‹ Les fémmes du second empire (papiers intimes)Chapitre 7 sur 24 · LA COMTESSE DE CASTHJMONE HA.NS LES TARI.EAI X VIVANTS · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE CASTHJMONE HA.NS LES TARI.EAI X VIVANTS

Ev Heligiense

LA COMTESSE DE CAS'fIGLIONE. 44

fieciioa aassi accoemplie, elle aurait touIu gajrder des apparences die déesse jusque pour le diâgnoetic de son inéd^Cfn. Mieux q^ie personne, le docteur Arnal k put savoir (I).

Dans un moment où elle se trouvait au Havre^ elte s^étail sentie ou s'était imaginée séri^usenoent malade. Aussitôt elle arvaîl écrit à ce méd«€m, qui jouissadt dô te eooâance de Tempereur et de nmpératrixre, et d(mt Tamabilité coatumièie ae jwrôtaâl aux exigences quî'ellc lui im.posait ; elle l'avait pressé d'accourir. Le docteujr Ama) possédait uaie excellente situalioiv, à lia. Cour et à la viJJie ; sa clientèle était nombreuse. NéatnnooinSy il ft'avait pas hésité, et, an contraire, à bien pris ses dispo sitiofis qu'il amvait au Havre à neul heures, et se pré^ entait de suite à ThMel où. Logeait la comtesse. Il nedour tait pas une minute qu'elle ne dM se montorer la iemme du inonde la phis saiasfadte d'ime t^le diligence. Mais il se. trompait sur ce poindî. On Be pria de repasser. Ca qu'il lit. Nouîvean caprice, HounreUe attente. La comtesse n'ierait pais encore décidé avec eUe^nême que ce fût le moiciient d'être p^^^- D'heure en beuxe on le resait tant et si mal qu'en dépit de sa patience notre médeein déclara qu'il serait ©bligé de repartir sans voir sa cliente.

Enfin, on l'introduisit chea M""" Je Ca^iglione. C'était vers deux heures de Fapete-roidi. Un spectacle inat* tendu le combla de surprise. Dans une chambre pleine de- fleurs^ eUe-iaÊraR toute parée,, toute resplendissante de iR^ux, anrec des diaornanls^ dana les cheveux, la caprieieuse comtesse était éteisdue sur un lit couvert de deateUes et de fourrures, éblouissanate dans la pâleur de la fièvre ; et nonchalamment, eUe loi tendit son bras nu pour qu'il comptât les battements accélérés de son pouls. Certainement elle n'avait pas la moindre envie de charmer, de séduire ee médeciîi,. un homane d'âçe et qui ne caressait la moindre idée de conquête en se re»-

^1) Cet excellBnt docteur Arnal a^Yêdi aussi ses originalités, notamment une manière de se coiffer^ c^i n'appastanait q^u'à. lui. E portait se» cheveux ramenés en avant dans un petit nœud plat, qui les faisait tenir sur le front.

dant chez elle; mais celte apparition de malade intéressante avait bien fait dans le programme de M"* de Castiglione ; et elle en avait longuement disposé les détails, souffrante comme elle Tétait, pour n'en rien manquer.

Puisque nous sommes sur le chapitre des « foucades » de la comtesse, relaterons-nous, à présent, l'histoire de l'autodafé dont elle se serait rendue coupable à l'égard d'un tableau de Paul Baudry, un chef-d'œuvre ayant cessé de lui plaire.

Elle avait prié ce grand artiste, dont le pinceau délicat créa des figures de Vénus à rendre jalouses les déesses de Véronèse, de la peindre sur un canapé dans la pose et l'absence de costume de la duchesse espagnole de Goya. Il y consentit avec d'autant plus d'empressement que jamais pareil modèle ne s'était offert à l'inspirer. Il en tira une œuvre lumineuse, que baignait un reflet d'idéal. M"« de Castiglione, heureuse, presque flattée, en eut, au premier jour, une impression de joie vive. Puis, à la comparaison, un doute, une inquiétude. Une velléité jalouse lui étaient venus : l'art n'avait-il pas surpassé le réel î C'était une rivale, et une rivale supérieure que cette merveille de chair peinte. Elle décida de ne plus la voir. Dans un dernier accès de jalousie, elle taillada la précieuse toile à coups de ciseaux et en jeta les lambeaux dans le feu. On l'a raconté, du moins.

Ce trait de chronique nous paraîtrait même un peu suspect. Car M"** de Castighone conserva toujours amoureusement, autour d'elle, et jusque dans les dernières années de sa vie, les images de sa personne, peintes, dessinées ou sculptées, qui lui rappelaient un passé de triomphe.

On l'a pu voir : M"' de Castiglione se montra toujours fort éprise de la mise en scène, soit qu'elle visât à produire des effets surprenants, en des occasions de Itjxe et d'apparat, soit qu'elle voulût étonner ses întimes en des circonstances, joyeuses ou tristes, de sa vie personnelle. Qu'elle fût absente ou présente, on

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s'occupait beaucoup d'elle, en effet. A propos de ses moindres déplacements, couraient force suppositions et commentaires. Des nouvelles de la sorte voyageaient, de par le monde c

« La belle comtesse s'est envolée. Que ses rivales se réjouissent.

« M"' de Castiglione est de retour, depuis six semaines. Il est étonnant qu'elle n'ait pas encore fait parler d'elle.

« Il faut s'attendre à des complications prochaines dans le boudoir des ambitieuses. M"* de Castiglione vient de se réinstaller à Paris. »

Voilà bien des bizarreries. Cependant, elle régnait sans autre peine que de se laisser voir et admirer. La comtesse de Castiglione en toilette, et en toilette travestie surtout, ce fut une date dans l'histoire de la vie mondaine à Paris. On en eut le témoignage public, en 1867, avec le portrait d'Exposition qu'on fit d'elle. Le tableau provoqua, au Salon de celte année-là, une curiosité, un bruit, un mouvement extraordinaire. On s'y donnait rendez-vous. C'était la toile fameuse, la rareté du moment. Des groupes stationnaient en face, à peine rompus, disséminés, qu'ils se reformaient plus compacts, sous l'affluence extrême des visiteurs. Dans la foule, courait un frémissement de surprise et d'admiration.

D'autres grands artistes s'offraient à son adoption, avec tout leur talent et un égal empressement. Elle les rencontrait chez le duc de Morny, où elle aimait surtout à se rendre, pour la liberté dont on y jouissait. Les Cabanel, les Gérôme, — et combien dont le nom nous échapppe ! -— l'entouraient, curieux d'elle. « Voulez-vous voir mon bras ? » disait-elle complaisamment. Et elle relevait la manche de dentelles, qui en voilait les purs contours. Ou c'était le pied qu'il fallait découvrir en relevant le bord de la jupe, parce qu'il était de toute perfection aussi (1). On

(1) Les moulages de la main ci de la jambe de M»* de Castiglione qu'un hasard d*hiériiage a Tait ^»choir à M. Mnrio Tribonc, de Gènes» sont restés des témoignages irrécusables de rctr»; haniKniieiisc pureté des formes.

appi'éciaiL Les heui'es passaient ens<î>J;eillées. Elk était vraiment alors « sons le rayon ».

Ce fui, pour M"' de Gasliglione, une période sans pareille. Elle avait traversé TAngleterre, TEspagiw, ntalie. Aucwne capitale n'avait olïert k ^s yeax de si merveilleux galas et des bals si étourdisss^mis- EUe y baignait dans Tenivrement de sa beauté royale. Puis elle s^en lassa comme de tout le re^e.

Les éclipses, les réapparitions de la séduisante ami€^ de Cavour, les fantaisies osées de sa mise, ses hérésies déclai^ées contre Testhélique du jour et l'orthodoxie de la mode, alimentaier^t en détail des •conversations plus curieuses que sympathiques. Elle était née trop belle. Le don presque surhumain qu'elle avait reçu de la nature, sans une faute, sans une omission, ^t qui eût fait que ïa Grèce païenne, reconnaissant en elle une sœur de Cypris aurait élevé des aul/eis à sa perfection, lui a^^it amené, dans la société qu'elle traversa, moins de triomphes que d'amertumes. En outre, l'humiliation pour les autres de la sentir si complète avsdt transfoiTTié en une sorte d'éloignemeut jaloux les premiers et irrésistibles mouvements de Tadmiration.

c( J'ai été déplacée toujours et partout, disait-elle et écrivait-elle. Je ne suis à mon aise et bien moi qu'auprès de ceux qui me sont supérieurs, ou alors au milieu de gens simples, naïfs, et qui m'aiment. Quand j^i vécu dans le monde, on m'a trouvée altière et hautaine avec mes égaux, avec ceux, du moins, que les lois de la société me contraignaient à traiter comme tels... J'ai fait des efforts sincères pour assouplir ma fierté ; je n'ai pu réussir ; car, malgré moi, la société de la plupart des hommes et des femmes qu'on répute distingués et intelligents, m'inspirait une lassitude, un dégoût qui ressemblait trop au mépris. »

N'ayant pu être ce qu'elle espérait devenir et voulait être, elle en arriva à se laisser gagner par un immense désabusement, dont les causes échappaient aux yeux du commun et donnaient à croire qu'elle n'avait que de la superbe dans l'^me sans aucune élévation dans la pensée.

Les suites et les retours d'une trpp gjrande beauké. — M"* de ^CasÉfglione s'efface do la scène du monde. — Jours de déclin. — La dernière et étrange phase d'existence de la célèbre comtesse florentine. — Des -anecdotes et des 90tta>es. — É^odes roinaneequ«6. — Sa fia. — Son testament. — Un sowvenir de légende.

Les plus éclatants soleils ont leur crépuscule. Aux derniers jours de TEmpire, la laveur de M"* de Castiglione avait baissé, comme aussi bien le prestige du trône, la conflaiice environnante et la santé de Tempereur. Les luttes d'influences féminines avaient lassé le caprice de Gésar,

L^Empire tombé, la cour évanouie, M"** de Gastigiione regarda autour d'elle, et se sentit terriblement isolée.

L'orage avait dispersé cette foule brillante et bigarrée, dont elle avait le spectacle qitotidien. Ceux et celles qmi passaient tout à Theure avec elle, sous les lustras constellés, avaient disparu <lans la nuit.

Un voile morose s'était étendu sur la société. Dans le monde inélégant et affairé, brusquement survenu," il n'y avait plus de place pour une Gastigiione. Elle avait pu, naguère, tout à l'aise intriguer, politiquer, s'ingénier, user d'adresse féminine et de surprise indirecte, faire ondoyer d'un ministère à l'autre la traîne de sa jupe, en des miUeax déjà: conquis par la fa^v^sur du maître. Elle n'était plxrs qu'une étrangère ponr les ncmveaux arrivants qu'avait poussés en haut un violent tour de roue de la fortune.

De hautes amitiés lui restaient. Non plus que les princes de la maison d'Orléans, T8iiers n'avait oublié M"" de Gastigiione. On recevait place Saint-Georges,

(3) Leltreà E., JfriOC.

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non sans égards, ranciei^ne fttvoritc des Tuileries. Des traces de ces dispositions sympathiques se retrouveraient dans la correspondance générale du grand homme. Encore n'étaitrce rien de plus que de simples retours de courtoisie mondaine.

Son ambition d'agir par les autres et sur les autres, directement ou indirectement, ne savait plus où se prendre, où s'attacher. On l'ignorait dans le personnel nouveau des gouvernants. M. Pinard, à Florence, et le Président de la République, à Versailles, en 1871, avaient pu rendre, occasionnellement, témoignage de cette finesse de perception, de cet esprit de diplomatie, de cette intelligence générale des choses, dont elle avait donné des marques secrètes et sûres, sous le régime précédent. Mais comment en renouveler les ressources? La démocratie est un terrain ingrat aux entreprisefi dont le succès se fonde, en grande partie, sur les arguments victorieux de la grâce et de la beauté. Elle rêva d'une restauration monarchique où se réveillerait Téclat d'une cour, où elle aurait sa place en évidence, o(i scintillerait encore son étoile.

Ce fut l'espérance qu'elle caressa, pendant plusieurs années, à la faveur de ses relations amicales plus étroitement nouées avec les princes de la famille d'Orléans. Elle s'en exprimait dans ses billets hâlif», ses lettres ou ses conversations de chaque jour avec l'un des fidèles du parti orléaniste, son ami, son confident. Mais on n'agissait pas ou l'on agissait mal du côté de Dieppe, au château d'Eu.

Ses dernières illusions politiques furent de courte durée.

« C'est Eux et Eu qu'il nous faut accuser. Le seul mot véridique est de vous, et c'est mon sentiment. »

De là des regrets, des amertumes, presque (Jes colères dont elle trahissait l'expression à travers sa correspondance intime. Alors, elle enveloppait dans un même reproche d'inconsistance et d'ingratitude les princes de toutes nuances, ceux qu'elle avait coimus naguère et ceux qu'elle avait appris à connaître ensuite.

« En même temps que je me suis heurtée aux princes

dans les passions de ma vie, j*ai regardé dans leur entourage et rencontré auprès de chacun d'eux les Leurs (je dis leurs vrais et sincères amis), avec lesquels j'étais, sinon toujours d'accord, du moins toujours en communion d'esprit sur les chapitres Effort «t Pitié. Et je dois reconnaître que ce furent des hommes-île cœur et de mérite, qu'ils n'étaient ni les courtisans >des princes, ni les suiveurs empressés du courant, fis n'étaient obéissants ni désobéissants plus que moimôme. Et comme nous ne voulions pas nous soumettre, nous avons préféré nous démettre. Alors, adieu, veau, vadie, cochon, couvée. Les princes ont fait la culbute par la faute des autres, mieux écoutés. Et les peuples sont, allés à la débandade, comme va la France actuelle... »

Le monde regarde les gens en place ou en fortune de bas en haut. Quelle que fût la grandeur apparente des personnages, elle regardait ce monde de haut en bas, et le jugeait sans complaisance. « La vie est une addition de mécomptes », disait un philosophe. Il dut lui en échoir beaucoup dans la fréquentation des privilégiés de la naissance et du rang ; car elle retourne à de pareilles réflexions, dans une lettre adressée longtemps après les événements au même ami de toute sa vie :

« Au milieu du foin peuvent se glisser des perles », m'avez-vous dit sur l'escalier en partant. Broyez les balles de foin, cherchez et vous trouverez la fameuse Nicchia... Cette perle, c'est mon cœur, ce cœur, c'est la perle... Une larme de pitié, comme vous appelez venant de moi non pas l'excuse ni l'approbalion ni l'oubli, une larme pour le malheureux né prince, qui traîne ses jours dans l'exil, hélas I Double circonstance atténuante, attendu que les princes restent toujours des princes. Or, je n'ai pas trouvé de mot plus expressif dans ma longue carrière : épreuves de tête et de cœur, expérience d'enseignes royales ou impériales. Les marches du trône, qu'on les gravisse ou les descende, semblent circonscrire tout sentiment d'amour, de

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devoir, de reconnaissance, d^amitié, d'intimité, de mémoire, partoas de ooiirage, d'honmêtefcé, de vérité^ toujours à& Iraachise, die droiture et de ioyaïttté. Jamais de générosité,, point de confiance. Tels sont les princes die loua pays et de toutes rauees. >»

De* pensées moins amères visitaient le chwet de son lit; au temps où hrilioii Fastre de son éclatante faveur. Sa peine secrète, on la d«vine : elle m'avait fail que travevssr Thistoire d^ua pas furti£; son rêve auraidi été d'y séj/wsnier.

l^igit était venu, et plus ti60 q^if elle ne s'y atteiidaât, sAignEatisaimt d'une marque impitoyable la décbâance dte (se qui avait été sa force »3UfHrain«, sa gloire, son triomphe. Elle avait espéré, comme Ninon, opposer aux ravages du temps une résistance douce et invincible. Il n'en abvait pas été, setoa ses vœuzx, de garofer inaltérables son «iputenie chevelure, ses dents de perte, Fovale parfait die* son- visage... Le^ déctini fiœt rapide et aensâ^ie. Gette déchéamee s'âodt accusée, eb&c- elle^ de {açotB peu miséricordieFŒse. Elle eut àt se plaindre plas qme beaucoup dfauires du changement des saisons. J'ai 90113 Les yeux un certain nombre de photografM^ relatives i lai péiriûde extrême de sa vie, et (|u'eiie> avait dispevsées d'une main) aaossi pareimoniauee^ qaet passible ; et, les considérant, je ne puis que soupirer : hsétas î C'est alors qu'elfe prit la résofeiîtioa d'ensevelir dams une récHasioiii volontaire ses déceptions de coquette impénileote. Elle s'y enfevma jatouseosent, ebstiaé* nrcnt. Elle n'avait pu supporter l'idée qi^ tous les jours la diminueraient, la déformeraient davantage,^ elte; la triomphatrice d'hier, et qu'elle serait impuissante contre la ruine de cet idéal en elle réalisé, et que des yeux d'hommes et des yeux de fprames tiendraient fixé sur elle, d'heure en heure, leur regard ironiqjue ou crueï, témoin de sa lente deètruction. Celles qui veulent être oubùbées, par le regret de ce quVlles furent, ou paj? désillusion cm par dédain, le sont très vite. XJti refflou^ venir de la victorieuse, un mot, un trait, une allu^oti à propos d'elle, circulaient, de temps k autre, dans les

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