat et prendre un numéro de cabine. Vous n'ignorez pas qu*à bord de tous les bâtiments, les chambres sont à deux lits superposés. Je m'inscrivis pour la chambre n* 176, dont un lit était déjà retenu. Jugez de ma satisfaction, après que tout les passagers se furent embarqués, de retrouver dans mon compagnon de chambre mon futur ami H... Je ne savais ce qu'il pouvait penser de cette persistance du sort à nous .rapprocher sans cesse l'un de l'autre; mais mon sentiment à moi fut qu'il n'était pas possible que la fatalité ne s^en mêlât point.

Si j'avais eu affaire à toute autre personne qu'à un Américain, je lui aurais immédiatement tenu ce langage :

— ' Obéissons aux ordres du Grand-Manitou, qui veut absolument que nous soyons unis l'un à l'autre. Voici ma^main, donnez-moi la vôtre, et échangeons un cigare de la Havane. Je me suis aperçu que ceux que vous fumez sont délicieux, les miens sont des light brown de qualité supérieure. Nous sommes faits pour nous entendre; que ce soit entre nous à la vie, à la mort!

Deux Français n'eussent pas résisté. Mais ayant affaire à un Américain, je bridai mes désirs.

— Le hasard a tant fait jusqu'à ce moment, pensai-je, qull fera aussi nsutre une circonstance naturelle pour nous rapprocher; rapportons-nous-en au hasard.

Sur les soixante heures que nous avions à demeurer ensemble à bord du Selma^ quarante-huit se passèrent sans qu'un seul mot fdt échangé entre nous. Je surveillais ma future liaison comme une poule couve ses poussins. J'attendais toujours Toccasion.

Nous avions, avant d'arriver à Montgommery, dix

stations à faire. Dix fois nous accostâmes les bords de TÂlabama, la nuit comme le jour^ pour déposer ou prendre des passagers et des marchandises. L'aspect intérieur du bateau était donc^ comme le spectacle que nous offraient les rives du fleuve^ changeant d'instant en instant.

Quant à moij j'étais préoccupé sérieusement d'une chose^ c'était la crainte de voir^ à chaque station, M. H... s'enfuir. Ma douleur n'eût été comparable qu'à celle de Calypso lors du départ d'Ulysse.

L'extrémité avant du bateau est la place habituellement occupée par les voyageurs pendant le jour, parce qu'on évite ainsi la chaleur des deux énormes cheminées qui servent aux machines, et puis parce que de là on embrasse complètement le spectacle^ toujours inattendu^ qui à chaque détour majestueux du fleuve se déroule aux yeux; spectacle magnifique, et qui vous emplit l'âme d'étonnement autant que d'admiration.

Nous allions donc, nous arrêtant de station en station, lorsque enfin, cinq heures avant notre arrivée à Montgojnmery, nous fîmes une dernière'halte à un petit village qui porte un grand nom, celui de Washington. Il n'y a pas un seul $tat de l'Union qui n'ait une petite ville ou un assemblage de quelques maisons baptisé de ce nom vénéré. Quelle fut ma satisfaction de voir monter à bord un brave et jeune ofiicier de l'armée du Mexique, nommé Steven, que j'avais beaucoup connu à la Nouvelle-Orléans, au retour dé sa campagne. Ma joie fut double quand, arrivé dans le grand salon du Selma, j'entendis ce même cri, poussé en duo :

— Tiens ! c'est vous î Gomment vous portez-vous, mon cher ami ?

C'était Steven, d'une part, et H..., de l'autre, qui, à

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mes oAtës^ se serraient la main. Je n'avais donc pas perdn ponr attendre ! Et le sort continuait son œiivre^ en jetant entre H... et moi notre ami Steven comme un trait-d'unibn. D'un coup d'oeil^ ce dernier avait compris que ses deux amis ne s'étaient jamais adressé la parole. Il s'empressa de nous présenter l'un à l'autre. Ha main tomba dans celle de H..., qui la serra avec une effusion téfnoignant de sa part un plaisir égal à celui que j'éprouvais moi-même. Il était facile de voir que nous touchions tous deux à un but désiré.

— Venez prendre quelque chose, dit Steven.

Nous nous dirigeâmes tous les trois vers le bar-room, qui ne manque jamais à bord d'aucun steam-boat. Selon l'usage américain, nos trois verres s'entre-chôquèrent, et nous aspirâmes lentement un verre de sherry en nous souhaitant bonne santé.

Désormais ce fut une liaison intime entre H... et moi. Nous nous communiquâmes alors le mutuel désir que nous éprouvions ,de cette liaison ; comme moi il avait lutté contre l'envie de m'adresser la parole, depuis le premier jour où nous nous étions rencontrés au Mantùm^ house, à Mobile. Il avait été arrêté par le même scrupule qui m'avait guidé.

— Ah! si j'avais su que vous fussiez Français, me dit-il.

— Et moi, si j'avois pu deviner que vous ne fussiez qu'un cinquième d'Yankee ! ,

Ces paroles avaient été échangées entre nous en langue française, que H... parlait avec une pureté et un accent aussi remarquables que l'américain. Il en était de même de l'allemand, de l'espagnol et de l'italien. 11 devait cette étrange facilité à parler avec une égale élégance les cinq langues, à ces circonstances que sa mère était Française,

qat tm père étah né « Esp^pK, d'as poe aanAricam ;

qu'il a^ait jiaiit^ kf {itemièfcs amicei de mm. enfance aux (Aziê'Vmfif pois «rait tût une partie de sm cdocation m France» Taoti e partie en Allemagne, et qo'il élatt yeim enfin s'établir dans les affaires i Bosun, afro èiie demeioré trois années en Italie.

iogez, lorsqo'cm est obligé de pousser si kin le sempnle de cette formalité de YmiroêtÊeUmi, comme ils disent lik-bas, entre bommes, a qnel degré die est tynnnique quand il s'agit des femmes, et comme elle autorise le dédain et l'impertinence apparente de leur part!

Je me sonviens, entre antres, qu'à Baltimore, je trouvai^ dans une Toitnre pnbliqne, nn bracelet d'nn tii»grand prix» Je le reconnys anssitât ponr FaYoir remarqué au bras d^une jeune miss qui était près de moi; je conrns à elle et le lui rapportai. Sans m'adresser un seul remerciement^ le moindre salut, elle reprit son bracelet et s'éloigna. Je ne lui avais pas été présenté, elle ne me connaissait point; cette circonstance la dispensait de toute obligation à mon égard. Cela était une chose toute nfrturelle.

L'éducation des femmes, aux États-Unis, est une intéresrtautc chose à observer. ' -

Kilo est plus sérieuse, plus solide, plus étendue qu'en aucun pays du monde; en sorte que vous pouvez trouver, dans leur commerce, un attrait plus puissant que celui i\\n simple échange de banales paroles. Vous pouves aboiHler» avec les plus jeunes d'entre elles, les plusdiUiciles sujets de conversation; car les jeunes filles, dans ce pays-^là^ ont Texpérience des femmes de cin-

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quante ans en Europe. Ce n'est pas toujours tant mieux : il s'en faut.

' Ne vous y trompez pas, une enfant de quinze ans ne se laissera pas prendre aux pièges que vous lui tendrez si elle ne le veut pas ; elle les connaît aussi bien que TOUS. Cette expérience^ elles l'ont acquise au contact jirécoce du monde. Ce n'est point chez elles une théorie, c'est une pratique dont elles ont appris les secrets au milieu de l'immense, et trop immense liberté dont elles jouissent.

Quoi de plus ordinaire que de rencontrer, parcourant TAmérique d'un bout à l'autre^ seules, sans appui, sans Mentor^ sans conseils que leur propre raison^ de jeunes filles charmantes qui se guident, à travers les réciÈ, avec rhabileté de pilotes consommés, ou bien qui donnent sur ces récifs avec la rouerie de femmes perdues. Une chose garantit celles qui veulent être garanties, et leur permet de tirer profit de tout ce qu'elles voient, entendent et observenty sans trop risquer : c'est le respect profond dont on les entoure.

Gomme preuve de cette liberté extrême dont jouissent les femmes en Amérique, je peux citer ce fait qu'un très-grand nombre de jeunes filles^ même séparées de leurs familles, adoptent la vie commune d'hôtels^ tout comme les hommes.

Il faut savoir d'abord que la vie d'hôtel^ en Amérique^ est une chose que nous ne comprendrions pas ici. Aux Ètats^UniS; tout ce qui est célibataire se réfugie dans les hôtels et y prend gite et table.

Les plus riches mêmes adoptent cette existence, imme la plus commode et la plus libre.

Cela vient de ce que, dans ce pays, il n'y a pas, comme

Paris, d'appartements à louer, et que chaque famille

i20 LIS PEMMSS OC NOUySAU-MONDS.

occupe sa maison. Or^ pour tenir maison^ il faut ayoir un domestique nombreux^ et de plus le surveiller. Les uns, parce qu'ils sont la plus grande partie du jour absents, les autres, pour s'affranchir de toute surveillance, préfèrent se retirer dans les hôtels. Mais, en tout cas, les hommes y ont leur entrée spéciale, leurs salons à eux, un corps de logis particulier; ils mangent à part; enfin leur vie n'est jamais confondue avec celle des femmes qui habitent sous le même toit, et ils sont exposés à ne se jamais rencontrer.

Q y a, pour ainsi dire, deux hôtels dans chaque hôtel.

Cette séparation des sexes aux États-Unis se retrouve dans toutes les conditions de la vie privée. Sur les chemins de fer, les femmes ont des voitures qui leur sont spécialement affectées; à bord des steam-boats, des salons où jamais les hommes ne mettent le pied. Ces consignes sont sévèrement observées, et il n'arrive pas qu'on cherche à jamais les enfreindre, ouvertement du moins.

Avec l'extrême liberté dont jouissent les femmes aux Ëtats-Uais et qu'on leur a laissé prendre» il était naturel qu'elles trouvassent, dans les mœurs, une sauvegarde et une protection. Ainsi, l'on voit des jeunes filles remonter seules du Sud jusqu'au Canada, aller passer des saisons entières aux bains, s'absenter pendant plusieurs mois du toit maternel, sans que leurs parents s'inquiètent plus que si elles étaient encore sous leur surveillance.

Une jeune Américaine, que je rencontrai à neuf cents lieues de chez elle, me disait avec une grande assurance : a Vous, Monsieur, ou le premier venu de ceux qui m'entourent, seriez là pour me défendre contre une insulte, si besoin était ! »

Une jeune fille se met eii voyage, aux État&-Unis. La

LES FEMMES DU NOUTSAU-MONDE. {^i

mèie la conduit jusqu'au steam-boat ou l'embarque sur on chemin de fer. Par un acte de sollicitude, imprudente quelquefois, elle la recommande au premier voyageur un peu gentleman qui se trouve là : il est arrivé maintes fois qae ces tuteurs improvisés aient poussé le zèle de la mission qui leur était confiée jusqu'à se détourner de leur propre route, jusqu'à poursuivre leur voyage au delà des limites qu'ils avaient fixées.

Dans d'autres cas, ce sont les jeunes filles elles-màmes qui se choisissent leurs chevaliers protecteurs. Est-il besoin de dire que leur choix est toujours inspiré par une sympathie ou par une préférence qui, par cela même, peut avoir des suites qu'on ne saurait* calculer î Et telle est la liberté dont elles jouissent, même sous le toit maternel, qu'elles y peuvent recevoir toute visite qui leur convient, sans que les parents s'en préoccupent et y assistent. J'ai su qu'une jeune personne n'avait présenté à sa mère un gentleman qu'elle avait connu aux eaux de Saratoga, qu'après deux mois de visites assidues de la part de celui-ci, et alors qu'il avait été convenu entre les deux jeunes genâ qu'un mariage les unirait. Une autre, la fille d'un avocat distingué de New-York, a, moi présent, accepté d'un de mes amis un souper au sortir d'un bal, sans que le père fût de la partie et sans qu'il fit la moindre objection à ce tëte-à-tète.

Cependant vous me demanderiez si je consentirais à

élever ma fille à l'américaine, que> même en Amérique,

je vous répondrais négativement. Au point de vue des

mœurs du pays, ce serait peut-être un préjugé; mais

j'en aurais le scrupule, ou le ridicule, s'il le faut, et cela

ir plus de raisons que je n'en saurais écrire ici. Car si

lorps sort pur de ces luttes quotidiennes, si la raison

fortifie pour l'avenir, le cœur y laisse sa chasteté. Et

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r Européen^ habitué à chercher et à rencontrer dans la jeune fille la candeur> la nmeté^ la poétique pudeur des angeS) est cruellement désappointé. Mais il faut reconnaître que les femmes américaines sont, en général, des épouses exemplaires. Ardentes aux plaisirs de leur sexâ pendant leurs années de liberté^ elles deviennent tout à coup d'austères recluses. Aucune des vanités^ aucune des illusions, aucun des vices de la société^ aucun des périls de la vie ne leur est inconnu > elles les ont tous afirontés sans craintot pratiqués quelquefois ; elles en savent les amertumes et les conséquences* Elles se servent de cette expérience pour faire un facile renoncement à tous les f atÛes amusements du monde«

\ ; Le trait le plus saillant peut-être que je puisse citer,

^^ N ' comme caractérisant la liberté immense dont jouissent

^i rj les femmes aux États-Unis, est le récit suivant. Il ser-

^ , N ! vira en même temps à donner une idée exacte de la cor-*

^ ; ; dialité avec laqueUe les Américains pratiquent Thospita-

^ "^ lité chez eux.

\. Ij Ce franc et familier accueil qui vient au-devant du voyageur partout où Ton s'adresse dans le Nouveau- Monde» est une àe% choses qui frappe le plus vivement et qui tranche d'une manière absolue avec Tégoîsme qu'on a rhabitude de rencontrer de ce côté-ci de l'Atlan* tique.

\ A quelque porte du Nouveau -Monde que vous alliez frapper, soit volontairement, soit par hasard, soit sur recommandation, vous êtes assuré de trouver un accueil comme vous pourrait le réserver ,un père, un fràre, un

LES FEtfHES PU NOUTEAn-KONDE. iS3

ami de vingt ans* Il y a dans toutes les maisons qui ou- Trent leur seuil à un hôte^ mille cris de joie soudaine» ' mille sourires de bienvenue : les yeux> les mains, les lèvres^ le remercient, comme s'il apportait avec lui un bonheur prié de longue date, et qu'on désespérait de jamais voir venir prendre au foyer veuf une place déserte*

Depuis le chef de la famille jusqu'aux plus petits enfants^ jusqu'aux serviteurs, jusqu'au chien qui garde ses aboiements pour les voleurs de nuit et jamais pour les hôtes, chacun accourt au-devant du nouveau yenu»

Au premier moment^ on pourrait se croire l'objet d'une erreur; on craint de dérober en quelque sorte à un ami attendu cette joie^ ces sourires^ ces caresses^ et l'on est toujours sur le point de s'excuser et de se retirer, quand on entend le maître ou la maltresse de la maison vous demander d'une voix aimable t

— Monsieur, à qui avons-ûous l'honneur d'offrir l'abri de notre toit, notre table, notre meilleur vin, notre bourse au besoin, et notre dévouement tout entier?

Vous répondez. On ne vous connaît ni d'Eve ni d'Adam ; on vous sourit néanmoins, il n'y a plus de scrupule à avoir ; c'est bien vous qu'on n'attendait pas, mais qu'on est heureux de voir 1 A la rigueur, je ne sais pas même pourquoi on vous demande votre nom, si ce n'est pour faciliter la conversation, et donner l'ordre aux domestiques de vous remettre les lettres qui vous arriveraient par la poste.

J'ai été élevé dans cette hospitalité, et je ne sache pas qu'autour de moi une porte soit jamais restée sourde ou se soit fermée i l'appel d'un hôte. Si Ton ne voit pas

424 LB8 VBlfHKS DU HOUTSAV-MONDS.

écrit sur toates les portes ees mots da vieux conte : Tournez la bobinette ei la ehemtleUe eherra, c'est qu'on ne vent pas savoir lire.

En Amériqoe on a payé cher, quelquefois, ces épandiements sans bornes, et Jes aventuriers n'ont pas manqué pour en abuser.

Plus tard, quand je retournai aux Antilles, dans toutes celles que je parcoarus, françaises, anglaises, espagnoles, danoises, aux États-^Unis, partout, enfin, je retrouvai avec une joie indicible cetto hospitalité de mon enfance. Un peu fait, par ^ suite d'un long séjour en France, aux mœurs, à l'égoîsme, et aux dévouements rétrécis de la vieille Europe, j'avoue qu'aux premiers jours j'éprouvais une certaine contrainte et une gène Involontaire. Des idées de discrétion me traversaient la tète.

Uue fois ou deux je ne pus résister au besoin d'en faire part. Quand je touchai cette corde, on me demanda nettement de quoi je me mêlais, eu me priant de m'occuper de ce qui me regardait.

— Ne trouvez-vous pas assez abondante la table qui vous est offerte ?

— Excellente I

— Votre lit est-il trop dur ou mal fait ?

— J'y dors comme une marmotte.

•— Les domestiques de la maison sont-ils récalcitrants à vos ordres?

— - Au contraire, je n'ai le temps de rien désirer.

— Vous manque-t-il quelque chose?

— Absolument rien.

— Vous vous plaisez au milieu de nous?

— J'y passerais ma vie.

•-- Nos visages à tous vous conviennent?

LS8 FBMMSS DU NOUYBÀU-lfONDB. 125

— Je ne les ai encore vus qu'éclairés par des sourires.

— Eh bien^ alors^ qaé parlez-vous de nous embarrasser? Du moment où tout vous est agréable^ restez au milieu de nous tout le temps qui vous conviendra, et permettez-nous de vous remercier du fond du cœur d'avoir bien voulu accepter notre hospitalité.

C'était ainsi que^dans deux ou trois maisons, on avait reçu mes politesses de discrétion. Je ne m'y frottai plus^ d'autant moins que de la part de chacun des membres de la famille j'essuyais la même série de reproches. Il n'y Mlait plus songer.

Je crus d'abord^ sans vouloir cependant rien rabattre de l'élévation de ce sentiment, pouvoir lui trouver sa raison, et, oserai-je le dire, l'excuse de sa prodigalité, dans la monotonie au milieu de laquelle vivent la plupart des familles, et dans les idées presque générales làbas que l'on y traiue le boulet de l'exil. J'en concluais que l'on était comme consolé d'accueillir un visage, une parole qui rompent l'uniformité du cadre, un visiteur qui vient, distraire l'ennui de la prison.

— En abordant, me disais-je, un pays de l'Âmériqqe où la vie est plus en rapport avec celle de l'Europe, où la société est plus large, plus compacte, où l'on retrouve enfin tout ce qui constitue ce qu'on appelle communément le monde, j'aurai le désespoir sans doute de retrouver les mœurs, l'égoïsme et les dévouements polis mais étroits du vieux monde ! Eh bien, il n'en a rien été.

 la Havane, ville de plaisirs et de fortune, je rencontrai la même cordialité, les mêmes épanchements, la même hospitalité luxueuse. Et en posant le pied sur le continent américain, je tombai en pleine ressemblance,

SOUS ce rapport, avec; les mœurs de nos plus petites et de nos plus désolées Antilles.

Je conclus alors que, décidément, le cachet du Nouveau-Monde était le goût de l'hospitalité, offerte sur la plus vaste échelle; au point que je ne sais pas en vérité à quoi servent à la rigueur les hôtels et les auberges dans ces pays-là !

Aux États-Unis, Phospitalité, pour être sans doute plus formaliste que dans les colonies, n^en est pas moins sincère, moins complète, moiiis sérieuse. Elle reflète, plus que dans les Antilles anglaises, le caractère national primitif que les Américains ont exagéré comme pour se faire des mœurs à eux. ©ans la partie^des États-Unis qui est resiée le plus à Tabri du mélange des autres races européennes, rhospitalité ne s'offre pas tout d^abord de la meilleure grâce au premier venu.

L'Américain tient essentiellement à savoir à qui il a affaire. Il est de glace devant un inconnu. Ce n^est pas son cœur qui est en défaut, c'est sa dignité, — c'est cette formalité de l'introduction qui le' tyrannise. Il ne suffit pas toujours que le voyageur lui décline ses nom, prénoms et qualités, pour obtenir un sourire ou une parole de bienveillance excessive.

Mais aussi comme le visage change, comme la main se tend promptement vers l'hôte, comme les sourires viennent à lui dès qu'il a présenté une lettre d'intiîoduotion ou qu'un ami lui sert de caution! Cet Américain tout à l'heure si froid, si compassé, cette femme presque impertinente, cette jeune flUe si indifférente, cet eofant si inattentif, se transforment tout à coup. C'est un empressement tout cordial, un sourire plein de grâce, une familiarité sans exemple !

J'éprouvai tout d'abord l'hospitalité américaine à la

eli Nouvelle-Orléans. Je tombais là, .il est vrai, en pleine patrie ; je retrouvais des compatriotes, des colons, de ces Nï- exilés, comme ils s'appellent, qui gardent avec ses idées u:- et ses mœurs le souvenir de la France absente> bien que itii Pesprit et les mœurs des Américains aient déteint déjà fc sur eux. Il n*y avait pas encore entre eux et moi la différence de religion, de langage. Aussi, je puis dire que iii c'était une joie à n'en plus finir, toutes les fois que je tt frappais à une porte.

f!: . Plus tard, en remontant vers le nord, en entrant dans p la partie vraiment américaine de l'Union, j'étais tout :'i étonné de retrouver partout le même accueil, sous les p conditions que j'ai déjà dites, à savoir: de présenter une &f lettre de recommandation ou d'être introduit par un ami, )ii 11 tfy avait plus alors la moindre diflFérence entre ce que j'avais déjà vu et ce que je retrouvais.

Le côté bizarre, pour nous autres Français surtout, des mœurs américaines, c'est cette grande liberté laissée aux jeunes filles, sous la tutelle de leur éducation et sous la garantie un peu éventuelle de l'honnêteté du premier venu.

Cette liberté, appliquée à ^exercice de l'hospitalité, si je puis m'exprimer ainsi, à un côté délicat qui ne manque pas d'exciter l'étonnement.

En voici un exemple entre mille :

J'avais rapporté d'Albariy une lettre d'introduction pour le major T..., qui habite aux environs de Nevir- York,

Sur le bateau à vapeur descendant THudson, je ren-

128 LB8 FEVMSS BU NODYEAn-MONBB.

eontrui une vieille connaissance à moi. Nous causions sur la dunette supérieure du steam-boat^ dans les entr'actes que voulaient bien nous octroyer une troupe de musiciens* féroces^ composée d'un cornet à piston y d'un guitariste et d'un clarinettiste^ embarqués sous prétexte de charmer le voyage. A nos côtés se trouvait une jeune Américaine fort belle, et que j'accusais bien intérieurement d'avoir seize ou dix-sept ans. Dans un de ces entr'actes^ que je bénissais toujours, mon voisin me demanda si je comptais demeurer longtemps à New- York.

— Cette fois^ lui dis-je^ à peine cinq ou six jours.

— Votre visite a un but î

— Celui de faire connaissance avec un homme qu'on m'a cité comme un des plus intelligents de l'Amérique, et qui me doit fournir de précieux renseignements sur l'objet principal de mon voyage.

— Vous le nommez î

— Le major T.. .

A ce nom, la jeune Américaine tourna vivement la tète et me toisa de haut en bas avec une curiosité attentive.

— On ne vous a point trompé, reprit mon ami, c'est en effet l'homme qu'on vous a dépeint. Qui vous recommande à lui ?

Je nommai un des sénateurs les plus distingués et les plus influents de l'Amérique. A ce nouveau nom, la jeune fille me regarda fixement.

. — J'ai, repris-je en l'exhibant, une J^ttre de lui pour le major T.. .

La jeune fille, indifférente d'abord à notre conversation, puis devenue attentive aux noms du major et du sénateur, ^adressa tout de suite à moi.

— Mon père, me dilrelle, aurait été bien heureux de recevoir un ami de M. **% mais il est absent.

L]|BS FEMMES BU NOUYEÀU-MONDE. iS9

— Vous êtes la fille du major T..,î demandai-je à la jeune fille.

— Oui, Monsieur; moij père, ma mère et mes frères sont au Niagara^ d'où ils ne reviendront que dans deux jours. Voulez-vous me permettre de prendre connaissance de votre lettre ?

Je la lui confiai. Elle la lut^ et me la rendit en disant*:

— Uabsence de mes parents n'y fait rien^ Monsieur ; si la compagnie d'une jeune fille peut ne pas vous paraître trop fastidieuse^ veuillez bien accepter T hospitalité que vous veniez chercher chez mon père; sa maison vous sera ouverte par moi.

Je vous fais gr&ce des préliminaires : sachez seulement que quelques heures après je traversais les rues de New- York ayant miss Mary sous mon bras, comme si j'accompagnais une de mes sœurs; et je m'installais chez le ma. jor, sans plus de contrainte que s'il eût été là lui-même pour faire respecter son toit. Quand il arriva, je lui fus présenté par miss Mary comme un vieil ami de trois jours passés en un tète-à-tète plein du plus respectueux abondoû. Pas un pli n'indiqua sur le front du major ni sur celui de madame T... le souci de savoir qu'un hôte avait demeuré en leur absence sous le toit de leur fille.

Je me trompe en disant qu'ils n'éprouvèrent pas de souci : ils en eurent un très-grave, celui de savoir si la jeune ménagère avait fait d'une manière complète les honneurs de la maison.

Le major T... n'était pas riche; pourtant il ne manqua à son hospitalité rien de ce qui devait la rendre agréable, et je puis dire fastueuse dans sa simplicité. Ce n'était de la part de cette excellente famille ni question d'orgueil, ni afi'aire de spéculation à mon égard : elle pratiquait en cel^ l'hospitalité daùs les termes où ou la

130 LES FEMMES BiU HOUYSAU-MONDS.

pratique dans tonte Fétendne da NoaTeaa-Monde. Ua hôte a droit chez le paoTre^ chez le riche^ chez rhomme simplement aisé^ à nn confort qni ne Ini permette pas d'établir de comparaison.

n faat bien se persuader d'une chose surtout, c'est que jamais l'hôte accueiHi n'est importun, et que jamais il ne caose de gène. Lliospitalité est une règle de la vie dans le Nouveau-Monde, Cela est au nombre des devoirs inscrits dans la loi domestique. En effets dans la distribution de la maison et aux repas^ on fait la part et la place de l'hôte, comme on fait celle de chacun des membres de la famille.

Même aux époques les plus défavorables à la pratique de cet usage, on le trouve religieusement observé, et à l'égard de gens envers qui on aurait toute raison et toute excuse de ne le pas exercer. Pendant la récente guerre des États-Unis contre le Mexique, j'ai vu arriver à la Nouvelle-Orléans des officiers prisonniers. Il n'était pas uue maison qui ne leur fût ouverte, pas une qui ne tînt à honneur d'offrir aux moins heureux d'entre eux cette hospitalité grandiose et large dont je viens de parler.

n y a dans un roman de Cooper> l'Espion , une scène qui ouvre le livre, et qui donne une idée exacte de ce qu'est l'hospitalité américaine en des temps de troubles, de guerre et de haine publique* On y surprend> il est vrai, quelque chose qui sort des habitudes froides et c^^rémonieuses des Américains ; mais cela doit être attribué précisément aux circonstances exceptionnelles qui, en même temps qu'elles commandent une très-grande circonspection, appellent aussi un certain laisser-aller où entre beaucoup de cette précaution un peu voisine de ce que les uns nomment la prudence, les autres tout simplement la peur.

Dans cette scène on ^oit arriver d'abord un voyageur inconûu de toute la famille de M. Warthon. On est en pleine guerre de FIndépendance; cet hôte inconnu est introduit au foyer; M. Warthon le fait asseoir, et pour savoir son nom lui offre un verre d'excellent madère, en lui disant :

— A la santé de qui vais-je avoir Phonneur de boire?

— A M. Harper, répondit l'étranger en rougissant ^ preuve qu'il mentait; ce qui n'échappa point à M. Warthon, mais ce qui ne l'empêcha pas de faire le meilleur visage du monde à M. Harper, de le garder à dîner et de lui offrir dans la maison une chambre que l'autre accepta.

Puis voici qu'au milieu du repas on frappe à la porte. C'est un autre voyageur inconnu qui demande l'hospitalité. Sa mine déplaît à tout le monde; peu importe, on le fait entrer, et il prend aussi sa place à la table.

Je ne prétends pas raconter le roman de l'Espion, je voulais seulement rappeler cette scène qui peint avec Yérité, en dehors même des besoins du roman, un côté tout à fait actuel des mœurs hospitalières en Amérique,

Un autre plan du tableau qu'il ne faut pas perdre de . vue, c'est le respect des Américains pour leurs hôtes. Si don Ruy Gomez n'avait pas été Castillan, il aurait pu passer pour Américain.

On retrouve en effet lâchas le dévouement à l'hôte, la ^ foi jurée, la protection sacrée, tout le chevaleresque enfin de l'hospitalité* Et si dans les maisons il n'y a pas de portraits dont on puisse faire l'histoire pour raffermir son honneur et se défendre à quelque prix que ce soit de livrer un hôte que votre toit abrite, on trouva néanmoins dans le cœur de tous les Américains la même exaltation

133 LBS FEHHBS DU NOUVEAU-MONDE.

du devoir. Et entre deux têtes à livrer, TAméricain n'hésitera pas à sacrifier la sienne plutôt que celle de son hôte*

J'ai dit combien le côté brillant et séduisant des femmes aux États-Unis était rehaussé quelquefois par un côté sérieux et grave qui pourrait leur donner sur la société américaine une influence bien autrement importante que celle réservée à leur sexe dans aucun autre pays.

Forte de cette domination morale, la femme en Aroérique prendrait naturellement le rang auqtiel tendent à arriver par de ridicules efforts quelques esprits égarés.

Il n'est pas besoin pour cela qu'elle abdique aucune des vertus austères de spn sexe. Si le degré actuel de moralité des femmes en Amérique ne répond pas à ce que l'on était en droit d'attendre, il faut reconnaître qu'il n'est pas de pays où l'on se soit occupé d'une manière plus complète et plus sérieuse de la condition de la femme, et où l'on se soit montré plus sévère, dans le principe, contre toutes les atteintes portées à son honneur et à sa dignité.

[1 est curieux, sous ce rapport, de remonter aux anciennes lois écrites. Ainsi, par exemple» dans tous les. États de la Nouvelle-Angleterre, peuplée par une race de puritains, la loi frappait de peines très-rigoureuses les relations entre gens non mariés. Les juges avaient la faculté d'infliger l'un de ces trois châtiments :

L'amende, — le fouet, — ou le mariage ; — et souvent ces deux derniers à la fois.

Des poursuites de cette nature étaient même très -f ré-

tXS FSMMXS BU NOVYSÀU-MONDK. 133

qaentes ; il suffit de jeter les yeux sur les registres des cours de justice pour s'en convalacre.

On y trouve^ outre autres, quelques jugements qui dépeignent la scrupuleuse exactitude avec laquelle on observait la loi.

Ainsi, une jeune fille, accusée d'avoir prononcé quel* ques paroles légères et de s'être laissé prendre tm baùer sans trop de résistance, fut réprimandée publiquement, en plein tribunal.

Une veuve s'était remariée. Rien de plus simple et de plus naturel. Plusieurs années s'étaient écoulées et avaient abrité un bonheur auquel, paraissait-il, les deux époux s'étaient habitués dès avant le mariage. Le plus grand mystère avait cependant protégé cette intrigue. Un beau jour, quelques traces, quelques indiscrétions^ peut-être une dénonciation, jetèrent des soupçons dans le public.

Les mariés furent arrêtés, emprisonnés, poursuivis criminellement, et peu s'en fallut qu'ils ne fussent condamnés «.

Il est résulté de cette grande autorité prescrite par la loi, soutenue par une éducation presque virile, entretenue par le genre de vie et les mœurs américaines d'alors, et dont les traditions se conservent un peu contre tout ce qui conspire à les effacer, il en résulte, dis-je, une position exceptionnelle pour la femme. Elle est respectée, mais rarement adulée.

De là est né en Amérique l'esprit de secte, pour lequel les femmes montrent une ardeur plus intraitable peutêtre que les hootlmes. ici se révèle dans leur caractère un côté dont je n'ai point parlé, et que j'appellerai ridicule.

La plus commune de toutes les sectes aux Ëtats-Unis est celle des quaken, réputée pour son activité. L'influence dont elle jouit dans ce pays est d'autant plus puis-

134 LES FSHBCBS Bt NOUy£ÂtJ'*MON])E.

santé qu'elle est le fruit d'une conquête lente, péniblement obtenue par des luttes patienteilet formidables.

L'historique de cette secte religieuse et les difficultés qu'elle ^ éprouvées pour s'établir, expliqueront la suprématie qu'elle a conquise.

Aux États-Unis, ce pays si froid, si calme eu apparence, si tolérant pour toutes lés idées quelles qu'elles soient, Tesprit religieux a, de tout temps,, produit le fanatisme le plus violent. C'est le seul point peut-être sur lequel la liberté soit méconnue et outragée comme elle l'est, et plus particulièrement dans les États de Test et du nord, oft cela est[de tradition. Dans la Pennsylvanie, récemment encore, la lutte alla si loin, que des églises furent incendiées dans les environs de Philadelphie, et que l'on en vint aux coups de fusil.

Les premiers colons qui abordèrent sur le rocher de Plymouth et qui peuplèrent la ffouvelle-Angleterre, étaient des puritains qui, dans la mère patrie d'où on les exilait, avaient souffert cruellement pour leurs idées* En même temps qu'ils apportaient sur le sol de l'Amérique cet esprit de rigorisme et d'austérité qui devait- assurer leur triomphe dans l'avenir, ils y implantaient aussi Pintolérance religieuse. Victimes eux-mêmes de cette intolérance qui les forçait à franchir l'Atlantique, ils s'en faisaient à leur tour une arme mortelle.

Les premiers actes législatifs qui servirent de fondement au pacte social des colonies de la Nouvelle- Angleterre sont empreints, à cet égard, d'une sévérité qu'on peut taxer d'absurde. Ainsi on retrouve dans les lois de l'époque des dispositions telles que l'on était forcé, sous peine d'amende, d'assister au service divin ; et les peines les plus sévères, souvent la mort, frappaient tous ceux qui se permettaient d'adorer Dieu sous une autre formule que

LSS FSVMJBS OU 90[rYEAU**M0NDi;« 136

Celle qu^avaiei^t introduite les colonisateurs, Aiuai^ par exemple/la loi péoale du Maseachusetto portait uettement^ que tout prêtre catholique qui remettrait les pieds daus la colonie après eu avoir été chassé^ serait puni du dernier supplice. Et l'application n'a pas manqué d'être faite.

Dès Tarrivéô des premiers quakers dans le pays» ils furent mis à l'index de la façon la plus outrageante ; une loi publiée en 1656 cQmmence par ces mots i

a Attendu qtiil vient de ^élever une secte maudite d'hé^ rétiques appelé$ quakers » Puis suivaient les mesures prises contre eux; elles étaient très*rigoureuse8« Les capitaines de navire qui amenaient des quakers à leur bord étaient condamnés à une très-forte amende.

Les quakers qui parvenaient a s'introduire dans le pays étaient 'fouettée publiquement, puis enfermés en prison^ et condamnés aux plus pénibles travaux.

Ceux qui se mêlaient de détendre les opinions de ces hérétiques étaient d'abord condamnés à Tamende^ puis^ en cas de récidive^ à la prison, et enfin chassés de la province comme des malfaiteurs.

On croirait difiicilement aujourd'hui, à voir l'influence dont jouit cette secte, qu'ils aient ét^ si impitoyablement repoussés, dans l'origine, de cette terre de liberté. Les combats acharnés que leur livraient l'opinion publique et la loi, donnèrent aux quakers l'habitude de la guerre des idées, qu'ils avaient d'ailleurs rapportée d'Europe, et leur inoculèrent, dès le début, cette ardeur de prosélytisme dont leurs sectaires ont hérité. On en faisait des martyrs, c'était assurer leur triomphe.

Us furent habiles, surtout en ce qu'ils intéressèrent à leur cause les femmes ; ils avaient compté avec raison sut leur enthousiasme, et c'est par elles que le despotisme religieux, dont, à leur tour, ils donnèrent l'exemple.

grandit et prit de la force. Peu à peu, en effets grftce à cette influence féminine^ leur secte s'établit, gagna du terrain, s'intronisa, et, plus elle se consolidait par cette lente et patiente conquête^ plus elle se montrait tyrannique.

Aujourd'bui les quakerenes sont elles-mêmes des sectaires intraitables; leur austérité va jusqu'à Fextravagance. Elles poussent la pruderie à un point d'exagération qu'on peut traiter d'enfantillage^ et qui dépasse tout ce que les Anglaises les plus susceptibles ont imaginé. Ainsi, elles affublent de pantalons les pieds de leurs pianos dans l'intérêt de la décence, et ne souffrent pas qu'on prononce devant elles le nom de ces morceaux de bois qui soutiennent l'instrument, et que dans la langue anglaise on appelle legs (jambes). Leur religion les autorise à contracter mariage, mais à des conditions qu'il ne m'est pas permis de révéler ici.

La ville de Philadelp^bie est aujourd'hui la terre classique des quakers et des quakeresses^ et ses rues ont l'aspect d'un grand couvent. Cette ville, comme on. sait, fut bâtie par Guillaume Penn, chef des quakers, et qui^ en venant prendre, en payement de dettes contractées par la couronne d'Angleterre envers son père, possession de la province à laquelle il donna son nom, amena avec lui deux vaisseaux pleins de ses coreligionnaires dont il inonda le pays. Déjà les quakers avaient, à cette époque^ gagné leur cause en Amérique, mais l'arrivée de Penn et de ses compagnons acheva leur triomphe. De ce moment leur pouvoir commença de s'étendre.

La vie des quakers est, en apparence au moins, trèsaustère. Leur mise, on a pu le voir, est très^vère et très-simple. Les quakers portent l'habit noir en frac, an* cienne forme française, gilet et pantaloji également noirs

LE3 FBlllfSS DU NOUYEAU-XONBE. 137

et chapeau à larges bords. Ce costume n'a rien de bien extraordinaire, à vrai dire ; mais il n'en est pas de même de celui des quakereueij qui frise la mascarade et le ridicule. Quel que soit leur &ge, elles portent des robes assez courtes, peu amples et presque collées aux hanches. Le^ manches sont égales dans toute la longueur du bras, mais assez larges ; un petit châle étriqué par derrière et ne descendant pas, certes, d'un demi-pouce plus bas que la taille. Se croise sur la poitrine pour ramener ses extrémités de chaque côté de la ceinture. Un chapeau en forme de capote, et à peu près exactement taillé sur le modèle de ces ^mtiques capuchons désignés vulgairement sous le nom de cabrioleti, je crois, leur couvre la tète; le bord en est très-évasé et va s'amoindrissant vers la coiffe, qui est très-étroite et couvre à peine le derrière de la nuque. Robe» châle, chapeau, tout est en étoffes simples et de couleur sombre. Riches ou pauvres, jeunes ou vieilles, les quakeresses ne se distinguent entre elles par aucune élégance : ni bijoux, ni ornements quelconques. La seule différence de condition est dans la propreté des vêtements. A voir une quakeresse par derrière, on ne saurait supposer son âge ; de face, il serait impossible de distinguer si elle est jolie ou laide, tant le visageest comme perdu au fond de Timmense chapeau.

Il faut reconnaître aux quakers ce grand mérite, qu'à part rintolérance, leur secte a, sur toutes celles qui ont inondé le vaste sol de TUnion, Tayantage d'exercer une salutaire influencé sur les masses, et de répandre dô grandes lumières parmi elles. De leur sein sont sortis des hommes très-émineuts aux États-Unis.

Les quakers, èû souvenir probablement de Tintolérance dont leur secte a été la victime pendant les premières années de la colonisation anglaise, et très-eutbousiastes

de rère de liberté qui a lui sur rAmérique, affecteat de renier toute filiation ayec les anciens possesseurs du sol de rUnion.

Pour eux^ le monde ne compte que de la bataille de Lexington^ cette préface de Tlndépendance américaine. Ils sont avant tout Yankees, et purs Yankees. Les quakeresses montrent naturellement une plus grande ténacité à cet égard.

Un jour, un vieil enfant d'Albion^ exaspéré d'entendre Tune d'elles déprécier les Anglais avec un féroce dédain, loi dit :

— Mais vous insultez voS ancêtres.

— Qui, moi? Je ne suis pas Anglaise !

— Mais votre père Tétait.

— Mon père ? il était Yankee î

— Votre mère, je crois...

— Ma mère, interrompit TAméricaine, était Yankee!

— Votre grand-père?

— Yankee.

— Vos aïeux î ^

— Tous Yankees,

— Mais, s'écria l'Anglais poussé à bout, nous descendons tous d'Adam et d'Eve, que diable I Et...

— Adam et Eve, riposta la quakeresse avec un admirable sang-froid* Adam et Eve étaient Yankees ! '

C'est probablement à l'influence des quakeresses que fut dû le projet de loi suivant que je trouve dans un journal américain d'il y a soixante ans^ et qui fut proposé aux législateurs de l'époque :

a Nous voudrions que toutes les femmes, de quelque &ge, état ou condition qu'elles fussent, filles jeunes ou vieilles, veuves ou matrones, qui, pour amener un bomme au mariage, emploient sournoisement des odeurs

essences, remèdes, cosmétiques, fausses dents, tours de cheveux et perruques, souliers à talons élevés, robes décolletées/ jupes à queues ou traînantes, soient soumises à toute la rigueur des lois, comme coupables de pacte avec le démon, magie, sorcellerie, et que toute union accomplie grâce à des moyens aussi dénaturés et diaboliques, soit déclarée illégitime et sans valeur . »

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