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LES LAPONNES

Helsingfors.

Avant de venir dans ce pays, j'avais déjà vu beaucoup de familles laponnes. A Pétersbourg , on regarde avec intérêt ces nomades campés sur les glaces de la Neva, et l'on s'étonne de ne pas voir en eux ces nains dont on a fait de si grotesques peintures. Appartenant, comme les Finlandais, au rameau finnois proprement dit, les Lapons sont de taille moyenne , sans avoir rien de bien remarquable que leur laideur. En Finlande on peut, à chaque instant, s'assurer de ce fait, et sans pénétrer dans leur triste pays , étudier leurs mœurs originales.

La Laponie, dont les deux tiers sont aujourd'hui russes ^ est une des plus lugubres régions du globe , et la rigueur du climat est la principale cause qui a empêché les Lapons de se civiliser comme leurs frères des provinces baltiques et de la Finlande. L'hiver dure huit mois et le mercure gèle fréquemment en plein-air. Sur le plateau central les vents sont d'une violence excessive qui ajoute aux rigueurs de la mauvaise saison. Le dégel a

1 La Laponie roue forme deux cercles. Kola et Kémi, l'un compris dans le gouvernement d'Archangel, l'antre annexé an grand-duché de Finlande.

quelque chose d'effrayant. Lorsque les puissants fleuves roulent dans les vallées les masses brisées des glaces, on croirait assister à une scène du chaos. Le rapide été dont jouit la Laponie, n'a pas non plus beaucoup de charmes. Pendant soixante-deux jours on voit le seigle et l'orge, les seules céréales de la contrée, se lever, jaunir, mûrir et tomber sous la faux. Cet été, qui fait naître une multitude d'insectes malfaisants, ignore la fraîcheur du soir et le repos des nuits; car le soleil reste alors perpétuellement sur l'horizon. Si vous aviez vu comme moi, à Pétersbourg, ces nuits étranges du pôle, vous comprendriez mieux la pénible impression qu'elles font éprouver.

La Laponie qui semble si triste aux voyageurs venant de la Finlande, ne produit pas la même impression sur les hommes qu'elle nourrit. Je doute pourtant qu'ils fassent beaucoup de cas de leurs belles cataractes qui grondent dans la solitude, et que les nappes écumantes de l'Alten et du Kémi disent beaucoup de choses à leur imagination. Les mousses et les lichens qui couvrent les rochers et les plateaux élevés leur paraissent beaucoup plus dignes d'intérêt, parce qu'ils servent de nourriture à leurs rennes. Cette modeste végétation forme, en été, un tapis tellement épais qu'on croirait marcher sur une toison de laine.

Un sol aussi ingrat n'est pas fait pour des agriculteurs. Aussi les Lapons sont-ils presque tous pasteurs ou pêcheurs. Les rivières du nord fourmillent de poissons, et le renne, qui sert à ce pays de

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