‹ Les femmes en OrientChapitre 20 sur 27 · FINNOISES DES PROVINCES BALTIQUES · texte numérisé non relu

FINNOISES DES PROVINCES BALTIQUES

Réval.

Lorsque la race germanique setablit dans les provinces qu'on nomme aujourd'hui baltiques, elles appartenaient à une fraction de l'espèce humaine dont l'aire d'expansion était fort étendue, et qui est encore liée, dans le septentrion, par une suite de tribus à demi barbares avec les nations mongoliques de l'Asie. Un disciple de Castrèn* m'a expliqué avec beaucoup de clarté les origines et les vicissitudes de cette race finno-mongole qui a joué un si grand rôle dans l'histoire de la Russie. Partie du plateau central de l'Asie, elle s'est étendue au sud jusqu'aux bords du Gange où la trouvèrent les Indo-européens ou Aryas, et au nord jusque dans la Scandinavie,

1 Alexandre Castrèn, le célèbre auteur des Ethnologische Vorlesungen ûber die altaischen Vôlker.

à laquelle elle a fourni ses premiers habitants. Lorsque les Slaves se sont précipités sur la Russie, les Finnois que Tacite nomme Finni, ont été obligés de leur céder une partie du terrain. Au temps de Nestor ils étaient encore fort nombreux en Russie. Même aujourd'hui ils occupent une étendue considérable du territoire de l'empire, où le rameau finno-samoïède se subdivise en quatre branches .: 1"* la branche ougrienne*; 2° la branche bulgare composée des tribus du Volga 2; 3° la branche permienne^; 4° la branche finnoise proprement dite qui comprend les Ingriens, les Finlandais, les Livoniens, les Esthoniens, les Lapons et les Tchoudes.

Il est assez difficile au premier coup-d'œil de reconnaître la physionomie primitive de certaines nations finnoises. Les Finnois-Ouraliens ont été tellement modifiés par les Russes, ceux de la Baltique par les Germains et les Finnois du Volga par les Tatars'S que leur type s'est nécessairement altéré. Mais les langues ont une éternité qui résiste a toutes ces transformations, et la philologie comparée a révélé un lien commun non seulement entre les idiomes finnois, mais entre les langues finnoises et les langues mongoles.

Les populations russes, si variées au premier

1 Les Ostiaks-Oagriens et les Vogoules. Les Magyars ou Hongrois appartiennent à cette branclie.

2 Tels que les Tchérémisses et les Mordyines.

3 Qui comprend les Permiens, les Zyriènes et les Votiaks.

4 Les Tchouyaches , par exemple.

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3il, ont donc entre elles les points de conplus intimes. On peut les diviser en deux principaux : les Slaves (Grands-Russes , Pe- »es. Lettons, Polonais, etc.,) et les Finno- (Ingriens , Finlandais , Ostiaks , Vogouls, lisses, Mordvines, Baschkirs, Kirghis, etc.). 'es races n'atteignent qu'un chiffre très-peu 'able. Aussi, en Esthonie, en Livonie , en oo^.. de, en Finlande et dans le reste de l'empire, a n'y a pas 500,000 Germains, Allemands ou Scandinaves. L'influence immense qu'exerce la race germanique fait illusion sur le nombre de ses représentants en Russie.

VEdda semble avoir en vue les Finnois en parlant des nains qui habitaient sous terre , qui exerçaient la métallurgie et la magie et dont la haine rusée tendait des pièges perpétuels aux Ases, divins habitants de la merveilleuse cité d'Asgard, bâtie au centre du monde. Cette race n'est point encore aujourd'hui très-séduisante, et son infériorité k l'égard des Slaves n'est pas difficile à constater. 11 en est autrement si on la confond , comme certains touristes, avec les Germains qu'on rencontre dans ces provinces. Mais dès qu'on la considère dans son type primitif, toute hésitation disparaît.

Les Finnois pur-sang ont les cheveux roux ou jaunes-bruns, les pommettes saillantes, les joues enfoncées et le teint d'une couleur terne. Us ont toujours aimé les lieux marécageux et les forêts où ils peuvent exercer leur goût pour la chasse et pour la pêche. Ils ne paraissent pas avoir été doués d'ins-

tincts très-belliqueux ; car ils ont été constamment la proie de leurs voisins.

Les Finnois des provinces baltiques , Esthoniens, Livoniens, Ingriens, étaient mêlés, dès le moyenâge, à des peuples dune autre origine. A côté d'eux se trouvaient, en Esthonie, en Livonie et en Courlande des tribus slaves, telles que les Lettes^ Dans les trois provinces que je viens de citer, sur 1000 habitants, on compte environ 900 Esthes ou Lettes, 50 Allemands et 30 Russes. Le reste est Suédois ou Juif. Les Esthes ou Esthoniens et les Lettes sont cultivateurs ou pâtres. Les Allemands forment les classes supérieures. Les cabaretiers, les petits-marchands, les ouvriers de bas-étage sont Israélites.

Les Lettes ou Lettons, frères des Lithuaniens, sont aussi doux et aussi pacifiques que les habitants de la Lithuanie sont vifs, fougueux et jaloux de leur liberté. Ils occupent les bords de la Dvina, le sud de la Livonie et une partie de la Courlande. Dans un ménage lette tout le monde travaille et s'arrange de façon à n'avoir pas besoin de secours étrangers. Les hommes sont d'excellents laboureurs et tirent d'un sol assez maigre tout le parti possible. Ils construisent eux-mêmes leurs maisons , façonnent leurs charrues et leurs meubles. Les femmes tissent et taillent les vêtements de laine grossière dans leurs habitations, qui ressemblent à des villages en miniature. En effet, outre le corps de logis princi-

1 Voyez EICHHOFF , Histoire de la langue et de la Uttératmrt du Slaves^ Russes . . , et Lettons: Paris, 1839.

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pal, elles se composent dune demi-douzaine de cabanes en bois qui ont toutes une destination particulière. — Ces maisons sont dispersées dans les champs et éloignées les unes des autres. Les membres d'une même famille, les habitants dun même district se réunissent à certaines époques solennelles de Tannée ou quand il s'agit de noces et de funérailles.

Les noces sont toujours précédées de fiançailles, dont certains détails rappellent les usages roumains. Le fiancé choisit un avocat chargé de faire accepter sa demande aux parents de la fille. Ce délégué commence par célébrer longuement les vertus de son ami et les charmes de sa bien-aimée. On lui présente alors successivement plusieurs jeunes personnes comme si on voulait le tromper. Après avoir accordé à chacune d'elles toutes sortes d'éloges, il ajoute : « 11 doit y avoir encore dans quelque appartement de la maison une aimable colombe, une douce brebis, c'est elle que je voudrais voir.» Quand on a épuisé les ruses de guerre et les réponses évasives, la fiancée paraît avec deux de ses compagnes qui portent des flambeaux pour la montrer dans tout l'éclat de sa jeunesse. Lavocat ne peut plus alors contenfr son exaltation. Il lui adresse tous les compliments que lui suggère la rhétorique des Lettes et finit par lui proposer un verre de bière ou d'eau-de-vie. Si elle le prend , les fiançailles sont conclues.

La cérémonie du mariage a quelque chose de touchant. La jeune fille est comme l'Andromaque

d'Homère. On n'aperçoit son sourire qu'à travers ses larmes. Sa couronne d'argent, surmontée de plusieurs pièces de métal en forme d'épines, est une image expressive des épreuves réservées à l'épouse et à la mère dans le meilleur mariage* Elle doit s'avancer la tête baissée et le visage sérieux, aBn de prouver quelle est attristée de quitter la maison paternelle et qu elle n'espère pas retrouver dans une famille étrangère l'amour dont sa jeunesse a été environnée. Ses compagnes essaient de lui rendre sa* gaîté en lui parlant du doux avenir qui l'attend. Mais , sans se laisser séduire par ces paroles dorées, avant d'abandonner le toit de ses parents, elle va encore pleurer une fois dans sa chambre virginale les satisfactions sans mélange des plus belles années de sa vie. On l'emporte enfin sur une voiture drapée de blanc. Le collier du cheval , couvert d'étoffes de diverses couleurs, est orné de clochettes. Quand l'épouse entre dans sa nouvelle demeure, elle partage avec son mari un morceau de pain pour montrer que désormais ils se doivent l'un à l'autre et qu'ils se proposent de supporter en s'aidant mutuellement les fardeaux de l'existence.

Les Esthes ont eu les mêmes maîtres que les Lettes. Conquis par les Allemands, ils furent traités comme des êtres d'une nature inférieure * et déclarés serfs. Leur sort s'adoucit sous la domination de la

1 En général, la race germanique ne ménage pas les races conquises. On trouvera de douloureux détails sur la dure tyrannie que les Germains ont exercée parmi les Slaves dans KRASINSKl , Histoire religieme des peuples slaves^ chapitre premier.

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Pologne et sous celle de la Suède. Le grand Gustave-Adolphe. qui préserva l'Europe centrale de la tyrannie austro-romaine, se déclara leur protecteur. Le vainqueur de Wallhof et dç Leipzig diminua les charges et les corvées et abolit l'autorité arbitraire des nobles. La mort le surprit victorieux dans les champs de Lutzen au moment où il allait probablement abolir le servage. Les Esthes pleurèrent avec toute l'Europe le héros qui les aurait peut-être délivrés d'un joug exécré. Les empereurs de Russie, devenus maîtres du pays, oublièrent jusqu'au règne d'Alexandre I" les desseins de Gustave. Deux révoltes n'améliorèrent pas la condition des paysans. Mais Alexandre fut touché de leurs maux. Les serfs, divisés en catégories, furent affranchis successivement. En 1831, cette grande mesure était accomplie K

La population primitive des bords de la Baltique n'a point oublié tout ce qu'elle doit au prince pacifique qui brisa ses fers, et, vainqueur de Napoléon, rétablit en France le gouvernement constitutionnel. Si le nom du fils de Paul est resté populaire, il faut l'attribuer surtout à des actes de cette nature.

Malheureusement les Lettes et les Esthes ont conservé , même après leur aflfranchissement , des

1 Cette mesure devait être étendue à toute la Russie. Il est fort à rejnretter que le successeur d'Alexandre ait préféré à cette œuvre admirable, commencée avec autant de prudence que de résolution, les projets ruineux qui ont abouti aux désastres de la Crimée. Alexandre I^f comme les Anglais dans leurs colonies , avait su faire justice aux serfé sans faire auonn tort aux seign^ears.

habitudes de passiveté qui contrastent singulièrement avec lenergie virile des populations Scandinaves. Chez les Esthes, certaines cérémonies dont le mariage est accompagné , semblent avoir pour but unique de faire comprendre à la femme qu'elle est obligée de pousser l'esprit de soumission encore plus loin que son mari. Le chevalier d'honneur lui place trois fois un chapeau sur le front, et trois fois elle le rejette comme si elle essayait de protester contre la domination qu'on veut lui imposer. Mais enfin, fatiguée dune lutte inutile, elle se laisse donner un soufflet et constate ainsi qu'elle se résigne à une condition presque servile. Le lendemain du mariage, on la conduit en procession dans les diverses parties de son habitation et, afin de paraître accepter volontiers tous les devoirs dune bonfte ménagère, elle balaie le four en présence des assistants.

L'étude des chants populaires de l'Esthonie ^ nous permet de comparer les femmes de ce temps-ci et celles qui les ont précédées. Ces chants n'ont pas moins d'intérêt que les Daïnos des Lithuaniens. Les œuvres des vieux poètes sont si bien accueillis dans la province que les classes élevées en font autant de cas que les paysans : « Quand je suis assise à chanter, dit une muse champêtre, quand je commence ma mélodie , les hommes tombent dans leurs pensées, les jeunes filles fondent en larmes, six

1 L'Esthonie doit de précieuses déconvertes à MM. SCHMIDT, D' KBEUTZWALD, KNÛFFEB, WILMANN, comte MANTEUFFEL, etc.

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baillis prêtent l'oreille, sept grands seigneurs s'arrêtent ; ils écoutent et ils croient que c'est le coucou qui chante, que c'est la gelinotte qui module; oui, quand je fais entendre ma voix, je suis comme le coucou des bois, lorsqu'il vient chanter dans nos demeures. »

Faisons comme « les baillis » et « les grands seigneurs. » Ecoutons un moment « la mélodie 9 du peuple. Elle nous racontera aussi bien que l'histoire les rêves des fiancées et les soucis des épouses.

oc II était une fille, une jeune fille; elle allait garder son troupeau dans les bois; elle y trouva un oiseau qu'elle rapporta avec elle dans la maison. L'oiseau prit bientôt une forme humaine ; il se changea en une jeune vierge , la douce , la bonne Salme.

« Trois prétendants arrivèrent : le premier était fils de la lune, le second fils du soleil, le troisième fils d'une étoile.

« Le fils de la lune se rendit auprès de Salme; il conduisait un char attelé de soixante chevaux. Salme lui dit du haut de son grenier, de l'intérieur de sa maison de pierre : — Non , je n'irai point dans la lune, elle fait trois choses qui me déplaisent: elle se couche dans le brouillard du matin, elle se couche quand le soleil monte, elle se lève quand il descend.

« Le fils du soleil se rendit auprès de Salme; il conduisait un char attelé de soixante chevaux. Salme lui dit de la lisière du bois: — Non, je n'irai point dans la demeure du soleil : le soleil est méchant et plein de caprices; ses rayons déchirent et changent le beau temps en mauvais; si les jours de

la joyeuse moisson approchent, il tire du sein de la terre des masses de vapeurs; quand vient l'époque des semailles , il sèche et brûle le grain , éclaire et foudre, et frappe tous les champs de stérilité.

ce Le fils de Tétoile se rendit auprès de Salme ; il conduisait soixante chevaux. Salme lui cria du haut de son grenier : Conduis le cheval de Tétoile à Técurie; donne-lui du foin à brassées, donne-lui de Favoine à pleines mains ; étends sur lui une fine couverture; mets sous ses pieds un large tapis; que ses yeux dorment sous un voile de soie; que ses pieds reposent dans la paille fraîche. Et toi, fils de Tétoile, prends place à cette blanche table sur ce banc fait de bois de sorbier, voici des mets bien préparés et assaisonnés avec les meilleures épices.

« Le fils de Fétoile entra dans la maison de Salme: — Mange, ô étoile! bois, ô étoile, vis ici dans la joie.

a Le fils de Fétoile fait sonner son épée, son épée d*or; il fait sonner ses éperoQS d'argent : — Je ne veux point manger, je ne veux point boire. Je suis venu ici pour Salme; viens donc auprès de moi, ô Salme.

« Salme lui répondit du haut de son grenier : — Cher jeune homme, cher fiancé, tu m'as donné le temps de grandir, donne-moi aussi celui de me parer. Il est difficile à Forpheline de s'habiller, elle est lente à miettre sa ceinture, la pauvre! Non, je n'ai point de mère, point de parents pour m'aider; les vieilles femmes, les vieilles filles du village sont là seulement auprès de moi; ces femmes, ces filles

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là ont le cœur dur et leurs conseils sont glacés. »

L'épouse qui songe à son mari parti pour la guerre, croit aussi fermement à la sympathie de la nature que la a douce Salme. » Si elle n'élève pas ses vœux jusqu'aux étoiles, elle invoque les éléments de notre globe, afin de les transformer en messagers de son amour.

« 0 vents du ciel, saluez mon époux de votre voix bruyante; grêle, porte-lui mon message; nuage, dis-lui combien je le regrette; ciel, donne-lui Imtelligence et la sagesse; vapeurs de Tair, racontezloi mon amour, faites-lui entendre les vœux de mon cœur!

« Voilà bien des mois que je soupire après lui, bien des semaines que je ne Tai point vu; entre nous s'élèvent de grands bois, des sorbiers nombreux, de nobles tiges de pommiers.

« Que partout où il fait bondir son cheval, il trouve des palais! Que partout oii il le fait danser, il trouve une étable ! que partout où il lui fait tracer un cercle, il trouve une église! Que Dieu repose à ses côtés! Et moi, quand me reposerai-je à mon tour, quand lui donnerai-je le baiser de bien- venue? »

Dans les villes de FEsthonie, de la Courlande et de la Livonie , les mœurs ne sont pas aussi naïves. Mittau, capitale de la Courlande, habitée par une noblesse riche, est animée Thiver par les bals et les réunions brillantes. Le frère de Louis XVI, depuis Louis XVIII, le célèbre auteur de la Charte constitutionnelle, banni par la révolution, y tint quel-

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