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L' ARISTOCRATIE POLONAISE

Pétertbourg.

On trouve à chaque pas à Krakovie, à côté des monuments érigés par les rois , quelque trace des grandeurs passées de l'aristocratie polonaise , la plus puissante de l'Europe orientale <. Dans l'histoire de la Pologne et de la Lithuanie, les noms des princes Czartoryski2,Radziwill, Massalsky^, Sapiéha, Schouiski, Sangousko, Oginski, Pouzina, Droucki-Lubecki, Cztetwertinski-Sviatopolk, Giédroyc, Lubomirski, Mirski, lablonovski, Woronecki, Zaionczek, etc.,* tiennent une place plus ou moins considérable selon la va-

1 Primitivement chez les Slaves de Test les boyards prenaient aussi une grande part au gouvernement. Il suffit de citer la formule qui précédait les lois promulguées dans la période des tsars : a Le tsar a proposé , les boyards ont décidé, le patriarche a béni. » — Avant cette période, les princes apanages d'Odoieff, de Massalsk, d'Eletz, etc., gouvernaient également avec le concours fort indépendant de leurs boyards.

2 En donnant les noms des princes russes, issus de Rurik, on a suivi, comme le prince Dolgorouki, l'ordre de pritnogéniture ; ici il n*y a aucune espèce de classement.

3 Branche de la famille russe qui a existé en Pologne jusqu'à la fin du XVm« siècle. Voyez P. DOLGOROUKI, NoHce, p. 18.

4 Plusieurs familles princières sont en voie de s'éteindre , comme les Zaionczek, ou éteintes, comme la branche polonaise des Massalsky, les Schéniatew, les Korécki, les Pouloubinski, les Sbarajski , les Wisniowiecki, les Porecki, les Pinski, les Sloucki, les Bielski, les Ijélanski, les Mstislawski , les Kochirski , les Kowelski. — Voyez P. DOLGO- ROUKI, JVoHee, chap. VI, maisons princières de Pologne et de Lithuanie.

leur personnelle de leurs représentants ; mais le corps redouté, auquel ils appartenaient, vit sans cesse grandir son importance jusqu'au moment où Fexcès des prétentions féodales rendit le gouvernement àpeu-près impossible. Si, en Russie, les abus du principe aristocratique produisirent Tautocratie, en Pologne, ils menèrent la nation à Tanarchie.

Dans Torigine, les'tendances générales des peuples slaves ne faisaient prévoir rien de pareil. L'ancienne Pologne, comme la Russie avant le règne de Rurik et la fondation de la dynastie normande, ne connaissait aucune distinction de castes. Mais au XV* siècle la féodalité german^ue avait déjà jeté de profondes racines dans le pays. Les goûts agricoles de Farislocratie favorisèrent l'extension de son autorité parmi les paysans : « La noblesse polonaise, disait un historien de cette époque, avide de gloire, méprise les dangers et la mort. Elle est prodigue, même au-dessus de ses revenus. Fidèle au souverain, elle aime à s'occuper de la culture des champs et des troupeaux ^ Humaine pour les étrangers , elle surpasse toutes les autres nations en hospitalité, prévenance et bienfaisance, — mais elle est dure pour ses paysans 2. »

1 L* noblesse russe, beaucoup plus amie des villes, n'eut jamais à la campagrne que des habitations d'une apparence modeste. Les maisons des plus grands seig^neurs ne différaient des maisons ordinaires que par les dimensions des appartements.

2 Jean DLU60SZ, Historiœ polonicœ lihH Xlll. — La prodigalité et rhospitalité se retrouvent également chez la noblesse parmi les Slaves de l'est.

.Etablis dans leurs manoirs ^ les ^magnats s'y façonnèrent insensiblement aux habitudes féodales des pays germaniques et finirent par avoir une cour pareille à celle de Krakovie2. Lorsque le vice-chancelier de Lithuanie, prince Léon Sapiéha, fut chargé par son souverain d'aller au devant de Marie de Gonzague jusqu'aux frontières du royaume, il était suivi de quatre mille gentilshommes à cheval, attachés à sa personne et faisant partie de son entourage. Votre compatriote. Le Laboureur, secrétaire de Madame de Guébriant, affirme que la cour du maréchal Stanislas Lubomirski se composait, en temps de paix, de six mille serviteui^ et soldats, et de neuf mille en temps de guerre. Le droit que la noblesse s'arrogea d'élire les rois, après la mort du dernier des Jagellons, avait fait croire à chaque magnat qu'il était l'égal du chef de l'Etat, et les gentilshommes qui vivaient dans son castel se figuraient que les intérêts de leur patron devaient leur importer beaucoup plus que leurs devoirs envers la commune patrie. Les demoiselles nobles avaient aussi leur rôle dans cette organisation compliquée dont une Polonaise du XVIIP siècle , Françoise Krasinska , nous a laissé un tableau très-curieux 3.

La cour que Françoise a spirituellement décrite *

1 Le défi que se firent à Wilna les Massalsky , les Sapihéa et les Sluska, prouve assez jusqu'à quel point raristoeratie de ces contrées aimait les habitations magnifiques.

2 Voyez L. GOLEMBIOWSKI, Domy i Dwory.

S Joumat de Françoise KRASINSKA, année 1759.

4 M. GÉREBTZOFF, Civilisation en Russie, I, chap. XVI. parle

se composait de dwarzanin (courtisans) et de gens de la suite {phiny). Les premiers servaient « par honneur » et les autres étaient « gagés. » Mais tous étaient gentilshommes, portaient le sabre au côté et pouvaient voter dans les diètes, « chose à considérer. 9 Outre les courtisans, il y avait dans le château six demoiselles de familles nobles, confiées à la surveillance dune gouvernante française qu'on nommait « Madame. 9 Ces demoiselles, ainsi que les dworzanin, et trois courtisans gagés, le chapelain, le médecin et le secrétaire, mangeaient à la table du châtelain. « Les courtisans qui dtnent à la nôtre, dit Françoise Krasinska, ont certainement beaucoup d'honneur, mais guère de profit; ils puisent bien dans les mêmes plats que nous, mais ils ne mangent pas la même chose. Le cuisinier arrange pyramidalement le rôti ; au sommet, il place la volaille et le gibier, dessous il met le bœuf et le porc, triste pâture pour les courtisans, aussi on appelle le bout de la table où ils se placent le bout ^ris {szary konséc)» »

Les courtisans gagés étaient soumis à une police sévère que le marzalek (maître d'hôtel) exerçait à coups de martinet. Le père de Françoise parlait

aussi des « cours » des boyards. Mais il est essentiel de remarquer que la boyarie ne constituait pas une noblesse héréditaire. (Voyez OÉREB- TZOFF, I, chap. XII). Les descendants des princes ou familles g^énéalo^ques avaient seuls le privilège de l'hérédité. En somme. la Russie fût d*»bord républicaine à Novgorod avant l'arrivée de Burik ; aristocratique sous les grands-princes et les princes apanages ; monarchie absolue quand les tsars eurent concentré tous les pouvoirs dans leurs mains.

volontiers des corrections multipliées quil avait reçues dans sa jeunesse , et sa fille croyait naïvement que c*était à cause de ce régime impitoyable qu'il «était si bon»^ — «Dernièrement, dit la noble Polonaise , un gentilhomme est venu présenter sa jeune femme à mes parents. Il avait fait partie autrefois de notre cour. — Mon cœur, dit-il à sa femme devant nous, si je suis un bon mari, si je suis un bon père, rends-en grâce d'abord à M. le staroste et ensuite au maître d'hôtel : le premier ne m'épargnait pas les réprimandes, et le second ne m'épargnait pas les coups de martinet.» — Cette manière de former un bon mari est assez originale 2.

Le rôle de la châtelaine était très-compliqué au milieu de cette foule. Françoise ignorait même le nombre «des cuisiniers, des haïdouks^, des kosaks, des garçons et des filles de service». On servait tous les jours cinq tables, et deux «jsa/*arz (dislributeurs) étaient occupés du matin au soir à donner tout ce qui était nécessaire pour la cuisine. Je vous ai dit, mon amie, qu'en Russie les maris se chargent de tout ce qui regarde le ménage ♦. Mais en Po-

1 La foi en la puissance de pareils moyens est générale ches les Letto-Slayes.

2 11 paraît que chez les Busses on la croyait aussi fort ntile pour donner aux femmes un caractère satisfaisant. En eflfet, dans la corbeiUe d'une mariée on mettait «un petit fouet en soie comme signe da pouvoir du mari sur la femme!! » (GÉREBTZOFF, I, cli. XVI.)

3 D'où Tient le mot fi*ançais heiduque.

4 C'est un souTCnir de l'ancien régime asiatique qui annolait complètement la femme chez les Slaves de l'est. «Dans l'ancienne société russe , dit un apologiste de cette société , la soumission de la femme an mari était tans bornes .... La vie des femmes était d'autant plus casa-

LES SLAVES DE L*OUfiST. 241

logne rinflaence occidentale modifia promptement les vieilles traditions de TAsie. Une châtelaine polonaise agissait en véritable maîtresse de maison. Nonseulement elle devait garder les clefs des armoires qui contenaient les liqueurs, les épiceries, les confitures, mais elle présidait souvent «à la distribution des comestibles » ^ Aussi Françoise Krasinska Domme-t-elle avec raison ces attributions un « gouvernement» 2.

L'usage des fous était universel au moyen-âge. En Pologne , ils étaient encore plus à la mode qu'en Russie 3 et l'histoire a conservé plusieurs réparties de Stanczyk, fou de Sigismond T'. Les seigneurs, qui ne voulaient le céder en rien aux chefs de TEtat, entretenaient aussi des fous dans leurs châteaux. Le « petit Matthias » s'acquittait à merveille de cette fonction au château de Maleszow. «Matthias, disait Françoise Krasinska , est soi-disant stupide et dépourvu de raison ; cependant il juge de ,tout avec une rectitude et une sûreté parfaite ; ses bons mots sont impayables. Aucun des courtisans n'a autant

Bière qa'eUes appartenaient à des classes plus élevées. Dans la classe des serviteurs de l'Etat, quand le maître de la maison voulait faire un bonneur partieulier à un de ses convives, 11 faisait entrer à la fin da repas ses femmes et ses filles, et les femmes présentaient une coupe de liqueur au convive choisi, ou à chacun des assistants. » (GÉREB- TZOFF, Cnil. en Russie, I, ch. XVI.)

1 Journal de Françoise KRASINSKA.

8 « M. le staroste offrit à Mme la starostine un trousseau de clefs, et dès le lendemain elle prit possession de son gouvernement.»

3 a Les princes régnants, les tsars, les boyards avaient à leurs cours des fous très-spirituels. » (GÉREBTZOFF, Civil, I, ch. XVI.)

de privilèges que lui ; lui seul a le droit de dire la vérité sans la farder.» Le nom de «petit Matthias» ferait croire que ce personnage était à la fois «fou» et a nain » ; car la noblesse polonaise avait Thabitude d'avoir des nains dans son entourage, et le célèbre Krasowski, qui avait été amené dans votre pays et «donné» à Catherine de Médicis, contribua plus que 4)ersonne à faire élire roi de Pologne Henri de Valois K Les naines étaient aussi estimées que les nains. Sigismond III avait à sa cour huit nains et huit naines. Sur le bas-relief qui orne le tombeau de Cécile, première femme de Wladislas IV, cette princesse est suivie d'une naine. Dans une visite qu'il fit au maréchal Kazanowski, Le Laboureur fut aussi frappe de la physionomie de ces avortons que des richesses du palais : « Ce qui me surprit plus que ces merveilles, dit-il, ce fut de voir des naines extraordinairement petites, qui étaient debout comme en sentinelle pour garder deux petits chiens qui n'étaient pas moins nains en leur espèce, car ils étaient de la taille des souris, et tous deux reposaient dans un panier blanc un peu plus grand que la main, sur un oreiller de satin parfumé, d'où ils sortirent pour aboyer au bruit de notre entrée, puis retournèrent au moindre signe d'une de ces naines. Cellelà était mariée ; et on me fit voir son mari , qui n'est

1 Voyez les Mémoires dn cardinal COMMENDOKI, ce personnairs si funeste à la Pologne , qni la décida à adopter les décrets de ce eon« cile de Trente dont un moine catholique, Fra Paolo 8ABPI, a si hiea écrit rétrange histoire. — Voyes aussi BUN6£N£B, BUMrt d» emtaie de Trente. Paris 1847.

guère plus grand; mais il est moins accompli de laille pour être un peu plus gros K^o

Le comte Bronicki , beau-frère du roi Stanislas- Auguste, possédait un nain qu'on mettait dans une tourte en sucre. Placé sur la table dans cette prison singulière , il jouait du violon et il en sortait pour distribuer des fleurs aux dames. Vous avez pu voir à Paris le dernier représentant de cette race disgraciée. Il était attaché à la maison du prince Czartoryski qu'il avait suivi en France après Tinsurrection de 1831.

Les chasses, les festins, les jeux de cartes, les parties de traîneaux étaient les principales distractions des châteaux. La noblesse polonaise était passionnée pour la chasse qui lui semblait une image de la guerre. Le comte Stecki, mort en 1831, avait toujours chez lui au moins 300 hommes, dont Tunique occupation était de l'accompagner dans ses chasses, qui duraient plus de six semaines. Les anciens châtelains étaient encore plus prodigues quand il s'agissait de satisfaire un goût qui dégénérait aisément en manie chez les Polonais comme chez les Russes. Toute chasse se terminait par un banquet ^. Les festins ne coûtaient pas moins que les chasses ^.

1 Jean LE LABOUREUR , Histoire et relation du voyage de la reine de Pologne, Paris 1648. in-4.

2 Les chasses des seigneurs russes étaient aussi accompagnées de banquets, de danses et de bouffonneries.

3 Les seigneurs russes tenaient aussi à offrir à leurs convives beaucoup de mets, 30 ou 40 ; aux dîners de cour ce chiffre atteignait 150 à 200; on l'a même tu s'élever jusqu'à 500.

«Un dtner donné par un sénateur ou tout autre dignitaire polonais, écrivait Beauplan sous le règne de Sigismond III, coûte soixante à soixante et dix mille livres » K Quand les seigneurs russes donnaient des fêtes , ils tâchaient aussi de se distinguer par la quantité et le prix des plats offerts à leurs convives. Dans les repas solennels les magnats buvaient à verres pleins à la santé des dames, du clergé , de Tarmée et de la magistrature. Ces toasts trop répétés à la prosperitas publica, à la salus pu— blica, causaient aux mères de famille bien des inquiétudes. L'ivrognerie, vice incurable des pays froids , envahit les hautes classes au temps des deux Augustes.

Quand Auguste avait bu, la Pologne était ivre. Stanislas-Auguste Poniatowski se vantait d'avoir guéri le royaume de cette honteuse habitude. On dit qu'un jour, après avoir bu « à la prospérité de la nation », il ajouta : « Quel que soit le dire de la postérité sur Stanislas-Auguste , il lui restera toujours le mérite d'avoir chassé de la Pologne l'ivrognerie saxonne ! »

Le jeu, qui est aussi une des plus funestes passions des Slaves de l'est ^ n'était pas moins nuisible que l'ivrognerie à la stabilité des grandes maisons. De tous les jeux, le plus fatal fut le

1 BEAUPLAN, Descriptio Ukrainœ.

2 En Russie, dans la période des tsars, on jouait de préférence aux échecs et aux dames et très-peu aux cartes. Il en fUt de même en Pologne jusqu'en 1740.

pharaon qui, joué avec des cartes françaises <, fit foreur à la fin du dernier siècle. * Il avait accès partout dans les réunions de famille, dans les bals de la haute société et même à la cour. Souvent en une nuit un gentilhomme ruinait sa femme et ses enfants.

Le kulig, partie de traîneaux, était une distraction fort en vogue dans ces plaines immenses que la neige couvre quelquefois durant des mois entiers. Hommes et femmes prenaient une part très-active à un amusement qui passionnait tout le pays. On se réunissait ordinairement chez un chef désigné pour diriger le kulig, que la musique accompagnait toujours. Parvenu le soir à sa destination, il était reçu avec rhospitalité slave par le châtelain heureux d'accueillir sous son toit une société joyeuse et distinguée. Après quelques jours de danses et de festins , on emmenait avec soi ses hôtes et Ton partait pour un autre manoir. De cette façon, le cortège allait toujours s'augmentant de jolies femmes, d'alertes cavaliers et de brillants traîneaux. Ces trains de plaisir duraient souvent un mois 2. Le kulig d'au^ jourd'hui n'oifre plus qu'une image bien imparfaite de ces fêtes splendides. En Russie, les courses en traîneau sont encore une des distractions les plus populaires du carnaval. Les jeunes gens font la plus

1 Les personnages des anciennes cartes portaient des costumes polonais et guerriers.

S Le secrétaire de Marie-Kasimire , femme de Jean m Sobieski, a laissé une description du splendide kulig qui partit de Varsovie le SO Janvier 1695.

élégante toilette à leurs chevaux et invitent les femmes et les jeunes filles à se promener au galop.

Les magnats, si prodigues dans toutes les circonstances , profitaient des mariages pour étaler leur luxe héréditaire. Quelquefois le roi assistait à ces fêtes ; dans le cas contraire , il se faisait presque toujours représenter par un gentilhomme chargé de porter des présents aux mariés. Dans la petite noblesse, on n'épargnait non plus aucune dépense.

Au milieu du XVir siècle (1659), quand Jean Zamoyski épousa la marquise d'Ârquien, à peine le fiancé fut-il arrivé à Varsovie que les présents et les cérémonies commencèrent. Le premier jour, Zamoyski offrit à la marquise, en présence du roi et de la reine, une bague en diamants, et le second une couronne éâ:alement en diamants. Le troisième jour la fiancée invita ses amies à l'accompa^er au bain >. On avait dressé dans un salon une vaste baignoire en marbre , placée sur une estrade où Ton montait au moyen de six marches ; des tuyaux en argent versaient dans la baignoire des eaux parfumées. Quand elle eut pris son bain, la marquise trouva dans une pièce voisine une magnifique toilette ornée de perles 2, et lorsqu'elle s'en fut parée.

1 Le bain de la fiancée aidée par ses compagnes et du fiancé accompagné de ses amis, n'avait pas moins de solennité chez les Slaves de l'est. (V. GÉREBTZOFF, Civil, en Russie. 1. , ch. XVI).

2 Chez les Slaves de l'est, l'usage des perles était déjà populaire dans la période des tsars. « Une femme occupée des plus rudes travaux^ quand elle allait à l'église le dimanche, mettait sa coifiPure de perletf fines, unique trésor de sa famille, passant de génération en génération et conservant toujours sa forme historiquement primitive. » (GÉBEB- TZOFF, Civil, en Russie, I. , ch. XVI.)

douze pages la conduisirent à la lueur des torches allumées dans les appartements de Zamoyski où Fattendaient un magnifique déjeûner et un concert. Le cortège des noces répondait à ces débuts. Il était ouvert par cent haïdouks et fermé par vingt magnats qui entouraient Zamoyski à cheval, vêtu d'an ztq^an bordé de zibeline, et dont le bonnet étincelaît, ainsi que la garde de son épée, de perles et de pierres précieuses. Le harnais de son cheval avait seul une valeur immense.

Lorsque quelques années plus tard (1661) Stanislas Potocki épousa à Lançuta la fille du grandmaréchal George Lubomirski, douze canons tirèrent pendant plusieurs jours des salves -d'artillerie. Jour et nuit, douze cents soldats et six cents Hongrois montèrent la garde sur les parapets du château ; six cents fantassins firent le service de table , et plu^ de quinze cents personnes apportèrent de riches présents à la mariée et furent traitées pendant trois jours par le maréchal.

Au milieu du XVIII siècle, le luxe était déjà moins grand K Cependant les noces étaient encore fort solennelles. Vous en jugerez d'après le tableau tracé par Françoise Krasinska , ce peintre intelligent de la vie aristocratique à cette époque (1759). Fran-

1 Un habitant du pays de Krakovie établit en 1828 l'échelle décroissante de ce luxe : Les noces de son trisaïeul durèrent 8 jours et on y rida 10 tonneaux de vin ; celles de son bisaïeul 5 jours, on but 9 tonneaux; celles àe son aïeul 3 jours, on vida un tonneau; celles de son fère 24 heures, on but 100 bouteilles ; les siennes une soirée, on n'y but que du vin de ohampagiie en petite quantité ; celles de son fils ne coûtèrent que quelques tasses de thé.

çoise raconte le mariage de sa sœur Barbe avec le êtaroste^ Michel Swidzinski, fils du palatin de Braçlaw :

« Les fiançailles ont été célébrées hier. Le dîner

a été servi à l'heure ordinaire Quand après le

dîner les gens de service se furent retirés, le palatin, aidé de son neveu l'abbé Vincent 2, amena H. le staroste devant mes parents qui étaient assis sur un sopha. Le palatin adressa à mon père un discours, en lui demandant la main de Barbe pour son fils. Après quoi, il plaça sur un plateau soutenu par l'abbé Vincent, une bague enrichie de diamants, qui lui venait de ses ancêtres. L'abbé prononça aussi un discours; mais il y mêla tant de latin qu'il m'a été impossible de le comprendre. Mon père répondit dune manière favorable aux deux discours, et ma mère , en y joignant quelques paroles , plaça sur le plateau une bague garnie de superbes diamants, avec la miniature d'Auguste II, que son père avait reçue de ce monarque.

« Barbe, viens auprès de moi », dit alors mon père ; mais la pauvre enfant était si confuse ^ si tremblante, qu'elle pouvait à peine marcher; je

1 Ce mot n'a pas le même sens qn'en Russie. — On nommait starosties en Pologne de grande» propriétés territoriales.

2 Comme en Angleterre, la haute aristocratie entrait en foole dans le clergé, afin de ne pas laisser sortir de ses mains les biens ecclésiastiques qui formaient les DEUX TIERS des terres du royaume. (Voyes BOUILLET, DicHm. univers. (Thist, art. Pologne.)

S Chez les Slaves de l'est , tonte fiancée « qui se respectait o était obligée de pleurer et de se lamenter. (Voyez GÉRËBTZOFF I, chap.

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