‹ Les femmes en OrientChapitre 24 sur 27 · LES FUS'NO-SAMOIÈDES · texte numérisé non relu

LES FUS'NO-SAMOIÈDES

vaches et de chevaux, paît volontiers les iminenses prairies couvertes du lichen qui porte son nom. Une plaine à fond de roche, tapissée de cette espèce de cénomyce , se nomme « un pré > en Laponie. Malheureusement, le troupeau vagabond et récalcitrant n'y reste pas facilement paisible. Les rennes se dispersent volontiers dans les bois et fatiguent par leur humeur inquiète les chiens et les bergers. - La vie des Lapons nomades est donc très-dure. Malgré leur indolence naturelle, ils sont obligés à une perpétuelle activité et à de laborieuses pérégrinations. Mais 0/1 dirait que , chargés de surveiller les pétulants quadrupèdes qui sont leur principale ressource , ils en ont pris le caractère. Un seul mot met un Lapon en fureur. Pourtant le proverbe « mauvaise tête et bon cœur » n'a point ici d'application. Egoïste, dur et trompeur, tout Lapon se figure que rhumanité lui ressemble. Il se défie donc de tout le monde, de ses compatriotes comme des étrangers. Servile envers les puissants, il est impitoyable envers les faibles. Quoiqu'il ait embrassé la foi orthodoxe dans la Laponie russe et le protestantisme dans la Laponie suédoise, le christianisme na point transformé ce cœur plus dur que les rochers du Fînmark.

Aussi toutes ces passions sont-elles uniquement matérielles. Il ignore même le nom de Famour qui est remplacé dans sa langue par une expression grossière. Le tabac et les satisfactions gastronomiques sont, à peu près, ses seuls plaisirs. Or, son ordinaire n'est pas aussi mauvais qu'on se le figure

généralement. La chasse lui procure du gibier de toute sorte. L'été, le pays se remplit d'oiseaux aquatiques , qui couvrent les tles de leurs œufs ; Fintérieur se peuple d'excellentes espèces de gallinacés, tels que la poule de neige, la perdrix blanche, la gelinotte et les coqs de bruyère du nord. Le renne fournit une viande très-supérieure à celle du mouton et un lait excellent. Le fromage fabriqué avec ce lait est le meilleur qu'on connaisse. Un Lapon ne néglige pas non plus d'exploiter le règne végétal, qui lui offre, outre les choux et les raves, les racines de l'angélique, ainsi que les tiges du fungm et les fruits de plusieurs arbustes à baies qui sont l'orgueil de la flore laponaise L Avec toutes ces ressources, auxquelles il faut ajouter d'excellent poisson, il n'est point étonnant qu'on apprécie dans ce pays les distractions gastronomiques auxquelles les peuples méridionaux se montrent généralement indifférents. Mais la plus grande joie que puisse éprouver le Lapon , celle qui lui fait oublier la gourmandise, leau-de-vie et même le tabac, vient delà possession de quelques roubles. L'auri sacra famés possède la Laponie entière. Aussi, quand un habitant de ce pays veut se marier, met-il bravement de côté toute considération sentimentale. On peut dire, en général, que le Lapon sacrifie sans hési-

1 Les fruits du rubus areticus sont les plus estimés des gourmets. Ceux du nf6iw ehamamorus , qui couvre peut-être 400 à 500 lieues , joi* gnent à une saveur agréable une vertu anti-scorbutique. Le Aruit de l'airelle canneberge et d'autres espèces voisines se perfectionne même dans ce climat.

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tation tous ses goûts à son intérêt. Autrefois esclave des noaaids (sorciers), il s'en détache de jour en jour, parce qu'il a remarqué que ces magiciens ont besoin pour arriver à l'extase d'une quantité énorme de tabac et d*eau-de-vie*. On Je verrait encore plus aisément renoncer à une jeune fille qui n'aurait que de la beauté et un bon caractère. Il cherche donc autour de lui, quand il songe à se marier, non pas la plus jolie personne, mais celle qui doit hériter, à la mort de ses parents, d'un nombre satisfaisant de rennes et d'une ample provision d'ustensiles si nécessaires à ces pauvres ménages. Une fois son choix arrêté, il se rend chez les parents de la fille avec celui qui doit lui servir d'avocat. L'orateur se présente seul, tandis que l'amant reste discrètement à la porte. L'ami, après avoir fait part de sa mission il la famille, présente au père un verre d'eau-de-vie, et si celui-ci l'accepte, il fait comprendre qu'il approuve le mariage pour lequel on vient solliciter son consentement. Le jeune homme est alors invité à entrer, et il oflFre à la fille une bourse en cuir avec un anneau en argent doré , et un vêtement neuf à ses parents. Si la famille, après avoir consenti, vient à changer d'avis, toutes les dépenses qui ont été faites, même celles relatives aux objets consommés, restent à sa charge, et elle est, en outre, obligée de restituer les aadeaux. Aussitôt que les parties se ■sont accordées, le garçon obtient la permission de

1 La Laponie était considérée par let anciens Finnois comme on des centres de la science magique. Aussi le Kalewala y place-t-il la demeure de la fameuse sorcière Louhi.

faire sa cour. Toutes les fois qu'il profite de cette autorisation, s'il n'a pas une grande confiance dans son éloquence, il a soin d'apporter à sa bien-aimée du tabac ou de Teau-de-vie.

Le jour des noces arrivé , l'accordée parait dans ses atours; son habit est, à peu près, le même que celui qu'elle porte ordinairement, c'est-à-dire qu'elle a, en hiver, des culottes de drap et une pelisse de peau de renne, et, en été, une espèce de longue blouse en toile ou en laine. Mais le bonnet décoré d'ornenients de fils d'étain est rois de côté. La fiancée laisse flotter sur ses épaules sa noire chevelure, qui n'est retenue, la plupart du temps, que par un bandeau de difierentes étoffes et, quelquefois, par un filet. La cérémonie du mariage est suivie d'un festin frugal, et les convives aisés donnent aux époux quelque argent, un renne ou un meuble. Le gendre reste habituellement un an chez son beau-père pour l'aider dans ses travaux, et, à la fin de l'année, il se retire dans sa tente , s'il fait partie des Lapons nomades, avec le troupeau de rennes que le père consent à céder à sa fille en la mariant.

La vie des femmes est loin d'être douce, parmi ces nomades. Elles accouchent sans médecia et en se suspendant par les bras à une corde tendue entre deux piquets. Elles n'ont point de garde-malade, et si elles sont d'une faible constitution, jamais de nourrices. Les langes sont remplacés dans le berceau de leur enfant par une simple couche de mousse. Ce berceau n est lui-même qu'un tronc d'arbre creusé, aminci par le bas et évasé par le haut. En voyage,

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les Laponnes le portent sur les épaules retenu par une courroie de cuir et le plantent debout quand elles s'arrêtent. Dans ces pénibles pérégrinations, accomplies, en hiver, à travers les ténèbres, sous un ciel qui congèle le naercure et, en été, sous le poids d'une chaleur intolérable, au milieu d'une multitude de moustiques altérés de sang, les enfants sont exposés à toute espèce de souffrances. Aussi , les mères étant peu fécondes, ce peuple diminue-t-il sensiblement. Il ne pourrait échapper à la destruction qu'en renonçant à la vie nomade. Le succès qu'ont obtenu, avec l'appui du gouvernement, le^ défrichements entrepris par les Lapons des districts méridionaux les décidera probablement à renoncer à leur existence errante et à leur kota,

La tente ou kota est formée d'un faisceau pyramidal de pieux que recouvre une pièce d'étoffe de laine grossière et épaisse. On ménage au haut une ouverture pour laisser passer la fumée. De cette ouverture descendent des chaînes de fer qui tiennent les chaudrons et les pots suspendus au-dessus du foyer. Des peaux de rennes , étendues sur des branches de bouleau, servent de siège le jour, et, la nuit, se transforment en lits. On y ajoute des matelas et des couvertures faites avec la mousse d'ours. Quand il s'agit de dormir , le père et la mère prennent la place d'honneur, puis viennent les enfants, les hôtes, les domestiques et les chiens.

Les Lapons pêcheurs n'ont pas à souffrir les mêmes inconvénients que les nomades. Ils demeurent dans des huttes de bois ou dans des cabanes

en terre, bâties dans le voisinage des eaux. Malheureusement , le rude et interminable hiver de la Laponie les expose à de cruelles privations.

Quant au villes, elles ont encore très-peu d'importance. En 1602, Charles IX, roi de Suède, fonda Torneà, qui n'a guère maintenant que 550 habitants avec une garnison de Kosaks. Depuis que les deux tiers de la Laponie ont été cédés à la Russie par les traités de 1815, flaparanda tend à supplanter Torneà. Haparanda, qui a une population d'environ 300 âmes, est une bourgade assez animée, mais les bourgeoises de cette localité sont obligées à de grandes précautions pour défendre leur nez contre les rigueurs de Fhiver. Malgré la profonde obscurité de cette saison ^ leurs yeux ne peuvent supporter sans voile le contact de l'air. Cependant, il existe sur les bords de la mer Glaciale des contrées plus désolées encore où vivent, — je devrais dire végètent, — les sujets de l'empire les plus maltraités par Timpitoyable nature du nord.

1 Si , en été, les Lapons ont des jours sans nuit , en hiver , ils ont des nuits perpétuelles.

LETTRE IV

FINNOISES DES BRANCHES PERMïENNE . BULGARE ET

OUGRIENNE.

Helêinyfors.

Les Finno-Mongols , — trop souvent mis de côté par vos écrivains occidentaux, — occupent sur le globe des territoires immenses. Tandis que cette race innombrable , partie du plateau central de FAsie, poussait au sud le rameau thibéto-dravidien ^ le rameau turco-tatar se prolongeait vers l'ouest; le rameau mongolo-mandchou dans la direction de Test, et le rameau finno-samViède^, qui semble, par ses entrecroisements avec le rameau mongolo-mandchou, avoir donné naissance à la famille eskimaue et même aux Peaux-Rouges d'Amérique, se développait vers le septentrion. Je vous ai déjà parlé, mon amie , des nations finnoises proprement dites , mais les Finno-Samoïëdes tiennent une si grande place en Russie que nous allons encore les retrouver dans d'autres régions de l'empire.

La branche permienne des Finno-Samoïèdes comprend les Zyréniens, les Fermions et les Votiaks.

Les premiers, qui ont adopté la langue russe.

1 Dans le Thibet, rHindonstan primitif et llndo-Chine.

2 Qu'on nomme aussi race boréale.

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