PRÉFACE IX
Les femmes du Second Empire : quel sujet de chponK|ue à dérouler pour les amoureux de Thistoire frivolement curieuse, qui note, déttiilie, enjolive à plaisir les aventures de mœurs d'uner poque, les marques secrètes de rélernel ascendant féminin, les jçrAces fuyantes, les succès d'un jour de Tesprit et de la beauté, et les enfièvrements des unies et les frissons des sens! Comme une trace parfumée de leur passade, elles auront laissé derrière elles une légende inouhliîihleet singulière de tendresse conquérante, d'indépendance osée, de fanlaisie hautaine ou de dissipation étourdie, qu'on imaginerait être le prolongement lointain des heures enivrées du xviu' siècle.
Cette légende, avec tout ce i|u'elle comporte de réel, c'est-à-dire de pages arrachées au livre de la vie, on ne pourra la développer complète, sans détours de mots et sans omissions de détails, (pie lorsqu'un espace de temps assez large aura marqué Tinlervalle nécessaire entre les scrupules d'un passé trop proche et Tindépendanee parfaite de l'avenir.
Et, néanmoins, il est bon, il est pressant même de commencer à s'eni retenir de cela, quand les témoignages émanent d'impressions encore personnelles et directes. Nous sommes arrivés justement k ce point, oii commence la postérité, lorsque ceux qui parlent et racontent ont eu la vision et le contact des physionomies prêtes à s'elfacer dans la nuit.
En dépit de tout ce que l'on a colporté là-dessus d'erreurs et de jugements précipités, il ne reste guère à apprendre de neuf, d'essentiel, sur les ligures centrales du tableau : rempereur, rimpératrice, le prince Napoléon. Mais on n'a tracé que de vagues escpiisses et de pûtes crayons des grandes mondaines. des charmeuses, qui, derrière le rideau de la politi-
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que, dans leurs salons ou à la Cour, imprimaient le mouvement, donnaient le ton. Il nous a paru d'un intérêt vif de dépeindre surtout celles-ci et de rendre leur image à Tbistoire de la société.
J'avouerai qu'il n'a pas été d'une commodité parfaite de leur emprunter à elles-mêmes, ou à leurs proches, les touches nécessaires à la fidélité de leurs portraits.
Il fut de tout temps fort malaisé de décrire les vivants. Mais combien la tâche se fait-elle plus ardue, quand il s'agit de personnalités féminines rendues inquiètes, ombrageuses et vétilleuses par le caractère, ou par l'Age, ou par le souci des convenances, des terribles convenances de situation, de famille, de monde ! A leur goût la louange la plus poussée semble fade; pour une ombre de criti(pie se cabre leur susceptibilité ; leurs sens délicats se crispent aussitôt que perce l'un de ces heureux sous-entendus, grâce auxquels il est permis de compléter par la pensée ce qu'on ne dit pas tout haut... « Parlez de nous, embellissez-nous, parez dévotieusement notre autel, nous y consentons ; mais, par grâce, ne dites rien de ceci, ni de cela non plus. Soyez intéressant, comme vous le pourrez, mais ne parlez pas de cette aventure; ne prononcez ce nom, surtout... Gardez-vous bien de rappeler telle rencontre : les yeux étrangers n'ont rien à voir dans cette chambre, ni dans ce coin de maison*.. » Que la vérité, l'entière vérité a de peine à venir au public !
Et puis, la consigne est formelle, dans le monde impérialiste, qui survit, aujourd'hui, à son rêve déchu : se verrouiller chez soi, enfouir ses documents, cacher ses souvenirs; n'entr' ouvrir ni porte ni fenêlre par oîi ces choses pourraient prendre des ailes et s'en-