LES MONGOLES
Pétersbourg.
Les Mongols, dont le nom a été autrefois si redouté en Europe, forment la plus grande et la plus puissante nation de TAsie centrale. Mais aujourdh'hui, loin d'être, comme naguère, un sujet d'épouvante pour la Russie, les populations mongoles ont, ou bien accepté sa domination, ou sont à la veille de la subir. Des trois familles dont elles se composent, deux , les Bouriates et les Kalmouks, peuvent être regardées comme subjuguées, l'autre, les Mongols orientaux, qui habite le plateau de l'Asie moyenne, est évidemment destinée au même sort. Le caractère même des Mongols les disposait à sabir un joug étranger. Ils n'ont rien de la vivacité et de l'énergie des Mandchous. Flegmatiques et mous, ils ont trouvé dans le bouddhisme, dont ils ont augmenté les innombrables sectateurs, un culte
LES MONGOLO-MANDCHOUES. 467
conforme à leurs tendances essentiellement pacifiques ^ Il serait difficile de reconnaître en eux ces pâtres féroces qui, avant leur conversion à une religion qui compte aujourd'hui 360,000,000 de fidèles, ont fait trembler Funivers civilisé et qui voulaient « rendre au monde sa beauté primitive d en effaçant du sol jusqu'à la trace des monuments et des cités.
Les Bouriates, qui vivent dans le gouvernement d'Irkoutsk et aux environs du lac Baïkal (Russie asiatique), sont la moins importante des trois familles mongoles. Cette nation est connue par son attachement au bouddhisme que le gouvernement russe tolère, comme toutes les autres religions; car dans cet immense empire les orthodoxes vivent à côté des disciples de Zoroastre^, des partisans du brahmanisme ^ de rislamisme , du bouddhisme et du chamanisme , qui tous pratiquent paisiblement leurs rites. Une semblable tolérance paraîtra sans doute étrange à Rome ou à Madrid, où les chrétiens eux-mêmes, dès qu'ils n'obéissent pas au pape, sont obligés de se priver de l'exercice de leur religion. Mais l'Eglise orientale rougirait d'une législation aussi con-r traire aux droits les plus sacrés de la conscience.
Non seulement les peuples qui n'ont pas embrassé le christianisme vivent en paix chez les Sla-
1 Voyez E. BUBNOUF, lutroduetion à VhUtoire du Bouddhisme indi€u, Paris, 1844, in-4; et £. UPHAM, The history and doctrin of BndkisTHj Londres, 1829, iii-4.
2 II en reste encore dans le Chirvan.
3 Madame HOMMAIBE DE HELL a assisté , à Astrakhan , à une cérémonie brahmanique.
ves de Test, mais ils peuvent avoir autant de prêtres qu'ils veulent. Les Bouriates usent très~amplement de cette liberté. Le nombre de leurs lanuu^ est vraiment prodigieux. Ces prêtres sont vêtus à peu près de la même manière que les cardinaux romains. Ils portent un riche costume écarlate avec un chapeau à large forme. Comme les Bouriates sont peu lettrés, ils leur ont appris à se servir de « la roue des prières » , une des plus curieuses inventions du bouddhisme. C'est un grand cylindre en papier sur lequel sont écrites les oraisons. Les fidèles, surtout ceux qui ne savent pas lire, font volontiers tourner ce précieux tambour, et cette momerie vaut, dit-on, les meilleures prières. Un procédé aussi ingénieux doit être regardé comme un perfectionnement du chapelet catholique; car il dispense même de la monotone et insipide répétition de YÂve Maria. Du reste, bien avant Torganisation du catholicisme, les prêtres de Bouddha avaient inventé toutes les pratiques que Rome a adoptées. Il suffit, pour s en convaincre , de jeter un coup-d'œil sur le Foé-Koué' Ki^. « Rien de nouveau sous le soleil. »
Je n'ai pas besoin de vous dire, mon anue, que les dévotes bouriates ont souvent recours à « la roue des prières. » Elles aiment aussi à paraître, dans les cérémonies religieuses, vêtues de soie bleue.
1 Les Bouriates appartiennent à cette fraction du bouddhisme qa^oa nomme lamaïsme.
2 Ce curieux ouvrage qui jette un jour si vif sur les origines d'une multitude de pratiques importées d'Asie en Europe, a été traduit en français par MM. Âbel Bémusat et Landresse.
LES MONGOLO-MAXDCIIOUES. 469
et portant au front de riches bandeaux ornés de noalachite, de corail et de nacre. Elles se tiennent ainsi habillées et les mains jointes, le long de la DQuraille, à l'entrée du temple. La fête qui doit plaire par-dessus tout au sexe féminin est la solennité dans laquelle on promène sur un char magnifique autour de l'édifice consacré , la statue de la mère de Tschinemune, c'est le nom que les Bouriates donnent au bouddha Sakia-mouni^
Les Mongols orientaux n'ayant pas encore de rapports intimes avec les Russes, je vous parlerai de préférence des Kalmouks — nommés aussi Mongols occidentaux — qui s'avancent dans la Russie d'Europe jusque sur les bords du Jaïk, du Volga et du Don et qui vivent paisiblement sur un territoire oîi des souverains mongols ont autrefois régné 2. Des savants distingués de ce pays se sont occupés spécialement de ce peuple. Pallas, qui fut appelé de Berlin en Russie par Catherine II, publia, en allemand , un ouvrage d'une très-grande importance, intitulé Mémoires sur les peuples mongols'^. Ce savant naturaliste visita les Kalmouks^. Au commencement du règne de Catherine , Benjamin Bergmann , docte pasteur livonien, fit paraître à Riga un livre dans lequel il raconte ses voyages chez les Kalmouks,
1 Voyez sur Sakia-mouni ou Çakya-mûni les articles de M. BIOT dans le Jommal des savants^ avril, mal et juin 1845.
2 Voyez 6ÉREBTZ0FF, CMl. en Russie. — Période mongrole.
3 En deux yolumes in-4°.
4 Voyez son Voyage dans dioerses parties de C empire russe , 1771-76, 3 vol. in-4".
écrit très-curieux pour ceux qui s'occupent des traditions religieuses des peuples K Avant lui, Alexandre LéontiefiP avait eu Theureuse idée de traduire du mandchou en russe le Voyage dun envoyé chinois vers Aiouki , khan des Kalmouks^. Mais comme ces divers travaux, malgré leur mérite incontesté, ont un peu vieilli, je n'ai pas négligé de consulter les personnes qui pouvaient me fournir les rectifications nécessaires. La femme d'un peintre de cette ville , née au pays de ces nomades, m'a souvent entretenue de leurs opinions et de leurs coutumes pendant les longues heures où j étais occupée à peindre dans l'atelier de son mari. En Técoutant, je croyais entendre le docte professeur qui raconte d'une manière intéressante sa visite au colonel Tumèn , qu'il nomme un kniaz (prince) kalmouk 3.
Les chefs actuels de cette nation ont une position qui paraît bien modeste si l'on se rappelle le temps où Pierre-le-Grand recevait au bord de sa galère, sur le Volga, près de Saratof, Aiouki-khan* et sa femme avec tous les honneurs réservés aux têtes couronnées. Aiouki, malgré ces prévenances, n'accorda que 5000 cavaliers à Pierre qui en demandait 10,000. Lorsque les Kalmouks étaient arrivés sur
1 Voyez A. BER6MANN, JVomadische Streifereiea, Riga, 1804, 2 vol. In-t2.
2 Pétersbourg, 1782, ln-8'».
3 Voyez HAKSTEEK, Reise- Erinnerungen aus ^ibirien. Deutsch von Sebald. Leipzig, 1854.
4 Cet Aionki-khan est le même auquel l'empereur de la Chine envoya une ambassade.
LES MONGOLO-MANDGHOUES. 471
les bords du Volga (1630), un des prédécesseurs d*Aiouki, Cho-Orloëk, s'était montré beaucoup moins aimable. II avait assiégé Astrakhan, qui ne dut son salut qu'à la mort du khan tué pendant qu*il attaquait la ville. Cependant Daitschink, son fils, reconnut la souveraineté de l'empire. Son petit-fils Âiouki, n'en fut pas, comme je vous l'ai montré, plus docile , et ce chef guerrier suivit , dans un règne de cinquante ans, une politique souvent peu conforme aux vues des Russes. Dondouk-Ombo, son beau-fils, changea complètement de tactique. Il combattit pour la Russie avec ses Kalmouks contre les Nogaïs et les autres habitants du Kouban. Après sa mort, sa veuve, femme active et intrigante, fit proclamer, au détriment de ses enfants en bas-âge ^ le plus jeune de ses frères , petit-fils du célèbre Aiouki-khan. Oubacha, qui lui succéda, seconda avec énergie les Russes contre les Nogaïs et les Turcs. Ce fut au retour de ces campagnes que, menacé de voir son autorité annulée par Catherine II, Oubacha quitta les rives du Volga avec 500,000 Kalmouks, femmes et enfants (5 janvier 1771), et retourna dans la patrie de ses pères se soumettre à la suzeraineté de la Chine. De nos jours, on a vu les descendants
1 Un de C08 enfants, ayant embrassé le christianisme, prit le titre de prince, en donnant à son nom une terminaison rnsse (Doundoulcoff)- L*emperenr Alexandre a autorisa M. Micliel Karsakoif, qui avait épousé la flUe dn dernier prince Doundoukoff, à Iiériter du nom et du titre de son beau-père. » — Doundoukoff-Karsakoif. — (Pierre DOLGOROUKI, NoHee, etc., chap. Vn, familles princières d'illustre origrine étrangère.)
de ces Kalmouks, cédapt à d'autres inspirations, redevenir vassaux de la Russie ^
Après cette émigration , les Kalmouks restés sur le territoire russe, furent assujettis à la juridiction du gouverneur d'Astrakhan^, duquel relèvent les chefs des divers oulouss ou hordes. Le nom de deux de ces chefs, le capitaine Doundoukoff et le colonel Tumèn, est parvenu en Occident. Le premier n'a point laissé d'enfants. Il avait 200,000 roubles (800,000 fr.) de revenus et lorsqu'il reçut les épaulottes de capitaine, il donna à Astrakhan un bal qui lui en coûta 15,000 (120,000 fr.). Il avait fait sur ses terres quelques essais d'agriculture, mais avec moins de succès que Tumèn. Ce dernier, quoique fort attaché au bouddhisme , a montré beaucoup de penchant pour les habitudes européennes. Renonçant à la tente mongole, que DoundoukofiP n'avait pu se résoudre à abandonner, il a fait construire dans une lie du Volga un véritable palais, oii il a reçu successivement les visites de MM. Hansteen et Hommaire de Hell. En comparant les récits de ces savants et les narrations de Pallas et de B. Bergmann, on se convaincra que les Kalmouks peuvent, jusqu'à un certain point, se façonner à la civilisation. Du reste, le colonel en a pris des leçons à Paris même, où il est entré, en 1815, avec un régiment levé à ses frais. Jouissant d'une fortune considérable, il a pu satisfaire ses goûts et mener, dans son tie, la
1 Voyez Livre I, lettre VU. — Le« Sibériakes.
2 Le gouvernement d^Astrakhan est situé dans la Russie orientale.
LES MONGOLO-MANDCHOUES. 473
vie d'un grand seigneur européen. Le professeur Hansteen , dont Fesprit sagace ne laisse de côté aucune question intéressante, profita du bienveillant accueil de Tumèn pour lui manifester le désir de voir des dames kalmoukes. Tumèn consentit à introduire le docte astronome dans une kibitka (tente), où il trouva douze femmes assises à côté Tune de Tautre et occupant un quart environ de la circonférence de la tente, au milieu de laquelle on avait allumé du feu. Ces femmes étaient petites et laides et M. Hansteen déclare franchement qu'elles avaient une « triste tournure. x>
M"* Hommaire de Hell eut plus tard Toccasion d'avoir avec la famille du chef kalmouk des rapports plus intimes, qui lui ont permis de recueillir de curieux détails sur les habitudes des personnes de condition dans ce pays. La cour de Tumèn lui a laissé, ainsi que sa résidence , les plus agréables impressions. L'îlot qu'il habite lui a paru « un nid de verdure, n'attendant qu'un souffle pour s abandonner au cours rapide du Volga. » Elle a admiré « la blanche façade de ce palais , tout brodé en dehors de balcons et d'ornements bizarres , tout rempli intérieurement de velours, de tapis, de cristaux*.» Mais après avoir contemplé à son aise cette magnifique demeure, qui domine le cours majestueux du fleuve, elle sollicita la faveur d'être présentée à la belle-sœur du colonel , dont on louait la beauté et
1 M. et M™« HOMMAIRE DE HELL, Les steppes de lu jVerCaspienmej etc., I, chap. XXI.
a qui passait pour très-savante parmi son peuple. x> Comme on était dans la saison chaude, cette dame préférait sa kihitka au palais. Elle attendait M*"' Hommaire dans une pièce circulaire assez vaste, recevant le jour d'en haut, tendue d'un damas rouge et dont le sol était couvert dun superbe tapis; l'air était chargé de parfums. Au fond de la tente, la belle Kalmouke était assise sur une estrade, environnée d une vingtaine de suivantes en grande parure, accroupies sur leurs talons. Sa taille était imposante, sa bouche ornée de dents éblouissantes; mais sa peau était brune , ses yeux étaient obliques et ses pommettes saillantes. L'expression de sa physionomie était singulièrement douce et ses manières respiraient la bienveillance humble des femmes de sa race. Un costume splendide ajoutait à des charmes, qui auraient fait d'elle « une fort jolie femme même en France. » Sur sa robe d'étoffe persane, toute galonnée d'argent, elle portait une tunique en soie légère, ouverte sur le devant et descendant jusqu'aux genoux; le corsage montant, tout-à-fait plat, étincelait de broderies d'argent et de perles fines, qui cachaient toutes les coutures. Sur sa tête était posé un bonnet de forme carrée , en étoffe jaune, bordé d'une riche fourrure. Ses beaux cheveux noirs tombaient en deux tresses oh s'enroulait une chaîne d'or qui, en passant sur sa poitrine, venait se rattacher à ses oreilles par deux anneaux du même métal. Son cou était entouré d'un fichu en batiste, retenu par un bouton de diamants. Ses mains étaient couvertes de mitaines noires et elle tenait un mou-
LES MONGOLO-MANDCHOUES. 473
choir en batiste brodée. Les dames d'honneur portaient un costume analogue, mais moins riche; elles n'avaient point de mitaines.
Avant de quitter l'île , M"'* Hommaire reçut de la belle-sœur de Tumèn deux chansons kalmoukes composées par elle et écrites de sa main. Voici une de ses chansons qui prouve assez que les femmes de cette race ont une imagination singulièrement paisible et que leurs préoccupations ne s'élèvent pas au-dessus des impressions vulgaires.
« Mon cheval roux qui dispute le prix de la course au chameau, broute l'herbe des champs du Don. Dieu, notre Seigneur, tu nous accorderas la faveur de nous retrouver dans un autre pays. Et toi , charmante petite herbe , balancée par les vents, tu t'étends sur la terre. Et toi, ô cœur le plus tendre, volant vers ma mère, dis-lui : qu'entre deux monts et des vallées demeurent cinquante braves qui s'approchent avec courage pour tuer une outarde bien grasse. Et toi, tendre mère nature, soisnous propice. »
Le chef dont je viens de vous décrire le palais, est une exception. Le capitaine DoundoukofiP, vous vous le rappelez , n'a jamais pu se résigner à quitter sa kihitka. Comme lui, les Kalmouks européens aussi bien que les Kalmouks d'Asie, préfèrent la vie nomade à l'existence sédentaire des agriculteurs. Les premiers errent dans les steppes de la mer Caspienne, établissant leurs campements d'été dans la partie la plus septentrionale du pays et revenant l'hiver sur le littoral de la mer et sur les rives de
la Kouma, où d'innombrables roseaux servent à la nourriture de leurs bestiaux et alimentent leur foyer. Le sol étant, en général, impropre à la culture >, ne peut être habité que par des pasteurs qui vivent comme les patriarches de TAncien-Testament. Malheureusement, le climat n'est pas aussi beau que celui dont la Bible nous parle. Pendant quatre mois, on a, à l'hombre, 28 et souvent 32 degrés Réaumur, et Thiver le thermomètre descend à 28o audessous de zéro , et cela dans une contrée plate, exposée à toute la fureur des vents du nord et de l'est. De pareils inconvénients ne permettraient guère au Kalmouk de chanter comme le Bohémien de Béranger :
La vie errante
Est chose enÎTrante,
s'il n'était doué d'une assez forte dose de philosophie pratique pour supporter aisément ces pérégrinations. Un changement de résidence semble même réjouir les femmes aussi bien que les hommes. Aussi loin que la vue peut s'étendre, le steppe est couvert de chevaux et de bétail. Des Kalmouks à cheval et suivis de leurs chiens parcourent les troupeaux qu'ils maintiennent en bon ordre. Des groupes de garçons, de jeunes femmes et de filles font retentir l'air de cris joyeux. Puis viennent les cha-
1 Les essais d'agrriculttfre , faits par Tamèn sur la rive gauche dn Volga, essais qui ont parfaitement réussi , n'auraient pas eu de saucés dans la plus grande partie de la contrée occupée par les hordes kalmoukes.
LES MONGOLO-MANDCHOUES. 477
meaux, portant les matrones et les femmes qui ont des enfants en bas-âge; ceux-ci sont ordinairement suspendus dans des corbeilles aux flancs de l'animal ; d'autres ce vaisseaux du désert » sont chargés des feutres qui composent la kibitkay de provisions et dustensiles de ménage.
Ce genre d existence assure aux femmes à la fois beaucoup d'indépendance et beaucoup de travail. Les filles peuvent, comme les épouses, s'exposer sans crainte aux regards des étrangers. Mais la liberté dont jouissent les jeunes personnes ne va point jusqu'au choix d'un mari, idée qui ne s'accordera jamais avec les théories des religions asiatiques, même avec le bouddhisme, le plus libéraU des systèmes religieux de l'Asie. Le mariage est une vente et le futur doit donner un certain nombre de chevaux et de chameaux aux parents de celle dont il demande la main. Une fois les conventions arrêtées, le fiancé, accompagné des principaux personnages de son oulouss , monte à cheval et part pour enlever la jeune fille. Après un simulacre de résistance il l'emmène sur une monture richement caparaçonnée, au milieu des cris de joie et des coups
1 La charité recommandée par ce culte va si loin que Sakia-mounl s'offrit comme victime à une tig^resse affamée. La fraternité bouddhiste embrasse, en effet, les animaux comme les hommes ; mais basée sur le monachisme , cette religion a produit partout l'exploitation des multitudes par des couvents avides et corrompus. L'histoire présente plus d'un exemple de ce genre. Les moines chrétiens — qui se disent disciples de l'Evangile — n'ont ils pas, cette année même, ordonné le massacre de Pérouse? N'ont-ils pas, autrefois, offert au « prince de la paix » d'abominables sacrifices humains nommés a actes de foi ? »
de fusil de ses compagnons. Lorsqu'on arrive à Ten- . droit oii le nouveau ménage doit planter sa kibitka, les fiancés mettent pied à terre, s'agenouillent sur des tapis et reçoivent la bénédiction des prêtres. Quand ils se sont relevés, ils se tournent vers le soleil et adressent à haute voix des invocations aux quatre éléments. Tout se termine par la construction de la kibitka, où la jeune épouse reste enfermée pendant un an. A la fin de cette lune de miel un peu longue, elle jouit de nouveau de la liberté de ses mouvements.
Quoique la polygamie ne soit pas positivement interdite aux Kalmouks, elle est fort rare. La répudiation est plus fréquente. Un mari qui se croit trompé renvoie sa femme, ordinairement sans éclat, après lui avoir fait cadeau de quelques têtes de bétail. Cette séparation n'entraîne aucune intervention du clergé.
Le « sexe fort » qui se réserve le droit d'avoir recours au divorce >, laisse, en revanche, au «sexe faible » tous les travaux pénibles. Non seulement les femmes doivent faire la cuisine et s'occuper des enfants , mais elles sont obligées de dresser les tentes, de soigner le bétail, de tanner les peaux ^ et de fabriquer les vêtements. Quant à leurs seigneurs
1 Oo, pour mieux dire, à la répudiation. La confusion de ces deux idées entraîne bien des inconvénients. La répudiation est un abus trèscondamnable qui mérite d'être flétri comme un usage de la force brutale, n n'en est pas ainsi du divorce , droit égal dont chaque conjoint peut user> non pas arbitrairement, mais pour de graves motifs.
5 PALLA8, Voytigey décrit les procédés qu'elles emploient.
LES MONGOLO-MANDCHOUËS. 479
et maîtres, après avoir pansé leurs chevaux, ils vont à la chasse, jouent, fument et boivent. Aussi, au bout de quelques années, les femmes, atteintes d'une décrépitude précoce, deviennent-elles horribles à voir. Comme elles portent, ainsi que leurs époux, un costume en drap jaune, garni d'une fourrure de peau d'agneau noir^ il faut quelque attention pour découvrir dans la foule les personnes qui appartiennent au « beau sexe ». Les deux tresses sont la seule marque qui le distingue.
Après vous avoir parlé de la vie extérieure des femmes kalmoukes, il me reste à vous faire con-naître leurs sentiments et leurs idées. La résignation est le trait fondamental de leur caractère. Mais la résignation mongole ressemble singulièrement à rinsouciance. L'eau-de-vie les consolerait de bien des chagrins si leurs maris ne se réservaient ce funeste poison 2. A défaut d'alcool, la superstition engourdit leur intelligence lorsque surviennent les épreuves de la vie. Quand elles sont en couches, elles font venir plusieurs prêtres qui répètent des litanies, tandis que le mari court autour de la tente avec un gros bâton pour donner la chasse aux malins esprits. Dans des circonstances moins sérieuses, les Kalmoukes ont recours à « la roue des prières » et à leur chapelet. Les personnes de haut rang ont
1 Outre le largue pantalon , les gêna aisés portent deux long^ues tuniques dont Tune est arrêtée à la taille, mais la plupart des Kalmouks se contentent d'une jaquette à manches étroites.
2 II serait fort à désirer que les paysans russes interdissent aussi à leurs compagnes cette boisson abrutissante.
i80 LIVRE V.
une méthode encore plus commode : elles font planter devant leur kibitka une longue perche portant une bannière sur laquelle sont inscrits quelques versets et elles laissent au vent le soin de prier pour elles. Une théologie qui produit de pareils résultats et qui , pourtant, a su devenir la plus populaire des religions, mérite au plus haut degré l'attention des penseurs, et B. Bergmann a eu raison de Tapprofondir. Mais je ne pourrais vous la faire comprendre qu'en exposant les dogmes et l'histoire du bouddhisme, dont le lamaïsme n'est qu'une branche. Il me suffira de vous dire que le lamaïsme est au bouddhisme ce que le catholicisme est au christianisme. C'est une hiérarchie savamment organisée, hiérarchie qui a servi de modèle au gouvernement de l'Eglise romaine. Au sommet est le représentant de la divinité, le Dalaï-Lama^; puis viennent des évêques que les Kalmouks nomment bakehaus; des prêtres qu'ils appellent ghelungs; des ministres auxquels ils donnent le nom de guetzxds (ou diacres), et enfin d'autres ministres d'un degré inférieur ou mandschis (ordres mineurs). Tous font vœu de pauvreté et de chasteté. Mais ces deux vœux sont observés d'une façon également dérisoire. La manière dont le clergé bouddhiste comprend le célibat, a trop d'influence sur la condition de notre sexe dans les steppes de la mer Caspienne pour que je ne vous
1 Cinq cents familles qui occupent les deux rives de la Kouma. entre Vladimirofka et la mer Caspienne , sont appelées chrétiennes et comme telles astreintes au service militaire. Mais leur christianisme semble purement nominal.
LES MONGOLO-MANDCHOUES. 481
en dise pas un mot, ma chère amie. Le superstitieux Kalmouk aimerait autant que ses prêtres fussent fidèles à leurs engagements; mais il professe pour eux une telle vénération, qu'il a l'air de considérer comme un honneur le choix qu'un membre du clergé fait de sa femmes II n'est pas nécessaire d'aller chez ces nomades pour trouver des preuves d'une candeur aussi extraordinaire.
1 Le gouvernement russe, depuis l'émigration d'Oubaclika, a sagement interdit toutes relations des Mongols avec ce pape du Thibet. Plus prudent que certains princes de l'occident, il a compris le danger d'abandonner des populations trop crédules & des influences étrangères.
U. Les Mongolo-Mandchoues. 31
LETTRE II
LES MANDCHOUES.
Pélersbourq.
Je VOUS ai, mon amie, montré chez les Kalraouks une des transformations du bouddhisme. La religion de Sakia s'est modifiée dune manière encore plus profonde dans la famille tongouse, à laquelle appartiennent les Mandchous, dont le pays est le berceau de cette race énergique, qui est aussi vive, aussi adroite et aussi résolue que les Mongols sont flegmatiques et paisibles. Partis de la Mandchourie, les Tongouses ont rayonné en différents sens et se sont avancés dans la Sibérie orientale, laissant sur leur route des tribus du même sang qui servent, pour ainsi dire, à marquer leurs étapes. Ces tribus se distinguent par leur genre de vie. Les unes élèvent des chevaux, les autres se servent de rennes, les troisièmes n ont que des chiens pour bêtes de trait. La plupart mènent une existence nomade au milieu des forêts et des steppes. Plusieurs sont devenues sédentaires et ont adopté les mœurs russes, transformation qui s'accomplira avec le temps parmi tous les pasteurs de la Russie asiatique; car les travaux des mines et Tagriculture peuvent, dans cette immense contrée, être aisément substitués aux occupations des pasteurs. Mais chez
LES MONGOLO-MANDCHOUES. 483
les Tongouses, qui couvrent de leurs tentes mobiles presquun tiers de la Sibérie, cette transformation rencontre de sérieux obstacles dans leur caractère. Ceux qui sont restés fidèles aux instincts de leurs pères, ont un goût si décidé pour la vie errante, qu'ils s'arrêtent rarement plus de trois ou quatre jours dans la même localité. Cet esprit aventureux dans un climat aussi rude développe chez eux une audace et une force extraordinaires. Ils luttent volontiers corps à corps avec les plus féroces animaux des forêts de la Sibérie. Loin .que les dangers inséparables de ces chasses périlleuses nuisent à leur humeur, ils aiment la danse et le jeu, les riches costumes, le clinquant et les perles. Cette race intrépide était faite pour avoir facilement raison des paisibles Chinois, dont ils sont plus d'une fois devenus la terreur. Mais tout en les faisant trembler, plusieurs tribus mandchoues ont subi leur influence. Aujourd'hui les Russes les entraînent encore plus énergiquement dans la voie de la civilisation, et chaque jour enlève quelque Tongouse aux coutumes de ses pères pour lui faire adopter le commerce ou l'agriculture.
Malheureusement, une religion grossière paralyse le développement de leur intelligence. Les Tongouses professent presque tous le chamanisme, c'està-dire un fétichisme naturaliste dont les prêtres sont de véritables sorciers. Le titre de lamas qu'ils prennent, indique la prétention de se rattacher au sacerdoce bouddhique; mais cette prétention ne les empêche pas de ressembler aux magiciens finnois dont
parle le Kalewala. Un système religieux aussi im* parfait devait faire très-peu pour améliorer la situation des femmes. Aussi sont-elles peu ménagées parmi les Tongouses. Quand un homme de cette nation a acheté quelques filles pour les élever à la condition d'épouses, il ne manque pas de leur imposer la plus rude besogne. Leur vie , comme celle des Kalmoukes, est un labeur perpétuel. Elles sont à la fois ménagères, ouvrières et servantes. Beaucoup moins indolentes que les Mongoles , elles trouvent le temps' de s'occuper de leur toilette et de satisfaire le goût pour le luxe qui est inné chez ces populations. Elles aiment passionnément tout ce qui brille , les grandes boucles d'oreilles et les bracelets en argent. Leurs robes de peau de renne sont couvertes de broderies et de verroteries étincelantes ».
La Mandchourie, habitée par un peuple frère des Tongouses, avait jusqu'à présent appartenu au céleste empire. Aujourd'hui que les Russes se * sont emparés des deux rives du fleuve Amour, il n'est pas difficile de prévoir que les Mandchous passeront, comme les Kalmouks, sous la domination de l'empereur de Russie. Mais jusqu'à présent ils sont restés soumis à l'influence de la civilisation chinoise.
Leur chamanisme s'est rapproché du bouddhisme de la Chine ^ et depuis qu'ils l'ont conquise, comme
1 Un écrivain russe, M"** BAGRÉEP-SPÉRÂNSKI, s'est occupé de peindre les mœurs de ce peuple dans Une familie tongouse.
2 Le bouddhisme est une des trois religions do la Chine et la plus populaire. — Voyez Théodore FA VIE , Les trois religions de. ta Ckiue^
LES MONGOLO-MANDGHOUES. 485
Favaient fait avant eux les Mongols < et obligée de recevoir un empereur de la dynastie de leur race, Choun-tchi, fondateur de la dynastie régnante, les Tsing, ils ont beaucoup gagné dans leurs rapports intimes avec les vaincus.
Votre compatriote, la Pérouse, qui a visité la côte orientale de la Mandchourie dans la belle saison, dit qu'une végétation superbe donnait à ce pays Faspect d'une immense savane. Sur les montagnes, le pin et le chêne étendaient leurs rameaux; plus bas les érables et les azéroliers frémissaient au souffle des vents; partout le lis, la rose et le muguet parfumaient Fair. Dans son Eloge de Moukden^, le célèbre empereur Kien-long décrit ainsi le Liaotong, province chinoise occupée par les Mandchous : « Dans un espace de 10,000 ly^ on voit se succéder des hauteurs et des vallées, des terrains arides et arrosés, des fleuves majestueux, d'impétueux torrents et des ruisseaux qui serpentent avec grâce, des campagnes riantes et des forêts impénétrables aux rayons du soleil. » Malheureusement, un hiver très rigoureux fait ombre au tableau tracé avec tant de complaisance par le poète impérial.
Profond et tranquille, bordé de bois magnifiques , le fleuve Amour , qui traverse la Mandchourie
Umr aHtagonisme , leur développement et leur influence , {Revue des deux mondes du 1«' février 1845.)
1 Knblaï-khan fonda, en 1279 après Jésus-Christ , la dynastie des Yen, remplacée par la dynastie nationale des Mings, à laquelle a succédé la dynastie mandchoue.
8 Capitale de la Mandchourie.
et qui a cessé d'appartenir aux successeurs de Kien* long, permet aux maîtres de la Sibérie, dont les bateaux à vapeur le sillonnent déjà, de se mettre en communication avec toute l'Asie orientale par le Japon. Devenus ainsi voisins de ces îles opulentes, habiles à s'emparer des nomades qui les séparent des provinces méridionales du continent asiatique, les Russes songent probablement à les organiser en milices innombrables et à lancer sur l'Inde les descendants de leurs anciens maîtres, ces tribus de TAsie centrale que le Mongol Témudjin* réunit autrefois sous le même étendard.
Les Mandchous sont donc destinés k être séparés d'un empire auquel ils ont donné des souverains et qui en tire encore ses meilleurs soldats. Les Chinois, beaucoup plus adroits que leurs vainqueurs, les ont obligés à prendre leur langue et leurs coutumes. Sauf quelques tribus, telles que les Si-Po et les Selon , restées fidèles à la vie nomade, toute la contrée est aujourd'hui transformée. Les dames de Moukden rougiraient des goûts simples et de la vie rustique des femmes tongouses. Dans cette ville, aux rues larges et régulières, oii un quartier entier est habité par des « princes à la ceinture jaune 2 j», on semble avoir oublié tous les souvenirs des steppes. Même dans les villages, les Chinois qui s'y sont établis en foule, s'occupent avec leur persévérance bien connue à effacer tout ce qui
1 Qu'on nomme, en Occident, le puissant khan (Oen^is-kh&a).
2 Membres de la famille impériale.
LES MONGOLO-JMANDGHOUES. 487
reste des anciennes traditions de leurs vainqueurs. Ils ont ainsi travaillé pour les Russes qui sont devenus pour le chef du céleste empire des voisins aussi redoutables que pour le padishah. Quoique les femmes de la Mandchourie ne poussent pas la coquetterie aussi loin que les Chinoises, quoiqu'elles ne se défigurent pas les pieds, afin de les avoir plus petits, elles ont bien soin de se peindre la peau. La composition de rouge et de blanc qu'elles emploient, donne à leur teint l'apparence de l'émail. Leur vêtement de dessus, fait en satin brodé, laisse apercevoir la robe de soie qu'il recouvre. Sous cette robe est une espèce de veste en crêpe ou en gaze et un filet de soie remplace la chemise. La robe s'étend du menton jusqu'à terre, la civilisation chinoise, adoptée par les Mandchous, regardant tous les habits qui laissent deviner les formes comme un outrage à la morale publique que la police ne saurait tolérer.
Cette civilisation chinoise qui, pendant tant de siècles, a su résister aux influences extérieures et triompher même de ses vainqueurs, est aujourd'hui menacée au nord et au sud par le christianisme. La mission de la Russie est de commencer les conquêtes de la foi chrétienne par la conversion des nomades. Elle est jusqu'à présent dans l'accomplissement de cette tâche, restée généralement fidèle à l'esprit des anciens docteurs de l'Eglise orientale. « Rappelez-vous les Espagnols du XVI* siècle , dit un écrivain catholique, portant le christianisme chez les Indiens; la croix, comme un svmbole de haine, s'avance
entourée de glaives sanglants, et d'innocentes peuplades sont exterminées au nom de celui qui est venu sauver les hommes. Les Russo-Sibériens, au contraire, attirent les sauvages à la civilisation; ils les traitent comme des frères plus jeunes, ils leurs prennent la main et les conduisent K » Ce seul fait suffit à prouver la différence qui sépare l'Eglise orthodoxe de FEglise romaine. Le plus absolu des souverains de l'Europe orientale , en s'adressant aux Iakoutes de la Sibérie 2, se garde bien d'employer le langage dont se servaient Charles-Quint et Philippe IL c( La bonne et loyale nation des Iakoutes étant jugée digne d'entrer dans l'Eglise russe, fera partie dorénavant de la famille chrétienne du tsar et jouira des mêmes privilèges que ses autres enfants 3. » Ce peuple est maintenant transformé. La polygamie a disparu; des écoles ont été fondées, et la ville d'Iakoutsk, centre du territoire des Iakoutes, est habitée par une population issue du mélange des Iakoutes et des Russes, dont les jeunes gens trouvent dans deux écoles, l'une pour les laïques et l'autre pour les futurs popes, une instruction satisfaisante. Quoique le christianisme ait fait des progrès parmi les Tongouses et que des villages
1 SAINT-BENÉ TAILLANDIEB, La SibéHe au XiX* siècle (dans la Revue des deux mondes de 1855.)
2 Les Iakoutes , classés par certains ethnographes dans le rameau mongol, le sont par quelques-uns dans le rameau turc et par d'autres dans le rameau ougrrien. Cette population, comme les loukaghires de Sibérie, est une de celles qui, à 'cause de leur caractère peu tranché, peuvent être regardées comme une dépendltnce de plusieurs rameaux.
3 Oukase de Nicolas I".
LES MONGOLO-MANDCUOUES. 489
entiers aient abandonné le paganisme, la majorité est encore fidèle au bouddhisme. Mais ne vaut-il pas mieux que les conquêtes de l'Evangile soient plus lentes, que de voir un gouvernement tout puissant obliger de pauvres sauvages, comme le faisaient les rois catholiques, à choisir entre la mort et la foi chrétienne? Cette foi aura peut-être beaucoup de peine à civiliser les Mongols, dont le caractère est indolent et sans ressort et que la nature de leur sol condamne à la vie nomade, véritable enfance de Fespèce humaine. Mais il nen sera pas de même des Mandchous et de leurs frères les Tongouses, race énergique et active, et qui trouvera en Sibérie et surtout sur les rives de l'Amour mille moyens de s'attacher à l'agriculture et même au commerce. A l'embouchure de l'Amour, si voisine du Japon, le pays le plus florissant de l'Asie, se fonderont nécessairement des établissements destinés à une grande prospérité , parce qu'ils pourront aisément nouer des relations commerciales avec les îles japonaises , avec la Corée et même avec Péking. Le temps n'est pas éloigné — du moins il faut l'espérer, — où les grandes puissances européennes, — au lieu de s'épuiser en luttes fratricides, — travailleront à conquérir à une religion plus éclairée, au bien-être et à la liberté ces lointaines contrées qui attendent de l'Europe une vie nouvelle. La France établie en Algérie, dans les oasis du Sahara, au Sénégal et à l'île de la Réunion i; la race anglo-saxonne
1 A Algrer, la France occupe le nord de TAfrique; du Sénégal elle s'étend vers l'ouest ; à la Réunion et à Mayota elle surveille Test et la
qui règne à Sidney, à Calcutta, à New- York; la Russie qui domine déjà le nord et le centre de l'Asie ^ manqueront-elles à la mission glorieuse à laquelle la Providence elle-même les a conviées, et préféront-elles les lauriers stériles et sanglants des batailles à la gloire de porter Tétendard de la civilisation jusqu'aux extrémités du monde?
grrande île de Madagascar qu'elle a songé plusieurs fois à conquérir. Par les oasis, où elle creuse des puits artésiens, elle marche vers TAfrique centrale.
1 Les rôles semblent se partager naturellement : les Latins paraissent destinés à civiliser TAftique, après les Romains , leurs ancêtres ; les Slaves civiliseront TAsie et les Germains (Anglo-Saxons , Hollandais etc.)? r Amérique et TOcéanie avec ses îles innombrables.