MONTANT LE CHEVAL IÀO
3UB LEQUEL IL TRIOMPHA EN PLUSIEURS STEEPL l l HASI
beaucoup aussi de certaines choses, que je me suis permis de vous marquer. »
La question des costumes est son souci particulier. Elle s'y entend, de reste. Emettre des projets, les faire dessiner par Marcelin, de la Vie parisienne, exécuter par Worth ou par un autre, et revêtir par les plus charmantes mondaines, pour le plaisir de tous, c'est son enchantement. Mais il n'est pas un seul point qui ne la touche et dont elle ne s'occupe avec sollicitude, en ses coulisses de fantaisies. Dans le partage des divertissements, les goûts sont variés. On aime ici les tableaux vivants. On préfère là les mascarades, les travestis. Mme de Metternich ne désavoue ni les uns, ni les autres. Manifestement, ses prédilections vont à la charade, à la comédie, aux spectacles dialogues et vivants. Là surtout son activité fait merveilles et donnerait à croire que l'éventail replié de la princesse a ressuscité la vertu •des baguettes magiques. Toujours la plus vaillante, toujours sur la brèche, elle se plaint un peu, de temps en temps, de la tiédeur où s'endort le reste de la compagnie.
« Vous verrez, déclare-trelle au poète de la revue, vous verrez les ennuis et les misères que vous aurez à subir avec acteurs et actrices. Je connais cela, c'est une race affreuse. Je puis le dire, puisque j'en suis. Et Compiègne est fait, pour répéter sérieusement, comme moi pour danser sur la corde de Blondin. »
Et que cette troupe brillante est malaisée à conduire, surtout à rendre exacte !
« Tout le monde court du matin au soir et, à l'heure de la répétition, pas âme qui vive. Rien que l'auteur et... moi. Jusqu'à présent, ça n'a jamais manqué. Nous aurions une belle chance, si le statu quo était changé. »
Encore, si on la laissait travailler ; mais non, pendant qu'elle songe de la pièce, qu'elle écrit de la pièce et qu'elle en vit, qu'elle se tourmente à en éprouver chaque effet, à en interroger chaque nuance et chaque détail, autour d'elle on babille, on fait du bruit, comme s'il ne s'agissait point d'une chose d'importance.
a On vient m'interrompre à chaque instant. Boson (le,
prince de Sagan) jase comme une pie. Bussières ne se tait guère. Richard fait comme eux ; ma tête n'y est plus du tout, et je ne sais trop ce que je vous dis. »
Richard de Metternich, en effet, est beaucoup moins entraîné. Tenir l'orchestre, jouer au piano, il y consent; mais monter en scène, donner la réplique, il n'en éprouve qu'une faible envie.
« Ne comptez pas sur Metternich, écrit Mme de Pourtalès ; on n'est jamais sûr de lui ; il ne veut pas jouer. »
N'importe, la princesse se donne assez de mouvement pour deux et davantage. Sa diligence est sans seconde ; sa complaisance d'apprendre, de dire ou de chanter est sans limites. C'est au même correspondant :
« Mon cher Massa, je chanterai ce que vous voudrez me donner et ce que les autres ne voudront pas. Je vous répète ce que vous savez, j'espère : c'est que je ne suis pas trop difficile à faire marcher. J'étudie, à l'heure qu'il est, mes rôles ; car ils sont à peu près appris. Voilà mon plan de campagne : la cantinière tapageuse, bruyante, l'allure militaire, l'air goguenard ; Ja Grève, bonasse, un milieu entre le comique et le ridicule... une naïveté, genre Alphonsine. Enfin, la Chanson frès française, gracieuse, gentille, gaie et parfois très posée, rieuse et parfois triste... »
Il se rencontre souvent des anicroches. Chacune apporte une réclamation, demande un changement, exige un coup de ciseaux. L'impératrice aussi taille dans les couplets en long ou en large. Tout de même, les choses enfin s'arrangent. Cela se dessine et prend corps. La troupe arrive à travailler d'ensemble. « Je connais bien mon public », assure alors la directrice de la scène. Une actrice de profession ne s'exprimerait pas autrement.
On sent qu'elle n'aime pas les lenteurs. Elle brûle d'avoir en main toute la pièce, de savoir ses rôles, d'en trer en scène. « La pièce ! la pièce ! » réclame-t-elle. L'imprévu la tourmente, l'inquiète. Elle est dans les transes que quelque événement malencontreux n'aille encore retarder la fête théâtrale.
« J'espère beaucoup, j'espère de tout mon cœur que
le choléra n'empêchera pas le séjour de Compiègne, ni qu'un affreux deuil de cour ne viendra nous tomber sur le dos, la veille de la représentation !... Ce serait à se pendre au premier arbre venu ! »
En voyage, à Vienne, ou sur les chemins qui mènent à ses magnifiques propriétés de Bohême et de Hongrie, elle emporte ses rôles, les reprend, les travaille avec le scrupule d'une véritable actrice :
« Vienne, 29 octobre 18G5.
« Je chante et je rechante ; j'apprends, je répète ; je suis, enfin, en pleine revue... » (1).
Et, à force de brûler les planches... du théâtre de Compiègne, sans y prendre garde, entraînée par le métier, si j'ose dire, elle se laisse gagner légèrement aux façons de parler désinvoltes, un peu osées, un peu familières des divas et des divettes :
« Quant à l'air à tout casser, cela va comme sur des roulettes et je me demande pourquoi il m'allait si peu, au début... Je refuse énergiquement la danse espagnole, dont me parle Boson. J'en aurais assez fait en créant tout ce que vous m'avez envoyé. Il y en a plus qu'il ne faut à jaser et à fredonner. Je crains que le public ne me prenne en grippe ; car je lui en sers, en veux-tu en voilà. »
Mais, tout en se livrant à des espiègleries, que sa jeunesse explique, tout en jouant avec un diable au corps qui n'appartient qu'à elle, ne croyez pas qu'elle oublie son état de princesse et sa digniié d'ambassadrice. Il suffit qu'ils soient en cause pour qu'elle se mette nettement sur la défensive :
« Permettez-moi de vous confier tout bas, tout bas,
(1) Dans la même lettre, de sa main de princesse, elle ajoute : Vite, faites- moi la musique de l'air :
Macache turco Macache cognaco...
Un mince détail, comme on voit, qu'elle n'oublie pas.
que je me refuse à chanter le couplet à- l'empereur. Je ne puis le faire, et ce serait ridicule dans ma position d'ambassadrice. Je vous supplie de ne pas me faire brûler un seul grain d'encens... »
Quant aux hardiesses du texte, elle n'est pas prude. Mais, pour d'autres, pour Compiègne, pour la grande maîtresse d'Essling aux airs timorés et renfrognés, elle réclame qu'on atténue la verdeur des couplets. Dans les Commentaires de César, elle avait double rôle. Elle incarnait la chanson, la vraie chanson française ; elle représentait aussi, bravement, un « chevalier du fouet ». Il fallut supprimer dans le grand air du « sapin » en course, l'allusion trop vive aux stores baissés des voitures publiques. Très amusée, d'ailleurs, heureuse d'avoir à détailler les malices du rondeau, elle avait chanté le reste du morceau, avec beaucoup d'humour, en digne automédonfemme, qui, par dévouement à la famille, a remplacé pour un jour, sur le siège, son mari en état de grève (1).
(1) Le cocher.
En attendant, défense à quiconque de travailler... Or, pas de pain à la maison; les enfants crient; alors, mon mari m'a donné le fouet...
Prud'homme.
Oh! le rustre!
Le cocher, riant.
Non! non! Pas comme vous l'entendez!... Il m'a donné le fouet pour conduire sa voiture, et je vous assure que je ne m'en acquitte pas mal :
Air de : Renaudin de Caen.
Tantôt sur la place on m'arrête Et je charge un couple amoureux ; La dame a la jambe bien faite...
Le monsieur paraît fort heureux :
— Monsieur, madame, à quel endroit?, Du coin de l'œil on se concerte...
« Allons où la campagne est verte; Allons où la fougère croît! »
Le soir, c'est quelque bon ménage Qu'on mène au bal, et, quelquefois, Pour ne pas déranger la cage (*) Le serin monte auprès de moi.
La crinoline.
Ces grandes audaces théâtrales étaient de saison et ne duraient que leur temps, une fièvre d'automne renaissant et disparaissant avec les vacances de Compiègne. Le vertigo passé, elle savait, et vite, reprendre sous son amabilité fière, pour qu'on n'en ignorât, le ton de la grande dame et les convenances de son rang.
On n'occupe pas impunément de ses moindres gestes l'attention particulière et la curiosité publique. Conseillère très émancipée de genre et de tenue chez l'impératrice, elle encourait forcément devant l'opinion les responsabilités de cette sorte de direction mondaine pleine de turbulence. Tout n'en retournait point à l'avantage de la spirituelle, un peu irrégulière et très originale ambassadrice. L'esprit enjoué de la princesse et le parfum d'exotisme, qui relevaient ses goûts d'indépendance et de fantaisie, avaient fait fortune à Paris. Ils y rencontrèrent des critiques. Maintes épigrammes à son adresse, et dont elle ne se souciait mie, voltigeaient dans les journaux. Les tirailleurs de la petite presse s'en prenaient à la surintendante des plaisirs impériaux d'une influence dont on exagérait les suites et la
Prud'homme, galamment.
Je comprends cela!
Le cocher.
Merci !
Le samedi survient et, crac!
Pour la noce, il faut que j'attelle; Et nous allons en ribambelle Faire trois fois le tour du lac.
En rentrant, j'ouvre la portière, Et souvent, dans l'intérieur, J'ai retrouvé la jarretière De la demoiselle d'honneur...
Sans que l'ambition m'assiège, Haut placé, je suis fort content :
Combien d'autres qui, sur leur siège, En devraient savoir faire autant!
Vous voyez que, dans tout Paris, En voiturant jusqu'à leurs portes Un tas de gens de toutes sortes, J'ai beaucoup vu, beaucoup appris!
(Les Commentaires de César, act. 1, se. v;i.)
portée, mais qui contribuaient bien, pour leur part, à l'écervèlement général. Tel articlier du Nain jaune, qui devait un peu plus tard tourner des madrigaux en vers à son honneur, l'appelait Mme de Risquenville. Tel autre, un virtuose du Charivari trouvait à l'irrégularité des lignes de son visage prétexte à une méchante raillerie, que s'empressèrent à colporter tous les faiseurs d'anas. On lui reprochait d'aimer trop la danse, la comédie et la cigarette. N'était-ce pas Aurélien Scholl, qui lui dressait un blâme de fumer « comme un bateau à vapeur » ? Ce qui était plus malicieux qu'exact. Aussi bien la liberté, dont elle donnait l'exemple, sur ce détail, — pareille à beaucoup de grandes dames d'Autriche et de Russie, — elle la laissait chez elle, dans l'intime, à ses invités, et c'était un des privilèges appréciés de sa maison.
On lui rapportait ces propos de chronique ; elle secouait les épaules, ripostait d'un coup d'épingle, et cela ne l'empêchait pas, disait-elle, de mener son fiacre.
Des attaques la touchaient davantage, sous une forme plus directe, plus pénétrante. Ce qu'elle avait d'aisance dans ses propos, de hardie gentillesse dans ses allures, de primesautier dans ses actes (1), trouvaient de rudes censeurs.
Sur quel ton en parlait le fielleux Viel-Castel, entre autres, je vous le laisse à supposer d'après cette unique phrase, cueillie à la bonne place de ses Mémoires ter-
(1) Ses spontanéités, insouciantes de l'effet qu'elles pouvaient produire, hors du cercle où elles s'exerçaient comme chez soi, côtoyaient, parfois, l'imprudence. Un jour de 1867, l'année de l'Exposition, elle se promenait à pied. Il lui prend fantaisie d'aller jeter un coup d'œil au concours des nations. Sans attendre son équipage, simplement, elle hèle un cocher de fiacre; et, avec ce sans-façon d'une grande dame étrangère parlant à l'un de ses serviteurs :
« Cocher, conduis-moi au Champ-de-Mars »,
commande-t-elle. Celui-ci, gouailleur et se trompant sur la qualité de la personne, ou, pour répondre du tac au tac, en citoyen français, se tourne et dit avec un bon sourire :
« Tu me tutoies... Alors, c'est donc de l'amour? »
Jules Janin contait cette anecdote à Philibert Audebrand, qui me la rapportait, un matin qu'il ouvrait à grande eau l'écluse de ses souvenirs.
riblement vindicatifs, ou injurieux pour bien des gens :
« Mme la princesse de Metternich, qui a pris les manières et le ton des lorettes, est une favorite de l'impératrice, qui la met de toutes les parties ; elle boit, elle fume, elle joue, et elle conte des histoires. »
Très découvertes, en effet, ces histoires, s'il est vrai qu'elle raconta celle qu'il lui prête pour l'avoir dite à Trianon, en présence de l'empereur et des services de Leurs Majestés, et que nous ne répéterons point.
De certains esprits chatouilleux lui faisaient un blâme public de ce franc parler, quoique la liberté des mots ne soit souvent que la preuve d'une moindre hypc°risie dans l'âme. On l'écrivait. On l'imprimait Et elle <=n éprouvait quelque émotion, fort légitimement.
Ici se place un épisode, qui, pour la singularité des circonstances, le relief des détails et le romanesque du dénouement, vaut d'être révélé tout au long, comme il me fut conté par l'un de ceux qui y eurent le plus directement part.
Un volume venait de paraître, qui fit aussitôt grand tapage : les Femmes d'aujourd'hui, par Guy de Char nacé. Tels de ces portraits, ramenés à une note uniforme de galanterie délicate, prêtaient à l'équivoque par l'imprécision des lignes et le nébuleux des fonds ; car en n'y nommait personne, on ne laissait que deviner les ressemblances (1). D'autres, au contraire, enve-
(1) Il n'est pas de secret si bien caché qu il ne se retrouve. Les visages éblouissants de jeunesse et de fraîcheur, dont un délicat subterfuge avait à demi voilé les apparences de grâce, d'élégance, de modestie suave ou de fière beauté, se sont enveloppés, pour la plupart, des ombres de la mort ou de l'oubli. Une chance particulière a mis entre nos mains la clef de toutes ces allusions. Qui nous empêche, à présent, d'en trahir l'identité déjà lointaine et fugitive?
La première section d'une galerie de portraits, si copieuse qu'il fallut la répartir en deux volumes, est placée sous les auspices de M" de S... On écrirait en toutes lettres M-* de Sancy-Parabère. La seconde division se ferme sur une dédicace à M"" de B. : celte dédicace motivée ne dissimule qu'imparfaitement la fine silhouette da l'aimable et un peu turbulente comtesse Marie de Bonneval. Tout à l'entrée, ce pastel, effleuré d'une touche discrète et respectueuse, sous les dehors d'une mystérieuse grande dame simplement appelca Blanche, dénonce la physionomie charmeresse de l'impératrice. Je ne vous apprendrai que peu de chose en vous découvrant que la
loppés de contours plus nets ou gravés d'une pointe plus profonde trahissaient, à première vue, sous l'anonyme, ce signalement général et vivant des personnalités, auquel on ne se trompe point. Il n'y avait pas d'erreur possible, par exemple, quand il s'agissait de renvoyer à son prototype le décalque satirisé de « la reine Peste », une illustre princesse étrangère, dont les hardis caprices poussaient trop à l'imitation de certaines élégances frelatées. L'auteur avait évidemment visé Mme de Melternich. Au nombre de quatre-vingts, les médaillons, qui com-
troublante Mélytta fut une M"' de Backendorf. Mais une personnification moins vague passe sur la toile du cinématographe, lorsqu'en vous présentant la superbe Héliodora nous aurons ajouté : comtesse de Castiglione. En vous disant qu'Olympe n'est autre que la duchesse de Brissac, qu' Henriette ressemble terriblement à la duchesse de Bassano, je ne croirai pas me tromper ; et non plus en restituant à la maréchale Canrobert, la brune aux yeux bleus, née sur la terre d'Ecosse, les dons et mérites, qui inspirèrent l'ode à Mi/rrha, ou à la vicomtesse Le Pic ce qui lui revient des grâces de Berthe, ou encore à Mm« de Sancy le plaisir légitime qu'elle dut éprouver en se mirant dans la glace d'Herminie. L'énigmatique Eliane ou la très ennuagée Laure restent infixables. En revanche on pourrait rebaptiser beaucoup de celles qui sont, là, dans leur proche voisinage. Par quelle raison l'écrivain a-t-il un tantinet acidulé son encre, lorsqu'il portraitura, sous le nom de Diane, la tempétueuse et capricante chasseresse, l'originale marquise de Gontades, plus tard comtesse de Beaulaincourt? N'importe, c'est bien elle, à tout prendre.
Avec son déshabillé galant et son minois chiffonné, Impéria amuse le regard et l'étonné. Elle n'est pas de ce monde, de ce grand monde ; on s'en aperçoit, de reste. Elle n'est que Marguerite Bellanger. Voici passer Odette, à la flavescente chevelure. Nommons-la bas et vite ; car elle n'est pas flattée, céans, la marquise de Galliffet. Cette autre jolie personne peut hésiter entre le sourire et la moue, suivant que brillent ou se ternissent à ses yeux les facettes du portrait endia mante à'Heticige la Blonde, — lisez de Mm* la vicomtesse de Janzé. Si M. de Charnacé trempa sa plume à fond dans l'eau de rose pour dessiner le ravissant keepsake de Betty, autrement M-" de Pierres, je n'avancerais pas que Mm" de Reculot lui dût un égal retour de gratitude pour la manière dont il l'habille et la déshabille, au moral, sur le chevalet de Calpurnie. Il y a des épines mêlées avec les fleurs offertes à Aurore, la seconde M"" Emile de Girardin. Et des ronces traversent la guirlande tressée en l'honneur de Marcella, dite Marcello, dite la duchesse Colonna, statuaire mondaine. Quant à M-" de Lourmel, ce n'est point pour lui faire entendre qu'elle a la modestie delà violette qu'on lui présente, comme son double, l'image de Lucette, tant éprise d'elle-même et de ses rêves illimités. Mais terminons l'énumération du cortège, et que ce soit une plainte, en passant, sur le sort de Mm' de Sapinaud, fort maltraitée là, sous les traits d'une M"" Barbe-Bleue.
fc
ai
H fc