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LES TROIS SŒURS LA. ROCHELAMBERT

de Compiègne. Dans cette demeure affluaient tous les personnages, qui tenaient un des fils de la politique du moment, aussi bien étrangère qu'intérieure. De ce nombre était Oliphant, le puissant journaliste anglais, prédécesseur de Blowitz. Il avait été présenté par un confrère parisien, ami de la maison, chez la spirituelle comtesse. Touché de son influence et conduit par ses sympathies, Oliphant imprima, à la correspondance du Times, un caractère de bienveillance ù l'égard des personnes et des choses de France, qui n'était pas le ton habituel du journal londonnien.

On causait, on agissait, ou, du moins, on se préparait à agir chez Mme de Valon. Elle-même se rendait assez fréquemment à l'Assemblée, quand il y avait lieu de faire acte de présence pour entendre et, au besoin, soutenir M. Pouyer-Quertier, dans la lutte, surtout après qu'ayant cessé d'être ministre, il avait gardé des chances de le redevenir.

Ce fut, entre autres occasions, lors d'une séance tumultueuse du commencement de l'année 1874. Pouyer-Quertier siégeait au centre droit et venait de conduire une vigoureuse attaque contre le ministère, qui avait eu le tort de remplacer celui dont il faisait partie. Puis, cette grande ardeur avait faibli ; l'orateur avait battu en retraite, et cela sous les yeux de la spirituelle comtesse. Vainement une correspondance par signes et billets laconiques s'était-elle échangée de la galerie à son fauteuil. D'autres influences avaient amorti sa détermination et glacé son élan. Le lendemain, l'homme d'Etat et l'ami eut bien des réparations à faire, des explications à donner, sur le sujet d'une apparente faiblesse, qu'avaient imposée des obligations de parti. C'est ainsi qu'il s'en justifiait peu dp jours ensuite, dans cette curieuse lettre inédite au marquis de Charnacé :

« 28 février 1874.

« Mon cher ami,

« Hélas ! la campagne ne s'est pas tout à fait tcrm? née comme je l'aurais voulu. Je tenais tout en main ;

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la Chambre était avec moi ; la majorité, nous l'avions d'avance.

« Mais j'ai été tellement entouré, tant et si fort pressé par mes amis, qu'effrayaient trop de succès obtenu contre le gouvernement et la joie des gauches, que j'ai battu en retraite. Buffet ayant suspendu le vote pendant une demi-heure, j'ai fini par céder.

« Notre excellente amie la comtesse est exaspérée contre moi. Je dois lui rendre cette justice qu'elle n'a cessé, pendant la séance, de m'écrire : « Tenez bon, on se joue de vous. »

« Hélas ! j'ai prêté l'oreille aux considérations de parti, qu'on faisait valoir autour de moi, et j'ai tiré le ministère du fond du puits, où il commençait à barboter.

« Certainement, la majorité nous était assurée. Mais il fallait constituer sur-le-champ un autre ministère. Sans doute, il n'eût pas été difficile d'en avoir un meilleur, plus fort et plus solide... Seulement, nous sommes restés en route ; et il me faut me faire pardonner par la comtesse.

« POUYER-QUERTIER. »

La politique, comme on le voit, ne se laissait pas oublier dans le salon de Mme de Valon. Cependant, il ne démentait point, à cause de cela, son caractère de réunion élégante, où se maintenait une tradition de politesse exquise. M. de Valon qui, lui-même, avait des qualités de monde fort appréciées, aidait aux succès d'esprit de sa femme. Elle s'y entendait au mieux. Reconnaître le signe individuel des gens au premier coup d'œil ; dire à chacun le mot sensible et garder, nour tous, une politesse nuancée d'intérêt ; laisser entendre au dernier reçu toujours qu'il est le plus avant dans les bonnes grâces de la maîtresse de la maison : c'est un art où elle se surpassait.

Elle avait cette coquetterie particulière aux femmes très entourées de vouloir aussitôt s'annexer, en quelque sorte, ceux qu'elle voyait pour la première fois.

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